III. — LES PATRONS RURAUX
Nous avons vu que l'intervention des pouvoirs publics est nécessaire pour la mise en culture de la Campagne romaine ; nous avons vu aussi que cette intervention, après avoir jadis opéré par voie de contrainte irapérative, a transformé son mode d'action, qu'elle tend aujourd'hui à se borner à assurer les services publics dans la mesure nécessaire au développement du pays, à lever les obstacles qui s'opposent à l'initiative des particuliers et enfin à patronner ceux-ci par des conseils et des encouragements. C'est du moins dans cet Roux. \^'>
esprit que sont appliquées les dernières lois. L'Etat se cantonne ainsi à peu près dans son rôle normal, l'expérience du passé lui ayant démontré qu'il est inutile qu'il en sorte. Encore devons-nous remarquer que ce patronage des pouvoirs publics n'est justifié que par l'incapacité des patrons naturels qui ne remplissent pas leur fonction ; il devient tout à fait inutile vis-à-vis de propriétaires ou de fermiers capables, et nous verrons plus loin que, dans ce cas, il ne trouve plus à s'exercer.
Améliorer les coHdilions hygiéniques du pays, assurer la police, aménager les eaux, construire des routes et des écoles sont des façons indirectes de transformer l'Agro romano ; mais la transformation même, la culture intensive du sol ne peut être que l'œuvre des propriétaires. L'opposition d'intérêt entre les particuliers et la société n'est plus aujourd'hui qu'apparente; c'est un vieux préjugé qui subsiste encore dans certains esprits, mais qui ne répond pas à la réalité. L'exemple de quelques domaines aujourd'hui « bonifiés » le prouve. Il n'en est pas moins vrai que la plupart des propriétaires n'ont pas les capitaux nécessaires pour améliorer leurs terres. L'Etat y a pourvu en accordant des prêts de faveur à 2 1/2 pour 100 d'intérêt. Ce crédit, suffisant aujourd'hui où la bonification encore à ses débuts marche lentement, ne le sera plus demain si elle s'étend à tout l'Agro romano et se développe rapidement. Il faut donc trouver des capitaux. Mais il faut surtout trouver des hommes pour les mettre en œuvre, c'est-à-dire des patrons. Or, capitaux et patrons sont rares à Home. La vie urbaine et le luxe extérieur absor-
bent tous les revenus de Ja terre et toute Tactivité des propriétaires. Les mercanti di campagna sont devenus riches et veulent jouir en ville de leur fortune. Le latifundium à culture extensive ne permet pas la constitution d'une classe de paysans prospères dont l'élite pourrait périodiquement rajeunir les cadres des classes dirigeantes. Audessus d'une tourbe de prolétaires misérables et désorganisés, quelques rares propriétaires riches mais absentéistes et insouciants : ce sont là do mauvaises conditions pour le progrès agricole et la transformation de la Campagne romaine.
Cependant des domaines ont été transformés et mis en pleine valeur, mais grâce à des capitaux vei^"" '^n grande partie de la Haute-Italie et par riniticitive d'agriculteurs lombards ou piémontais. Les propriétaires romains ont consenti à hasarder l'entreprise et à y risquer des capitaux : étant donné le milieu où ils vivent et les idées régnantes au sujet des transformations agricoles dans l'Agro romano, celte hardiesse de leur part est tout à fait méritoire, digne de louanges et d'un excellent exemple, mais il faut reconnaître cependant que la plupart d'entre eux n'ont fait que subir et accepter une impulsion venue du dehors et se prêter à une expérience dont ils n'ont pris ni l'initiative ni la direction.
Les domaines transformés. — C'est en visitant des domaines transformés et choisis dans des situations et dans des conditions diverses que nous pourrons nous rendre compte de la façon dont peut être résolu le problème de l'Agro romano.
