‹ La Question de l'or en BelgiqueChapitre 2 sur 2 · BRUXELLES · texte numérisé non relu

BRUXELLES

UHtlBlK rOLYTRCIiniQIJI d'AIG. DEC», BUE BB LA HBDELEIAB.

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En quoi consiste ce que l'on appelle la question monétaire en Belgique ?

Comme elle se trouve parfaitement définie dans le rapport déposé à la Chambre des Représentants, par M. le ministre des finances, le 20 août 18S9, j'emprunterai les termes mêmes de ce rapport.

« En supprimant par des mesures successives le cours forcé des monnaies d'or nationales ou étrangères, la Belgique a adopté par le fait, l'argent comme seul étalon monétaire. Cet état de choses, qui a été définitivement consacré parla loi du S8 décembre 4849, n'a fait naître aucune plainte, jusqu'au moment où l'or a envahi la circulation en France. Ce changement a troublé les habitudes des deux pays limitrophes dont les moyens d'échange étaient depuis longtemps identiques et a donné lieu vers la frontière à des réclamations ayant pour objet de faire rétablir le cours légal de la monnaie d'or française. La Chambre des Représentants n'a pas accueilli ces réclamations et la législation en vigueur a été maintenue. Depuis lors des plaintes se sont fait entendre avec plus de vivacité et des pétitions émanant même de quelques autorités constituées, ont essayé de démontrer que le cours légal des pièces d'or françaises, à ■ leur taux nominal , serait une mesure juste et nécessaire.

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» D'uD autre côté le frai commence à se faire senlir d'une manière sérieuse sur les pièces d'argent anciennes en circulation dans le pays , surtout depuis que les expéditions d'argent vers l'Inde ont pris un nouvel essor.

« Les pièces d'argent qui ont te moins perdu par le frai sont prises de préférence pour ces exportations et la valeur intrinsèque de celles qui restent, après des triages réitérés, a considérablement diminué. »

Ainsi donc, introduction dans le pays de la monnaie d'or française, exportation des pièces de cinq francs dont le poids est le plus fort, voilà, d'après M. le ministre des finances, les circonstances qui tendent de plus en plus à embarrasser la circulation monétaire à étalon d'argent adoptée par la Belgique.

Quelles sont les causes de cette situation évidemment préjudiciable à la facilité des échanges et quels remèdes faudrait-il y apporter, tels sont les points qu'il convient d'examiner ?

Les problèmes qui touchentaux moyens d'échang*", qu'ils soient en numéraire ou en papier, sont extrêmement compliqués et ont toujours donné lieu dans tous les pays à des discussions très-confuses, parce que plusieurs éléments de ces problèmes sont indélerminés, notamment: la production probable des mines d'or et d'argent, les besoins de la circulation, l'emploi plus ou moins étendu du crédit, la balance des échanges internationaux, la confiance qu'inspire le gouvernement etc. Mais, si ce genre de questions piïsenle de sérieuses difficultés même quand il s'agit d'un pays ayant un système monétaire qui lui est propre, ces difficultés redoublent, quand il s'agit d'un pays qui a emprunté le système monétaire d'un Elat voisin , comme c'est le cas en Belgique. Alors de nouveaux éléments d'incertitude s'introduisent dans

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les recherches qu'oD a à faire et dans les conclusions qu'on peut en tirer; car il est souvent très-difficile de prévoir la résolution que prendra le ^and Etat dont on a emprunté le système et l'on ne doit pas oublier que les faits qui se produiront dans son sein auront des conséquences inévitables pour tous les Etats secondaires qui ont le même système monétaire. Ce qui se passe sous nos yeux est une preuve sans réplique de cette vérité. La Suisse, la Belgique et le Piémont ont le même système monétaire que la France et ces trois pays sont également envahis par l'or français , parce qu'en France l'or s'est substitué à l'argent.

Si ces causes d'incertitude sont réelles, il s'en suit qu'on ne peut s'attendre à trouver dans une étude sur la question monétaire en Belgique, des conclutions de tout point inattaquables, mais seulement des vues qui se rapprochent le plus possible de la vérité. Aussi ce que je voudrais surtout essayer de faire ici , c'est d'éclaircir certains points du débat qui me paraissent en avoir besoin et de réduire à leur juste valeur certaines exagérations qu'on a beaucoup trop prodiguées à ce sujet et dans la presse «t au sein de la Chambre des Représentanls.

Examinons d'abord par suite de quelles circonstances l'or français pénètre en Belgique,

L'une des principales causes est mentionnée dans le rapport fait par M. Eudore Pirmez, au nom de la commission instituée par le département des fi-

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«Pendant longtemps, dit ce rapport, notre système s'est, confondu avec le système franijais; on s'est habitué à cette identité de monnaies; aujourd'hui encore le franc est dans les deux pays l'unité monétaire. > Quoique la Belgique refuse maintenant le cours légal à la monnaie d'or française, « il n'est pas cont«s(ablc que l'ancienne équivalence des deux étalons, leur origine commune et l'identité du nom, ne soient de nature à induire les masses en erreur et à rendre plus difficile l'intelligence de la séparation complète des deux systèmes. C'est à la faveur de la confusion qu'engendre un nom identique pour deux cht>ses radicalement différentes que l'or et le cuivre français s'introduisent dans notre pays pour une valeur supérieure à leur valeur réelle, »

L'observation faite ici par le rapport est parfaitement fondée. C'est à la faveur de la confusion que fait le public entre la valeur de quatre pièces de cinq francs et celle d'une pièce d'or de vingt francs, que l'or français entre en Belgique. Il faut ajouter d'ailleurs que cette confusion est d'autant plus naturelle qu'à peu près les neuf dixièmes de nos pièces de cinq francs nous viennent de la France, Hais ce n'est point là l'unique circonstance qui amène l'infiltration de l'or français dans notre pays. Elle est favorisée par d'autres causes toutes très-actives et qu'il est bien difficile do combattre, parce qu'elles résultent soit de certaines nécessités du commerce, soit d'habitudes très fortement enracinées. Il suffira d'indiquer ici les principales.

i' En général nous exportons en France des marchandises pour une valeur plus élevée que nous n'en importons de ce pays dans le n6tre. Il en résulte que la France doit à la Belgique un solde qu'elle est obligée de payer en numéraire. Quand donc

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l'acheteur fran^is, qui n'a pu s« procurer des lettres de change , veut acquitter sa dette, il doit envoyer de l'or ou de l'argent au vendeur belge, et comme l'aident manque eu France , il s'efforce de faire accepter l'or.

On soutient que le vendeur belge devrait dire à l'acheteur français ; « Le change de votre or m'occasionne une perte. Je serai donc obligé d'augmenter le prix de mes marchandises du montant de cette perte. » Le vendeur ne le fait pas. Pourquoi ? Pour deux motifs :

D'abord, parce qu'il craint que, s'il augmente ses prix d'un ou de deux pour cent, l'acheteur ne s'adresse à un autre marchand plus accommodant; en second Ueu, parce qu'il sait qu'il peut payer ses ouvriers en or, que ceux-ci peuvent acquitter leurs achats également en or et qu'il s'établira ainsi une petite circulation qui n'offrira aucun inconvénient aussi longtemps qu'il ne faudra pas faire de payements endehors du cercle où l'or est admis, cercle qui tend évidemment à s'étendre par la pression des intéressés. Pour que le vendeur belge consentit à repousser l'or de l'acheteur français il faudrait qu'il fût certain d'abord que tous les autres marchands agiront comme lui) sinon il serait, lui, la dupe, — ensuite qu'il ne pourra pas écouler l'or qu'il reçoit. Hais comme le prix des marchandises vendues est formé presqu'uniquement par le salaire des ouvriers, en leur payant leurs journées, il écoutera à peu près la totalité de l'or qu'il a reçu. Il n'est donc pas facile de suivre le conseil donné par certaines personnes et de repousser tout payement en or. Il faut remarquer en outre que le marchand belge, s'il n'écoulait point l'or au pair, serait forcé de faire deux prix. Le charbon et le fer

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sont cotés à tel ou t«I prix : l'acheteur Tpançais se présente ;. il faut lui dire et lui faire admettre que pour lui le prix est plus élevé de! oudeSp."/,,.!! y a là dans l'application une difficulté plus grande qu'on ne le croît au premier abord et qui tient en grande partie à la commnnaulé du système monétaire.

En effet, cette difficulté n'existe pasau même degré dans les transactions avec les autres pays, avec FAngletorre par exemple. — Pourquoi? Parce que l'Angleterre et la Belgique n'ont pas le même système monétaire. — Je vends à un commerçant anglais pour 1,000 fr, de marohandises. Il veut me payer en m'envoyanl 40 souverains. Avant d'accepter ce payement je chercherai ce que vaut au cours du jour la livre sterling et je n'accepterai le payement que sur ce pied. La pièce d'or anglaise ne sera pour moi qu'une marchandise, paree qu'elle ne représente pas â mes yeux exactement un certain nombre de francs et qu'on n'est pas habitué à l'accepter comme telle. Pour l'oifrançais il en est autrement. Je vends des marchandises qui valent 1,000 fr. et on me livre en payement exactement 1,000 fr. en une monnaie qui a eu longtemps cours en Belgique, que chacun a été habitué à recevoir et qui est un multiple exact des pièces d'argent qui circulent encore dans le pays. Je serai évidemment beaucoup plus tent« d'accepter ce payement et il me sera bien plus difficile d'admettre que 30 fr. en argent sont du numéraire, tandis que ces 20 fr.en or no sont qu'une marchandise, vérité qui me paraîtra très simple quand^l s'agira de touteautre monnaie. Voilà donc une première cause de l'infiltralion de l'or. En voici une seconde.

S" On sait la répugnance du paysan pour le billet de banque. Il préfère être payé en espèces sonnantes plutôt qu'en papier. Si donc vous lui présentez

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te choix entre un billet qu'il considère comme un chiCfon et qui doit pourtant valoir 30 fr. et une belle pièce d'or, il prendra l'or : il s'en suit que l'or pénètre peu à peu dans les campagnes.

En outre, l'argent est si lourd, si incommode, que le marchand de blé qui aurait pour quelques milliei^ de francs de payements à faire serait obligé de faire Toiturer ses écus sur une brouette, ce qui serait à la fois désagréable et dangereux. Le marchand de blé préférera donc prendre de l'or. Le marchand et le paysan ne manqueront point de s'entendre et le blé se payera en or. Ces faUsqu'on peut observer chaque jour prouvent que la monnaie d'or est de beaucoup supérieure à celle d'argent pour la facilité des transactions et qu'elle est aussi supérieure en un sens au billet de banque, puisqu'elle a une valeur intrinsèque qui manque complètement au billet.

3" L'or reçu par les fermiers arrive aux propriétaires pour leur payer la rente. — Certes, les propriétaires peuvent le refuser et il en est qui le font; mais d'autres, considérant que le fermage est déjà bien lourd, ne veulent pas imposer une perte aux locataires surchargés : ils acceptent l'or. — A leur tour ils ont à payer des objets de consommation. Le boulanger, le boucher et les autres fournisseurs se gardent de refuser l'or; ils craindraient pour une bagatelle de quelques francs do perdre leurs pratiques. Le propriétaire entre dans un magasin : il achète pour 25 fr. et donne une pièce d'or et 8 fr. Le marchand qui gagne peut-être 3 ou 4 fr. ira-t-il faire quelque difUculté parce qu'il risque de perdre 7 centimes, qu'il ne perdra même pas, parce qu'à son tour il saura bien faire accepter la pièce d'or? Et ainsi de proche en proche l'or gagne du terrain et circule et sert à accomplir les échanges.

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Dans uoe lettre adressée à VÊloile bel^e, (1) M. Léoo C&os soutient que quiconque reçoit uoe pièce d'or doit se h&ter de la porter chez le changeur. « C'est, dit-il, aux négociants qui se respectent à prendre l'initiative. * L'intention de H. Cans est excellente, quoique le mot soit un peu vif, seulement il ne tient pas compte d'un sentiment trës-généra] et très-réel : l'extrême répugnance que chacun éprouve i perdre, même une bagatelle, sur le numéraire. En voyage il est souvent curieux de voir les étrangers se débattre longuement pour échapper à une perte de quelques centimes qu'ils donneront peut-être au premier mendiant qu'ils rencontreront sur leur chemin. — On aura beaucoup de peine à convaincre un négociant qu'il commet une mauvaise action en donnant en payement une pièce d'or pour la même valeur (fu'tl l'a reçue lui-même; d'autant plus que si chacun l'accepte au même taux,elle servira parfaitement à remplir sa fonction, qui est celle d'instrument des échanges.

