CHAPITRE VIII
SI tout ce que je viens de dire est la vérité, répéterons - nous toujours que le Sud n'avait pas le droit de se séparer? Il est difficile de s'imaginer ce qui donne à une nation le droit de changer son gouvernement, si une série d'événements comme ceux que nous avons exposés ne donne pas ce droit. Je crois que le droit de sécession est si clair que, si le Sud ne s'était déterminé à faire ce qu'il a fait que parce qu'il ne pouvait supporter Vidée d'être battu dans une élec-
tion, comme un écolier qui se fâche parce qu'il ne gagne pas au jeu qu'il joue, et s'il avait déféré la question à n'importe quelle cour de justice en Europe, il aurait obtenu gain de cause. Mais si quelqu'un diffère avec moi d'opinion sur ce point, je ne me sens guère disposé à soutenir contre lui une discussion à ce sujet, qui me paraît, en somme, de la plus mince importance. Les Sécessionnistes peuvent bien dire avec Hallam : — « Que Dieu nous garde de soumettre nos libertés à un jury d'antiquaires! » S'il y a quelque chose de surprenant, c'est qu'il y ait des gens qui aient cru devoir s'étendre autant sur un pareil sujet.
Mais il y a des arguments sur lesquels on s'appuie, dans l'intérêt du Nord, pour prouver l'illégalité de la sécession; ils sont, je crois, au nombre de trois principaux : — P le Gouvernement des Etats-Unis est le meilleur qui existe au monde ; — 2*^ la s霻sion est une rébellion des Aristocrates contre la Démocratie, et ceci est l'argument favori de M. Bright, chez qui la seule idée d'un Aristocrate, même séparé de lui par toute la largeur de l'Atlantique, fait le même effet qu'un chiffon rouge sur un taureau; — 3° l'esclavage est une terrible chose : et ce cri est répété avec frénésie par des centaines de voix que domine celle de notre Secrétaire actuel du Foreign Office.
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Quant au premier argument, il suffira de rappeler ce qui a été dit à la Chambre des Communes par un membre du Gouvernement actuel — je crois que c'était Lord Palmerston — sur un sujet dififérent. Après une de ces tirades extraordinaires dont les députés de l'Irlande avaient coutume de régaler la Chambre au sujet de l'Italie, tirades dans lesquelles on avait l'habitude d'injurier le Roi de Sardaigne dans un style qui n'est guère employé dans une société de gens comme il faut, et où les souverains du sud de l'Italie étaient représentés comme faisant jouir leur sujets du régime le plus heureux que la bienveillante Providence ait jamais fait descendre sur la terre pour la prospérité du pécheur, tandis que celui du Piémont était dénoncé comme faisant gémir son peuple sous le poids de la plus effrayante tyrannie, — l'orateur Ministériel répondit que probablement tout cela était vrai, mais qu'apparemment les Italiens ne le pensaient pas, et que si ce misérable peuple était assez peu éclairé pour préférer cet exécrable gouvernement à l'ancien, qui était si paternel, c'était son affaire. Cette réponse fut acclamée par le côté Libéral de la Chambre. Je m'imagine que beaucoup de ceux qui ont pris part à ces acclamations ne trouveraient pas la chose si claire, si les mêmes paroles étaient répétées en substituant le mot ** Confédérés» au mot « Italiens.»
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Le second argument a un double défaut. D'abord le fait n'est pas vrai, et s'il l'était, l'application n'en serait pas exacte. Un gouvernement aristocratique est peut-être une mauvaise forme de gouvernement, et une classe aristocratique peut avoir de grands et fâcheux défauts ; mais ce serait peut-être aller trop loin que de dire qu'une telle classe ne mérite pas autre chose que d'être détruite comme une bande de loups ; et que si une démocratie avait le pouvoir de la frapper et jugeait convenable d'user largement de ce droit, ladite classe devrait supporter les coups avec la patience d'un agneau, sans essayer même de s'y soustraire, et se montrer reconnaissante de l'honneur que lui feraient, en la traitant ainsi, les grands et glorieux «représentants du peuple.»» Mais si ces grands et glorieux représentants n'étaient pas même ceux de leur peuple, mais d'une collection d'étrangers, peut-être ce fait, en dépit du vote par lequel ils se déclarent euxmêmes la plus grande nation de la terre, pourraitil être admis, par le plus violent démocrate comme une sorte d'excuse pour regimber un peu. En somme, en admettant l'argument comme vrai dans son entier, en supposant les Etats du Sud comme autant de Venises, avec tout l'appareil du gouvernement Vénitien, le Conseil des Dix et tout le reste, les i^'ouvernauts ont ceijondant réussi à s'identitier avec
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le peuple qu'ils régissent d'une façon assez remarquable. C'est une chose curieuse qu'un grand nombre des plus violents anti-Confédérés soient aussi comptés parmi les plus chaleureux amis des Polonais, ou, en d'autres termes, partisans d'une des aristocraties les plus oppressives qui aient jamais été connues. Je me demande si, dans le cas où les Russes en viendraient à trancher la tête de leur Czar et à fonder une démocratie avec un Président élu tous les quatre ans, la manière de voir de ces messieurs ne subirait pas quelques modifications.
Mais en fait il n'y a rien de vrai dans l'idée émise. Si elle avait quelque chose de fondé, je n'aurais aucun intérêt particulier à la discuter. Il y a à l'étranger une idée bien générale, qu'un gouvernement aristocratique est nécessairement un mauvais gouvernement. Les deux autres systèmes, la monarchie et la démocratie, ont chacun d'ardents adhérents; mais celui qui se trouve placé entre les deux en a fort peu, et ceux mêmes qu'il possède semblent n'accepter ce nom qu'avec réserve. Sir G. Cornewall Lewis lui-même, alors que la logique de son livre sur «Les Formes de Gouvernement » amène nécessairement à cette conclusion que c'est celle qu'il préfère, laisse plutôt déduire cette conséquence qu'il n'en fait la déclaration positive. Je ne puis considérer cette manière de
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voir ni comme juste ni comme sensée. Il n*y a pas de forme de gouvernement qui convienne à tous les temps et à tous les pays, mais toutes les trois peuvent convenir à un temps et à un pays déterminé; et en supposant toute liberté d'action et Tabsence déraisons particulières pour préférer une forme à une autre, je crois que la balance des arguments est en faveur de la forme intermédiaire. « Une aristocratie avec des idées libérales, » disait un jour le Times, « offre le plus de sécurité à la liberté. » Il se peut que j'aie quelques préjugés de naissance ou d'éducation, par lesquels je me laisse influencer sans en avoir conscience, mais s'il était vrai, ces préjugés devraient me pousser à m'efforoer de croire que les hommes du Sud sont aristocrates. Si, avec cette constance dans le péril qui est peut-être le plus haut titre de gloire des Vénitiens et qu'ils possèdent dans une bien plus grande mesure encore, ils avaient une teinte légère des institutions Vénitiennes dans ce qu'elles ont de moins sujet à la critique, je ne vois pas pourquoi je les en estimerais moins pour cela, et je suis parfaitement désintéressé en désirant prouver que cette teinte n'existe môme pas.
