‹ La quadrature de l'amourChapitre 76 sur 178 · LA LIGNE · texte numérisé non relu

LA LIGNE

La ligne, rien n'est beau sans elle. Il faut la ligne.

Comme dans l'art lui-même, un bel amour n'est digne

De s'appeler ainsi que s'il monte, s'étend.

S'assouplit, sinueux, harmonique et cambré.

Mais qui dit ligne dit durée. Il faut durer !

Il faut que tout amour dure pour être grand,

Pour qu'on lise aisément son graphique de loin.

Les amours brefs ne sont pas beaux. Ce sont des points,

Des taches, des accents, largement colorés

Quelquefois, mais pas plus. Ce n'est pas la belle œuvre

Que l'on ne peut juger qu'après un long labeur.

Il faut tellement d'art dans le travail du cœur !...

Enlacements humains, torsions de couleuvres.

Souplesse ingénieuse et douce des collines.

Noble sérénité du fût droit et hautain.

On peut y retrouver tout le réseau des lignes,

(Car on lit dans l'amour comme on lit dans la main)

Tout, par un raccourci expressif de dessin,

La courbe, le trait droit, le cercle ou la spirale,

La forme la plus simple ou la plus compliquée,

Tout, jusqu'au farouche éclair de la ligne brisée.

Ou la distinction grêle des verticales.

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