Nous commencerons notre enquête par un des domaines les plus anciennement mis en valeur. Uabbaye des Trois-Fo7itaines est bien connue : située dans un petit vallon au Sud de Rome, à trois kilomètres au delà de Saint-Paul-hors-les-Murs, elle est signalée par les plantations d'eucalyptus qui l'entourent et qui l'ont rendue célèbre. On attribuait jadis à cet arbre des vertus merveilleuses contre le paludisme ; on prétendait que ses émanations a-sainissaient l'air. En réalité, l'eucalyptus n'a aucune action contre la malaria ; il favorise même, comme tous les arbres, la multiplication des moustiques, mais cependant par sa végétation, son feuillage permanent et sa croissance extraordinairement rapide, il évapore beaucoup d'eau et peut de cette façon assainir le sol. Quoi qu'il en soit, la légende de l'eucalyptus a vécu et personne n'en plante plus, si ce n'est comme arbre d'ornement, car son bois filandreux et tordu est détestable et très difficile à fendre.
Les Trappistes français sont venus s'établir aux Trois-Fontaines en 1866; ils ne possédaient alors autour du couvent que le vol du chapon. Les terres voisines qui appartenaient à des religieuses du Saint-Sacrement furent confisquées par l'Etat italien vers 1873. Les Trappistes les prirent en emphytéose et au bout de trois ou quatre ans rachetèrent leur redevance et devinrent propriétaires définitifs. Ils n'ont jamais accepté aucun plan de bonification élaboré par les commissions gouvernementales mais leur domaine n'en est pas moins en pleine valeu)'. Vers 1882, on fit aux Trois-Fontaines l'essai de la main-d'œuvre pénale
pour la culture; on dépensa 150 000 francs pour la construction d'un bagne qui sert aujourd'hui de magasin, car la malaria qui décimait forçats et gardiens, comme elle décimait les moines, obligea à renoncer à ce système. Aujourd'hui, avec les progrès de la culture, la malaria a disparu : seuls quelques ouvriers adventices sont parfois atteints, mais peu gravement ^
Le domaine compte 475 hectares dont la moitié est en culture intensive ; le reste est boisé ou en pâturage loué. Il y a 20 hectares de vignes et 30 hectares de tabac l Après la récolle du tabac on loue pour 300 francs l'hectare, de septembre à ma. 'a terrain à des jardiniers qui y cultivent des navets. Cette culture ne peut se faire naturellement que dans les fonds fertiles et bien fumés. On loue de même des terrains pour la culture des artichauts, des melons et d'autres légumes. On fait beaucoup de luzerne, car la vacherie compte 130 vaches suisses^ dont le lait (1 000 litres par jour) est vendu aux communautés religieuses de Rome. Peut-être la cnlture pourrait-elle être étendue davantage, mais elle est aussi intensive que possible : elle est caractérisée par les productions maraîchère et laitière, ce qui
1. En 1785, Mer Cacherano avait déjà proposé d'installer dans la Campagne romaine des condamnés « non pour crimes infamants, vols et autres délits atroces, mais pour blessures, meurtres en ri.xe, ou pour cause de passion ou d'honneur, contrebande, viol, séduction, etc.. ceux qui ont fui leurs créanciers ».
2. On estime que la culture du tabac rajiporte net COO francs l'iiectare.
3. Rendues aux Trois-Fontaines, elles reviennent en moyenne à 900 francs l'une.
s'explique facilement par le voisinage de Rome.
La main-d'œuvre comprend, outre les moines et les frères, 40 familles d'ouvriers permanents. qui sont réparties entre quatre ou cinq maisons disséminées sur la propriété, et reçoivent gratuitement le logement, le bois et les médicaments. En été, on emploie une centaine d'ouvriers temporaires qui sont engagés à la semaine directement par le premier commis sur la place Montanara à Rome. Ils sont logés dans un grand bâtiment fermé où on installe un couchage de paille. A l'entrée de l'abbaye se trouve une école entretenue par les Trappistes et dirigée par deux institutrices laïques qui font aussi office d'infirmières.