4" Autre cause d'infiltration. Depuis quelques années l'Europe et surtout l'Angleterre achëlsnt en Chine du thé et de la soie pour des sommes considérables. La Chine ne prend plus en échange pour une valeur épie de marchandises européennes. Il en résulte que la balance est de beaucoup en faveur de VAsie et qu'il faut y exporter des métaux précieux, et comme c'est l'aident que l'Asie préfère, les nouvelles du marché de Londres nous annoncent chaque semaine qu'on a exporté des quantités considérables de ce métal pour l'Inde et pour la Chine. L'argent a donc uoe grande tendance à s'écouler vers l'Orient.

(l]Namérodu3Juillelt8!l6.

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Si le marchand gagne 3 % à faire ses payements en Chine avec de l'aident, il pourra avec avantage payer une prime ou subir une perte de 2 °/o pour ea faire venir de Belgique.

Mais, dira-t-on, comment pourrait-t-il faire venir de l'argent de Belgique, puisque ce pays refuse de recevoir de l'or en échange?

La réponse à cette objection est facile à trouver. En échange de l'argent qu'il fait venir de Belgique et sur lequel il gagnera 3 "/o en l'expédiant en Chine, il enverra des marchandises sur lesquelles il peut faire un rabais de 2 p. c. et réaliser encore un bénéfice. Il pourra faire ainsi concurrence aux produits belges, puisqu'il livrera les marchandises anglaises à 2 % au dessous du prix courant. Cette opération ne se fera pas tout-à-fait de la manière que je l'indique. Elle s'accomplira en vertu des lois des échanges internationaux et par l'effet des variations du change. Ce n'est pas le lieu de décrire ici ces phénomènes compliqués très-bien analysés dans l'excellent ouvrage de Stuart Mill. En définitive le résultat sera celui que j*ai indiqué. Le marchand anglais fera venir l'argent et en échange il enverra des marchandises (1), et l'or tendra à prendre la place de l'argent exporté, dans une circulation devenue insuffisante. Toutefois il est une circonstance qui empêche, en certaine mesure, l'exportation de l'argent belge, La balance de notre commerce général avec l'étranger nous est favorable et, il en résulte qu'on nous

(I) Depuis trois ans seulement l'Angleterre exporle plus ea Belgique que ta Belgique n'exporte en Angleterre. Est-ce parce que les anglais payent en marcbaDdiscs l'argent qu'ils nous achèleiît?

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doit un solde en numéraire. Mais s'il arrivait que par suite d'importations' extraordinaires, nous missions le change contre nous , it est probable que nous perdrions la plus grande partie du numéraire d'argent qui nous reste. Notre circulation déjà bien réduite est, il faut le dire, à la merci d'une variation dans le change.

D'après ce qui précède, on voit que les causes qui font pénétrer l'or en Belgiqae ne sont pas aussi restreintes que le donnent à croire les documents publiés par les soins du gouvernement. D'après ceux-ci il faudrait chercher l'origine de la crise monétaire dans l'ignorance éconortiique des commerçants, dans les spéculations de certains banquiers et dans l'esprit de lucre de certaines personnes qui « ayant obtenu un avantage essayent de faire retomber la charge sur un tiers qui n'en peut mais. > Dès qu'on voit se produire quelque grande perturbation dans les échanges ou dans les moyens d'échange on peut être certain qu'à des faits généraux il y a des causes générales. La spéculation peut profiter de ces grands mouvements qui se manifestent dans le monde économique, mais elle est impuissante à les faire naître. Ne jetons donc pas un blâme inutile et peu mérité sur une catégorie -très-nombreuSe de personnes dont les unes cherchent à réaliser un légitime bénéfice et les autres à éviter des pertes souvent renouvelées. Tâchons plutAt d'étudier les lois qui régissent les faits économiques et d'en bien saisir les résultais.

Nous avons vu en quoi consiste en Belgique la question monétaire et quelles sont les causes qui y

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ont donaé lien. Voyons mainteDant queb incoBvénients présente l'état aetuel de notre circulation.

Ici nous nous trouvons en présence de singulières exagérations, qui portant non sur des inconvénients réels, mais sur des dangers imaginaires ; et chose digne d'être notée, ceux qui s'y laissent aller, ce ne sont point les personnes engagées dans la pratique des affaires, mais celles qui ont étudié le problème au point de vue scientifique.

C'est ainsi que les Documents officiels nous disent que l'invasion de l'or dans le pays lui ferait « courir des dangers dont nul ne saurait calculer dès à présent rétendue. » (l). Ne semble-t-il pas que la ruine générale de la nation et des citoyBns doive être la suite inévitable de l'entrée de l'or dans notre circulation monétaire?

Il faut que ces craintes chimériques exercent un empire bien puissant sur les imaginations , pour qu'un homme qui parait avoir étudié la question puisse se figurer que : a si les arrivages de la Californie et de l'Australie continuent, la fortune pubUque qui se compose de l'agglomération de toutes les fortunes particulières diminuera en raison de l'invasion de notre pays par les monnaies d'or, o (2). Comme cette croyance parait assez répandue , je pense qu'il n'est pas inutile de montrer ce qu'elle a d'erroné. II est à remarquer que cette opinion est précisément l'inverse de celle qui avait généralement cours dans les siècles précédents. Loin de supposer qu'un pays est d'aulant plus pauvre qu'il a plus d'or , on croyait au contraire qu'il est d'autant plus riche

(f] RapporldeM. Kroglioffer.

{i) V. Leilre k VEtailc belgt, Sjaillel 18!».

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— IJ — qu^l possède plas de métaux précieux. De ces deux erreurs je pense que la première s'éloigne encore plus de la vérité que la seconde.

Si l'opinion exposée plus haut était juste, l'Augleterre devrait être un pays bien misérable. ■ La fortune publique, c'est-à-dire, toutes les fortunes particulières » devraient y avoir singulièrement à souffrir de celte formidable inondation d'or qui se dirige sans cesse vers les bords de la Tamise, par deux torrents venus l'un de l'Orient, l'autre de l'Occident, l'un de rAastraHe,rautre de la Californie. Pourtant,chose singulière, non seulement les commerçants, mais même les industriels, se réjouissent de l'arrivée des navires qui apportent le précieux métal, et quand par hasard il s'écoule trop vite hors du pays, ils s'inquiètent, ils s'effrayent, ils interrogent avec anxiété l'horizon pour voir s'il n'apparail point quelque clipper chargé d'or. Les correspondances financières de Londres nous apportent chaque semaine l'écho de ces pathétiques alternatives de satisfaction et d'inquiétude. Si l'opinion de M. Cans était vraie, il faudrait en conclure que tous ces hommes d'affaires sont en proie à une bien étrange hallucination, hallucination qui sévit sur tous les grands marchés européens et même aude-là de l'Atlantique, sur les marchés américains, oà elle est même plus forte que partout ailleurs. Nous reviendrons sur ce phénomène auquel les économistes n'ont point, me semble-t-il, prêté assez d'attention. Il suffit de remarquer ici que les faits contredisent manifestement la théorie de M. Cans. Du reste, en y refléchissant on comprendra bientôt qu'elle ne peut être vraie.

Qu'arriverait-il si la quantité d'or était tout à coup doublée? Il en résulterait que probablement l'or perdrait une très-grande partie de sa valeur. Mais ■ la

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- is fortnae publique, l'aggloinération des fortunes particulières > en subirait-elle quelque dépréciation? En aucune façon, sauf le capital monétaire. Comme ehacun le sait, la fortune du pays se compose de ses terres, de ses machines, de ses mines, de ses chemins, de ses provisions, de ses aptitudes etc., et le numéraire n'en forme qu'une fraction relativement très-minime. La richesse nationale serait après l'inondation de l'or, ce qu'elle était auparavant. Seulement on échangerait toute chose contre une plus grande quantité de ce métal précieux, et les fortunes seraient estimées nominalement à un chiSï^ plus élevé. Les créanciers perdraient, mais les débiteurs profiteraient d'une somme égale. La richesse générale ne serait donc pas diminuée par cette variation dans la quantité et dans la valeur de l'or. Ce point est développé dans tous les traités d'Économie politique. Je citerai seulement ce que dit à ce sujet M. Michel Chevalier, parce qu'on fait souvent intervenir son autorité dans ce délrât. a 11 est si peu vrai, dit cet auteur, que la richesse d'une société soit subordonnée à la quantité qui s'y trouve de métaux précieux monnayés ou propres à monnayer, qu'au contraire, on en fait la remarque, la quantité de monnaie pourrait changer considérablement, sans que la richesse de la société éprouvât un changement analogue et jusqu'à un cer^ tain point, un changement quelconque. Supposez que, à un instant donné, toutes autres choses restant les mêmes, il y ait tout d'un coup en France, en Angleterre, partout deux pièces d'argent de 8 francs ou deux pièces d'or d'un souverain, ou deux piastres au lieu d'une.'A partir du même instant, dans toutes les opérations d'achat et de vente, en vertu de la loi qui règle la valeur par le rapport de l'offre A la demande,

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davxf>iéc6s figureront au litm d'une... Deuxigraimnes dWou d'argent {noDDayés, feraietit tout juste l'olfiiie que remplissait uo gramme aaparavant, sans qun par suiU de ce remplacement non souffrit dans les écbanges, ni dans les saUsfadtioiis dont le désir ou le besoin motive ceux-ci. » (De la monnaie, Seet. X,

C'est donc une crainte chimérique de croire que l'iava^n de l'or, quelque énorme qu'on la sujiqtOse, fuisse déprécier la fortune publique, la richesse nationale.

La seule partie de la richesse publique qui subirait une certaine dépréciation ce serait celle, relatjve- Bkent mmime, qui constitue le capital monétaire de la nation actueUement.

En évaluant ce captai à 200 millions pour le B^gique et eu admettant que l'or baissât de 5 "/n au bout d'un certain temps, il y aurait de ce <^ef une perte de <I0 millions ; mais il faut remarquer que e«tte rperte se répartirait sur un très-^and nombre d'années et sut un t¥ès-grand nombre de personnes. Je-dis sur un4rès-gra»d iH»r>bre d'années, car comme nous le verF4His, bim des pays manquent uicore de awséraiFe «t l'extension croissante des affaires en réolame aussi une quantité de plus en plus considé- Pt^e. £n tenant compte de ces circooslanoes et en se raiipsdaftt colobien la baisse des métaux précieux a «téîenle après la déconrerte de l'Amérique, on irait Mtm au^elàdela probabilité c«rtes en admettant que f«r poiîse en SO ans perdve S <yo de sa valeur •ctafjle. Ce serait dotiepfMirJa Delgifpie uite perte aonuelle d'un demi miDion de francs , soit à peu près 43 centimes par tête.

En Gon:upeosation,on aurait les avantages considérables .liue nous développerons plus loin : ceux de

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se servir d'une monnaie plus commode et plus favorable aux échan(;es , d'avoir le même étalon que les grandes nations commerciales, de conserver le même système monétaire que le pays voisin avec qui Doos faisons le i^us d'aft^ires et d'avoir surtout une circHlation moins sujette aux crises que ne l'est une circulaiion composée de beaucoup de billets et d^ine qoantité iHsufltsanle de monnaie d'argent.

Quelques personnes supposent que l'or perdant actuellement 1 1/i p. c, son invasion dans le pays devrait nous occasionner immédiatement une perte de 9,300,006 francs. Mais c'est là , me semble-t-il, ulie erreur, car si l'or remplace l'argent, soit par le fait des particuliers, soit par le fait du gouvernement , l'argent ne s'exportera que moyennant la prime supposée de 1 1/4. Si par exemple l'Etat vendait nos 200 millons d'argent sur le marché de Londres, il en obUendrait 202^800,000 fr. et il' n'y aurait de ce chef aucune perte. Si le coraiâerce libre exportait l'argent, le résultat sérail' le même.

Il n'y aurait de perte à craindre que pour favenir et, ainsi que nous l'avons indiqué, cette pents, serépartissant sur un grand nombre de personnes et sur UB grand nombre d'années , ne se ferait seatiT' en aucune manière.