J'imagine qu'il existe, dans certaines parties des Etats du Sud, quelque chose qui approche d'une aristocratie: c'est une classe d'hommes qui possè-
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dent la même terre qui a été possédée avant eux par leurs grands-pères et qui peuvent prétendre à quelque chose de semblable à des aïeux. Si quel* qu'un pense que ce puisse être l'objet d'un reproche, on est fondé à l'adresser. Mais cette classe, si elle existe (car je n'en sais trop rien), ne peut, je crois, s'étendre au delà des anciens établissements des Etats de l'Atlantique. Et là il n'y a pas trace d'un gouvernement aristocratique. L'idée que les Nordistes ont réussi à répandre parmi leurs partisans de ce côté de l'Atlantique, qu'il existe une classe limitée de grands propriétaires du sol, énormément riches et vivant au milieu d'une vaste population de nègres qu'ils tiennent dans un état de cruel esclavage, et une autre classe appauvrie et dégradée, appelée ««mean whites», qui passe sa vie dans les tavernes, flattant les maîtres par intérêt et frappant les esclaves par plaisir '— est non-seulement une erreur, mais une absurdité.
On aurait tort de dire qu'il n'existe pas quelque chose comme une aristocratie dans les Etats-Unis. Il y en a une, il est vrai, que celles de Sparte, de Rome ou de Venise n'auraient pas été flattées de reconnaître avoir quelque ressemblance avec elle, car ses membres n'ont pas la prétention d'être des hommes d'État, et ils répudieraient la qualificar tion de gentlemen. Mais si une classe d'hommes,
par droit de naissance ou autrement, réussit à perpétuer le gouvernement dans ses mains et à en exclure le peuple, une telle classe peut, à bon droit, mériter ce nom, môme lorsque ses membres ne sont que des agioteurs de bas étage. Cette aristocratie est la classe des faiseurs de Présidents dont j'ai déjà parlé, et ce n*est pas dans le Sud qu'elle dicte ses lois, mais dans le Nord.
C'est une chose surprenante comme les mots tendent à perdre leur véritable signification. Dans le Sud, c'est le suffrage du peuple qui prévaut réellement, et; sous ce régime, le peuple élit pour les services publics ceux qui en ont le plus d'aptitudes. Il se peut très-bien que la fortune héréditaire, en donnant la possibilité de l'éducation, le loisir, l'habitude du commandement et de l'indépendance, désigne ceux qui la possèdent comme les plus aptes à remplir le but qu'on se propose; mais elle ne leur confère pas le droit de nomination. Et cependant ceux chez lesquels ce système prévaut sont qualifiés d'aristocrates par ceux-là mêmes qui se font les marionnettes des meneurs d'élections du Nord. La vérité est que le Sud est devenu de plus en plus démocratique. Au commencement de l'Union, plusieurs des Etats qui le composent avaient coutume de faire nommer par leurs Assemblées Législatives les électeurs présidentiels. Par la suite des
temps, cette mesure fut révoquée comme n'étant pas assez démocratique, et la nomination fut renvoyée directement au peuple. Nous avons vu quelle signification cela a dans le Nord. Dans le Sud, le fait est plus réel. Là le peuple est plus disposé à se laisser influencer par ses chefs naturels, et par conséquent il échappe à l'inconvénient d'être commandé par une classe d'hommes comme ceux auxquels il est donné d'usurper le pouvoir dans l'autre section. Dans un Etat seulement les anciens usages ont prévalu ; et naturellement le Nord lui fait le reproche d'être aristocratique. Je n'imagine pas que, dans la position des choses, ses détracteurs aient de bien bonnes raisons pour se glorifier de leurs avantages sur lui. Cet Etat est la Caroline du Sud.
Le mérite supposé d'une aristocratie est d'entretenir le talent politique et la faculté de faire face aux dangers avec résolution et avec constance; ses défauts supposés sont une certaine hésitation dans l'action, quelque chose comme de la timidité, et le manque d'impulsion et de générosité. Partout où il existe une certaine influence démocratique, ces défauts sont moins saillants, et, par conséquent, ils apparaissent moins dans les histoires de Rome et d'Angleterre que dans celles de Sparte, de Carthage et de Venise. Le meilleur gouvernement sera celui qui pourra réunir les mérites des deux en prenant le
moins possible de leurs défauts respectifs. Dans les vieilles républiques Lombardes, il semble que cette idée a été entrevue, et c'est ce qui a fait imposer la nécessité légale de prendre les chefs, même des plus jalouses démocraties parmi tes nobles; c'est aussi ce qui fait qu'on voit toujours reparaître les mômes noms sur la liste des consuls, des gonfaloniers, des podestats, ou quel que soit le titre qu'on donne à ceux qui sont appelés à gouverner dans les villes les plus turbulentes et les plus fières. Si ces qualités peuvent être prises comme pierre de touche, je pense que nous devrons arriver forcément à cette conclusion, que les Etats de la Confédération contiennent juste autant d'aristocratie et autant de démocratie qu'il convient pour leur bien. Si l'habileté qui guide leurs conseils, la dignité de leur conduite envers les pays étrangers, la modén^ tion et la convenance qui marquent les rapports de leur législature avec leur pouvoir exécutif, sont les indices de l'existence d'une classe exercée aux devoirs du gouvernement, et si l'inflexible héroïsme avec lequel ils ont supporté une lutte longue, sanglante et inégale prouve qu'ils sont capables d'une ténacité dans leurs résolutions qui se .rencontre rarement dans une démocratie, ils me semblent aussi, autant que j'en puis juger, exempts des vices qui entachent l'autre forme de gouvernement repu-
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blicaiu. Les deux Etats du Sud que j'ai choisis comme types des deux sections qu'on peut supposer comme divisant la Confédération sont aussi ceux qui sont considérés comme les plus aristocratiques. Et je crois que, si l'on peut accorder quelque confiance à ce que j'ai dit, la Virginie ne peut être accusée d'un manque de générosité, et la Caroline du Sud d'un manque de promptitude dans la décision. Il me semble que les admirateurs de la démocratie font preuve de peu de clairvoyance en ne prenant pas le parti du Sud. Ils y sont fortement engagés par cette question : — « Qu'est devenue maintenant votre République modèle? »» Et ils se donnent tous les droits possibles à passer pour insensés s'ils persistent à ne porter leur regard que du côté du Nord. Mais ils pourraient se placer sur un terrain plus solide que jamais, s'ils voulaient un instant écouter leur raison de préférence à leurs passions, et s'ils arrivaient à dire : — «Vous qui êtes effrayés de la plus légère extension donnée à la liberté, regardez ce qui est fait par un peuple Anglais d'origine sous le régime du suffrage universel. Ce spectacle n'est-il pas de nature, plus que tous les raisonnements, à vous convaincre qu'il faut répondre par l'affirmative à la célèbre question de M. de Montalembert : — L Angleterre démocratisée restera-t-elle libre? "
J'ai pensé devoir m'étendre autant sur cet argument, parce qu'il est le seul qui soit mis en avant avec une parfaite sincérité. Il repose non sur la raison, mais sur les passions et sur les préjugés; et je pense que si Ton pouvait une bonne fois bien comprendre que les Gouvernements du Sud ne sont pas constitués comme l'était le Gouvernement Vénitien, beaucoup de ceux qui ont des sympathies ardentes pour l'Union Fédérale arriveraient peut-être à voir qu'il y a quelque chose à dire en faveur de l'autre côté.
