I. — L’Empire byzantin
L'histoire du passé est nécessaire à l’intelligence du présent, et il faut prendre d’abord, à travers le moyen âge et les temps modernes, les différents acteurs du drame, pour les produire à leur rang, sur la scène où se traite la question d’Orient. Aussi bien, on constatera que, si l’histoire ne se recommence pas, elle offre pourtant parfois, entre des périodes très éloignées, de frappantes analogies.
En 395, à la mort de Théodose le Grand, l’empire romain fut partagé entre ses deux fils. Le plus jeune, Honorius, eut l’Occident ; l’aîné, Arcadius, eut l'Orient et Constantinople. L’empire d’Occident fut, en moins d’un siècle, détruit par les Barbares. L’empire d’Orient ne fut pas non plus à l’abri des invasions; les Wisigoths d’Alaric le pillèrent du nord au sud, du Danube à la Grèce. Mais il survécut à la tourmente ; et même, au vi® siècle, au temps de la grandeur des Francs Mérovingiens sous Clovis et ses successeurs, et de la grandeur des Ostrogoths sous Théodoric, Justinien régna encore sur un très vaste territoire. Il enleva la Dalmatie et l’Italie aux Ostrogoths, l’Afrique aux Vandales, la côte orientale de l’Espagne aux Wisigoths, contribua ainsi plus que Clovis à la destruction de l’arianisme, et refît de la Méditerranée un lac romain. Son nom fut grand entre tous ceux des empereurs d’Orient, et si son gouvernement fut troublé par des révolutions, par les luttes du cirque, si les dissensions religieuses divisèrent les Grecs en sectes acharnées les unes contre les autres et contre l’empereur même, CCS petites querelles firent peu de bruit dans le grand -fracas des victoires de Bélisaire et de Aarsès.