JEUX DE DUPES
Le fait seul que l'amour persiste, malgré tout,
En dépit du déchet graduel, du déclin.
Le fait que notre ardeur n'est pas encore à bout
Lorsque l'on a compté deux ans, trois, quatre ou cinq
De cette vie passionnelle et chancelante.
Suffit à nous donner comame un goût de victoire !
Et c'est une victoire, en efïet, éclatante.
Un résultat topique, une espèce de gloire
Que d'avoir su durer — simplement ça — durer !
Ah ! tout peut s'écrouler dans l'immense fanure.
Dans l'imm.ense dégoût d'un cœur désespéré.
C'est déjà merveilleux d'être celui qui dure !
L'homme ne conçoit pas de revanche plus belle
A la déception constante du bonheur.
On défend son terrain, parcelle par parcelle.
C'est un blé que l'on gagne, hélas! à la sueur
De son front, chaque jour. Orgueilleuse victoire,
Qu'on arrache comime à la force du poignet.
Comme si, tout à coup, sous l'efi^ort, on sentait
Crever son cœur ! Et l'entretien de cette terre
Pauvre et dégénérée nous donne autant de mal
Que nous en donnerait la plus fraîche bruyère...
C'est beau, — mais tout de même un peu provincial...