Quant au troisième argument, j'ai déjà suffisamment parlé sur l'esclavage et je n'ai pas besoin d'entrer bien avant dans la question. Je ne puis m'empêcher de croire que cet argument n'est mis en avant que comme un prétexte. Quand on considère que l'esclavage est une chose qui a existé depuis le commencement du monde — que, bien que vu avec regret par les hommes éclairés et humains, il n'a jamais été jusqu'au siècle présent considéré comme un crime — que son existence a été positivement reconnue par l'Ancien et par le Nouveau Testament sans un mot qui le condamne — que la loi des Juifs sur la matière nous ferait pousser des cris si elle était publiée de nos jours, par exemple, dans la Louisiane — que les anciens sages de la Grèce et de Rome, qu'on nous a appris à vénérer depuis notre enfance,
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bien plus, que plusieurs des Pères de l'Eglise Chrétienne étaient propriétaires d'esclaves, et que Washington, dont le nom est respecté, et avec justice, des deux côtés de l'Atlantique, était aussi propriétaire d'esclaves, sans que personne l'en estimât moins pour cela , — on est tenté de se demander si toute l'indignation qui se manifeste de nos jours contre l'esclavage n'a pas quelque autre but que l'on ne juge pas convenable d'avouer. Et quand on remarque que le cri de réprabation est poussé par les habitués d'Exeter Hall, plus haut peut-être que partout ailleurs, il est difficile de ne pas éprouver un peu d'irritation, quand on songe à la part que ceux qui sont révérés là comme des hommes de bien ont pris à la question. Je m'étonne qu un sentiment de honte ne vienne pas remuer le cœur et faire rougir les fiers orateurs de cette institution et de celles qui lui sont corrélatives dans la Nouvelle-Angleterre, quand ils se rappellent que Newton était subrécargue à bord d'un négrier — qu'il ne se sentait nullement troublé dans ses méditations célestes par le voisinage de cette masse fétide d'êtres humains, entassés dans les plus misérables conditions, dans Tentre-pont de son navire, et qu'il avait coutume de trouver un grand soulagement dans les pensées qui avaient rapport au commerce dans lequel il était engagé, et que la Caroline du Sud et d'autres gou-
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vernements luttaient pour détruire, en dépit des tonnantes prohibitions de l'Angleterre — le Roi, les Lords, et les Communes s'unissaient dans un même sentiment — contre une semblable présomption de leur part; — ou quand au milieu de leurs dénonciations contre les propriétaires d'esclaves, qu'ils vouent à Tenfer et à la damnation éternelle, il pourrait leur revenir à l'esprit que Whitfield était un de ces propriétaires d'esclaves, et qu'il a élevé la voix pour faire entendre ses lamentations parce que la Géorgie se déclarait opposée à ce commerce. Ces hommes de bien (car ils l'étaient, quoique l'un fut propriétaire d'esclaves et que l'autre en fit le commerce) ne pouvaient guère s'attendre qu'il viendrait un temps où ceux qui les considéraient comme des saints se feraient les plus violents accusateurs des descendants des colons de la Géorgie et de la Caroline du Sud, non pas pour s'être opposés à l'établissement de l'esclavage, mais pour n'avoir pas réussi dans leur opposition, et comme en possession d'une institution qu'ils avaient fait tous leurs efforts pour leur imposer contre leur volonté.
Et pourquoi, ô ennemis déclarés de l'esclavage ! n'éleviez-vous pas la voix contre la guerre qui s'est faite il y a dix ans? N'avons-nous pas répandu le plus pur de notre sang pour maintenir l'esclavage? Si l'esclavage est un crime aussi mons-
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trueux, devions-nous combattre pour lui comme nous l'avons fait? Existe-t-il quelques-unes de ces raisons problématiques et douteuses qui rendent possible un dérangement de la balance du pouvoir-, à opposer à ce qui vous semble être notre devoir sur cette question? Whitfield et Newton auraient pu s'excuser en disant que, s'ils importaient des esclaves, c'était pour en faire des Chrétiens et les civiliser. Mais quel est le sort des filles de la Circassie qui sont enlevées et vendues sur le marché pour approvisionner les harems de Constantinople? C'est un point tout à fait discutable de savoir si l'occupation par les Russes de la reine du Bosphore, qui n'était cependant que dans les possibilités très-éloignées, aurait fait le moindre mal à l'Angleterre ; mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle aurait eu pour effet de laver l'Europe de la souillure de l'esclavage. Pourquoi vos voix ne se sont-elles pas fait entendre alors ?
Et vous, fiers Radicaux, soutiens des droits de l'homme et de tout le reste ! ne nous avez-vous pas exalté l'Amérique et les institutions Américaines pendant assez longtemps en prétendant que nous devions les imiter? Et l'esclavage n'étaitil pas une de ces institutions? Il est vrai que vous ne nous avez pas dit que cette institution particulière devait être choisie pour être imitée ; mais avez-vous
élevé la voix d'une manière bien violente contre elle ? Qu avez-vous dit de ces nouvelles qui ont fait tant de sensation il y a quelque temps? N'étaientelles pas exagérées, dépourvues de charité et tout ce qu'il y a de plus mauvais? Pensiez-vous que le manifeste de Stafford House était sage? Vous êtesvous joints à ce cri d'indignation qui s'est élevé contre les prototypes de Legree? Oh! non! Nous ne pouvons pas dire un mot contre l'esclavage ; nous ne devons pas heurter les sentiments de nos frères d'Amérique; ils reconnaîtront, par la suite, que l'esclavage ne rend pas ce qu'il coûte, et ils l'abandonneront ; un langage violent ne ferait que les irriter et les engager à le maintenir. Sages et judicieux conseils, et si vous aviez pu les faire pénétrer chez vos amis du Nord, cela ne leur aurait pas fait de mal. Mais comment se fait-il qu'après avoir eu de si douces paroles pour les hommes du Sud, alors qu'il fallait les considérer comme de profonds criminels, ou tout au moins d'égoïstes débauchés , votre valeur anti-esclavagiste commence à se montrer lorsqu'ils ont, contre toute attente, développé les plus hautes qualités dont aucune nation ait jamais fait preuve, et au moment même où ils sont engagés dans une lutte mortelle pour tout ce qu'il y a de plus cher, soit dans l'Ancien, soit dans le Nouveau monde, avec un ennemi d'une supériorité de force
écrasante? Cette guerre n'a-t-elle pas fait voir, que quelque mauvais que puisse être Tesclavage, en lui-même, dans tous les cas, il n'est pas dans la pratique la monstrueuse tyrannie que nous supposions? Est-ce là votre justice? Est-ce là votre générosité? Est-ce là votre sympathie pour les nations en lutte ? Se peut-il que vous ne puissiez pardonner aux Confédérés d'avoir fait crouler par la base vos discours de hustings, dans lesquels vous aviez coutume de vous étendre sur la perfection de la République modèle, et de prouver combien toutes choses étaient mieux réglées là-bas qu'ici, et combien seraient grands les avantages qu'on pourrait obtenir en appliquant votre remède de prédilection à notre Constitution? Nous avions coutume de rire des journaux étrangers qui expliquaient les vœux que nous formions pour la cause Italienne, en faisant ressortir que nous avions quelque chose à gagner, pour nos intérêts privés, à ce qu elle réussît. Peut-être, en ce qui vous concerne, n'avaient-ils pas si grand tort après tout.
