LES PREMIÈRES APPROCHES
ae Pierre le Grand. Elle entreprit en 1776, le long de labordure septentrionale du Caucase, la construction d'une ligne de forteresses qui fut la base solide des opérations de ses successeurs au travers et au sud de la montagne. Dans le même temps. Bernardin de Saint-Pierre lui apporta un projet élaboré par Voltaire pour la conquête de Khiva. Qui s’attendrait à trouver ces poètes en pareille aventure ? Il est vrai que l’expansion russe en Aisie, alors comme encore sous Napoléon, en était à la période de la rêverie. La réalité n’en devait pas être indigne. Bernardin de Saint-Pierre ne s’entendit pas avec le général russe' du Bosquet, et le projet fut abandonné. A la vérité, la grande Catherine poursuivait plus assidûment d’autres desseins.
Cependant le commerce de la Russie avec la Chine par '' la grande route du tract, à travers la Sibérie, était de plus en plus actif. Par lui naissaient et grandissaient d’importantes villes, Ekatérinembourg au pied de l’Oural et plus loin Tobolsk, Tomsk et Irkoutsk. Mais les marchands, entre Tomsk et Irkoutsk, à la hauteur de la grande plaine tureomane qui s’enfonce au sud entre la Caspienne et le Pamir, étaient sans cesse inquiétés et pillés par les Kirghiz des steppes ; le gouvernement russe ne pouvait pas laisser cette grande voie à la merci des pirates. Le plus puissant chef de ces tribus et aussi le plus redoutable aux commercants russes était le khan de Khiva ; sa forteresse des bords de la Caspienne était, comme autrefois les camps retranchés des Mongols, riche des dépouilles des caravanes, remplie d’esclaves amenés de l’Iran par les cavaliers tartares, et il pensait pouvoir y braver toujours la vengeance de ses victimes. En 1819, le tsar Alexandre I**" envoya à Khiva le capitaine Mourawief pour tâcher d'étahlir avec le khan, Mohammed Rahim, des rapports plus réguliers. L’officier russe fut traité comme un prisonnier, puis condamné à être écorché vif, enfin, le khan redoutant peut-être déjà les conséquences d’une barbarie aussi inutile, renvoyé en Russie avec des présents.
Les pillages ne cessèrent pas, et, comme le commerce russe devenait d’année en année plus important, il fallut songer à garantir plus efficacement sa sûreté. En 1834 — la politique européenne faisait trêve alors — le tsar Nicolas fit construire une ligne de forts le long de l’Oural. En 1836, résolu à agir, il fit arrêter tous les Khiviens venus à la foire de Nijni-Novgorod. Quelques expéditions bien conduites à
EN ASIE. — ANGLAIS ET RUSSES
travers les steppes obligèrent la plupart des tribus des Kirghiz à la soumission ou à la retraite vers le sud (1833-1844). Le général Pérovski fut même chargé d'une'expédition contre Khiva, avec 5.000 hommes, 10,000 chameaux pour les vivres, et 2.000 Kirghiz pour diriger les convois. Un hiver extraordinaire déjoua toutes les précautions prises. Le thermomètre descendit au-dessous de 30® ; le vin, Peau-de-vie furent bientôt gelés ; les chameaux périrent en masse ; un grand nombre de Cosaques furent ensevelis sous les neiges. Le général Pérovski battit en retraite, ramenant à Orenbourg à peine le tiers de sa petite armée (1841). Le khan de Khiva fut plus insolent que jamais. Le gouvernement ne put qu’achever les forteresses d’Orenbourg, Orsk, Tourgaï, Irgliz, et construire le fort Aralsk sur la mer d’Aral, près de l’embouchure du Syr-Daria.
Au sud du Caucase, on sait que le roi de Tiflis, Georges XIII, pressé à l’est et à l’ouest par les Musulmans, avait légué son royaume au tsar Paul.. Il en était résulté une série de guerres entre la Ptussie et la Perse. Celle-ci fut vaincue surtout par Paskiévitch Erivanski et dut signer les traités de Gulistan (1813) et de Tourkmantchaï (1828). Elle céda définitivement le Daghestan avec Derbent, leChirwan avec Bakou, Erivan et les pentes septentrionales de l’Ararat ; elle abandonna à la Russie le monopole de la navigation sur la mer Caspienne, qui devint comme un lac russe.
Ce qui est plus grave, dès lors la Perse cesse de lutter contre la Russie; elle est absorbée dans sa spère d’influence. Depuis le traité de Tourkmantchaï, écrit M. James Darmesteter, « l’ambassadeur du tsar à Téhéran joue le rôle d’un résident anglais chez un rajah de l’Inde * ». C’est à l’instigation de la Russie et avec des officiers russes qu’en 1837, le shah Mohammed assiégea Hérat ; les Anglais ne l’obligèrent à la ^ retraite qu’en occupant Bender-Bouchir sur le golfe Per- I sique. C’est encore pour le conijile de la Russie que Nasr- ' ed-din, en 1855, reparut devant Hérat et s’en empara : les i Anglais bombardèrent Bender-Bouchir et Bender-Abbas ' pour le forcer à restituer la ville aux Afghans. Les Russes ainsi escaladaient le plateau de l’Iran à sa pointe occidentale, comme ils en recherchaient les approches à travers le Turkestan.