‹ La question agraire en IrlandeChapitre 4 sur 19 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Entre toutes les nations de l'Europe occidentale, l'Irlande est célèbre par ses infortunes.

Après avoir jeté un vif éclat, après avoir fait sentir son influence dans tout l'Occident, la civilisation irlandaise a été arrêtée dans son* développement par la force brutale. L'Irlande tomba sous la domination de maîtres d'un esprit trop exclusif pour qu'ils pussent tenir compte des différences profondes qui séparaient les deux nations juxtaposées par la conquête. Ils voulurent gouverner les Irlandais d'après les idées anglaises, et crurent faire acte de haute sagesse en leur imposant les institutions et les lois de la monarchie anglo-normande.

C'est ainsi qu'aucun effort ne fut épargné pour , anéantir chez les Irlandais le sentiment national.

PllEFACE.

et plus tard la foi religieuse. Ces tentatives demeurèrent impuissantes.

En vain, pendant plusieurs siècles, l'Angleterre a soumis l'Irlande au plus odieux despotisme. En vain elle a confisqué à son profit la liberté et la propriété des Irlandais; en vain elle a réduit les vaincus à l'état d'ilotes, exilés dans leur pro^pre pays, obligés de s'expatrier pour échapper à la tyrannie et à la dégradation.

En dépit des luttes et des persécutions, le peuple irlandais a gardé sa croyance et sa nationalité. Il a lassé la patience de ses maîtres, et leur a arraché peu à peu la restitution des droits qui lui avaient été enlevés.

Notre siècle a vu disparaître le système d'oppression qui pesait sur l'Irlande. Il a ouvert pour le peuple asservi une période de réparation. La liberté de conscience, la liberté du culte, l'égalité civile des catholiques et des protestants, la liberté d'enseignement, ont été reconnues et assurées aux Irlandais.

Toutefois l'œuvre de la conquête n'était point effacée. L'Irlande, nation presque entièrement agricole^ était assujettie à un régime agraire

Page 1