Il est étonnant combien le goût des discours à l'Américaine, sur ce sujet, s'est répandu en Angleterre. Il a envahi jusqu'aux membres du Cabinet : Lord Russell lui-même n'y a pas échappé. Quand, dans son célèbre discours de Blairgowrie, pendant qu'il passait en revue les affaires du monde pour le
plus grand bien des fermiers du Perthshire, il en est arrivé à la guerre d'Amérique, il a commencé par exprimer l'espoir que nul dans son auditoire n'avait perdu l'horreur de l'esclavage; puis il leur a accordé la faveur d'une harangue qui avait pour objet de raviver chez eux ce sentiment, en s'abstenant de toutes ces réserves, pour qu'on ne confondit pas le péché avec les pécheurs, ce qu'il n'eût pas manqué de faire avant la guerre. Il les a laissés sous cette impression que, s'il était vrai que les gens du Sud avaient le droit de se séparer (de «se révolter,» a-t-il dit), néanmoins il était fort à désirer qu'ils échouassent, et que nul Anglais digne de ce nom ne devait éprouver aucun regret si, quand la paix, si désirable pour notre commerce, arriverait, elle amenait avec elle la domination du Nord. Cette tendance s'est fait jour encore plus fortement dans sa réponse à Lord Derby sur la question des béliers à vapeur. Il était accusé d'outrepasser injustement, s'il ne la violait pas, la loi Anglaise, et cela dans un intérêt politique ; et il ne put répondre sans informer la Chambre des Lords, en concluant, qu'il n'avait de sympathies ni d'un côté ni de l'autre dans cette guerre, parce que ni l'une ni l'autre des parties belligérantes n'avait au sujet de l'esclavage les vues qu'il aurait désirées. Il aurait tout aussi bien pu dire que les peuples des deux partis avaient un vilain
accent ; cela aurait eu tout autant de rapport avec les droits et les torts de la guerre, ou avec la justice de sa conduite envers MM. Laird, ce qui, par parenthèse, était la question soumise à la Chambre. Supposons que la sécession du Sud soit complètement illégale et sans motif; ou plutôt détournons complètement nos yeux de la question, et supposons les causes de la lutte enveloppées de la plus complète obscurité. Trouverons-nous, dans les circonstances de la guerre elle-même, quelque chose qui nous pousse à prendre parti plutôt pour un côté que pour l'autre? Ces circonstances ont été trèsremarquables ; cette lutte a été signalée au plus haut degré par l'exhibition des qualités bonnes ou mauvaises que la guerre peut mettre en saillie. Elle a produit une insouciance de ia vie humaine ; •— un mépris des principes ; — un oubli des engagements ;
— une prodigalité dans les dépenses presque sans parallèle ; — une corruption profonde et immensément étendue parmi les classes qui ont un rapport quelconque avec le Gouvernement ou avec la guerre ;
— une dette énorme, si énorme qu'il est presque certain qu'on se refusera à la payer ; — la propension à adopter les mesures les plus contraires à la loi ; — la foi publique scandaleusement violée tant envers les amis qu'envers les ennemis; — la liberté (les citoyens à la merci du pouvoir arbitraire ; —
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la liberté de la presse abolie ; — la suspension de Vhabeas corpus; — les emprisonnements illégaux;
— les arrestations nocturnes ; — les peines appliquées sans jugement ; — les cours de justice mises sous le contrôle des satellites du Gouvernement ; — les élections faites sous la pression militaire; — l'immoralité, aussi bien dans les paroles que dans les actions, s'insinuant profondément dans le pays;
— les spéculateurs et les agioteurs amassant des fortunes immenses prélevées sur la misère publique, et étalant avec ostentation leur richesse mal acquise en déployant un luxe de mauvais goût ; — la plus brutale inhumanité dans la conduite même de la guerre ; — les outrages infligés aux êtres sans défense : aux femmes, aux enfants et aux prisonniers ; — le pillage, la rapine, l'incendie, et le meurtre; — toutes les anciennes horreurs de la guerre barbare dont l'Europe commence à avoir honte, et de nouveaux raffinements de cruauté ajoutés encore comme pour illustrer le progrès accompli par notre siècle dans les connaissances humaines. Elle a également produit des qualités et des phénomènes dans le sens opposé : — une ardeur et un dévouement patriotiques qui seuls suffiraient pour nous rendre fiers du siècle auquel nous appartenons; — une unanimité comme on n'en a peutêtre jamais vu ; — une grande sagesse dans la lé-
gislation ; — une bonne foi sans, tache au milieu de circonstances extrêmement difficiles ; — une nette appréciation du danger, unie à la détermination d'y faire face jusqu'à la dernière extrémité ; — une abnégation résolue du pouvoir en faveur des chefs, auxquels ceux qui les avaient choisis pouvaient i^e fier, unie à la détermination également résolue de laisser toute liberté à la critique, et de ne pas permettre à ces mêmes chefs, quelque confiance qu'on eût en eux, de dépasser d'une ligne la légalité de leurs pouvoirs; — un héroïsme sur les champs de bataille et derrière les retranchements des villes assiégées qui peut marcher de pair avec tout ce que l'histoire peut fournir de plus admirable ; — une merveilleuse aptitude à subvenir à tous les besoins et à créer de nouvelles ressources ; — une audace chevaleresque qui rappelle le Moyen Age ; — le plus scrupuleux respect pour les droits de la propriété ennemie ; — les plus tendres égards pour le vaincu et pour le faible ; — la détermination de ne pas se laisser entraîner aux représailles par les plus brutales injustices, ce qui fait que , lorsqu'on se rappelle ce qu'ont été ces injustices, on se demande si, à leur place, on aurait agi comme ils l'ont fait (1). Probablement dans d'autres guer-
(1) Je ne regarde pas la prise du Fort Pillow comme une exception à ce que je viens de dire. Il y a eu là un combat très-acharné et
res , peut-être dans beaucoup d'autres, on a tu des contrastes semblables; mais je ne sache pas qu'ils se soient produits jamais d'une façon aussi saillante ; et ce qu'il y a de remarquable dans cette guerre, c'est que toutes les bonnes qualités se sont manifestées d'un côté et toutes les mauvaises de l'autre ; et si quelqu'un pense que c'est impossible, qu'il se rappelle la Vendée, où le même contraste s'est produit, mais à un beaucoup moindre degré.
