‹ La quadrature de l'amourChapitre 73 sur 178 · JEUX DE DUPES · texte numérisé non relu

JEUX DE DUPES

Le fait seul que l'amour persiste, malgré tout,

En dépit du déchet graduel, du déclin.

Le fait que notre ardeur n'est pas encore à bout

Lorsque l'on a compté deux ans, trois, quatre ou cinq

De cette vie passionnelle et chancelante.

Suffit à nous donner comame un goût de victoire !

Et c'est une victoire, en efïet, éclatante.

Un résultat topique, une espèce de gloire

Que d'avoir su durer — simplement ça — durer !

Ah ! tout peut s'écrouler dans l'immense fanure.

Dans l'imm.ense dégoût d'un cœur désespéré.

C'est déjà merveilleux d'être celui qui dure !

L'homme ne conçoit pas de revanche plus belle

A la déception constante du bonheur.

On défend son terrain, parcelle par parcelle.

C'est un blé que l'on gagne, hélas! à la sueur

De son front, chaque jour. Orgueilleuse victoire,

Qu'on arrache comime à la force du poignet.

Comme si, tout à coup, sous l'efi^ort, on sentait

Crever son cœur ! Et l'entretien de cette terre

Pauvre et dégénérée nous donne autant de mal

Que nous en donnerait la plus fraîche bruyère...

C'est beau, — mais tout de même un peu provincial...

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