LA QUESTION D’ORIENT AU XVIIP SIECLE
Toute la Crimée fut parcourue par les troupes russes et mise à feu et à sang.
L’Autriche offrit sa médiation, le sultan l’accepta : il ignorait son accord a\'ec la Russie. La Russie exposa ses revendications : l’annexion de tout le pays du Caucase au Danube, la libre navigation de la mer Noire, l’indépendance de la Moldavie et de la Valachie. L’empereur trouva ces prétentions suffisamment modérées, et, en récompense de ses bons offices, réclama pour lui-même le district de Novi- Bazar, au sud de la Serbie. Le sultan se vit joué. 11 refusa naturellement d’admettre de pareilles conditions ; une armée autrichienne envahit la Serbie, prit Nisch ; puis l’empereur déclara la guerre aux Turcs.
Le sultan recourut alors à la France, et Villeneuve redevint tout-puissant dans les conseils de la Porte. Les Turcs, se souvenant des défaites que leur avait infligées le prince Eugène, redoutaient la guerre et paraissaient prêts aux négociations. Villeneuve releva leur courage : le prince Eugène venait de mourir (1736); ses successeurs ne le valaient pas ; l’armée ottomane au contraire avait été transformée par des officiers français ; elle était capable de contenir les Autrichiens, de vaincre.
11 eut raison. Les généraux autrichiens Seckendorf, Neipperg, étaient en effet des incapables. Avant de s'avancer de Nisch sur Sofia, ils voulurent prendre Widdin sur le Danube, et échouèrent. Enhardis, les Turcs reprirent Nisch et descendirent sur Belgrade par la vallée de la Morava (1737) ; ils prirent Orsova en 1738, et, au printemps suivant, ils osèrent remettre le siège devant Belgrade, recommencer les exploits de Soliman le Magnifique.
Villeneuve les trouva cette fois téméraires : il savait la force de cette ville ; il savait qu’après un échec, ils seraient aussi démoralisés qu’ils étaient alors entreprenants ; il eut peur que leur audace compromît tout. Et il résolut d’intervenir personnellement pour sauver l’oeuvre bien commencée.
Il quitta Constantinople le 26 mai 1739 en grand équipage, avec une suite nombreuse et magnifique, afin de prouver aux populations que l’ambassadeur du roi Très Chrétien était le seul maître de la paix et de la guerre. Une telle démonstration devait aussi, paraît-il, en imposer aux Autrichiens.
Il eut plus de succès que sans doute il ne l’espérait ; arrivé à Belgrade, il entama aussitôt desnégociations avec Neipperg, le général autrichien. Celui-ci vint les continuer au camp