Je ne suppose pas que, pour ceux qui ont tant soit peu suivi cette guerre, il soit nécessaire d'entrer dans les détails sur ces matières, et d'ailleurs je n'ai pas sous la main en ce moment assez de pièces justificatives pour faire ce travail de la manière complète qu'il exigerait, s'il s'agissait, par exemple, d'établir le fait pour s'on servir en faveur d'une motion faite au Parlement. Il me semble difficile d'exa-
1111 grand massacre de nègres. Sans doute les Confédérés, exaspérés par les récits des horribles cruautés exercées autre part par les nègres, n'ont fait que peu ou point de quartier; mais on a le témoignage des officiers du Nord qu*il n'y a pas eu de massacre accompli de sang>froid. Les faits d'incendies d'habitations, etc., dans la Pennsylvanie et dans le Maryland, qui ont eu lieu dans ces derniers temps, n'ont pas été accomplis de gaieté de cœur, mais n'ont été que des actes de représailles en réponse à certains actes particuliers de la part de l'ennemi. Si Chamhersburg a été brûlé, cela provient du refus fait par les autorités de payer la contribution qui était demandée en dédommagement de la destruction de certaines propriétés. En conséquence de ce refus, les Confédérés brûlèrent quelques édifices publics, le feu s'étendit et entraîna une conHagration générale.
gérer, lors même qu'on se servirait du langage le plus violent. Il est vrai qu'on ne peut guère dire que les atrocités des Fédéraux sont sans précédents, car ils n'ont rien fait de plus brutal que le sac de Magdebourg et que la dévastation du Palatinat. Mais, en ce qui concerne leurs adversaires, je n'ai pas augmenté de l'épaisseur d'un cheveu, ce que je crois en toute sincérité, en disant que les Confédérés ont, presque sous tous les rapports, dépassé tout ce qui peut être connu. Le plus splendide exemple de défense de ses libertés par une nation que le monde aitvujusqu'àce jour est peut-être (je n'en suis pas sûr, mais je le crois) celui de la Sicile à la fin du treizième siècle, et les Confédérés se placent bien au-dessus des Siciliens (1). Il y a peu d'actes de
(1) C'est faire un beau compliment aux Confédérés que de les mettre au-dessus des Siciliens. Je pense cependant que ce compliment, ils le méritent à tous égards. Les Siciliens furent excommuniés et frappés d'interdiction par plusieurs Papes successifs, à l'époque de la plus grande puissance de la Papauté; car, bien que le flot ascensionnel de la domination de Rome fût sur le point de se retirer, cependant ce n'était pas un fait clairement aperça par le monde. Mais je ne suis pas sûr que les cris qui ont été poussés contre le Sud, à propos de la question de l'esclavage, n'ont pas eu un plus puissant effet snr l'opinion publique en Europe que n'importe quelle l)ulle fulminée par la Papauté, même au treizième siècle. Et si les ennemis de la Sicile, dans un moment du moins, étaient plus nombreux et plus puissants proportionnellement à elle que le<; Fédéraux ne l'ont jamais été en proportion des Confédérés, leurs efforts ont été néanmoins tout aussi vigoureux et tout aussi soutenus que peuvent l'avoir été ceux des Fédéraux. En conséquence, et sur ce point de comparaison, les Etats du Sud peuvent
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couraye et de générosité, qui nous aient été transmis par rhistoire ou la tradition, qui ne puisse trouver sa contre-partie dans cette guerre. Des parents
prétendre à l'égalité. Mais il y en a trois autres sur lesquels on peut dire qu'ils ont emporté la palme. Le premier peut être considéré comme douteux. La cause du Sud n'a été souillée par aucune trahison, ni dans ses conseils, ni sous les armes. Mais il peut être mis en question si le fait de la trahison n'était pas, dans un sens, à Thonneur de la Sicile. Si le Président Davis devenait Empereur du Mexique, et comme tel engaï]reait une guerre vigoureuse (îontre ses anciens sujets dé concert avec le Nord, et s'il entraînait avec lui, dans sa trahison, une longue suite d'hommes parmi les plus distingués du Sud, y compris Lee, Breckcnridge, Semmes et Lamar Fontaine ; si la désertion de ces hommes avait pour conséquence non-seulement la perte de leur génie et de leur valeur, mais encore une grande étendue de territoire et plusieurs villes importantes en leur possession, et si, en dépit de tout cela, les Confédérés devaient sortir victorieux, peut-être la nation pourraitelle être considérée comme gagnant assez d'éclat pour contrebalancer la perte de ses plus brillants joyaux. Mais, quant à moi, je ne le trouve pas. Deuxièmement, cette complète unanimité qui a prévalu dans les Etats du Sud a manqué (à peine manqué, il est vrai) chez leur modèle et leur prototype. Nulle ville et nul district, dans toute l'étendue des Etats du Sud, n'ont mérité qu'on dise d'eux ce qui a été dit d'une ville de la Sicile : — « Quod Siculis placuit, sola Sperîinga negavit. » On a tenté avec persistance de démontrer que la Caroline du Xord soutenait la cause du Sud avec tiédeur, et, quoiqu'il me semble que le contraire a été abondamment prouvé, on peut cependant dire que cet Etat, s'il s'est bien comporté, ne s'est pas couvert de gloire au même degré que ses deux voisins au Xord et au Sud. Mais Sperîinga a résisté à son pays par la force des armes, et bien qu'engagée dans une mauvaise cause, sa valeur a fait rejaillir sur elle un certain lustre. Aucune armée Conf<;dérée n'a assiégé Raleigh ou Wilmington pour forcer l'adhésion de la Caroline du Nord. Troisièmement, l'humanité extraordinaire, qui doit être, je crois, considérée comme la plus brillante des plus brillantes qualités dont les Confédérés ont fait preuve, a été beaucoup moindre cliez les Siciliens. Elle ne leur
envoyant leurs enfants les uns après les autres pour mourir au service de leur patrie, et cela sans un murmure; — des femmes délicates quittant leur demeure pour aller dans les hôpitaux donner leurs soins à leurs compatriotes blessés, dépouillant leur maison de tout ce qui peut être utile et agréable pour procurer un peu de bien-être aux soldats, usant la chair de leurs doigts à leur coudre des vêtements; — des négociants, après avoir couru les plus grands risques pour forcer le blocus, envoyant le relevé de leur cargaison au Gouvernement en lui demandant de prendre ce dont il pourrait avoir besoin, au prix qu'il lui plairait d'en donner; — de riches propriétaires abandon-
manqua pas complètement après la première explosion de fureur, et dans tous les cas, ils so montrèrent de beaucoup supérieurs aux Angevins sous ce rapport; mais leurs mains n'ont pas été aussi pures du sang versé injustement que le sont celles des Confédérés. Il est vrai de dire que. dans le treizième siècle, l'humanité dans la gueiTC, pour ceux du moins qui n'étaient pas gentilshommes, n'était pas une doctrine aussi admise qu'elle l'est maintenant. Mais, d'un autre côté, l'humanité du parti le plus traitable, dans la guerre des Vêpres v'^iciliennes, est restée autant au-dessous de celle des Confédérés que la brutalité des plus cruels Angevins est restée inférieure à celle des Fédéraux.