.\insi donc, ce que l'on appelle un peu emphatiqtMimeot < l'invasion de l'or » ne présente pour le pays aucun danger réel, ni aucune chance de pertes sérieuses, mais elle offre, dans l'état actsulde la légùioitéon, des inconvénients trËs-graves, sur lesquels les bommes de théorie ferment volontiers lesyeux,inMS que ne peuvent manquer de signaler ceux qui en p&Usseut. Vbioice que contenait à ce sujal un

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rapport lu au sein du Conseil provincial de la Flandre Occidentale dans la session de cette année(18S9): «Oo ne peut se dissimuler, mcssieui^ , que le' refus d'admettre l'or franijais daus les caisses publiques, n'apporte dans les relations commerciales une perturbation qui tourne tout entière au détnment du petit commerce et de l'agriculture, auxquels ils est impossible de ne pas le recevoir, tandis qu'on le leur refuse 1 eux, si ce n'est avec une perte assez forte qui varie de 1 â 2 1/â p. c. Or cette situation tend i s'aggraver chaque jour et malgré l'espèce d'ostracisme dont on veut frapper l'or , il s'infdtre de plus en plus dass.lepays, ce qui s'explique, d'une part par la rareté de la monnaie d'argent qu'on continue à exporter vers d'autres contrées, et d'un autre côté, par l'alimentation incessante de nos transactions avec l'étranger. >

Ecoutons maintenant comment s'expriment des hommes, qui ne sont ni des banquiers qui font venir de l'or de Paris, ni des commerçants de la frontière qui veulent augmenter leur bénéfice aux dépens du reste du pays.

Voici UD passage d'une pétition adressée naguèra au ministre des liaances par le Cercle commercial, de la ville de Gand :

t II résulte des inconvénients si sérieux de la démonétisation de l'or français, jointe à l'absence d'une monnaie d'or nationale que le Cercle commercial et industriel de Gand croit devoir appuyer, par l'organe d'une commission spéciale qu'il a nommée dans ce but, les réclamations qui s'élèvent contre cette situation si gênante et si onéreuse pour les transactions commerciales dans les Flandres,non moins que dans les autres parties du pays.

■ L'importance et la multiplicité de nos relations

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arec la' Prance sont telles, monsieur te ministre, qu'il esl im^ssible de songer à exclure de la circulatibtr en Belgique la m<mnaie française. Le gouvernettieRt des Pays-Bas n'y a jamais réussi avanl ISSOpoùf la' monnaie d'argent; le gouvernertienf belge n'yréBs'sirait pas mieux pour la monnaie d'or, la plUâ abondante aujourd'hui.

«Sfais l'or français qui n'a pas cours légalemetH,!le cirdnle en Belgique que sons une dépréelation dont les incertitudes et les écarts sont pour le comnt4i^ une source d'entraves, de pertes et de rrois^melMs. Il n'y a pas de commerçant qui ne se ressente de cet élat de choses et les déûillants, si dignes de la sollit^jtadedu gouvernement, en soulTrent peut-être le ptiis.i

Cette pétition indique très-netteWent la nafer« des inconvénients qui résultent de l'étttt actuel do i» circulation monétaire. En elfet, l'or a pénétré en très^^ande abondance dans le pays. Il y a peu de jiHirs, H. le ministre des finances, tout en défendant le syatènw actuel, déclarait qu'il ne portait dans sa bourse que do l'or, parce que cette monnaie est beaucoup plus commode. L'or sert déji d'intermédiaire à une notable partie des échanges qui s'opèrent en Belgique. Hais, comme l'a très-bien refnarqtié M. Pirmez, dans son rapport, a la circulation d'un pays n'a qu'une certaine capacité ; les nouveaux éléments qu'on y introduit chassent ceux qui s'y trouvent. L'or remplace donc l'argent qui est notre monnaie légale. » Il doit en résulter néé^sairement que la quantité de monnaie d'argent est insulRiante' poUr opérer la somme des échanges qui ne se font qu'au moyen du numéraire et non au moyen du' crédit. Le pays n'a donc pour opérer ses payements en numéraire que de l'argent en quantité insuf-

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fisante et de la monnaie qui n'a pas cours légal et dont lavaleur varie suivant le change. M. le minisb^ des finances conaaissant cette situation, engage les commerçants à faire comme lui, c'est à dire à se servir de l'or, mais eu ne le faisant recevoir que pour sa valeur. Le conseil semble fort juste; malheureusement quand on veut l'appliquer, il donne lieu à des difficultés si grandes, qu'elles occasionnent ces plaintes incessantes qui appellent à chaque instaot l'attention de la Chambre. 11 suffit d'y réfléchir un iustant pour comprendre que l'avis émis par l'honorable H. Frère ne peut être suivi (4) et que les plaintes des commerçants sont parfaitement fondées.

En effet quelles sont les qualités les plus indispensables que doit avoir toute monnaie pour servir d'intermédiaire aux échanges ? C'est d'abord d'être reçue par tout le monde, de façon qu'elle puisse opérer tous les payements; c'est en second lieu, de ne point varier de valeur d'une manière brusque et inattendue. Ces deux qualités, qu'on ne s'y trompe pas , sont plus esseatielles pour la monnaie que celled'avoir une valeur intrinsèque égale à la valeur nominale, quoique les Documents officiels n'insistent guère que sur ce der> nier point. Ce qui le prouve, c'est que le papier-mon-

(1) H. Frère me parait avoir parlagé ici une opiaioa de Hiribeau combatlue avec raiioo par H. H. Chevalier dans les termes suivants : « L'or devait donc circuler dans le public • eomme nu liD^ol, dont la matière varie de prix, tout comme l'argent circule entre le public et la Banque d'Angleterre. Dans la pensée de Mirabeau, la circulation de l'or devait de cette manière être Facile : il se méprenait ; du taomtnt qut M vçlevr attaehie à un morcfau de métal n'eil pas réglée dant k dernier délait, la eirculalion publiiue en eit laborieaii dant let tramaelioni cofnniunM, >• Lit HonnAii:, Sect. IV, Cb. 3. — Le public ne peut donc se servir de l'or au tani variable du jour, ainsi que le veut U. Frère, qu'au prix de graves embarras.

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naienon remboursable mais ayant cours forcé, s'il est émis avec mesure. Tait parfailemenirofflced'inlermédiaire des échanges, non à cause de sa valeur intrinsèque, mais parce que sa valeur est fixe et qu'il est accepté dans tous les payements. C'est ainsi encore, que Je papier de l'ancienne banque de dépiSl d'Amsterdam était préféré au numéraire, parce que sa valeur était fixe, tandis que celle du numéraire ne l'était pas. Mais l'or, dans les conditions où il circule en Belgique en c« moment, ne réunit point les qualités essentielles de toute monnaie : sa valeur est très variable et il n'est point reçu en tous payements. On comprend facilement les difficultés sans nombre qui en résaltent. Ainsi, par exemple, un négociant reçoit aujourd'hui un payement en or au taux du jour: huit jours après, quand, à son tour, il doit acquitter une traite, l'or a baissé de prix : il doit nécessairement subir de ce chef une perte qu'il n'a pu prévoir et qu'il n'a pu, par conséquent, faire entrer dans le calcul de son opération. Une dépréciation lente, mais régulière de l'or, est un inconvénient insignifiant pour les transactions, car pour celles à bref délai la perte est trop minime pour qu'on en tienne compte et pour celles à long terme, il est facile d'obvier à une baisse prévuedu numéraire par les stipulationsmêmes du contrat. Je prête une somme en or qui ne me sera restituée que dans dix ans : comme je prévois que l'or baissera pendantce temps,je stipule un intérêt annuel un peu pins élevé, afin de m'indemniser de ce qu'aura perdu le capital à l'époque du remboursement et ainsi aucune transaction n'est entravée. Mais comment éviter une perle dans les mai-chés que je fais chaque jour, s'il m'est impossible de prévoir ce que vaudra la monnaie que j'aurai à recevoir ou à livrer. Il entre alors dans toute opération un élément d'incerti-

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tude qui doit extrêmement gêner l'idduatriel et I« commerçant, — on peut sur ce point s'en rapporter à leur témoignage.

Puisque les Documents officiels moutreiil une si grande déférenco pour les maximes de la science économique, ils auraient dû remarquer que la fixité de valeur, que celte science exige surtout dans la monnaie, est celle qui l'empèehe de varier brusquement et rapidement. J'insiste sur ce point parce qufl je le crois important et qu'il nous servir<i plus tard à en éclaircir d'autres.

Suivant M. Michel Chevalier, il faut que la monnaie soit, autant que possible, à l'abri des variations de valeur, notamment de tout changement brusque. Suivant Blanqui, • la qualité essentielle tt'uiic monnaie, est qu'elle conserve sa valeur depuis l'instant où on la reçoit jusqu'à celui où on la donne; autre^ ment on ne recevrait plus, en échangeant ce qu'on vend contre ce qu'on achète, une marchandise égale à celle qu'on aurait livrée. »

J.-B.Say s'était exprimé à peu près dans les mêmes termes : < La qualité qu'on désire essentielltmeat dans la monnaie, c'est qu'elle conserve sa valmir depuis l'instant où on la reçoit, jusqu'à celui où on la donne. >

Ainsi la variabilité brusque et Irréguliêre, et non la variabilité lente et prévue de la valeur, vnilâ Le principal défaut que puisse avoir ime monnaie. C'est précisément celui qu'on rencontre dans l'or circulani, comme le veut H. le ministre des fînances, à l'état de marchandise et subissant toutes les variations du change.

Est-il nécessaire d'insister, pijur montrer les inconvénients qui résuHfint de ce que la monnaie d'or n'esl pas reçue en (ont payements Ils sont évidents. J'aceepta

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aujourd'hui de l'or de mes débiteurs , mais si demain je veux payer mes cpéanciei-s, ils peuvent refuser le numéraire que je leur présente. Do même, si j'ai »a versement à faire dans les caisses de l'Etat, je devrai à tout prix me procurer de l'argent. Pour que la monnaie remplisse utilement son office d'intermédiaire des échanges, il faut qu'elle puisse accomplir régulièrement le tour entier de la circulation, sinon c'est un instrument imparfait qui ne répond plus au but pour lequel il a été créé.

Ainsi donc l'emploi de t'or dans les transactions à J'état de marchandise et sans cours légal offre des inconvénients nombreux et de nature à gêner gravement tout« opération de vente ou d'achat. Hais, diral-on, qu'on refuse l'or et on échappera à tous ces inconvénients.

En pratique le conseil est à peu près sans valeur. En effet, d'après l'aveu même de la Commission, « noire numéraire d'argent chassé par l'or, est aujourd'hui en quantité d^'à insuffisante, a Donc, vouloir que le pays opère tous ses échanges au moyen d'un numéraire insuffisant, c'est vouloir qu'on transporte 100,000 kilos de marchandises sur dix wagons qui n'en peuvent contenir que 3,000 chacun, en un mot. c'est vouloir l'impossible.

Mais, insiste-t-on, si tout le monde était d'accord pour refuser l'or, il n'entrerait pas dans le pays et on aurait bientôt dès lors assez d'argent. Cette dernière conséquence esltrès douteuse, comme nous le verrons plus loin. Admettons néanmoins qu'elle soit vraie, encore faudrait-il que la nation entière agît comme un seul homme et repoussât inexorablement l'or.

Muis comment espérer une pareille unanimité d'action, quand on voit M. le ministre des finances lui-même, cet adversaire si convaincu de l'or, pro-

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clamer tout haut qu'il ne porte sur lui que de la monnaie d'or, parce qu'elle est plus commode. Il est probable que beaucoup d'autres eitoyeus pensent et agissent comme l'honorable M. Frère et favorisent ainsi ■ l'invasion de l'or. ■

En présence de ces faits incontestables ne se laisset-ou pas aller à considérer les cboses d'une manière bien superficielle, quand on t^xe d'ignorance les négociants et les industriels qui se plaignent d'une situation dont ils éprouvent chaque jour les inévitables ÎDconvénieuts et dont ils ne sont point la cause? Ne pourraient-ils point répondre à M. le miuislre des finances :

L'or entre dans le pays soit pour sa valeur nominale, soit poursa valeur réelle : dans le premier cas, il chasse de la circulation 20 francs, dans le second cas, 19,93 fr. d'argent; car, comme le dit très-bien M. Pirmez, a la circulation d'un pays, n'ayant qu'une certaine capacité, les éléments nouveaux qu'on y introduit chassent ceux qui s'y trouvent. > Il en résulte que le numéraire d'argent devient insuffisant. Nous devons donc forcément nous servir de la monnaie d'or. Mais cette monnaie, étant, sujette à des variations continuelles et irrégulières et ne pouvant servir en tout payement,estun înstEumenld'échange très-imparfait. (1). C'est donc en suivant vos conseils que nous souffrons de tous les embarras dont nous nous plaignons. Il est possible que nous soyons très-

(t)Ce beSDia d'un iiisirumeiit d'échange d'une valeur (Ixe psllelque l'on voit aemultiplior de plus en plus, affirme H. H.iiuu. les miles stipulées payables en or au pair. Rien de plus naturel ; dites à. <|ucli|u'uu que l'or baissera dflS *!> aiHOans:il nes'en inquièleraguère. H^isdtles-luique laplèce de 30 tr. vdriera de 10 centimes du jour au lendemain et il répondra que, s'il doit s'en servir, cela est intolérable.

