VIII. — Dispositions temporaires
Nous avons donné plus haut le tableau de la milice albanaise telle qu'elle pourrait exister quand le pays aura atteint son entier développement.
(1) Nous pensons que le Cabinet albanais ne devrait comprendre que 3 ou 4 ministres; la milice et la gendarmerie ressortiraient au Ministère de l'Intérieur.
Pour le moment on ne pourrait que commencer d'une façon très modeste et très prudente cette organisation.
Ainsi, il est certain que Ton ne pourrait pas encore ui'ganiser les cadres correspondant 'à$ix dix brigades Beaucoup de raisons s'y opposeraient. D'abord le manque d'officiers et de sous-ofliciers, puis le défaut de ressources, enfin, la nécessité de ne pas inquiéter l'Europe par des mesures de préparation militaire trop étendues, des achats importants d'armes ou de matériel, etc. On pourrait se contenter d'organiser d'abord le cadre de 5 brigades (ô bataillons, ô batteries, etc.), ce qui représenterait une force permanente de 5 à 6.(KK.> hommes (1).
Une fois constitués, ces cadres permettraient d'instruire par an une dizaine de mille hommes, non permanents.
Les garnisons des 5 bataillons pourraient être a Scutari, Durazzo, Elbassan, Berat, Arghyrakastro. Des compagnies seraient détachées à Tirana, Avlona, Koritza.
Il faudrait d'abord régler la question des cadres. On pourra, sans doute, trouver un assez grand nombre d'anciens officiers et sous-officiers ottomans, susceptibles de rendre de bons services. Il conviendra de les employer. Mais ils ne peuvent suffire, et cela pour deux raisons (sans parler de la question du nombre au sujet de laquelle nous n'avons aucune donnée).
En premier lieu on peut penser que le passage par l'armée turque n'aura pas toujours été une bonne école pour les Albanais. Les Turcs sont, en général, peu actifs, sans aucune initiative, sans persévérance. Ceux qui sont instruits le sont presque toujours superficiellement. Ils écoutent docilement ce qu'on leur enseigne, mais ne cherchent pas à s'en pénétrer et oublient facilement les leçons reçues. Aussi, quoique susceptibles de faire un bon service quand ils sont dirigés et surveillés de près, ils s'abandonnent vite, dès que la surveillance cesse, à leur indolence naturelle.
Les Albanais, grâce à leur intelligence plus ouverte, à leur caractère plus vif, à leur volonté, sont capables de faire beaucoup mieux. 11 serait donc fâcheux de laisser, dès le commencement, s'implanter dans la milice albanaise, les traditions de l'armée turque.
<1i Encore, ces unités pourraient-eHe être constituées successivement.
Une autre raison est que, jusqu'à présent, tous les officiers ottomans et presque tous les gradés étaient musulmans. Or, il convient d'éviter soigneusement de donner à aucune institution albanaise, une caractère confessionnel.
La milice albanaise doit être nationale, mais pas plus nmsulmane que chrétienne. Il est à désirer que les officiers et les gradés aussi bien que les soldats se répartissent à peu près dans la proportion des diverses confessions sur la population totale du pays.
Pour ces deux motifs, il serait nécessaire, pendant quelques années, dix ans par exemple, de faire appel, pour Ja première organisation, à des officiers, et si possible, à des sous-officiers, étrangers. Ces derniers seront naturellement libérés du service dans leur pays. Quant aux officiers, ils pourraient être en congé, démissionnaires* ou retraités, mais dans tous les cas, devraient entrer individuellement au service albanais, sans autre intervention de leur gouvernement que l'octroi d'une autorisation si celle-ci est nécessaire.
Les candidats seraient admis en tenant compte seulement de leurs aptitudes physiques, morales et professionnelles, des références fournies sur leurs services dans leurs jîropres pays, et de leurs dispositions pour l'étude de la langue nationale. Ils pourraient être reçus sans distinction de nationalité, sauf en ce qui concerne les sujets des Etats limitrophes, Monténégro, Serbie et Grèce qui seraient exclus.
Mais il n'y aurait aucune raison d'exclure systématiquement les ressortissants des grandes Puissances, non plus que ceux des Etats balkaniques naturellement amis de l'Albanie et intéressés à ses progrès, comme la Bulgarie et la Roumanie.
Il serait à désirer que, parmi les officiers ou gradés ainsi engages, se trouvent, en assez grand nombre, des Italiens, des Français, des Espagnols. Les Albanais sont un peuple méridional, à demi latinisé, dont le caractère se rapproche beaucoup de celui des peuples latins, particulièrement des Italiens et des Français du Midi. Des instructeurs venant des pays latins d'Occident comprendront bien mieux la mentalité albanaise et s'y adapteront plus facilement que des Scandinaves ou des Néerlandais. Des éléments particulièrement aptes à
rendre de bons services en Albanie seraient, d'une part, les Albanais de rilalic méridionale et de la Sicile, gi*âce à leur connaissance de la langue, et de l'autre, les Corses, dont les mœurs et le caractère offrent de si curieuses ressemblances avec ceux des Albanais.
L'emploi d'instructeurs étrangers présenterait, au commencement, certaines diflicultés à cause de la langue. Il y aurait lieu d'exiger des candidats, la connaissance préalable de l'italien ou du français et d'employer provisoirement ces langues comme langues auxiliaires de service. En outre, les officiers et gradés admis au service albanais seraient tenus d'apprendre le plus vite possible la langue nationale, qui, pour des gens parlant une langue latine, ne présente pas de trop grandes difficultés.