SCÈNE XVI
Les Précédens, GIROFLÉE, tenant à la main un portemanteau et une malle sur son dos.
GIROFLÉE
Monsieur, voici vos effets.
JOJVATHAS.
D'où vient cet imbécille ?
GIROFLÉE
Des messageries, où j'ai attendu pendant deux heures.
LAVENETTE.
Que dites-vous?... cette malle est a monsieur ? qui vou* Ta donnée ?
GIROFLÉE
Le conducteur.
LAVENETTE.
D'où vient-elle?
GABRIEL
De Paris, d'où je l'ai apportée.
LAVENETTE.
Par le Philopœmen ?
Non , monsieur, par la diligence de la rue du Bouloy.
JONATHAS et LAVENETTE.
Il se pourrait.1... c était donc une ruse?
GIROFLÉE
Parbleu! ils sont une douzaine de voyageurs qui ontf.it route avec monsieur.
GABRIEL
Si vous en cloutez encore... (fouillant dans sa poche) voici des gants et un éventail qui appartiennent à une jolie voyageuse, dont j'ai été cette nuit le cavalier.
LAVENETTE.
L'éventail et les gants de nia femme !
GABRIEL
Que jecomptais avoir l'honneur de rapporter moi-même à madame Lavenette.
LAVENETTE.
Je m'en charge, monsieur... car je n'aime pas ces histoires de diligence... Dans notre ville du Havre, il n'en faudrait pas davantage pour faire croire que...
JONATHAS
C'est juste; mais convenez, docteur, que s'il avait voulu 7 il aurait pu s'en donner les gants.
LAVENETTE.
Jonalhas.
JONATHAS
Encore une... c'est la dernière.
A m nouveau de M. Adam.
LAVBNETTE.
Tous leurs désirs sont exaucés, Prions qu'autant nous en advienne, Ici-bas, vous qui dispensez Les plaisirs ainsi que la peine,
Daigne* mettre , ô Dieu de bonté !
Pour le Bien de l'espèce humaine.
Tous les plaisirs en liberté, Et les chagrins en quarante.
JONATHAS
Vins étrangers, ah .'s'il est vrai Qu'à la frontière on vous condamne, Vins du Rhin, et vins de Tokai, Tâchez d'échapper à la douane 1 Mais vous qui du Pinde français Osez envahir le domaine, Vers allemands, drames anglais, Restez toujours en quarantaine.
GIROFLÉE
Qu'est qu'c'est qu'l'Institut ? il paraît Que d'esprit on y fait la banque; Ou s'moque d'eux s'ils sont au complet, On les cajol' dès qu'il en manque.
Cet usag' là me semble neuf, Us ont donc, ça me met en peine, Plus d'esprit, quand ils s0nt trent' neuf, Que lorsqu'ils sont la quarantai«b.
GABHIEt.
Exilés du palais des grands, Que le mensonge et son escorte, Que les flatteurs, les intrigans, Demeurent toujours à la porte; Mais jusqu'au trône en liberté, Que la voix du malheur parvienne; El surtout que la vérité Ne soit jamais en quarantaine. .
Mad de crécy, au public.
Quelquefois les pièces, chez nous, Meurent le jour qui les vit naître; Mais souvent aussi, grâce à vous, Cent fois on les voit reparaître.
Les auteurs sont moins exigeans Ils accepteraient la centaine ; Mais je crois qu'ils seront contens, S'ils vont jusqu'à la quarantaine