LE DEVOIR CONJUGAL
Une soumission grave dans l'offertoire
Autorise l'époux officiant à croire
A la grande tendresse amicale de l'acte,
Comme la messe permet au prêtre De croire à la ferveur des fidèles. Peut-être Est-elle simulée? Peut-être est- elle exacte? Qui le sait, si ce n'est la nature et la femme. Qui, seules, toutes deux, connaissent le degré Du zèle intérieur. C'est leur secret. Et, dame. Avouons que c'est un secret si bien gardé !...
CRÉPUSCULE DES Sî^yIPLES
Parée de voiles blancs, d'oranger, mais, sans grâce- Sur le coude ayant relevé sa robe à queue, La jeune mariée buvait à la terrasse
D'un café de banlieue.
Ils étaient attablés, la vierge et son époux, Et, — lui, comme un rêveur, elle, comme une sainte —
Dégustaient à petits coups Une large, lunaire et patiente absinthe, îls buvaient là, sereins, presque indéfiniment; Ils semblaient aspirer un bonheur bien plus grand Que ceux dont ils venaient d'échanger la promesse. Ils étaient là, savourant Dieu sous ses espèces. Ayant l'air d'opposer, avec flegm.e, à deux pas Du moment nuptial, dans cette fin de jour,
La volupté qui ne ment pas Aux voluptés plus incertaines de l'amour.