‹ La question d'Orient depuis ses origines jusqu'à nos joursChapitre 45 sur 173 · L’INSU UUECTIU.X ET LA REPRESSION · texte numérisé non relu

L’INSU UUECTIU.X ET LA REPRESSION

voulait prendre le sultan; il empêchait le bombardement de Nauplie par les Turcs; dès février 1823, il reconnaissait aux Grecs la qualité de belligérants. Voulait-il déjà assurer l’indépendance de la Grèce ? Oui, peut-être ; mais surtout il voulait disputer au tsar le monopole du protectorat des chrétiens, lui ôter tout prétexte d’intervention. Il pouvait compter sur l’Autriche; il était ainsi très fort. Mais il ne voulait pas non plus pousser le tsar à bout, de peur d’un éclat irréparable, et, avec une extrême souplesse, il encourageait les Grecs, contenait les Turcs, enveloppait les Russes de flatteries et de promesses ; il tenait tout dans sa main.

L’ambassadeur britannique à Saint-Pétersbourg eut avec le tsar Alexandre de longues conférences, où il voulait surtout l’amuser poin l’empêcher d’agir. Il réussit même à lui faire commettre quelques imprudences. Alexandre proposa en effet d’assurer l’autonomie de la Grèce, mais sous le protectorat de la Porte, ou de la Russie, ou de toutes deux ensemble, et en la divisant en trois tronçons d’États ; la Grèce occidentale, la Grèce orientale, et la Morée. Il laissa voir ingénùment qu’il ne voulait pas laisser se fonder sur les’ débris de l’empire turc une nation trop forte, et que, tout en défendant les populations chrétiennes des Balkans, il voulait qu’elles fussent assez faibles pour avoir toujours besoin de la Russie. 11 y eut un grand mécontentement en Grèce, et le prestige de l’Angleterre grandit au détriment de celui du tsar : si bien qu’un parti d’insurgés pria l’Angleterre de consentir à l’annexion de la Grèce aux îles Ioniennes, sous son protectorat. Canning n’osa pas s’y prêter.

Alexandre s’énerva de toutes ces difficultés, s’impatienta de ses échecs et de son impuissance, et, dans une crise de découragement, pendant les derniers mois de sa vie, il alla jusqu’à demander au gouvernement anglais de régler à lui seul la question grecque. Il mourut le décembre 1825, avant que celte faiblesse d’une àme généreuse et désabusée n’eiit produit ses résultats.

Rien ne pouvait être plus agréable et plus avantageux au sultan que toutes ces intrigues. Combien de fois les Turcs ont profité de ces conflits diplomatiques entre les puissances européennes ! En vérité, ils leur doivent d’être encore à Constantinople; ils faillirent dès ce moment y gagner la victoire sur les Grecs.

Metternich en effet, inquiet des complications que les

E. Driaclt. — Question d’Orient. b

L’IiNDÉFE.XDANCE de la GRÈCE.

affaires de Grèce pouvaient produire si la politique russe devenait tout à coup plus nette et plus hardie, y entre- » voyant même la possibilité d’une dissolution de l’empire ottoman qui ne pouvait qu’être funeste aux intérêts autrichiens sur le Danube et par sm'croît ruiner les principes conservateurs de la Sainte-Alliance, conseillait au sultan une répression énergique et rapide, excitait sa colère contre lesrebelks. Aussi exerçait-il à Constantinople une influence très écoutée, comparable à celle que tout récemment l’Allemagne a acquise auprès du sultan Abd-ul-Hamid II, encore contre les Grecs et pour le plus grand avantage économique et politique des puissances de l’Europe centrale. Le sultan n’avait pas alors de troupes suffisamment solides pour écraser en quelques mois le soulèvement des Grecs ; il préparait la destruction des Janissaires et n’avait encore rien pour les remplacer. On affirme que c’est sur le conseil de l’internonce d’Autriche que Mahmoud demanda au pacha d’Égypte sa flotte et son armée pour vaincre l’insurrection.

Par un firman en date du 16 janvier 1824, le sultan confia donc cette mission à Méhémet-Ali, l’appelant déjà « l’exterminateur des Infidèles », et lui promettant en récompense les pachaliks de Candie et de Morée. Le pacha s’en réjouit: son ambition y trouvait son compte ; il avait là l’occasion d’étendre sa puissance sur toutes les mers du Levant.

Ses troupes furent bientôt prêtes. Dès le mois de juillet suivant, 16.000 fantassins, 800 chevaux, une nombreuse artillerie furent embarqués à Alexandrie sur 60 vaisseaux, sous le commandement du fils adoptif de Méhémet, Ibrahim-pacha, et du Français Sèves, devenu Souleïman-ney

Ibrahim passa d’abord par Rhodes où il rallia une flotte turque qui n’osait en sortir par peur des Grecs, longea ensuite la côte d’Asie mineure pour y prendre d’autres renforts. Miaoulis, qui le cherchait, se jeta sur lui dans les eaux de Samos, lui détruisit une partie de ses vaisseaux ; les Égyptiens poursuivis, harcelés à travers les Cyclades, tombèrent près de Naxos au milieu des brûlots de Canaris ; ils y laissèrent quelques centaines d’entre eux. Ils se réfugièrent dans une rade de Candie ; Miaoulis et Canaris les y suivirent, continuèrent leur œuvre de destruction, empêchèrent Ibrahim de prendre le large : il dut se résigner à hiverner dans Tîle, où il refit ses forces par quelques pilla-

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