LA NATATION NATURELLE
Comme l'on voit dans un naufrage
L'un sombrer, l'autre surnager,
Il est des cœurs lourds et légers
Dont, de vrai, quelques-uns surnagent.
Quand d'autres s'en vont droit au fond.
D'apparence, on eût pu les croire
Equilibrés. Force illusoire !
C'est couru, rien qu'à la façon
Dont ils prennent l'eau et s'y meuvent.
Tant est vrai qu'on ne peut juger
La résistance qu'à l'épreuve !
De m.ême, tel objet léger
Est tout de suite submergé,
Quand ceux qu'on aurait cru plus lourds.
Tous seuls, sans aide et sans secours.
Flottent com.me arche de Noé...
Mais sur l'océan de la vie
C'est pire ! Tout s'y modifie,
Même les lois de densité.
On fait des pronostics, sans cesse
Démentis par les résultats ;
Et l'on voit, souvent, ici-bas,
Les cœurs lourds, les cœurs en détresse.
Tirer leur coupe, quand ce sont
Les cœurs légers qui vont au fond.