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avenir et le socialisme, en dernière analyse, ne peut que se féliciter des progrès de l'esprit d’association dans les milieux agricoles.
La Ligue des paysans (Boerenbond), dont le siège social est à Louvain, a été fondée en 1889, et comptait en 1895, 207 sociétés affiliées, avec un effectif de dix mille membres environ, dont neuf mille dans la partie flamande du pays. Depuis leur nombre a considérablement augmenté : rien que dans Ja Flandre Orientale, on Compte actuellement 190 Gildes. Ces Gildes, calquées sur les Bauernvereine allemands, offrent beaucoup d'analogies avec les syndicats agricoles français. Elles ont pour but d'étudier les mesures favorables à l’agricullure, de développer l’organisation Coopérative de la classe rurale, d'acheter en commun des semences, des engrais, des aliments pour le bétail, d'organiser l’assurance mutuelle contre la mortalité du bétail, de créer des institutions de crédit, etc.
Il n’est pas douteux que ces Boerenbonden aient puissamment contribué àrépandre les principes coopératifs parmi les paysans.
Au lieu des procédés techniques défectueux que l’on employait, jusque dans ces dernières années, pour la fabrication du beurre, on recourt aujourd'hui à des modes de production qui vont toujours en se perfectionnant.
C’est ce que constatait M. Colard Bovy, dans un ra pport présenté au Congrès internationnal d'agriculture, de 1895 :
Les petites coopératives, insuffisamment outillées et
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mal dirigées ‘reculent, de plus en plus, devant les grandes « qui peuvent travailler au plus bas prix, et dans les meilleures conditions, de grandes quantités de | lait, et livrer des produits d’une uniformité constante. S Les avantages atteignent leur maximum, quand c’est | un bon ingénieur agricole qui dirige l'exploitation. F4
« Une vingtaine de grandes usines coopératives, | montées au capital de 25,000 à 55,000 francs, et travaillant de 3,000 à 10,000 kilogrammes de lait par jour, existent dans le pays, notamment dans les Flandres, le Hainaut, la province d'Anvers, le Brabant et la province de Liège, où la première laiterie de ce genre fut installée, en 1889, par M. Lohest.
« À côté de ces grandes laiteries coopératives, nous trouvons, dans les Flandres, la province d'Anvers et de Namur, une trentaine de laiteries industrielles, dues, pour la plupart, à l'initiative de grands propriétaires. Ici le lait n’est plus traité en commun, aux frais de tous les associés, mais travaillé au profit du proprié- 7. taire de la laiterie qui achète le lait. ie
€ Gette forme industrielle n’a guère réussi dans les
pays du Nord; presque parlout les laiteries de ce . genre ont disparu pour faire place aux sociétés coopé- « La principale cause d’insuccès des laiteries indus- “ . trielles réside dans la composition très variable de la . malière première : le lait. Le fournisseur ne résiste pas toujcurs à la tentation de l’additionner d’eau. Sou- .. | vent même, voulant se réserver tout le bénéfice que : is
le fabricant ferait sur les produits, il refuse de livrer
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la matière première indispensable à la bonne marche de l’établissement.
€ Tandis que, dans les associations coopératives, chacun étant directement intéressé à la prospérilé de l’ene. treprise, aura à cœur de n’apporter à la laiterie qu’un : | lait pur, enlier, soigneusement recueilli. » | Les circonstannces qui favorisent le développement de la coopération dans l'industrie laitière, existent au même degré, dans d’autres industries — l’industrie sucrière par exemple — qui plongent directement leurs racines dans la production agricole; mais, ici, des difficultés sont plus grandes, des capitaux exigés plus considérables, les risques de l’entreprise plus étendus.
Néanmoins, il est intéressant de signaler — comme un type d'association qui se multipliera peut-être beaucoup dans un prochain avenir — la sucrerie coopérative fondée, l’année dernière, par 450 cultivateurs d’An- . vaing, gros village agricole du Tournaisis. Ils avaient,
‘ auparavant constitué un syndicat pour effectuer la 3 . vente des belteraves dans des conditions moins oné- : reuses, moins draconiennes que celles dont nous avons parlé précédemment; immédiatement, tous les fabri-
cants de sucre s'entendirent pour les boycotter impi-
toyablement et refusèrent d'acheter des betteraves à
tous les membres du syndicat. C’est alors que ces der-
piers se décidèrerit à fonder une fabrique coopérative,
qui à pris, dès le début, une grande extension.
En somme donc, si le socialisme n’a pas encore très
profondément pénétré la population rurale proprement
dite, les centres agricoles, de plus en plus rares d’ailleurs, où les paysans ne se mêlent que peu, ou point, avec les ouvriers industriels, il n’est pas douteux, d'autre part, que des signes de réveil se manifestent dans nos campagnes, et que l'irrésistible action du développement technique et capitaliste de l’agriculture y déterminera, dans un avenir prochain, des transformations intellectuelles et morales, éminement favorables au développement de l'idée socialiste.
Le capitalisme tentaculaire pénètre toujours plus avant, confondant, dans une même étreinte, cullivateurs et arlisans, ouvriers industriels et agricoles. Les deux prolélariats, trop longtemps divisés, par des anlagonismes savamment entretenus par la classe dominante, commencent à mieux se connaîlre, à saisir la communauté des intérêts fondamentaux qui les unissent, et, le jour où le développement des moyens de transport, des voies de communication, de la propagande par la presse et par la parole, auront levé les derniers obstacles, dissipé les derniers préjugés qui les séparent, ils opèreront leur jonction, qui doit assurer la victoire définitive du socialisme.
Le socialisme fera, dans tous les pays, sa concen-
tration contre Ia concentration du capitalisme, jusqu’à
ce que la Justice, suivant l’expression du Tragique grec, étende son règne aussi loin que « la voûte des Cieux».
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