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- 3S ignorants en économie politique. Mais quand doos serions aussi savants que M. Michel Chevalin- ou que les rédacteurs du Journal des Économistes, toule noire science ne diminuerait en rien la gène que nous éprouvons dans nos transactions et les tiraillements auxquels donnent lieu chaque vente et chaque achat.

Nous avons essayé de montrer les inconvénients qui résultent de l'état actuel de notre circulation monétaire. Nous croyons avoir prouvé clairement que cette situation fâcheuse, que les Documents offidels n'hésitent pas à qualiRer de « crise », ne résulte point de l'ignorance des masses ou de l'esprit de lucre et de spéculation de quelques habiles, mats de causes très-générales et très-fortes, et qu'en suivant les avis du gouvernement, loin de mettre lin à la crise, on la perpétuerait et la généraliserait de plus en plus.

Après avoir constaté avec autant d'exactitude que possible la gravité du mal et les circonstances qui l'ont amené, il faut examiner les remèdes qui ont été proposés. — Commençons cet examen par les conclusions auxquelles est arrivée la Commission instituée par M. le ministre des Hnanecs. Pour qu'on puisse mieux en saisir l'ensemble. J'emprunterai le résumé qui en a été fait récemment , à un travail* publié au sujet de la question monétaire :

Pièce de 5 francs. 1° La pièce de S francs sera la seule ■nanoaie donl l'acceptation sera indéfiniment obligatoire dans tes payements.

« 3° Hul ne saa tenu ée recevoir une pièce de a francs qui a perdu plu« d'un déoidpramiBe (l/tMAO de kilogramme) de son poids.

3* fil coDséqucBce !a Banque ualloiwlecQUperfl en deux

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loulet les pièces qui uni |i«rdu plus <J*un décigramme 4e leur poids {l).

i' Le propriétaire d'une pièce trop légère oITcrle b la BaO' que ne pourra la reprendre ; 1a pièce sera coupée ; Piais le propriélaire aura l'option de retirer les morceaux, ou ilc le» laisser à la Banque en supporlani, en ce dernier cas, la différence entre leur valeur nominale el leur valeur d'apr- s le ehange de la monnaie. En d'aulres termes, le porteur perdra en proportion de la dilTérence de poids.

S° Pendant quelque temps cl à litre de mesure ti'ansitoire. les Trais de fabrication ne seront pas à la cliarRe du propriétaire des pièces coupées ; elles seronl remonnayèes aux frais de l'Elat.

JlfonrtatM divitionnairei. i' L'Etat fabriquera el aura seul le droit de fabriquer des pièces de 2 francs, d'un franc el de SO centimes, au poids déterminé par la loi en vigneur mata en abaissantle litre 900/1000 à SSO/IOOO d'argent fin, c'est-ii- ■ dire avec une différence, à son profil, de S iji p. c.

a» Nul ne sera tenu d'accepter dans un payement plus de SO francs de ces monnaies.

3° Chacun pourraéeliangerau pair ces monnaies divisionnaires, contre des pièces de S francs, aux caisses que l'Etal désignera pour cet échange.

4° Les pièces belges de 3 francs, d'un franc et de SO centimes en circulation seront ultérieurement démonétisées et retirées.

Monnaieê de biUon. 1° En remplacement des pièces de 30, de 10 et de S centimes, qui seront démonétisées et suecessivemenl retirées, l'Etal fabriquera el aura seul le droit de fabriquer des pièces il base de nickel et de cuivre, du poids de 6 grammes pour la pièce de 30 centimes, de i grammes poui* celle de 10, et de 3 1/2 pour celle de S centimes,

3° Nul ne sera tenu d'accepter dans un payement plus de S francs de ces monnaies de billon.

(1). H. Halou oublie de mentionner ici que la Banque ne devrait aveir dans son encaisse que des pièces droites de poids, sous peine de la conflscatioD des pièces dont l'usure eTcèderait la tolérance légale. V, L« Qvutum HohItuhe.

!t> Chacun ponrra échanger en loul temps, au pair, aui caisses que l'Elal désigoera, ces monnaies de billon cnntre de» monnaies d'argent,

Lorsqu'on étudie ces propositions, après avoir parcouru le rapport de H. le miuistre d«s finances dépose k la Chambre des i-eprésen(ants te ^ août 1859 et le rapport de M. Pirmez, on ne peut se défendre de quelque surprise; car ces propositions paraissent être en contradicliou complète avec ce que sembleraient exiger les faits constatés dans ces deux rapports. En effet, M. le ministre des finances remarque < que les pièces de cinq franai qui ont le moins perdu par le frai sont prises de préférence pour les expéditions à l'étranger. » Et dit M. Pirmez : « Nous sommes destinés, à avoir le rebut du numéraire d'argent delà France. Les pièces usées, remplaceront .nécessairement les pièces nationales qui subsistent encore et qui s'approchent le plus de la vérité pondérale : etles empêcheront , à plus forte raison, des pièces îumvetlement frappées de venir améliorer a qui est. Celtes-d seraie/nt au sortir du balancier rechêrciiées par ks spéculateurs, qui, substituarU en France l'or aux pièces amoindries par k frai qui y circulent, viendraient substituer ces dernières à nos pièces neuves.*

Ainsi, suivant MM. Frère et Pirmez, on recherche les pièces les moins usées pour les exporter et afin de les trouver on se livre k un triage plusou moins long et coûteux, et néanmoins la majorité de la Commission propose de frapper des pièces neuves aux frais de ceux qui en présentent d'usées et de confisquer dans les caves de la Banque toutes celles qui n'auraient pas le poids légal. M. Pirmez indique luimême ce qui arriverait, si l'on appliquait ce système.

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Les pièces neuves * suniiciit recherchées au sortir du balancier par les spéculateurs > qui les esporlenieat à l'étranger. Il semble donc que les mesures proposées par la CommissioD auraient pour etTet inévitable de hâter et de faciliter l'exporUtiou de l'argent qu'un veut, au contraire, prévenir. Le Moniteur ïes Intérêts matériels décrit dans les termes suivants, (numéro du 9 oov. 18S9) quelles seraient les conséquences proltables de ces mesures ;

■ On sait que l'an tri« les pièces de cinq francs e( que cellpii qui soDt ilroil«s de poids Jouissent d'une prime d'eiporlatioD ; mais, par suite de Iriages succossifs, les bonnes places sunl en luinorilé, et il faut opérer sur une inonde quantité de pièces poiir en obtenir un cerUin nombre suffisamment pesantes ; c'est Ifi une difficulté assez grande, qui entrave \e commerce des warclianda de mélaux pri^ieui et le ratenlil considËrablemenl.

* Supposons maintenant que l'on adople les etpédients proposés par la cnmrnissien monétaire pour épurer la circulation, c'est-à-dire que l'on saisisse el coupe les pièces trop légères pour les remplaçai aux frais des parliculiers, par de nouvelles pièces et que l'on confisqua à la Banque nationale loulescellesquiserontlropleiferes.il est clair que des moyens aussi énergiques, si l'on parvient à les mettre en pratique, auront pour résultat de garnir les caves de la Banque nationale de pièces droites de poids et d'aloi sans aucun mélange de pièces usées.

' 9i l'on fait roaioMnaal allentiou que , d'après ses statuts , la Banque nationale est tenue de remlMurner ses billets à vue, on eonvieodra que le cofiuaerce ites raarcbands de métaux précieux sera devenu excessivenjenl facile et fructueux. Il ieursulllra de se présenter au guicliel de la Banque avec un certain nombre de billets de 1,000 francs pour obtenir en écfaaqge pareil nombre de sacs de 1,000 flancs en pièces toutes triées, sur lesquelles ils réaliseront la prime en les exportant.

» Comme ce commerce sera d'autant plua lucratif qu'il sera conduit sur une plus vaste échelle, on peut être certain qu'il

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marchera rapidement jusiqii'i épuisemenl, non-seul eme&l <le la réserve mélalliqae, mais des bllleUen circulalion, car la Banque est obligée de rembourser luus ses billcls, à moins d'avoir recours à la déplorable D)i«ure du coars forcé.

» La commission n'avait sans doute pas pensé à celle conséquence, et nous appelons son atleiiiioii toute spéi'lale sur ce point. "

Le Mouitew des Intérêts matériels s« donne «ne pei&e inutile enippelunt Tatteiitiou ileln Commission sur une conséquence qui, croit-il, aurait échappé à celle-ci. Elle ttvait si bieu prévu ce résultat, que M, Pirniezle décrit très-exactement, iiinsi que nous l'aVoHs Tait voir en citant les termes mêmes qu'il emploie.

Comment doue expliquer que la Commission, sachant Irè^bien que toutes les pièces neuves seront immédialemeiit exportées, propose cependant d'en battre de semblables en saisissant ou en coupant toutes celles qui n'ont pas le poids voulu? Voici, senible-t-il, l'explication de cette contradiction apparente et le raisonnement qu'a fait lu Commission. On coupe les pièces trop légères : elles sont donc ou transformées en lingots ou remonnayées en pièces droites de poids. Ces lingots ou ces pièces sont exportées; mais cette exportation Tesant un vide dans la cireulatioii, ce vide attire de France d'autres pièces qui étant aussi coupées flnissenl par être exportées et ainsi de suite jusqu'à épuisement du grand réservoir fran^is. Alors, comme les pièces de cinq francs nous sont indispensables, elles nous resteront, car > la fabrication de la monnaie est libre et avec lu liberté on ne manque jamais longtemps d'une chose utile et surtout d'une chose nécessaire. S'il y a absence de monnaie, il y aura intérêt à la fabriquer et par conséquent on en fabriquera.» «On ne peut concevoir non

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plus que l'on ail Trappe des pièces qu'ily aarait immédiatement avaût^ge ù refondre. L'intérêt qui a porté à la fabricntion doit, à plus forte raison, empêcher la rcfonlfi.fi)» Ainsi donc dans l'opinion de la Commission, à force de couiwr tks pièces de cinq francs et de provoquer ainsi l'exportation de l'argent, il arrivera un moment où le besoin de numéraire sera tellement intense qu'on sera obligé de faire battre des pièces de cinq francs et où par conséquent nul n'aura intérêt A les remettre au creuset.

Je n'insisterai pas beaucoup sur )e coté pratique du système de la Commission. M, t. Malou a fait Voir toutes les difficultés que ces mesures rencontreraient dans l'exécution. Il soutient qu'il ne serait pas trèsjuste de faire supporter aux derniers détenteurs des pièces usées toute la perte de l'usure dont ils sont loin d'être les auteurs. M. Malou est sur ce point d'accord avec J.-B. Say, avec le plupart des économistes et même avec M. M. Chevalier, qui trouve que l'équité voudrait que < les gouvernements, en qui se personnifie le public en masse, supportassrat cette perte. » Quand un pays a sa monnaie à lui et que la refonte des pièces usées n'atteint que ceiie-là on peut répondre à H. Malou qu'il y a en effet une légère injustice à faire subir la perte de la refonte au dernier détenteur, mais que cette injustice est de la nature de celles qui sont plus ou moins inévitables dans les transactions humaines et qu'on rencontre notamment dans la répartition de presque tons les impôts ; et, eu égard à celte considération, il semble qu'on

(I) CeUe cousénuence a fortiori esl loin d'être jusie. L« débiteur peul élre forcé de batireitoul prindela moniiBis queleurèlincioraurs Inlérèl à exporter.

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pourrait passer outre, comme on l'a fait dans d'autres pnys. Mais en Belgique le cas est bien tlîtTérent. En effét,il s'agirait de remonnayer aux dépens des détenteurs belges, non-seulement les piëœs belges usées, non seulement même les pièces françaises usées qui circulent en Belgique et qui Torment presque les neuf dixièmes de la circulation totale, mais encore à peu près toutes les pièces usées qui circulent en France et qui viendraient en Belgique, M. Pirmez l'affirme, remplir successivement le vide produit par la démonétisation et l'exportation. — Dans ces conditions les mesures proposées par la Commission donneniientIieu,non àl'une de ces injustices légères qui sont presque inévitables, mais à une iniquité grave, toute gratuite, et par conséquent intolérable.

