‹ La Question albanaiseChapitre 17 sur 36 · KORITZA, BERCEAU DE LA RENAISSANCE NATIONALE ALBANAISE · texte numérisé non relu

KORITZA, BERCEAU DE LA RENAISSANCE NATIONALE ALBANAISE

Koritza est la ville la plus jolie, la plus riche et, après Scutari, la plus grande de l'Albanie ; c'est un « petit Paris en Orient », a dit un consul de France. Elle compte une population de 25.000 habitants dont 18.000 Albanais orthodoxes, 6.000 Alanais musulmans et 1.000 Roumains.

Les Koritziotes ont été les pionniers du mouvement nationaliste albanais. Persécutés par le clergé grec autant que par les Turcs pendant la domination ottomane, ils n'ont cessé de travailler à la résurrection nationale. En Roumanie, en Egypte et en Amérique où ils sont très nombreux, ils ont créé des associations patriotiques dont l'influence en Albanie, répandue par des publications de propagande, a été des plus efficaces. Désireux de relever le niveau cultural du peuple et se trouvant dans l'impossibilité d'atteindre ce but par la fondation d'écoïes en langue albanaise dont l'enseignement était strictement interdit par les Turcs, ils recoururent à l'instruction grecque qui était très répandue en Turquie, pour ne pas dire qu'elle était la seule accessible aux orthodoxes de l'Empire ottoman. A cette époque, ces institutions scolaires, comme d'autres fondées par les communautés religieuses, n'avaient souci que de répondre au mieux au but pour lequel elles avaient été créées. Mais depuis que les Grecs se sont mis dans l'esprit de reconstituer l'empire des Commène et que le patriarche s'est fait l'instrument servile de cet impérialisme aveugle, les institutions religieuses et scolaires patriarchistes ont changé d'esprit. Il ne s'agissait plus de répandre la lumière de la foi par l'enseignement, mais de propager toute idée favorable au but politique qui était de combattre toute aspiration nationale qui n'était pas grecque pour arriver à gréciser tous les orthodoxes des Balkans.

Telle était la tendance des institutions à Koritza, comme ailleurs. Toutefois cette ville n'a pu être gagnée à la cause grecque. Certes, les grécisants ne manquent point, mais, recrutés parmi les fanatiques et les stipendiés, leur influence comme leur nombre y sont nuls. Tous les étrangers qui ont visité Koritza ont reconnu, à première vue, le caractère purement albanais de cette cité. D. B.

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