Pour excuser cette note, je puis dire que j'ai eu dernièrement l'occasion de lire Les Vêpres Siciliennes j d'Amari, et que, non -seulement cet ouvrage confirme la conviction que j'ai toujours eue de l'extrême héroïsme de cette lutte, mais présente encore tant de points de ressemblance, même dans les plus petits détails, avec l'Amérique, que je me suis senti fortement poussé à en dire quelques mots.
nant la totalité de leurs propriétés à l'Etat, en ne se réservant qu'un faible revenu; — des individus levant des régiments à leurs frais, et servant dans ces régiments comme simples soldats ; — des écoliers et des collégiens se formant eux-mêmes en compagnies et offrant volontairement leur* services:
— de simples soldats dans les régiments abandonnant leur paye pour servir à procurer le nécessaire aux malades et aux blessés ; — des officiers supérieurs refusant, comme Outram, de prendre le commandement pour ne pas priver des compagnons d'armes de la gloire de finircequ'ils avaient commencé;
— des généraux privés de leur commandement pour avoir paru un instant inférieurs à ce qu'on attendait d'eux , se montrant prêts k prendre telle place où ils pourraient être utiles sous le commandement de ceux qui devaient les remplacer ; — des faits semblables se rencontrent presque dans chaque bulletin. Il y a une gloire plus grande à se montrer capable de pareils sacrifices qu'à accomplir les plus grandes actions de valeur ou à faire preuve de la plus opiniâtre énergie. Et même sous ce dernier rapport leurs exploits, sont merveilleux. Comme audace et comme abnégation, ils se passe constamment des faits qui, dans d'autres pays, seraient Tobjet d*éloges interminables, mais qui chez eux passent comme tout naturels et près-
que comme trop communs pour être signalés d'une façon spéciale. Il y a eu des exemples de corps d'infanterie recevant en ligne l'attaque de la cavalerie, et non-seulement soutenant le choc, mais se laissant à peine retarder dans leur marche ; — de troupes épuisées par deux jours de route et de combat, attaquées par des troupes fraîches et supérieures en nombre, et tenant pied pendant plus d'une heure jusqu'à ce que des renforts fussent arrivés; — de chaloupes canonnières prises par de la cavalerie ; — d'un navire faiblement équipé, avec des machines presque hors de service, et en si mauvais état qu'il était . parfaitement à la connaissance de ceux qui le commandaient qu'un seul coup i^uffirait pour les couler, s'aventurant, non par bravade, mais dans le but de communiquer avec une place assiégée, à passer sous le feu de toute une flotte , se traînant comme un serpent, à cause du mauvais état de ses machines, qui ne lui permettait pas de faire mieux, et frappant de terreur Tennemi par la seule vue de son intrépidité; — de marches et de batailles comme celles de Jackson dans sa campagne dans la vallée duShenandoah; — d'expéditions comme celles qui ont fait du nom de Stuart et de ceux de ses non moins dignes com patriotes, Ashby, Morgan, Forrest, et tant d'autres, un sujet d'orgueil étei*nel pour leur pays ; — de campagnes navales comme celles de
Y Alabama ; — de faits d'héroïsme individuel comme rexpédition de Lamar Fontaine à Vicksburg. Je crois que, si Ton voulait choisir un seul exemple d'acte de bravoure comme type des exploits des . Confédérés pendant cette guerre, ce serait le dernier que je viens de citer qu'il faudrait prendre. J'ignore si on peut trouver ailleurs un fait pareil. Mon ignorance ne prouve peut-être pas beaucoup. Mais des exploits comme celui du Romain Cominius, et celui de ce soldat Irlandais qui parvint à traverser l'armée ennemie qui assiégeait Lucknow, afin de porter des renseignements à Tarmée de secours qui s'approchait, sont dans le domaine public, et doivent être connus, même de ceux qui n'ont pas des connaissances bien étendues en histoire; et les personnes qui possèdent un degré très-ordinaire d'instruction ont droit de les connaître pour les ajouter au fonds commun des faits du même genre. Bien des gens savent quelque chose de Bayard, et n'ont jamais entendu parler de la Ligue de Cambrai ; ils ont connaissance de la mort de Sir Philip Sydney, sans savoir et sans s'inquiéter où elle a eu lieu. Je soupçonne que le nom de Lamar Fontaine n'est pas aussi célèbre dans ce pays qu'il mérite de l'être. Si le hasard eût voulu que ce fût un homme du Nord, nous aurions assez souvem: entendu parler de lui. Mais le Sud n'est pas
vantard. Il est presque à regretter qu'il ne le soit pas un peu plus.
Les faits accomplis par les hommes du Nord sont presque aussi remarquables que ceux de leurs ri vaux, mais c'est dans un autre sens. Les Confédérés se sont distingués parleur bravoure et leur dévouement. Les Fédéraux se sont distingués — en dépit de M. Roebuck et de certains récits de batailles un peu suspects, je ne dirai pas par leur lâcheté, mais — par leur cruauté et leur brutalité. Un savant professeur a publié une lettre dans laquelle il jette le même reproche à la face de l'autre parti, non pas cependant par rapport à sa conduite dans cette guerre, mais comme un des incidents de l'esclavage. «La pensée, » dit-il, « d'une belle quarteronne se tordant sous le fouet fait étinceler mes yeux de fureur. »» Il n y a pas lieu de s'en étonner, et il est impossible (le dire que pareille chose ne soit pas arrivée : peutêtre connaît-il une histoire de quarteronne fouettée, et nul ne manquera de partager son indignation. Nous reviendrons sur ce sujet.