Si l'exploitation des Trois-Fontaines est un exemple intéressant au point de vue technique, c'est un exemple qui ne prouve rien au point de vue économique à cause du caractère spécial des propriétaires. Cependant les Trappistes ont été des initiateurs ; ils ont réussi à une époque où personne n'avait tenté de cultiver l'Agro romano. La malaria a fait parmi eux de nombreuses victimes ; mais au prix de ces sacrifices ils ont démontré que la Campagne romaine pouvait être mise en valeur et assainie par la culture. C'est ce qui donne à leur œuvre de précurseurs une haute portée sociale et lui a imprimé le caractère d'une entreprise d'intérêt général. Fort heureusement les conditions sanitaires sont maintenant changées et, si les Trappistes ont été les premiers colonisateurs, ils ne sont plus les seuls.
Le do?7iaine de Bocca di Leone , situé dans un fond fertile à quelques kilomètres de Rome dans
la direction de Tivoli, appartenait jadis au' cardinal del Drago. Il fut exproprié en 1891 en vertu de la loi de 1883, et revendu ensuite aux enchères. Sa superficie était de 61 hectares, la mise à prix calculée d'après le prix d'achat fut fixée à 107 320 francs, soit 1 7o0 francs l'hectare, ce qui indique bien de quelle qualité sont les terres ; le prix d'adjudication monta à 130 000 francs. Les obligations imposées à l'acquéreur n'étant pas remplies, le domaine retourna à l'Etat qui, en 1896, le revendit 133 376 francs, soit 2 300 francs l'hectare. Le paiement est échelonné sur 28 aL ' ; pendant les quatre premières, l'acquéreur paie seulement un intérêt de 4 pour 100, puis ensuite des annuités de 6,4 pour 100. Les terrains sont fertiles et il y a des eaux souterraines pouvant servir à l'irrigation.
Le plan de la commission de bonification impose les obligations suivantes :
1" Écoulement des eaux ; aménagement des sources ; creusement de fossés divisant le terrain en tènements de 2 hectares au plus ;
2" Culture de 20 hectares en prairies artificielles et de 20 hectares en céréales et plantes sarclées ;
3° Réparation des chemins suivant des prescriptions minutieuses ;
4" Restauration des bâtiments et aménagement d'étables, magasins et logements ;
0° Entretien de 20 bêtes bovines ; construction de fumières et de fosses à purin ;
6° Adduction d'eau potable ;
7° Plantation d'arbres forestiers et fruitiers.
La propriété avait été achetée par une société dirigée par un Milanais ; à sa mort, en 1900, il y eut une liquidation et partage du domaine dont 33 hectares furent attribués à M. Gaetano Presutti, originaire des environs dWquila dans les Abruzzes.
L'eau est bien une des richesses de cette ferme, mais elle donne beaucoup de soucis au propriétaire. Par suite de la constitution géologique de l'Agro romano, il y a des sources qui jaillissent verticalement et qu'il faut drainer une à une à leur point de sortie : des fossés ou un drainage général ne suffisent pas. C'est donc là un travail difficile, long et coûteux et qui cause beaucoup de déboires. Tous les travaux de terrassement^ d'aménagement des eaux sont faits par des ouvriers venus de la province d'Aquila.
Sur des terres irrigables à proximité d'une grande ville la production de fourrages en vue de la vente du lait est tout indiquée ; aussi est-ce la spécialisation adoptée par le propriétaire qui exploite lui-même avec l'aide d'un régisseur ; il habite Rome, mais vient chaque jour sur sa ferme. Grâce à la fertilité du sol et aux fumures abondantes, on obtient à l'hectare les rendements suivants : froment de 1 oOO à 2 oOO kilogrammes ; avoine : 2 800 à 3 000 kilogrammes ; maïs : Ij 000 kilogrammes ; betteraves à sucre : 30 000 kilogrammes en colline et 60 000 kilogrammes dans les fonds ; betteraves fourragères: 120 000 kilogrammes. On vise naturellement à obtenir des produits pouvant être consommés par les vaches laitières : outre les plantes sarclées, il y a des
inarcite (prairies irriguées en hiver d'après le système lombard) qui donnent dix coupes de 12 000 kilogrammes de fourrage vert chacune ; des luzernières donnant six coupes à loOOO kilogrammes et des trèfles fournissant aussi six coupes à 14 000 kilogrammes de fourrage vert. En mai et juin, on fait du foin qui est conservé en silos. En hiver on obtient des fourrages avec de l'avoine, de Torge, des fèves, des raves, du trèfle incarnat.