Avant qu'on ne puisse en arriver à posséder une circulation parfaitement épurée, surtout avant qu'on ne touche à l'heureux instant où le besoin de pièces de cinq francs sera si grand , que les particuliers en feront frapper et que les spéculateurs n'auront plus intérêt à les refondre, on aura infligé au pays un tel dommage et de si grands embarras, que mieux vaudrait,sans comparaison,abandonner à l'instailt le système monétaire actuel et en adopter un autre. On suppose qu'il reste encore en circulation, tant en France qu'en Belgique, à peu près pour un milliard de pièces de cinq francs. D'après la Commission , 9/10 de ces pièces n'ont pas le poids voulii et perdent au mqjns ifr.parmillefrancs. Pour remonnayer les 900 millions représentés par des pièces usées, et pour frapper des pièces destinées presqu'en totalité à l'exportation, il en coûterait donc au public belge 3,200,(>00 fr. Mais qu'est cette perte, toute notable qu'elle paraisse, en comparaison des

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désagrénients qui résulteraient de la saisie de 180 Biillions de pièces usées et partaot des 180 millions de vexations qu'on devrait faire subir aux particuliers pendant un nombre d'années tluut il e»t difficile de prévoir le terme. 11 me semble peu probable qu'aucun gouvernement veuille affronter l'impopularité qui résulterait de l'application d'une mesure semblable.

Al^is, toutes ces difficultés franchies et ces embarras surmontés, supposons qu'on soit arrivé à cet instant si vivement désiré, où les écus de cinq francs sont tellement rares que les particuliers soient obligés d'en faire battre, quelle sera alors ht situation? C« sera évidemment une situation très-difficile pour un pays industriel et commerçant. Car quand il y a insuffisaiice de numéraire, quand l'intermédiaire des échanges est trop peu abondant, il y a cnse inonétaire. Ce ne sera donc, dans l'opinion même de la Commission, que sous la pression de l'insuffisance sentie de l'intermédiaire des échanges et pour échap^^ pef à une crise monétaire, que les particuliers feront frapper des pièces de cinq francs. Mais à peine d«viendrout-elles abondantes , qu'immédiatement la printe qui les fait exporter maintenant, recommencera à favoriser l'exportation et l'on se retrouvera de nouveau, sinon en pleine crise monétaire, du moins a^sez près de la voir éclater pour que les transactions eq soient notablewent |êaées.

^i kl ÇoiDPiission pe s'est pas pçéocoupée, autant du moins, qu'il le fallait , de^ dÀlScuU4s de toute i)at|ire que spuVvaieRt ses conclqsions , cela provient , me seiphlcr-t-il. de c« qn'ellç s'est appuyée avec confiance sur, deux propositions qu'on retrouve fréquemment, il est vrai , chez beaucoup d'économistes , mais qui pourtant sont loin d'être rigoureusement vraies.

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L*E(»noiniepo)itiqae,comme1esaulres sciences qui ont pour objet le réel et non l'abstrait , renferme un grand nombre du maximes ijui sont d'une vérité absolue dans certaines circonstances, mais qui cessent d'être vraies dés «lue l'une ou l'autre de ces circonstances vient k manquer. Ceux donc qui prennent ces maximes pour base H qui ventent y appuyer une série de déductions, comme sur des axiomes mathématiques,arrivent souvent â des résultats entièrement erronés.

Les deux propositions économiques dans lesquelles la Commission a mis trop de confiance et qui forment le fondement de ses conclusions sont celles-ci :

i' Avec la liberté on ne peut manquer de numéraire, car le numéraire est utile et indispensable.

9r Loin que l'abondance du numéraire soit une chose désirable, elle est plutôt fqnesl*;,

l' A en croire les DocttmcBiso^ïîctB/ï, «dans un pays oui) n'existequ'un seul ctulon monétaire, ou lamonnaic n'est frappée et admise qu'à sa valeur réelle et où le papi«r de circulation est convertible en monnaie à 14 première demande du délenleiir, il est mnlériellement ûnpossjble que l'exportation du numéraire puisse s'étendre iiu point d'offrir une itpprence de danger. »

Cette proposition ainsi formulée est loin d'être exacte. Et d'abord elle est démentie par les faits. En Bdgique on a la lilierté de frapper de la monnaie et on n'en frappe poinl.quoique la quantité de monnaie légale en circulation soit déjà « insuffisante, o Bien d'autres pays manquent du numéraire nécessaire aux transactions, malgré leurs efforts pour s'en pro-

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ouper. Le Brésil, les Guyanes, le Portugal, la Russie, la Turquie, sans compter l'Autriehc, sont ordinairement dans ce cas. Cela provient de ce qu'un pays, qui n'a point de raines de métaux précieux, doit pouvoir exporter dans les pays qui en ont, plus de ses produits ordinaires qu'il n'en importe, afin do se faire payer la balance en or et ou 'argent , ou bien sou commerce général doit èlre tel qu'il exporte en moyenne un peu plus qu'd n'importe, afin que la différence soldée en métaux précieux vieuue entretenir sa cirt'ulation. Tout pays qui d'une manière constante tend à importer plus qu'il n'exporte ne peut conserver une circulation en numéraire suHlsamment abondante. Si une nation a beaucoup plus importé <iu'elle n'a exporté, soil par l'imprévoyance de ta spéculation comme l'Amérique en 1858, soit par l'effel d'une disette comme l'Angleterre en 1847, cette nation doit livrer en payement une partie de ses métaux précieux,et une crise commerciale en résulte. Dans les pays où le travail est actif, l'équilibre finit par se rétablir; dans d'autres au contraire l'équilibre ne se rétablit pas et ceux-ci souffrent d'un manque prçsquc constant de numéraire et de tous les inconvénients qui résultent d'une circulation embarrassée, (i) 11 ne faut donc pas croire que la liberté résolve toutes les diflficulfés. De même qu'un homme peut être trËs-libre d'agir à sa guise et cependant manquer du nécessaire , ainsi une nation peut être très-libre de battre de la monnaie

[I) V. Sur les etiiorbtious du Duméraire et sur l#urs con- SMiaencvs. M. SluarlMil], rsi^c. d'Ecosb. ml., Liv. III., el mon Etude sur l* libkiit& bd coxvircv ii — HuqaiTdt, 1837.

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„ 38 — manquer. Il peut donc se présenter des circonstances qui mettraient la Belgique dans cette situation, et ce n'est pas en alTimiant que le fuit est impossible qu'on l'empêcherait de se produire.

3» Arrivons maiihenant au »e«;und poiiit, à savoir s'il est indilTùrent pour un pays d'avoir beaucoup ou peu de numéraire en circulation.

Je suis forcé de demander ici l'attention du lecteur pour une question de théorie, eu apparence un peu subtile, mais qui a pourtant une très-grande importance en pratique. En effet, s'il est inditTérent à une nation d'avoir en circulation peu ou beaucoup de numéraii-e, le système proposé par la Commission, sauf certaines difficultés d'application, est juste au fond. Il repose, au contraii-e, sur une base fausse, si ce principe n'est pas vrai.

D'après tes Documents officieU, l'exportation du numéraire, « loin de jeter la moindre perturbation dans les relationscommerciales grandesou petites > , « olTre, au contraire, l'avantage réel de débarrasser le pays d'une quantité de métaux que leurs détenteurs reconnaissent superRus et improductifs, en échange de capitaux produisant des intérêts, ou de marchandises qui augmentent les bénéfices ou le bien-être du pays.»

Le principe qui sert de fondement à cette opinion est, il faut l'avouer, accepté par la plupart des économistes. Il est notamment exposé avec détail par M. Michel Chevalier et même par M. Stuart Hill. Si je me permets de le combattre, c'est que je le vois manifestement contredit par les faits et par le sentiment très net, quoique non raisonné, si l'on veut, de tous les hommes d'affaires.

Voici l'argumentation des économistes. La quantité de numéraire qui circule dans un pays importe peu, car si le numéraire est rare, il aura une

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grande valeur et s'il est abondttnt, sa valttnr bsissorï: Un écu dans le premier cas valant autant que deus écus Jans le second , on fera exactement la même quantité d'affaires avec une quantité de numéraire deux fois moindre, ce qui est évidemment un avantage plutôt qu'un désavantage. • On est donc fondé à nier que l'Amérique iiit accru de quelque chose nos richesses par ses métaux précieux, en tant que ses mines ont servi à multiplier la masse d'oP et d'argent monnayés. » (1) « Le service des échanges était aussi bien fait, avec la moindre quantité de métaux précieux qu'avec la plus grande. » « C'est une fâcheuse confusion de croire que la monnaie est la même chose que le capital. Cette confusion se révèle par une locution qu'il est Irès-commun d'entendre. On dit Varient est abondant ou l'argent est rare, pour indiquer que Thomnie industrieux, qui cherche du capital, a de la facilité oli de la peine à en obtenir. Les Anglais disent monnaie (HONEv) comme nous disons argent ; ils appellent HOHEï N.VRKeT cc qu'il faudrait nommer le marché au capital.» Ainsi parle M. M. Chevalier, et M. Mil) développe cette théorie avec encore plus de force et de précision (2). D'après cet êmiuent écnnomiste le marché des prêts est à tort appelé marché de l'at^enl. Ce que l'emprunteur desii-e, ce qui eu dernier résultat passe entre ses mains, ce sont des capitîiux, c'est-à-dire des marchandises et des vivres pour faire travailler des ouvriers. Donc la facilité des prêts dépend, non de l'abondance du numéraire, mais de celle des capitaux, et nne augmentation ou

(1) M. Michel Chevalier, la HonniiE. Sect X.. CIj. i.

{i) V. Sluarl Nill. Pamcir. l'Ec. pol. IIv. )[I, ch. 1 h âS.

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UDe diminutioa de la somme du numéraire n'a aucune influence sur le laux de l'intérêt.

Cette théorie qui parait inattaquable quand on reste dans l'abstrait, est cependant en opposition avec l'expérience de chaque jour. Il suffit de lire les correspondances linaucièrcs hebdomadaires que pu- "blienl les journaux bien renseignes pour voir quelle importance extrême on attache, sur les marches de Londres et deNew-York,à l'aboadancedu numéraire. Les hommes d'affaires suivent tous d'un œil atten- (iries fluctuations de l'encaisse des Banques, surtout en Amérique, parce que ce pays , ayant une tendance ooDStant« i beaucouji importer , est toujours exposé à manquer de numéraire , comme en Tait foi louhi l'histoire fmaocière des Etats-Unis. L'or est-il abondant , on annonce que l'escompte est facile , que les transactions se font sans diflicuité, que les acheteurs sont nombreux, en un mot que la situation est bonne. Au contraire , l'or est-il rare , quelque forte exportation en a-t-elte restreint la circulation ? aussitôt une certaine hésitalioi) semanifeste.l'escomptcesi, plus difficile, le taux de l'intérêt monte. Si l'or continue à s'écouler , on est à la veille d'une crise , l'intérêt s'élève à6 p. c. Les capitaux (marchandises et vivres) ont-ils donc diminué? Point du tout, seulenient te cagita( numéraire est rare, et cela saiEt pour que Iputes choses perdent une partie de leur valeur. Mais que sondaiB le télégraphe annonce que • l'invasion de l'or * va reprendre, et à l'instant la confiance r^ajt ; le taux de l'intérêt s'abaisse , le prix des marchandises, des fonds publics, de touleschoses s'élève: ta situation s'améliore. Bientôt l'intérêt retombe à 3 et à 3 1/2 p. c. Les affaires prennent un élan extraordinaire. Toutes les entreprises trouvent des facilités pont activer leurs travaux. Les capitaux

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(marchandises et vivpcs) onl-i!s au^enlé par irette imporUtioD d'une certaine quantité d'or ? En ant'iine manière ; mais l'argent est abondant. Donc, la quantité âes capitaux réels restant ks mêmes , la sitiiiilion devient bonne quand l'argent est abondant , mauvaise quand il est rare ; bonne quand le mardinï de l'aient (honey narket) est bien fourni , mauvaise quand il ne l'est pas.

Voilà un fait certain, évident, qui défie toute vontestatton. MM, Michel Chevalter et Stuart Hill, pourront-ib) démontrer qu'il y a là confusion, erreur, ignorance et que tous les négociants, les industriels, les banquiers de tous les pays du monde se trom|>ent? Evidemment, c'est ici, la théorie qui est incomplète , et nous essayerons de montrer quel est l'orjgiite de ce malentendu.