Mais on peut faire de justes objections lorsque c'est contre le Sud spécialement que cette accusation est dirigée. Ressentir de la colère des mauvais traitements infligés à des femmes n'est certainement pas une raison pour sympathiser avec le Nord comme il semble le faire, quand bien même de sem-
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blables mauvais traitements ne mériteraient les re-
proches que lorsque la victime est une personne de couleur. J'ai déjà parlé des camps Fédéraux, où les nègres des deux sexes sont entassés comme des pourceaux, que cela leur plaise ou non, et de la terrible mortalité qui règne dans ces enfers anticipés. Mais les Fédéraux peuvent se défendre en disant que cela ne peut pas s'appeler des mauvais traitements infligés à des femmes, puisque les nègres meurent tout aussi bien que les négresses. C'est contre les femmes blanches d'origine que la chevalerie Yankee se fait remarquer. Savoir si l'outrage du fouet en particulier a été infligé est peut-être une question de médiocre importance, car elles ont soufiert tous ceux qui pouvaient leur être infligés par des soldats et des officiers brutaux et souvent ivres, depuis les menottes jusqu'à l'assassinat, en se servant souvent des nègres comme instruments et quelquefois comme acteurs principaux. Mais je croîs ([ue le fouet ne leur a pas été épargné, au moins dans deux parties du pays — dans le district du Trans- Mississipi et à Norfolk, où le brave Butler a exercé le pouvoir pendant quelque temps. Et si les rapports récemment parvenus sont vrais, ce preux chevalier s'est dernièrement surpassé lui-même. Les horreurs auxquelles les femmes ont été soumises dans la partie de la Virginie occupée par ses forces ne
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peuvent se raconter, dit le Times, dont le correspondant iait profession de ne parler que de ce dont il a une connaissance personnelle. Il se contente de dire qne qnelqaes-ones j ont saccombé. Le Professeur a-t-il pour ces faits quelques paroles d'indignation? ou son indignation se bome-t-elle aux cas où la victime est une femme de couleur, et où les mains qui la font souffirir sont celles des hommes du Sud? S'il en est ainsi, je crains bien que sa fureur ne soit pas la juste indignation naturelle d'un homme, mais Texaltation réglée et disciplinée de rhomme de parti.
On peut bien croire que, s'ils traitent les femmes comme ils le font, les Fédéraux ne doivent pas être beaucoup plus scrupuleux dans leur conduite à tout autre égard. Je n'imagine pas quaucune autre guerre, au moins dans ce siècle, — y compris celle où les Turcs et les Russes étaient engagés — puisse fournir des horreurs pouvant aller de pair avec celles de la guerre Américaine, horreurs qui ne se sont montées que d'un seul côté. Dans la première partie de la lutte, Lord Malmesbury appela Tattention de la Chambre des Lords sur un ordre barbare provenant du Gouvernement du Nord, qui déclarait contrebande de guerre les médicaments et les instruments de chirurgie. Je ne crois pas qu'il penserait que cela valût la peine d'être cité
maintenant. Chercher querelle aux Fédéraux aujourd'hui pour de telles raisons, ce serait absolument la même chose que si Ton avait blâmé Tilly de ne pas attendre ses prisonniers pour diner, ou que si Ton avait reproché à Tun des affidés de d'Erlach d'avoir volé une cuillère d'argent. Jeter à la mer une masse de pierres dans le
but de mettre pour toujours hors de service un port appartenant à l'ennemi ; — inonder un pays aussi grand que l'Ecosse, et noyer tous les êtres vivants, noirs ou autres, sans le moindre remords; — diriger une pluie de feu Grégeois sur la partie sans défense d'une ville assiégée ; — mettre à sac et brûler des villes ouvertes; — piller non-seulement les provisions et les munitions de guerre dans les magasins de l'Etat, mais les propriétés privées, les meubles, les tableaux et autres choses semblables pour enrichir les officiers et leurs femmes; — massacrer de sang-froid des gens ne prenant pas part au combat, en y ajoutant quelquefois la torture ; — souffrir que les prisonniers meurent sous l'intensité du froid pendant que leurs gardiens se chauffent et fument; — disposer les échanges de manière à rendre les prisonniers atteints de maladies, dans le charitable espoir qu'ils rapporteront la contagion chez leurs compatriotes ; — se montrer disposés à faire des échanges quand la balance n'est
pas en faveur de reniiemi, et jamais dans le cas contraire ; — confier la négociation de ces échanges à un bandit avec lequel aucun officier de Tennemi ne pourrait avoir de rapport sans se dégrader, et par là les mettre dans la position de traiter d'égal à égal avec un immonde assassin, ou de laisser leurs concitoyens périr dans des prisons qui auraient fait les délices des tyrans de l'Italie ; — envoyer un corps de troupes pour surprendre la capitale de l'ennemi, non pour s'en emparer, mais pour en incendier les maisons; — donnera ces troupes l'ordre écrit d'essayer de s'emparer du principal chef de l'Etat ennemi, ainsi que des membres de son Gouvernement, et si elles parvenaient à y réussir, de les massacrer à Tinstant et sur place ; — et se glorifier de semblables exploits comme de preuves d'habileté : — tels sont les caractères distinctifs de la vie militaire Fédérale. Et il y a eu des actes de brutalité pires encore. Quoique je n'aie pas fait de bien grandes recherches sur ce sujet et quoique en vérité je ne sois pas en position de les faire, si je le désirais, j'ai vu des choses rapportées dans les feuilles publiques sur les faits et gestes des soldats Fédéraux, tant noirs que blancs, qui sont bien suffisantes — je ne dirai pas pour faire étinceler les yeux, mais — pour donner la chair de poule. Généralement j'ai trouvé ces récits accompagnés de cette remarque,
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que d'autres atrocités ont été commises, mais qa*elles sont trop horribles pour être publiées. Nous avons lu qu'un général assez distingué du dix-septième siècle avait coutume de dire, comme une bonne plaisanterie, que ses soldats, ayant trouvé dans le sac d'une ville deux vieilles femmes qui n'étaient bonnes à rien de mieux, les mirent dans la soupe Je crois, en vérité, que ce général aurait été bien accueilli dans l'armée Fédérale, non moins pour cela que parce qu'il était de sang princier. Et cependant c'est dans cette armée que Garibaldi a exprimé le désir d'accepter un commandement. Le Professeur a-t-il encore un peu d'indignation en réserve pour des faits comme ceux-ci?
