STRATÉGIE DU SOUPÇON
Elle est maussade, donc fidèle;
Et tout bas tu te réjouis
De votre dernière querelle.
« Comme elle est méchante aujourd'hui ! »
T'extasies -tu, le cœur plein d'aise.
Plus tu la vois sombre et mauvaise
Plus tu te sens rasséréné,
Car, (ils sont là pour le prétendre.
Tous les amants infortunés,)
La femme qui nous trompe est tendre,
La femme qui trompe est joyeuse.
Donc, sitôt que les joues se creusent.
Que les yeux perdent leur éclat.
Tu pronostiques avec joie
« Qu'elle est bien à toi, celle-là ! »
Est-il possible que tu croies
Que sa fureur est ton égide?
L'axiome est par trop stupide
Qui veut que certaine infortune
Assure la paix des ménages !
J'ai pressé la blonde et la brune.
Et je déclare que l'adage
Est encor plus sot que m.enteur...
Ah ! c'est moins simple, le bonheur !
Allons 1 Œil à la loupe ! Et connais que ce sexe Dispose d'un génie autrement plus complexe ! Observe et vois. Le pied trépigne, les yeux pleurent. Eh bien, son spleen imperturbable n'est qu'un leurre.
Comme sa robe lâche et son peignoir sali Sont là pour évoquer un mirage d'ennui. Sournoise, elle a compris que sa haine t'allège De tout le poids du doute. Elle te tend un piège Avec l'appât de sa douleur. Va, pauvre élève ! Apprends qu'on n'a pas mal progressé depuis Eve, Puisque la joie sait feindre un visage attristé, Puisque cette fureur crispée qu'elle simule A pour but de te faire une âme plus crédule, Et qu'elle te rassure avec sa cruauté !