Mais examinons encore les faits. D'où provienitent, en général , les crises commerciales? D'une exportation trop grande de numéraire. En 1847, la disette avait forcé l'Angleterre de faire venir des quantités énormes de céréales. En 1858, les Etats-Unis avaient importé pour une trop grande valeur de produits fabriqués. Ces deux pays pour selibérer ont été obligés d'exporter une grande partie de leur numéraire. L'intérêt s'est élevé à un taux fabuleux, tous les capitaux sont tombés à vil prix et il en a coûté des sommes exorbitantes àces deux nations pour faire revenir les métaux précieux qu'elles avaient perdus. Voilà encore des faits incontestables qui prouvent que la marche des transactions dépend non pas seulement de l'abondance des capitaux réels, mais de la situation du Mtmey-market, c'est-à-dire de l'abondance des métaux précieux.

M. Michel Chevalier a bien senti que ce dernier ordre de faits était de nature à ébranler sa théorie;

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aussi s'efforcft-t-il de les expliquer à sa manière : « Il Taut remarquer, dit-il, que dans les crises redoutables que j'ai en vue ici, la fuite des métaux précieux doit Mre considérée comme un des symptômes les plus graves sans doute et les plus visibles, mais non pas comme l'origine et la cotise même de la crise. Si l'on eTamine bien les circonstances, le plus souvent l'on reconnaîtra que le pays,ti'oi'i les espèces sortent ainsi, a manqué de prévoyance et de sagesse dans l'emploi de son capital et que te mal consiste dans l'épuisement tlu capital disponible, bien plus que dans la rareté des métaux précieux. Les disettes forment une exception à cette règle. Ce n'est point par sa faute qu'un pays a une mauvaise récolte, c'est par la faute des éléments. Mais aussi alors le mal n'est point dans l'insuffisance de l'or et de l'argent, il est dans l'insuffisance des grains, et si les espèces monnayées sont rsiréfièes, c'est l'elTelde la disette. Portée brusquement A un certain point, la rareté de l'or et de l'argent devient par elte-ménu fine cause de souffrance. (1) ■

Les contradictions où aboutit ici M. Chevalier montrent que la vue de la réalité le gène dans l'exposition de sa théorie. Dans les premières lignes il affirme que la rareté du numéraire n'est poiet la cause des crises, et dans les dernières, i) avoue au contraire que cette rareté devient par etle-mimeaae cause de soufl^nce. Or c'est cette dernière opinion qui est just«. En effet, il est bien vrai que si un pays doit exporter trop de numéraire c'est par suite d'une cause qui est tantôt l'imprudence de la spéculation lanlàt une disette, etc. Hais la crise ne provient pas de la rareté des blés ou de la rareté du capital dispo-

(1) Là HoiiniiE. Sect. xu. Chap.3.

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DJble. La crise de 1837 en csl la preuve évidente. Les céréales ou le capital disponible, c'esl^à-dire tes vivres et les marchandises etc., manquaient-ils à l'Amérique quand la crise a éclaté? ign aucune manière : ce qui lui manquait, c'étaient les moyens de se libérer vis-à-vis de ses créanciers d'Europe, c'est-àdire du numéraire. En i847, la crise a commencé ^u An^eterre quand on a employé une partie de l'encaisse des banques pour solder les achats de t^rains et elle a diminué, aon quand on a fait une meilleure récolle, mais quand l'or a reflué vers la Graude- Bretagne et quand la banque a lancé toute sa réserve métallique dans la circulation. Qu'on relise l'étude faite par M. Léon Faucher sur cette crise mémorable (1) et l'on y verra comment l'exportalioii dos métaux précieux, quelle qu'en soit b cause déiermiuante, produit nécessairement ces terribles catastrophes qui désolent périodiquement tes grands pays commerciaux. Ainsi donc les faits observés, non seulement en temps de crise, mais en temps ordinaire sur tous les marchés du monde, semblent prouver d'une manière incontestable, à l'encouire de ce que soutiennent M. M. Chevalier (2) et les Doca-

flj Joumai dii EamamUtee, nov. 1847

(9) Quand H. HiiAel ClieTSlier cesse d'ëlre préoccupa de ca tbéorie prtoonçii«, il ne peut mannut^r tfapfreevoir ce qui se produit réetlem«il et par mile, de s« eoiHredire. Ainsi (Cbap t, Sect. 3. Li UoKflAifi.] il nousdilque les nouveaux Etals de l'Amérique « louffreni « moins que tes anciens de la rare t£ de la monnaioet que les anciens Etals pur suile de celle, rareté « en éiaienl réduits au troc en nature « lequel rendait néceasaircmenl les transactions lentes, dilDoiles et, souvent imposslliles. Donc ta rareté du numéraire esl un mal, doacil D'est pas exact de dire que o le service des écluiDges est aussi bien fait avec la moindre quantité de milaux précieux qu'avec Ja plus grande. ■

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menu officiels: que la rareto du numéraire est uti mal, qu'à UD certain degré elle provoque la gène cl à un degré plus fort, une crise.

J'essaierai maintenant d'expliquer d'où provient l'opposition qu'on rencontre, d'une part, entre la théorie de la plupart des économistes, et, d'autre part, l'opinion de tous les hommes d'affaires se fondant sur (a vue claire des faits joun«liers.

1^ remarque faite parles économistes, que les emprunteurs désirent se procurer, en dernier résultat, (les capitaux disponibles , c'est-à-dire (des vivres, des marchandises etc.) et non de l'or, est lrès-exacl«. Hais comment arriver k ces vivres existant au fond des campagnes , à ces marchandises répandues dans tant de magasins divers? Evidemment au moyen des métaux précieux, qui sont l'intermédiaire universel des échanges. Donc ce que l'emprunteur désire avoir d'abord.c'estdel'or; donc avant d'aller au marché des marchandises, où il trouverait bien peu de marchands qui voulussent et pussent lui fulFe crédit, il va d'abord au marché d'argent (Money-m^ket), oà il emprunte du numéraire. Si le numéraire est abondant,il trouvera beaucoup de préteurs et il l'obtiendra facilement et à bon prix. La quantité des capitaux disponibles est indépendante de la quantité du numéraire et n'en tient point du tout lieu. Ainsi il se peut qu'en huit jours de temps l'emprunteur ait deux fois plus de peine A faire ses emprunts, quoique la quantité des capitaux disponibles n'ait point diminué pendant ce temps : seulement le Money-market est mal fourni. Les pièces d'oret d'argent sont semblables à de petits véhicules qui servent à transporter les denrées des mains de leurs détenteurs dans celles des entrepreneurs. Pour autant qu'on n'a pas appris à se servir de véhicules en papier, ceux en or el en

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- « — argent sont iudbpensables. Il faut donc que les entrepreneurs s'en procurent à tout prix, sinon ils ne pourront commencer leurs travaux : l'ouvrier sera suns ouvmgc et toutes les atTaires seront crirayées. C'est pour cela qu'ils se transportent au marché des véhicules d'or afin d'en louer vl qu'ils se réjouissent quand des navires , arrivant de la Californie, en apportent des cargaisons, car si les véhicules sont rares, on devra payer leur usage très cher et s'ils manquent , on n'en trouvera à aucun prix, quoique les capitaux (marchandises) abondent peutêtre. La locution anglaise Money-market est donc très juste. C'est le marché des véhicules destinés à opérer les échanges et les hommes de la pratique ont * raison contre les hommes de la théorie, quand ils s'inquiètent de savoir si le marché est bien ou mal fourni.

Hais une fois que l'entrepreneur est pourvu de ses véhicules qu'on lui loue plus ou moins cher, il se transporte sur le marché des capitaux réels, trèsdifférent du Money-vtarket et alors, si ces capitaux (marchandises, etc.) sont ahondants, il les achète à un prix avantageux. Donc pour que la situation soit tout^à-fait bonne, il faut que le marehé de l'argent et celui des denrées soient tous deux bien pourvus , qu'il y ait abondance de numéraire et abondance de capitaux disponibles (1).

(0 J'emploie ce (erme, parce qu'il esl don osafe général, mais ces muls abslralls de^TateDt Aire bannis de la science éeoDumique , où ils jellenl la plus <Mplorable cenrnsioii. Qae de malenleoda» on èviUrail si au lieu d'eiprei!>ions absiraiirs que cbacun entend à sa nuise el qu'il faut dUrrtniner par de loD([ues e^piicaltous, on se servait (oui simpIC' nienl des mois propres et concrels que cliacun comprendrait sans elTort,

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H. Miche) Chevalier a évidemment confondu ces deux marchés sr différents, quand i) dit : « Les hommes superficiels et le vulgaire s'écrient que l'argeût est rare, paroe que l'aient est la mesure du capital ; mais l'expression est inexacte et suscite une fausse idée; c'est à peu près comme si, quand le drap ou la (oile de colon manque à une foire, on s'écriait : • Les mètres sont rares. » L'économiste fran^is aurait raison de faire celte comparaison , si la monnaie n'était, oomme le mètre, qu'une mesure , mais ainsi qu'il l'a très bien montré, elle est de jidus un équivalent et même, ainsi que je le disais à l'instant, un véhicule. Quand donc dans un pays où chacun désire veodredes denrées qiii aboudent, on ne peut faire les échanges, non faute d'une mesure facile à trouver, mais faute d'un intermédiaire et d'un équivalent, ■ le vulgaire > a raison de dire l'argent est rare, car cequ'il veut,ce qu'il demande,c'est du numéraire.

OnpeUtciter une foule d'exemples des services que rend l'abondance du numéraire, exemples qui sont tout-à-fait inexplicables dans la théorie des éeoDomistes. Considérons un instant un pays riche ea produits naturels de tonte espèce, ctnnme la Hongrie. Chacutt répèle que pour tirer parti de ces richesses,il ne manque à ce paya que des capitaux. Or, que faut-il entendre par ces mots? Il ne signifie évidemment pas des denrées alimentaires et tout m qui est nécessaire à l'entretien des hommes, car ces denrées abondent. Par ces mots « le vulgaire ■ entend de l'or et de l'argent, et il a raison. En effet, que vidnne une Société de capitalistes qui réunisse le capital d'écus nécessaire pour construire des chemidA de fer, «t soudain l'aspect du pays change. Les deArées se multiplient, la terre est mieux cultivée, les 4*

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habitaots travaillent avec une ardeur nouv^le. Au bout de peu d'années la richesse du pays est doublée. Qu'est-ce que cette Société » apporté dans le pays ? Rien de ce que les économistes entendent par des capitaux disponibles, ni le bois des billes , ni le fer des rails, ni les denrées consommées par les owvriers; quoi donc ? Précisément ce que « le vulgaire • appelle du capital, c'est-à-dire de l'or et de l'aient. Faut« de ce capital, ou n'aurait pu se faire livrer à crédit toutes les choses nécessaires pour la construction du chemin, ni faire travailler tous ces ouvriers, quoique ces choses et ces ouvriers existassent dans le pays avant l'arrivée du capital étranf^r. Ce numéraire fait l'effet du levain dans la pâte : il répand partout l'activité et la vie.

, Cetesemple très-simple explique l'effetproduitjlors de la découverte de l'Amérique, par l'arrivée des métaux précieux qui se répandirent dans lous les pays de l'Europe, effet que H. Blanqui décrit dans les termes suivants : « Toutes les habitudes changent; des entr^rises s'esécutent; des besoins noureaux se manifestentavec la possibilité deles satisfaire; de plus grands moyens d'édiange facilitent te coeimerce eties spéruiations. Bientôt les espèces n'ont plus suffi; les lettres de change, les billets de banque, de dépôt et de circulation, et toutes les institutions de crédit public et privé sont venus accroître la masse des moyens d'échange et par eux stimuler au plus hant degré le travail.» Voilà comment H. Blanqui décrit, dans son excellente histoire de l'EconcHnie politique, les effets avantageux de l'abondanoe du numéraire niés par M: Michel Chevalier.

Qa'oD veuille bien rraiarquer aussi que nous voyons se reproduire sous nos yeux des faits analogues àceux- qui ont suivi la découverte de l'Amérique.

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Ces prodigkux travaux itidustriele, qui étoneent le moiHle par leur étendue et paria quantité de capitatix qu'ils exigent, ont pris leur gigantesque développement depuis que lasplacers de la Californie etdcl'Aus- Iralie nousenvoient leurs trésors. Ce n'est point l'or qui enrichit les peuples. Mais l'or leur permet de s'enrichir en Tacilitant la mise en œuvre de toutes leurs forces productives.