Les premières vaches suisses furent atteintesd'hématurie à cause de la nature marécag-euse des pâturages. M. Presutti les vendit toutes et en racheta d'autres en Suisse et en Lombardie ; il fait aussi de l'élevage. En 1902, son élable comptait o8 bêtes dont 49 vaches ; elle renferme maintenant 60 laitières, une vingtaine de génisses et des bœufs de travail. Avec un mélange de foin et de fourrage vert il obtient en moyenne 2 900 litres de lait par tète et par an ; étant donné le climat» c'est un résultat des plus satisfaisants.
A Bocca di Leone on trouve la culture maraîchère conduite d'après le même système qu'aux Trois-Fontaines. Le propriétaire prépare le terrain et le donne à des ouvriers qui font une culture et paient un prix de ferme déterminé. La nature du travail et du produit explique parfaitement ce mode d'exploitation : la culture des légumes exige beaucoup de main-d'œuvre et beaucoup de soins ; il est bon que l'ouvrier y soit directement intéressé ; d'autre part, la vente se fait au jour le jour et au détail ; il est difficile au chef d'une grande exploitation qui n'est pas spécialisé dans
cette production de s'en occuper et de contrôler ses vendeurs ; le fermage est alors la solution la plus simple. Le contrat ne dure que le temps d'une culture, car on ne pratique pas ici l'horticulture intensive sur espace restreint comme dans les environs de Paris ou dans certains districts de la Hollande. Le jardinier a l'avantage de recevoir chaque fois un terrain frais, relativement reposé, et le propriétaire y trouve celui de faire donner à sa terre des façons multiples qui nettoient et ameublissent le sol. On voit aussi à Boccaleone un enclos planté en vigne à la mode du Subarbio.
Jadis, un seul gardien demeurait sur le domaine ; aujourd'hui, vingt chefs de famille y sont occupés toute l'année et y vivent avec leurs femmes et leurs enfants ; ceux-ci et celles-là ne sont pas sans apporter quelque trouble dans la ferme et sans causer parfois des embarras au propriétaire. Mais ce dernier peut choisir ses ouvriers, car le domaine est très recherché à cause de sa salubrité, du voisinage de Rome et des commodités qu'il offre pour l'école et l'alimentation.
Il faut noter que le propriétaire qui travaille activement et constamment à l'amélioration de son domaine n'a pas suivi le plan qui lui était imposé, car, à l'usage, il a reconnu que l'application en était impossible, et l'exécution seule apprend quelles modifications sont nécessaires. C'est là le reproche le plus sérieux qu'on puisse adresser à ces plans administratifs dressés à l'avance par des fonctionnaires qui connaissent peut-être bien les conditions générales de l'Agro
LA BONIFICATION ET LA CULTURE INTENSIVE 23ë
romano, mais ne possèdent pas Texpérience et la pratique de chaque domaine en particulier. Qui la possède d'ailleurs? Assurément pas les propriétaires, et pas davantage lesmercanti dicampagna.
11 faut rendre cette justice à la commission de vigilance, qu'elle est assez libérale dans l'exécution et qu'elle ne tracasse pas les propriétaires qui bonifient réellement et intelligemment. En pareille matière, la fm justifie les moyens.
