Acte IV, Se. ii ^ La Question d'Argent
Math. Quel malheur, mon cher papa, que mon frère ne soit pas ici pour le mariage d'Élisa !
Jean. Il y sera, mademoiselle.
Dur. Qu'en savez-vous ?
Jean. Je viens de le voir. 5
Dur. Où donc?
Jean. Chez moi.
Mme. Dur. Comment se fait-il qu'en arrivant, sa première visite n'ait pas été pour son père ?
Jean. Maintenant que le danger est passé, nous lo pouvons tout vous dire.
Mme. Dur. Le danger !
Jean. Tranquillisez- vous, madame... Figurez-vous, madame la comtesse, que ce pauvre Gustave Durieu, à qui je serai toujours dévoué, car c'est 15 à lui que je dois l'honneur de connaître toutes les personnes qui sont ici : ce pauvre Gustave avait fait des lettres de change pour une misère... pour six mille francs, et on l'avait mené là-haut.
La CoMT. Là-haut? 20
Jean. Oui ; c'est le terme dont se servent les gardes du commerce pour ne pas dire Clichy ; mais Gustave m'a écrit, et ce matin, j'ai payé Mathieu, c'est le garde en question, et Gustave a été mis en liberté. 25
Math. C'est très bien, cela, monsieur Giraud. {Madame Durieu essuie ses yeux silencieusement^
Dur. Vous vous êtes mêlé là, mon cher Giraud, d'une chose qui ne regardait que moi.
La Question d'Argent 8«- Acte iv, Sc. u
La Comt. Monsieur Giraud a eu raison : le fils de monsieur Durieu ne doit pas être à Clichy.
Dur. Ils y sont très bien ! trop bien même, puisqu'ils y retournent. Je ne Ty aurais certainement pas laissé ; mais je voulais lui donner une 5 leçon.
Jean. Vous la lui donnerez une autre fois; il a souscrit des lettres de change, vous pouvez être tranquille, il en souscrira encore, puisqu'il y a toujours des gens assez bêtes pour donner leur 10 argent, leur bon argent contre des lettres de change de fils de famille. Si les jeunes gens s'entendaient, ils formeraient une société anonyme, au capital d'un ou deux millions de lettres de change ; ils les feraient escompter par ces misé- 15 rableâ usuriers à vingt-cinq ou trente pour cent, et moi, le banquier de la compagnie je me chargerais de faire rapporter soixante pour cent à l'argent encaissé. Ce serait une spéculation certaine, on pourrait créer des actions... secrètes, 20 comme toutes les bonnes actions. Il y a une idée dans tout, vous le voyez, mon cher Durieu ; et, en attendant, je ne pouvais pas permettre, dans mon intérêt même, que le fils de mon futur associé fût sous le coup d'une semblable pour- 25 suite; la raison l'interdisait... la raison sociale surtout.
Dur. C'est bien ! c'est six mille firancs que je vous dois.