Un autre Professeur, dont les écrits seuls auraient suffi à sa réputation, a une réponse toute prête. Je ne me rappelle pas ses propres paroles, mais elles tendent à établir que jamais guerre n'a été conduite avec plus de douceur et de scrupuleuse humanité que cette guerre ne l'a été de la part des Fédéraux. Il dit qu'il est préparé à en donner la preuve; mais je n'ai pas entendu dire qu'il ait jamais tenté de le faire. Il a cependant su faire ce qui lui convient presque aussi bien. Je ne sais pas ce qui cause aux gens de son école le plaisir le plus pur — trouver que les Américains sont des saints ou que leurs compatriotes sont des scélérats. Il a décou-
vert un rapport de Sir Charles Napier, dans lequel il disait qu'il était honteux de la manière dont nos propres soldats s'étaient comportés dans une ville d'Amérique que nous avons prise pendant la guerre d'il y a cinquante ans; et il est si ravi de sa découverte qu'avec la joie du triomphe il en fait part au Daily News. Je crains bien que l'Angleterre n'ait trop longtemps combattu dans le monde entier pour ne s'être pas entachée de quelques cruautés dans la conduite de ses différentes guerres. Mais, quant à moi, je pense que, même en assumant sur nous la responsabilité des méfaits de la Compagnie Blanche d'Hawkwood , que même en envisageant avec le sentiment d'horreur Français le meurtre inique de Jeanne d'Arc, que même en se rappelant le Duc de Cumberland en Ecosse, et la prise de Saint Sébastien, et en refusant d'admettre aucune des excuses qui peuvent être invoquées dans ces différents cas, je pense, dis-je, que nous sommes encore la nation de l'Europe qui a le moins de reproches à se faire à cet égard. Et je crois que ce monsieur lui-même contribue à fournir une forte présomption de ce que j'avance. Si un critique malveillant, après avoir réussi à trouver une circonstance où nos soldats se sont conduits avec cruauté, croit que le fait vaut la peine d'être publié et annoncé au monde, en criant bien haut : Eurêka! il
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est probable que c'est que le fait n'est réellement pas commun. Néanmoins, en accordant à ce patriotique philosophe que ses concitoyens sont d*aassi grands criminels qu il prétend le prouver, bien certainement les Fédéraux, qui nous laissent si loin derrière eux en toutes choses, auraient pu mieux faire que de suivre notre mauvais exemple, surtout ayant pour eux le progrès des lumières accompli depuis le dernier demi-siècle.
Mais le Professeur ne se lasse jamais de justifier les Fédéraux aux dépens de ses compatriotes, et le flésir ardent qu il en a Ta poussé à s'engager dans le parallèle historique le plus étrange qu'il fut possible de trouver. Dans l'esprit de quelques personnes, l'action la plus déshonorante qui a souillé la cause du Nord, plus que ses cruautés, ses brutalités, sa corruption et ses mensonges, a été la falsilication du Rapport de Mallory. Je ne sais pas si Ton a jamais fait remonter la responsabilité du fait au Président Lincoln ou à son Gouvernement; mais ce que je sais, c'est son empressement à en prendre avantage; et je n'ai jamais entendu dire qu'il ait exprimé qu'il en éprouvât le moindre déplaisir ou la moindre honte. Cet exemple, j'ai le chagrin de le dire, a été largement suivi dans le Nord, trop largement pour ([u'il soit possible de penser qu'un faux dont les conséquences sont heure uses est considéré dans ce pays.
du moins par la masse ,^ comme ayant quelque chose de honteux. Notre Professeur, piqué au vif par l'idée, non pas que les Yankees pussent commettre un faux dans un but politique, mais qu'on puisse avoir une plus mauvaise opinion d'eux pour cela, se précipite à leur secours en s'écriant : L'Angleterre a tout aussi mal agi. Et il appuie cette proposition, tant soit peu surprenante, sur Eikon Basilike. Je confesse que je sais fort peu de chose sur Eikon Basilike; j'ignore si le faux existe, oui ou non, et s'il a été commis dans un but politique. Cependant la chose est possible et peut être accordée. Or, en premier lieu, il y a quelque chose dé consolant à penser que, pour trouver un pendant dans notre histoire aux infamies de sesamis de l'époqueprésente, il a été obligé de remonter à deux siècles en arrière et à une époque où nos hommes politiques et notre vie publique étaient dans le pire état de dégradation et de corruption. Nous pourrions être très-disposés à croire, si quelqu'un nous le disait, que les Jacobites avaient fabriqué une proclamation avec l'intention de l'attribuer à Guillaume III, et nous serions enchantés de reconnaître que cette faction, qui n'était pas fort scrupuleuse, ne s'est pas au moins souillé les mains par un fait de cette nature. Mais, en second lieu, il est impossible de trouver entre les deux faits le moindre point de comparaison. Si on avait supposé
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Richelieu en dispositions de saisir le premier motif de querelle avec l'Angleterre, et si quelq^ae ardent Royaliste avait profité de l'occasion pour publier un ordre faux donné par Cromwell de s'emparer de tous les papistes étrangers qui seraient trouvés dans le royaume, dans l'espoir que le Cardinal saisirait ce prétexte pour servir d'excuse aux hostilités, ou tout au moins à des représailles, ce n'eût pas été un acte tout à fait identique au faux rapport de Mallory, mais présentant à peu près le même caractère. Le parallèle avec Eikon Basilike aurait existé, si quelque admirateur du Président Lincoln avait publié un volume d'hymnes en son nom, afin de le rendre populaire dans ce qu'on appelle «* le monde religieux. »♦ C'est à peine si j'ai besoin de dire qu'on faux de cette nature ne pourrait pas encore être vu du même œil que celui de Mallory.
Peut-être l'opinion la plus remarquable qui ait été émise par ce Professeur est^Ue contenue dans son assertion que les Confédérés n'avaient pas le droit de se séparer, parce que les nations étrangères avaient toujours regardé l'Union comme ne formant qu'un corps. S'il en était ainsi, cela montre que les auteurs de la Constitution avaient atteint le but qu'ils se proposaient. Ils ne se souciaient en aucune façon que les étrangers connussent les relations des Etats avec le Gouvernement Fédéral; mais ce qui
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leur importait, c'est que, pour le monde, il n'y eût pas une apparence de division, ou une tentation d'opposer les Etats les uns aux autres, et le seul moyen d'y parvenir c'était de donner à l'ensemble l'apparence extérieure d'une masse compacte. Mais il serait vraimentbien dur pour le Sud que tous ses droits fussent anéantis, par le seul fait que les étrangers n'en avaient pas connaissance. Je ne sais si l'on croit encore, sur le Continent, que les Anglais vendent leurs femmes dans Smithfleld. S'il en était ainsi, le Professeur pourrait sans aucun doute soutenir que tout homme fatigué de sa femme pourrait s'en défaire de cette façon simple et patriarcale. Une commission chargée de prendre l'opinion des cafés et des tables d'hôtes, dans les bourgades les plus isolées du Continent, pourrait faire un rapport qui aurait pour effet d'alléger singulièrement les travaux de la Cour des Divorces. Dans son admiration pour les Américains (pour ceux du Nord tout au moins) ce gentleman a été chez eux, ou chez leurs caricatures, apprendre comment on discute, pensant probablement que la logique, comment on l'entend à Oxford, est aussi arriérée que tout le reste de ce côté de l'Atlantique ; et s'il arrivait que quelque partisan du Sud vînt à dire devant lui quelque chose ayant trait aux droits des Etats, il en serait quitte pour lui dire : — « Vous vous trompez.
Monsieur, »» comme T Américain du roman de Dickens quand Martin Chuzzlewit s'aventure à dire que la Reine n'habite pas la Tour de Londres.
Oxford a raison d'être fier du Professeur Golwin Smith. Mais il lui aurait été difficile d'émettre de pareils arguments dans quelqu'une des « commonrooms >» de cette Université. En tous cas, je soupçonne fort qu'ils n'auraient pas passé sans être relevés.
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