A quelque distance de Boccaleone se trouve le domaine de la Cervelletta. Ici, nous rencontrons non pas la contrainte et l'intervention des pouvoirs publics, mais une initiative lombarde comprise, encouragée et soutenue par un propriétaire romain. Un agriculteur de Melegnano, M. Monti, trouvant qu'en Lombardie les prix de ferme étaient trop élevés et entendant parler de la bonification de l'Agro romano, fît un jour le voyage de Rome, visita la campagne et en particulier le domaine de la Cervelletta qui était à louer. Il pensa qu'il y avait là quelque chose à faire et proposa au propriétaire, le duc Salviati, de le lui affermer à condition d'y faire, à frais communs,
12 hectares de bonifîcation. Le résultat ayant été satisfaisant, le propriétaire accepta d'étendre les améliorations à toute la superficie transformable, c'est-à-dire à environ la moitié du domaine qui compte 315 hectares. Les travaux de bonification proprement dite ont été terminés en 1908. A l'époque oii les fermiers se sont installés il n'avait pas encore été établi de plan de bonification pour la Cervelletta ; aussi n'ont-ils eu à subir aucune influence administrative : leur exploita-
tion a, au contraire, servi de modèle. Elle est actuellement dirigée par les deux associés, M. Monti fils, qui a fait ses études d'agriculture et d'art vétérinaire à Milan et qui s'occupe plus spécialement du bétail, et M. Bonfichi qui dirige les cultures. Us paient 33 000 francs de ferme et n'estiment pas avoir fait une mauvaise affaire, quoique le bail de dix-huit ans soit trop court pour leur permettre de retirer pleinement le fruit de leur travail et des capitaux qu'ils ont engagés. La partie du domaine non transformée est souslouée à un pasteur d'Aquila qui y entretient
I oOO brebis. Le reste est organisé en vue de la production du lait. La Cervelletta a été la première vacherie de l'Agro romano. Il y a 10 hectares de marcite irriguées avec de l'eau de source à 12°, ce qui favorise la végétation d'hiver et permet de couper du fourrage vert même en janvier.
II y a aussi des prairies ordinaires naturelles et artificielles et des cultures sarclées : betteraves, raves, pommes de terre. Le propriétaire a exigé la plantation de 2 hectares de vigne, mais, comme les fermiers n'y entendent rien, ils en abandonnent l'exploitation à des colons. C'est aussi à cinq familles de colons qu'est confiée la culture du blé moyennant redevance de la moitié du produit. Quatre hectares environ sont consacrés à la culture maraîchère faite par des colons qui sont aussi chargés de vendre les légumes ; les fermiers contrôlent sommairement, ils ne se laissent pas détourner par ces détails de leur spéculation principale qui est la production du lait.
Il y avait jadis à la Cervelletta 30 tôles de gros
bétail ; il y en a aujourd'hui 200, dont 150 vaches laitières produisant par jour, suivant la saison, de 600 à 1 200 litres de lait livré à un marchand en gros. En 1899, sur oO vaches, 25 périrent de la malaria ; sur les conseils du Prof. Celli, on tint les animaux enfermés à l'étahle à l'abri des moustiques et le reste du troupeau fut sauvé. On récolte à la Cervelletta un excédent de fourrages qui est actuellement vendu, mais qui, avec les produits de la culture plus abondants chaque année grâce aux engrais chimiques, permettrait de nourrir jusqu'à 300 vaches laitières ; aussi vat-on construire deux nouvelles étables.
Le personnel fixe est composé de 7 vachers, 6 bouviers, 6 charretiers, 2 campieri \ 2 faucheurs ot 10 ouvriers pour les besoins divers. Il y a peu d'ouvriers temporaires et ils sont en rapport direct avec les patrons qui ont supprimé l'intermédiaire des caporaux. En s'installant à la Cervelletta, les fermiers ont amené avec eux 25 familles lombardes aujourd'hui réduites à une dizaine. A la tête des différents services sont des Lombards; pour les déterminer à venir ici il a fallu leur offrir des salaires assez élevés, mais ce sont des gens sûrs et travailleurs. Quelques-uns ont épousé des jeunes filles du pays et on remarque qu'ils dressent leurs femmes à l'ordre et à la propreté. Les salariés fixes sont payés au mois, logés dans des bâtiments neufs et ont la jouissance d'un petit jardin qu'ils cultivent bien. L'habitation est confortable, propre et bien tenue : c'est un étrange