Lorsqu'on dit que les capitaux anglais font des chemins de fer dans le inonde entier, on ne veut pas dire évidemment que les Anglais transportant en Amérique, en Portugal, en Suède, en Egypte, les matérianx et )p.s vivres nécessaires pourcoiistruire ces chemins. Ce qu'ils y portent, c'est du capital-numéraire, et ce capital fait dans ces pays pauvres le même effet que les métaux préciens de l'Amérique produisirent au XVl'siède en Europe. Enprocurant un intermédiaire aux échanges, il les acc^ère, il stimule le travail et il rend ainsi possibles des entreprises qui ne l'auraient pas été sans cet utile instrument.

Ainsi donc l'étude des faits qui se produisent dans le monde commercial en temps ordinaire, en temps de crise ou quand une grande quantité de numéraire est apportée dans un pays, prouve à l'évidence, me semÛe-t-il, qu'il est Irës-désiraUe que le numéraire soit abondant <'t que le Money-market soilbien fourni.

L'écote mercimlile avait bien vu ce fait, constaté par tous les hommes d'affaires et que les économistes ont en vain voulu nier ; mais elle en avait conclu que plus une nation accumule de métaux précieux, plus elle est riche. Or cette conséquence allait au-delà de la vérité. A un moment donné une nation a besoin, pour opérer tous les échanges qu'dle peut faire, d'une certaine quantité de numéraire. Il est certes à désirer que par l'emploi des moyens de crédit toute nation puisse ac-

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complir ees échanges avec le tnoiits (le numéraire possible. Mds cette quaiilité uécesâaire étant donnée, il est très utile qu'elle en soit iibondamment jtourvue. Aussi longtemps qne le numéraire importé est absotbé pur les besoins de la circulation, il a évidemment pour résultat utile de faire baisser l'intérêt, par eette raison très-simple, que quand beaucoup de véhicules d'échange sont offerts en location sur le marché, on doit payer moins cher le droit de s'en servir (l).Hais quand tous les besoins de la circulation sont satisfaits, les métaux précieux qu'on importerait en plus, s'écouleraient dans les autres pays et finiraient par amener une hausse des pris. A partir de ce moment, les économistes auraient raison : toute nouvelle accumulation serait inutile au progrès de la prospérité publique. Hais combien y a-l-il de pays qui en suiit urrivés à ce degré de civilisation et de richesse, d'avoir tot^otirs à leur disposition tout le numéraire nécessaire à une large et facile circulation ? Unou deux peut-être.

[t)On objectera peul-êlre qu'en CaliFoniie l'uresllrèsnbondant el cependant Vinlérét très-£1evé. Ce rail'ci^l exact. C'esi qu'tl ne auOll pas, en «ITel, que l'or soit abondant pour i|ue rinlét^ baisse, il Fanl en ouire i°que cet or soil offert en IncatldD, c'eil-à-dire qu'il ftU dfs personnes ijui épargoenl. 3* qu'il y ail de le sécurité il prêter. 3° que l'offre de l'or ne iùU pas d^pa^sée par la demande. Atnti . quand dans uo pays en eupruDlant 100 fr.jp puis gagner tO p c par an en travaux sûrs lels que crux de l'agriculture, la di^mande d'argent sera lelle que l'intérêt né pourra guère tomber au-dessous de 9 p. c. Tant qu'en Californie, peu de personnes épai^neronl pour placer è iniirêls. que la sfcurité ne wra pas très-grande et que les pniHis qu'on peut faire avec l'irgeul seront éoormei, l'iniérél rertera élevé.

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Résumons en quelques mois les conclusions de la discussion qui précède.

II est à désirer que chaque pays soit abondamment pourvu de tout le numéraire dont i! a besoin pour opérer ses échanges avec facilité et sécurité.

Quand il en a moins, il y a gène, parceque, faute de vchiculos.la circulation est entravée. Quand tl en a plus, le numéraire, qui ne peut plus être absorbé dans les canaux de la circulation, est exporté ou bien pèse sur le marché comme marchandise et fait hausser les prix.

Aussi longtemps que le numéraire est absorbé dans la circulation, son abondance agit d'une manière utile, car, airivanl sur le marché de l'arçent, c'est-àdire des véhicules d'échange, il en fait baisser le loyer, qui est l'intérêt, sans faire hausser les prix (1),

(I) Je crois celle remari|Ufjuslinée])ar tes rails. £!!« explique 1° conmcnl. au XVI* siècle, In mélHux prieicn^ arrivRDl ilAintrique n'eurm) d'elTel sur les prix qu'au bout d'an dtini-siicle. i:'<:sl-à-ilire. quand les caonux <le la cinulalicm ruresl à ireupivs remplit; iocoDimpitt, actuel le me ni. l'en arme - ([uHiililé d'ur ré|iitndu en Europe n'ugil poiol d'une manière setisilile sur les prit, ainsi que le prouv" la mercuriule des céréales i 3° cniiimenl en Auglelerre . d'iiù l'or déburde sans ce^8E sur le cimlinanl, les prix ne suul pas plus ilevis qu'ailleurs.sauf c«ut (lesobjelsdeluxe. V Stca» Hitk Pane, elo L. Ill.cb. 16 g 3. Ce judicieux économisle qui affirme que l'abondance de l'argenl n'a pas d'iuOuence sur le lauiE de fiilérèl , rtconniîl cependant que l'émission d'une griDde quanlilé de billets OH la découverlB d'un énorme trésor répaodu dans la cipcnlalion par des baoquiers. terail baifsrr l'iuléfêl. Mais une grande partie de l'ur qui arrive aux mains intmes des particuliers cherche toujours à se placer r«pr>docliveuent, doue il lacilile les opéraiions de crtdil et le* entreprises induilrielles.

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Quand ti n'est plus absorbé duns la ciruulatioD, son abondance n'a d'autre effet que de Taire baisser la valeur de l'argenl.

Plus dans un pays il y a de moralité, de sécurité et de luinières, moins il faut de numéraire pour opérer une certaine somme d'échanges. Mais étant donné le besoin qui existe de numéraire, il est utile qu'il y soit abondamment pourvu.

Le numéraire n'est pas , ainsi qu'on l'a prétendu, une marchandise comme une autre. C'est un intermédiaire d'échange , ordinairement fabriqué de métaux précieux , qui a cette propriété trèsparticulière de servir à opérer tous payements et à éteindre toutes dettes. Les efl'ets qu'exerce le numéraire , on tant qu'intermédiaire ou véhicule des échanges, sont Irès-difîérenls de C3u.<c qu'il exerce en tant que marchandise. En tant que marchandise, son abondance ne favorise pas plus l'industrie que ne le fait l'abondance des diamants ou des rubis; elle diminue seulement la valeur de l'or et de l'argent. En tant que véhicule des échanges, son abondance facitiiG les échanges, comme le grand nombre des wagons racilice les transports, et sa nircté gène l'industrie, parce que les négociants ne peuvent point se procurer le seul moyen légtd qu'ils aient de faire leurs payements (1).

(I) It me ramble que <%lle disfinctinn explique jusqu'ï ati«1 poiiii PGl «lacle la doclriiie sout«nne en An;[leterra p:<r Hume el pur H. AUwooil : que l'accrolsseineiil de In qtinniitft daTinmérairr encounige nudusliie. Le iiunièrHJre enrnH- T3gt linduslrie aussi luni^teliipa <|U'tl esi absurlxi par U eircuhitioii su lint lé^l car il fiil lialsser l'Initrêt sans hire haotser les pHx. Au-drh decelle limite , il fuit hausser h-s prix sans laiie Imi'ser l'Inlprèl Le papier de on-dii sous luules !ies (ormes agit de même.

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Si ce qui pivcëde est vrai, il en résulte que Ifi Commission s'o<it engagée dans une Tausse voie, en ne eonsidénint le numéraire que comme marchandise (1) et en admettant que son ahondancu et sa rareté sont des Taits indifTérenIs en eux-mêmes. 11 sV'ii suit aussi que si les mesures qu'elle propose plaient adoptées , ces mesures mettraient le pays dans cette silualion fàelieuse de ne biitlre de la monnaie que sous la pression d'une nécessité absolue, d'être presque toujours en danger de ne plus posséder qu'une circulation métallique insuffisante el, en temps de crise , d'en manquer réellement, malgré toute la prudence du commerce et de l'industrie.

(t) J* Irouv^ ilans les Ooeunnlt affiriflê h phrase siiivnntR ili; Tuncul |iris« puur éplfraplic : • Tuule mtrclModiso psl iiioni>aie«l r*ciproi|Hi'nMnt loule monnaie a»I marclian* ■tihf.' Oei axiome contenail asii» devAfilà, pour <|ue Tui^tU pùl l'upposer k ceux '|ur ne voyaient dans la rnoonaio qu'un signe rcpr^.'ïiilHlif. Unis pris â In lellrc-, il coriiiiiiii hssvl d'erreur pour égarer ceu'i <|ui en feronl la base de leur ariiumenlaliflii. Le premier négocianl venu apercevra celle erreur, ear II a souvent vu un riclie cnnfrère être Iris-Kèné ■.vee un million île marchandises en magasin, lundis qu'avec 900,000 tr. en numéraire il aurail tié lé niallre ds marché. Pairquoi?Prcci»èraeQl parce qu« la monoale rsl aulra choie <|u'uuK marcIiaiiiliSH. EJIe est l'aganl des échanges r«iviiUe m lovl payrmtnt ri élrigHani foHtrt U> iltltei. Qu'en temps de crise je présente à mon créancier les 100,000 Ir, que je lui dois en papier^monnaie ayant cours forcé, el par snilc sam aucune valeur inlrinséqoe, ma délie sera ètelclc el luimàme pourra salisbire è tous ses engagements. Que je lui atre 300,000 tr. do café : il refusera el je serai mis «n faillile. Voili ce qu'il ne faut pas oublier Quand oa ne vtul voir dans la moDDaie rien gu'uD* tnarcbaa4iie oH s'U|Hmb à de .graves mépriiet.

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Examinons maintenanl le choix de l'étalon monétaire. La Commission se prononce avec force contre le double étalon et elle soutient que ce systèmi^ n'a jamais produit que des déceptions. Il parait ccrdiin à première vue,et l'espérience a prouvé partout,qu'il est impossible de faire circuler pendant longtemps et arec ta même abondance l'or et Targent dont la valeur relative esl délerminée par la loi. En effet il y a un intérêt évident à payer avec la monnaie qui a le moins de valeur commerciale et à vendre l'autre comme marchandise. L'histoire des monnaies de tous les pays prouve que du moment qu'il y a iH^néfice à faire celte opération, elle se fait. Ainsi en France la loi ayant donné trop peu de valeur A l'or, il en était résulté que la circulation s'y faisait en aident et qu'on n'obtenait de t'or qu'en payant une prime plus ou moins élevée. En Angleterre au contraire l'argent ayant clé évalué trop bas dans la proportion fixée entre ces deux métaux, l'or est devenu l'intermédiaire ordinaire des échanges el l'argent a été à prime. Ainsi donc ou peut etm~ sidérer comme un fait acquis, qu'il est impossible de maintenir en circulation , dans une proportion à peu prÈs égale, les deux métaux comme monnaie lé^le dans un rapporl flxé une fois pour toutes, par la raison que ce rapport varie constamment et que chaque variation fait sortir de la circulation le métal évalué trop bas, tantét l'or et tantAt l'argent.

Résnile-t-il de ce Tait que l'Etat doive constamment modifier le rapport légal des deux métaux ou n'en iH«ndre qu'un seul pour étalon? Evidemment non : l'Etat peut maintenir le double étalon ; seule-

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— SI — ment, il faut avouer que ce sera une pure ficUon, car le métal surévalué circulera seul, l'autre disparnitra comme uous le voyons actuellement.

Mais ce phénomène a-t-il des inconvénients et quels soiit-ils? Il en a plusieurs dont le plus sensible se fait sentir quand c'est l'urgent qui disparait; car l'argent servant à fiiire la petite monnaie, le commerce manque de cdle-ci, ce qui est une gêne très-grande pour les petits payements. Il est vrai qu'on peut obvier à cet inconvénient en ballant de l'or en petites pièces et en ayant de la bonne monnaie de billon point trop lourde et échangeable contre de la monnaie légale. Quand au contraire c'est l'or qui disparait, c'est pour les gros payements à faire en numéraire qu'on éprouve de la gène, k cause de la difficulté de transporter de la monnaie d'argent. Il en résulte encore d'autius inconvénients très-sérieux , comme nous le verrons, mais quoique plus graves, ils ne sont pas aussi immédiatement sensibles que ceux qui résultent de la disparution de l'argent quand le billon manque.

