‹ La question d'Orient depuis ses origines jusqu'à nos joursChapitre 43 sur 173 · II. — L’insurrection et la répression · texte numérisé non relu

II. — L’insurrection et la répression

Mais, en même temps qu’il avait franchi le Prutb, son frère Démétrius Ypsilanti et le prince Cantacuzène avaient abordé en Morée. En mars 1821, ils y déployèrent l’étendard de l’bétairie, une bannière noire en signe de deuil avec im phénix en signe de résurrection. A leur proclamation les marins d’Hydra et les Palikares du Maïna répondirent aussitôt : l’archevêque de Patras Germanos appela tous les Hellènes à la guerre sainte et planta sur la forteresse de Kalavryta le drapeau de l’indépendance.

Les Maïnotes accoururent : les marins d’Hydra armèrent leurs petits vaisseaux, préparèrent leurs brûlots. Sur de nombreux points du pays des foyers de rébellion se déclarèrent ; les garnisons turques s’enfermèrent dans les forteresses, abandonnèrent la plaine et la montagne aux insurgés ; ils eurent bientôt l’audace d’attaquer même les ;:'laces fortes : sous le commandement de Colocotronis, ils enlevèrent Patras, Navarin, Tripolitza, Missolonghi, surtout l’importante place de Napoli de Romanie ou Nauplie. La Morée presque tout entière se trouva en quelques semaines conquise sur les Turcs.

Le sultan a toujours compté sur le système de la terreur pour réprimer les moindres soulèvements ; cela lui a longtemps réussi, cela lui réussit encore quelquefois. 11 donne à l’application de ce système le plus d’éclat possible ; il organise autour de ses massacres politiques une mise en scène, habile à force d’expérience, destinée à frapper les

L’I^’DÉPE^'DANCE DE LA GRÈCE

yeux et à produire sur les eoupables ou les hésitants un effet salutaire. Deux ou trois massacres bien choisis et bien conduits suffisent en général à rétablir l’ordre.

Kurchid-pacha, envoyé contre Ali de Janina, lui prit Parga, Prcveza, sur la côte de la mer Ionienne, l'enferma dans sa capitale. Il lui proposa une entrevue, lui fit espérer un accord avec le sultan, le reçut sous sa tente, le fit saisir, emprisonner, décapiter, envoya sa tête à Constantinople (février 1822). Les Grecs de l’hétairie qui, par Arta, venaient au secours d’Ali, furent cernés, battus, presque tous tués.

Yousouf-pacha, envoyé en Morée, marcha sur Patras, s’en empara, et, pour l’exemple, y fit massacrer 15.000 habitants.

Le jour de Pâques, sur ordre de l’autorité, les maisons des Grecs à Constantinople sont cernées par des soldats turcs, prises d’assaut l’une après l’autre, pillées ; les Grecs y sont saisis, massacrés de sang-froid ; femmes et enfants ne sont pas épargnés. Les églises chrétiennes sont envahies par des bandes furieuses ; le patriarche Gregorios est arraché à l’autel, tiré dehors, massacré ; le grandvizir s’amuse une grande heure à voir son cadavre insulté, traîné dans la houe par la populace turque, pendu enfin en yêtements sacerdotaux â la porte de son palais. Dans les environs de Constantinople, en Thrace, en Macédoine, mêmes spectacles, massacre général. Deux archevêques, quatre-vingts évêques y périssent : c’est bien une guerre sainte, l’effroyable explosion du fanatisme religieux, le pire qui fût jamais.

A Chio, 15.000 soldats turcs sont débarqués le 22 avril 1822. 11 y a eu quelques troubles, mais ils sont alors apaisés; la population, avec les prêtres et les jeunes filles, va au-devant des soldats pour témoigner de sa soumission. Elle est accueillie à coups de fusils et de sabres. Le carnage commence aussitôt ; l’église est brûlée ; les hommes sont empalés, pendus, les femmes éventrées, les enfants coupés en morceaux ; les derviches encouragent les massacreurs, qui n’en ont pas besoin. Un mois durant, ces scènes se continuent nuit et jour, sauf quelques intervalles de repos indispensables à un tel travail. Des rangées de gibets, où pendent sinistrement des cadavres, des pyramide? de têtes coupées autour desquelles tournent et crient le? oiseaux de mort, se dressent tout autour du rivage et font

Page 1