LE JALOUX DIT SUPÉRIEUR
Il y a des degrés différents, savez -vous,
Dans l'honneur que l'on a, monsieur, d'être jaloux !
Le vrai jaloux, à mon avis, c'est Henri Heine
Paralysé, tordu, et qui, la nuit, se traîne
Hors de son lit, sur ses moignons, à coups d efforts
Désespérés, Scarron plus som.bre et demi-mort.
Aux parquets trop cirés agrippant les dix doigts.
Jusqu'à la chambre où dort sa femme, ange bourgeois !
Des heures d'un travail sinistre de damné,
Tout cet entêtement musculaire acharné.
Tout ce tumulte, à quatre pas de la mort même.
Pour constater qu'elle est bien là, celle qu'il aime,
Derrière cette porte, et qu'il peut expirer
Puisqu'il sait qu'elle dort dans sa chambre à coucher!...
Pourtant il était sûr, cet homme à l'agonie.
Qu'aucun soupçon ne pouvait atteindre l'amie,
Ange de charité, sans cornette et sans ailes.
Qui jusque dans la mort tint à rester fidèle...
A l'aube, on le trouvait par terre, inanimé...
Ah ! celui-là vraiment savait aimer !
LE SUPERMAUDIT
Regarde bien cet homme effrayant, ce maudit. Qui marche, roeil furtlf, de la boue au sourcil, Roulant, par les chemins, ses pensées furibondes. Et dont la vue donne la peur à tout le monde. Regarde bien ce chien du remords, ce vieux diable. Ce banni que la haine a fait insociable. Qui porte sur son des le poids de tous les crimes, Si peureux qu'il en est lâche et pusillanime, Ce couard, mais dont l'œil flambe comme un couteau, Dont on entend le cœur battre par soubresauts, Hagard, hirsute, affreusement dépenaillé.
Celui qu'on fuit quand on devrait avoir pitié. Ce visage qui n'a plus même une noblesse. Ce callban hargneux, ou cette brute épaisse. Qui peut avoir été, — sait-on ? — ange ou génie. Ce père des maudits qu'un Sabaoth châtie, Regarde- le, ce gueux, cette navrance errante. Cette loque, cet écorcheur, cette épouvante... C'est l'homme dont la bouche, un soir infortuné, A laissé s'échapper la parole funèbre Par qui tout devient crlm.e, horreur, mort et ténèbres : « J'ai pardonné ! «