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L’ISLAM EN AFRIQUE

jusqu’au Zambèze, qu’il a recouvert à peu près tout le contineiït et que très peu de peuplades fétichistes ont pu lui échapper. Il a été très rapide, parce qu’il a été favorisé par les caractères mêmes de la religion de Mahomet, car c’est une religion indulgente. Elle n’élève pas ses fidèles à un idéal impossible ; elle fait une large part aux faiblesses de l’homme ; elle ne l’oblige pas à torturer sa nature et à &e vaincre. Chercher à devenir parfait, ce serait chercher à égaler la divinité : abominable action ! Sauf pour l’usage du vin et des boissons fermentées, elle ne prêche pas la résistance aux sens ; elle n’interdit pas, limite seulement la polygamie. Rien de plus facile en somme que d’être un parfait musulman ; on met à bon compte sa conscience en règle avec les commandements de Dieu. Elle ‘promet aux élus dans l'autre monde un bonheur très intelligible, des plaisirs matériels à ces peuples enfants qui vivent presque uniquement de la vie des sens, un printemps toujours vert parmi de frais bosquets à ces nomades pour qui l’eau est un rare trésor.

Rien de plus clair aussi que son dogme. Elle enseigne l'existence de Dieu : les populations du désert en ont la conscience instinctive, accablés souvent sous les catastrophes du climat qui leur imposent la notion de puissances surnaturelles et impitoyables. D’ailleurs, comme elle retranche fie sa morale tous les préceptes gênants, elle proscrit les mystères qui rendent d’abord l’Évangile inaccessible. Elle satisfait aisément l’esprit et la chair, et, si elle ne se propose guère d’élever Thumanité à une perfection toujours plus haute, elle n’en est que mieux accueillie parles populations primitives qui répugnent aux privations et aux exigences qu’impose la foi chrétienne. Il n’en faut pas davantage pour expliquer les succès et la rapidité de sa propagande en Afrique.

Elle prit même dans le désert une conformité plus parfaite avec les leçons du Coran. En Europe et en Asie, autour des khalifes de Constantinople notamment, elle se laissait pénétrer par les influences de l’Occident, par les facilités de la vie des cours, et elle se perdait dans des compromissions qui scandalisaient les vrais croyants. Elle resta en Afrique pure de toutes ces souillures ; elle revint à la stricte et rigoureuse observance des préceptes de Mahomet : elle fut toujours la religion du désert, née dans le désert et faite pour les peuples qui y vivent.

m EN AFRrQUE. — LA QUESTION DU NIL ET DU NIGER.

C’est pourquoi elle s’accorda toujours avec le commerce des esclaves. Le bétail humain est depuis des siècles en Afrique le principal objet des transactions. Il est chassé par des bandes de marchands fortement organisées qui le poussent après la battue dans des parcs palissadés. Les traitants musulmans ne s’en font pas scrupule : car pour eux les nègres ne sont pas des hommes, mais des démons, tout au moins des « idolâtres », et il est agréable à Dieu qu’ils soient supprimés ou traités comme des animaux. Ce bétail est concentré peu à peu, avec un chiffre de perte notable qui n’empêche pas la vente du produit d’être toujours rénumératrice, dans des entrepôts généraux, comme Tabora près du lac Tanganika, Tombouctou et Kouka, El Obéid et Khartoum. De là, de longues files d’esclaves, enchaînés et groupés deux à deux sous un lourd carcan, sont dirigées sur les ports d’embarquement de la mer Rouge, Zeïlah, Massouah, ou Souakim ; car le commerce du « bois d’ébène » trouve encore des débouchés très suffisants en Asie et surtout dans l’empire ottoman.

Les Européens sont les ennemis détestés de tous ces chasseurs de nègres, de tous ces cheikhs propriétaires de parcs à esclaves, non pas tant parce qu’ils sont chi’ctiens que parce (fu’üs sont anti-esclavagistes et que le développement de leur influence sera la ruine économique des maîtres du désert.

Aussi, à mesure qu’ils gagnent du terrain, sous leur contact mortel, le fanatisme musulman s’exaspère, et, dans ces dernières années, la propagande a pris une activité et une intensité qu'elle n’avait pas eues depuis plusieurs siècles. Le sultan de Constantinople, le chef officiel de tous les fidèles, n’en pouvait plus être l’inspirateur direct : car non seulement il avait perdu la foi des temps de la conquête ; mais il subissait les conseils des chrétiens ; il entreprenait pour leur plaire de prétendues réformes dans son empire ; il n’avait plus sa liberté vraiment, en sorte que plus sa politique convenait aux puissances européennes, plus les vrais musulmans se détachaient de lui. Ceux-ci le considéraient désormais, avec quelque raison d’ailleurs, comme un prisonnier aux mains des infidèles, et comment ainsi lui auraient-ils dû l’obéissance?

L’action islamique s’est dès lors concentrée entre les mains des membres des confréries, qui, primitivement instituées dans un but exclusivement religieux, se sont transformées et sont devenues de puissants instruments poli-

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