L. de Beylié. Vlnde sera-t-elle russe ou anglaise? p
EN ASIE. - ANGLAIS ET RUSSES
les choses les plus étonnantes de notre temps, le Transsibérien et le Transcaspien.
La Russie veut encore établir une grande voie ferrée à travers la Perse, au départ soit de Tiflis, soit de Constantinople, par Trébizonde, Tauris, Téhéran, Méched, Hératet Kaboul ou Kandahar. Ce serait le grand central asiatique, et, vers le Transcaspien et les chemins de fer hindous, elle serait la grande artère commerciale de l’ancien , continent.
Par toutes ces routes faites ou à faire, la Russie demeure la première puissance de l’Asie. Elle descend irrésistiblement vers le sud, comme poussée par une loi de la nature. Elle apparaît à la fois comme l’héritière des conquérants mongols, comme l’apôtre delà réaction chrétienne et européenne, comme un des plus laborieux pionniers de la civilisation.
Ainsi les défaites des Russes en Mandchourie peuvent les rendre plus redoutables aux Anglais dans l’Asie centrale, et leur rivalité serait capable d’engendrer encore les plus grands conflits.
Mais, depuis le traité de Berlin, de nouvelles circonstances les ont engagés à d’autres relations. La Russie, écartée alors de Constantinople et des Balkans, y avait laissé la place, par la volonté même de l’Angleterre, aux influences germaniques, au commerce et à l’action politique de l’Autriclie-Hongrie et de l’Allemagne ; l’alliance, un moment étroite, de Guillaume 11 et du sultan Abd-ul-Hamid 11, ouvrait aux Allemands la voie de l’Asie Mineure et de Bagdad, jetait à travers l’ancien continent, de Hambourg au golfe Persique, une large bande territoriale d’influence allemande. La Russie avait senti constamment ce danger depuis 1878; elle avait dû laisser l’Autriche s’établir en Bosnie-Herzégovine, un officier autrichien monter sur le ’trône princier de Bulgarie. L’Angleterre le sentit à son tour, et rèstima plus redoutable que le danger russe, au moins pour un temps. D’ailleurs il s’étendait pour elle au delà des limites de la question d’Orient ; il était mondial ; il était dans le développement considérable pris par l’industrie et par le commerce allemands, et en même temps par la mai ine de guerre allemande, dans la volonté arrêtée du gouvernement allemand d’ouvrir aux intérêts de son pays des débouchés proportionnés, dans l’âpre rivalité économique désormais engagée entre les Allemands et les Anglo-Saxons. ~
LA SITUATION PRÉSENTE
La diplomatie française ménagea le rapprochement des intérêts anglais et russes, et ce fut l’objet du traité anglorusse du 31 août 1907 : les gouvernements de Londres et de Saint-Pétersbourg se partagent arniablement l’intluence sur les pays de l’Asie centrale, l’Angleterre gardant la meilleure place en Afghanistan, la Russie en Perse. Surtout elles s’accordent contre le commun adversaire, et elles entreprennent, en Asie Mineure et dans les Balkans, de contenir le développement de l’influence allemande.
Il est impossible de dire déjà ce qu’il faut attendre de cette sorte de révolution diplomatique. On ne peut que poser les nouveaux termes de la question. Du moins un important chapitre de l’histoire de la question d’Orient vient de se fermer, celui de la rivalité anglo-russe. L’événement est sans doute d’une importance exceptionnelle : c’est comme un tournant de cette histoire aux éternelles variations.
OUVRAGES A CONSULTER
De Gobineau, La Perse et le hahysme.
De Waren, L’Inde avant et après la révolte de 1857.
De Beylié, L’Inde sera-t-elle anglaise on russe ?
J. Darmesteter, Coup d’œil sur l’histoire de la Perse; — Lettres sur l’Inde.
Baker, Les Anglais et les Ricsses dans l’Asie centrale
Bonneau, La révolte de l’Inde.
Forgues, La révolte de l’Inde : Revue des Deux-Mondes, 1858-
Rousselet, L’Inde des rajahs.
Lanier, Lectures géographiques, Asie : 2 volumes.
Ed. T HOUVENEL, Progrès de la Russie dans l’Asie centrale: Revue des Deux-Mondes, 15 décembre 1841.
A. Laugel, Les Russes sur le fleuve AmouA' : Revue des Deux-Mondes, 15 juin 1858.
E. Dulaurier, La Russie dans le Caucase : Revue des Deux- Mondes, 1860-1866.
G. Lejean, La Russie et l’Angleterre dans l’Asie centrale : Revue des Deux Mondes, juin-août 1867.
II. DE Blerzy, Les Révolutions de l’Asie centrale : Revue des Deux-Mondes, 1874.
E. Driault, Les problèmes politiques et sociaux de la fln dp.i XIX^ siècle : Ch. x, la question chinoise ; — Ch. xi, les États-Unis, — Chez F. Alcan, 1900.