Les désavantages que nous venons d'indiquer élant attachés, les uns à la monnaied'or, les autres à la monnaie d'argent, le système à simple étalon n'en est pas plus à l'abri que le système à double étalon, car celui-ci n'offre jamais que les premiersou les seconds. Hais le double étalon a un vice plus grand et qui lui est propre. Comme sous son empire la circulation se fait tantôt en or tantôt en argent, la monnaie lég;ale est soumise à une double chance de variation. Quand l'or est la seule monnaie légale il n'y a chance de variation , que si l'or se produit à meilleur marché, et quand c'est l'aident seul, il n'y a chance de variation que si l'argent se produit à meilleur marché. Avec le double étalon ces deux causes peuvent agir successi-

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Vemeat; il y aura doai' probablement plus de variatiofls dans la videur du numéraire. Voilà le désavan- Uge du double étalon. En voiei mainteRant l'avanla^. Comme il y a deux métaux qui ont cours légal, ce sera le moins cher qui circulera toujours ; or, le moins cher sera oelui qui est produit le plus abonidamment. On aura donc plus de facilité d'avoir du numéraire en abondance. Nous avons exposé plus haut jusqu'à que) point cela constituait un avantage.

Les hommes qui considèrent principalement la monnaie comme une marchandise et comme une me8UPe,ont été surtout frappés de l'inconvénient des chances plus grandes de variation que présentait le double étalon. Ce sont les théoriciens.

Les hommes qui considèrent la monnaie comme intermédiaire des échanges et comme moyen de payement ont été surtout frappés de l'avantage qu'offre l'abondance du numéraire. Ce sont tous ceux qui font des afTaires et les hommes d'Ëlat (1).

Si l'on examine bien tout ce qu'où peut dire pour et contre le double étalon, on arrive à la conviction que les avantages qu'il présente en balancent â peu près les inconvénients, à condition toutefois qu'on ait une bonne monnaie debillon commode et échangeable à vue, afin que la quantité émise ne dépasse pas les besoins de la circulation, et que par conséquent elle ne puisse pas se déprécier.

La Commission s'élant prononcée contre le double étalon , recommande de choisir l'argent pour étalon

(<j<i Les autorités qni se soDl prononcées pour la double, sont assez aombreases, dil H. K . Cbevaliei en giDèral des hommes d'eObtres érainenls on des d'Etat DIustres. -

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unique. Ce conseil est conforme ù l'opinion récente de la plupart des économistes. Lu motif que ceux-ci font valoir est sérieux. Si les mines d'or de la Californie et de l'Australie continuent à être aussi productives, sans que les mines d'argent dus Corditlières le devien- DCDt davantage, il est à peu près certain que l'or baissera de valeur plus rapidement que l'argent. On peut admettre avec M. Léon Faucher que les besoins cnûssants de la circulation absorberont pendant longtemps encore tout l'or qui arrivera en Europe; mais il serait ditBcile de nier qu'actuellement une baisse de l'or ne soit probable dans un avenir plus ou moins éloigné. Nous avons montré qu'une baisse lente, régulière el prévue n'offre de sérieux inconvénients pour personne, sauf pour les créanciers de l'Etat dont nous nous occuperons plus loin ; car oq tiendra compte dans toutes les transactions et dans tous les contrats à longue écliéaDce de la baisse probable. Néanmoins, c'est un inconvénient et, toutes choses égales d'ailleurs, ce serait une raison pour préférer l'étalon d'argent. Mais les défauts de l'argent comme monnaie unique et les avantages de l'or sont tels, que je ne crois point qu'on puisse hésiter à choisir ce dernier métal. U y a une dizaine d'années, c'était l'opinion à peu près unanime de ceux qui s'étaient occupés de cette matière. Les économistes doivent donc être indulgents pour ceux qui ont été si frappés de leurs arguments d'alors qu'il leur est impossible de changer d'avis aujourd'hui.

L'or a un avantage incomparable qui fait qu'on le maintient dans la circulation même à une haute prime, honneur qu'on ne fait pas à l'argent que la prime la plus légère fait fondre en lingots : L'or est commode. Ses adversaires eux-mêmes l'avouent hautement.

Et il faut que cet avantage d'être commode soit

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— S4 — bien grand, pour que tant de personnes s'en servent depréférence àl'argent, au risque de n'avoir à leur disposition qu'une monnaie qui varie chaque jour, c'est-à-dire qu'un délestiible instrument d'écliange. C'est qu'en effet l'argent est encombrant et d'un usage très-gênant pour les grands payements.

Quand on compare la masse d'affaires qui se font maintenant k celles qui se faisaient dans l'antiquité, on peut dire que l'argent est pour l'homme du XIX" siècle un moyen d'échange plus imparfait, que ne l'était ie cuivre pour le Romain du temps de Numa, ou le fer pour le Spartiate du temps de Solon. Ouvrez, n'importe quel traité d'Economie politique écrit avant le règne de l'auroplio(ne,et vous y lirez que l'or est la monnaie des grandes affaires et des pays qui ont beaucoup d'échanges à opérer. C'est là unevérité évidente. Mais notre époque étant un temps où on remue plus de millions qu'autrefois de cent mille francs, et la Belgique étant un des pays les riches et les plus industrieux de l'Europe (1), il en résulte que nous devons préférer l'or à l'argent. D'ailleurs si par un hasard heureux la découverte des placera comcide avec la prodigieuse expansion des entreprises industrielles , de façon à fournir un instrument d'échange approprié à cesénoi-mes déplacements de capitaux, n'est-ce pas vouloir lutter contre le mouvement naturel des choses que de repousser l'or, la monnaie des peuples riches, l'or, de l'aveu de tous, la monnaie commode,pour ne conserver que

(1) Le chiffre dos ècbaiiges avec l'élran^er s'élève en ItelgLque à près de S millianls, soit à pris de iâO fr. par têle ; en f rance à S milliards, soil à 138 Tr. [lar lèlc. c'esl-à-dire i trois fois mains qu'en Belgique.

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l'argent, la monoaie des nations pauvres et des temps bHrbares,l'argent,la monnaie encombrante etgénante.

Les partisans de l'argent répondent à ces considérations qui paraissent bien fortes, deux choses: En premier lieu, disent-ils, nous ne repoussons pas l'or.

En second lieu, si nous n'avons pas l'or, nous avons une monnaie plus commode encore, le billet de banque.

Il n'est pas nécessaire de s'arrêter longtemps au premier point. D'abord les partisans de l'argent repoussent l'or au moins de leurs vœux , puisqu'ils se plaignent de I'i.ivasioh de ror,et de ce que tout l'or qui entre fait sortir pour une valeur égale d'argent, l'étalon qu'on veut conserver (1). Ensuite ils sont logiquement amenés à cherchera l'exclure, car si l'or circule comme une monnaie variable suivant le cours de la Bourse, il en résultera que le pays sera force de se servir, comme le reconnaît M. Michel Chevalier, d'uD intermédiaire d'échange détestable, non-recevable en tout payement, et que les commerçants se plaindront, et avec raison , ainsi qu'ils le font maintenant. Donc, les partisans de l'étalon d'argent doivent forcément désirer que l'or n'entre pas

(I) Les Oocumenti officiel» ne semblent pas avoir sur ce point une opinion Irès-arrétée. Ainsi nous lisoDS d'une part : > Ci:i ur, que l'on veut attirer en surcroit dans notre cirealatioD actuelle, il faudrait, au contraire, le repousser dans l'inlârêt bien entendu du paya, • et d'autre part, dans la même page : " Hais cet or nous ne l'écarlons pas : nous l'adiDetloQS au contraire, nous le recevons valoniiert, mais au prix qui nous convient et non à celui qu'on veut nous imposer." Cependant en général la Commission montre qu'elle désire, et avec raison dans son système, l'exclmion de l'or.

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dans notre circulation monétaire et ils sont obligés, s'ils veulent être conséquents , de considérer la découverte des placers comme un malheur pour l'Europe. Cette conséquence seule fait entrevoir l'erreur du système.

Mais, discntrils, nous avons les billets de Banque. — Cela est vrai. Du moment qu'on repousse l'or, pour ne garder que l'argent, on doit avoir recours, dans l'état actuel des alTaires, à une grande émission de billets. L'argent est trop encombrant, pour qu'on puisse en transporter une grande quantité à la fois : le billet est donc indispensable. Le voyageur, le négociant , le marchand de blé , quiconque aura un payement i faire à quelque distance se munira de billets, sous peine de devoir se faire suivre d'un portefaix pour porter ses ecus. Il en résultera une conséquence toute naturelle : c'est que les billets rempliront généralement l'office d'instrument des échanges , que le numéraire ne sera employé que dans les ventes et achats au détail ou comme appoint, et qu'une grande partie du capital métallique du pays ira se déposer dans les cav^ de la Banque chargée de l'émission du papier. C'est ce que nous voyons déjà en Belgique et ce qui aurait lieu d'une manière plus complète encore, si l'or n'avait envahi le tiers ou la moitié de la circulation monétaire du pays. Les Documents officiels constatent ce résultat , quand ils affirment que l'adoption de l'étalon d'argent a eu pour conséquence « un développement prodigieux di's affaires de Banque. «Ainsi donc avec l'étalon d'ai^ent, la circulation se fera au moyen d'une monnaie métallique incommode qu'on évite d'employer autant que possible et de beaucoup de biilels de banque.

Voyons s'il y a lieu de tant s'applaudir d'une semblable situation. Et d'abord on a été amené pour la

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facilité des échanges â émettre, non-seulement des billets de KO Tr., mats même des billets de ^ Tr., émission considérée comme dangereuse par la plupart des économistes. Voici à ce sujet l'opinion de M, Michel Chevalier : « On pourrait dire que les billets de banque donnent le moyen de se passer de la monnaie d'or, mais il faut faire attention à la nécessité où l'on est de fixer à la moindre coupure des billets de banque une vait^ur passablement élevée. Chez nous, par exemple, les billets de cent francs remédient peu à Yincommodité du poids de l'argent qu'on est obligé de porter dans la vie commune, car il fautctianger le billet pour effectuer un payement, et, le reste ne fût-il que de la moitié, on a un faix d'argent. Le bilkt de cent francs est cependant une timite au-dessous de laquelle il serait très-dangereux de descmdre{\).s Ainsi donc, d'après l'économiste français,rexGlusion de l'or vous oblige ou bien d'employer encore dans une grande mesure la monnaie d'argent qui est très-incommode, ou bien d'émettre de petites coupures de billets de banque, expédient i très-dangereux. •

La Belgique n'a pas craint d'y avoir recours. Or voici quelques-unes des conséquences évidentes de ce système. L'argent étant très-incommode et les billets de banque de SO fr. très-commodes, la circulation en papier est grande, celle en numéraire restreinte. Il s'en suit que le capital métallique du pays,sans l'auxiliaire de l'or, serait ou insuflisant ou réduit au plus strict nécessaire. Qu'il survienne une crise,que par suite d'une disette ou de toute autre circonstance, les importations dépassent les exportations , et qu'il

l]L«Moi«njiiB.S«ci IV. Cb [II.

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faille payer le solde en argent, alors le numéraire étant déjà rare avant la crise, le deviendra beaucoup plus encore après, et il en résultera une gène extrême dans toutes les transactions, unebaiiîSB énorme dans toutes les valeurs et la nécessité de recourir à des mesures extraordinaires : cours forcé "des billets de banque et même des monnaies étrangères. C'est ainsi qu'en Belgique, en 1848, on n été forcé de donner au souverain d'or anglais cours légal à un taux très-supérieur à sa valeur intrinsèque.

Ainsi une expérience récente nous prouve quedans un moment de crise les pays qui n'ont que peu d'argent et beaucoup de billets sont obligés d'appeler à leur aide, par des moyens trës-irréguliers, de l'or étranger. Etcependant on vient nous proposer d'expulser, d'une manière définitive, cette mounaie d'or, dont des faits si décisifs ont montré l'indispensable nécessité. II faut avouer que pour agir ainsi,il devrait y avoir des motifs bien sérieux, qui, semble-l-il, n'existent point du tout.

Mais l'étalon d'argent fait sentir ses inconvénients bien longtemps avant qu'on n'arrive à ces moments de crise heureusement assez rares : voici comment. Il est un principe généralement admis par les économistes et dont les Documents officiels ont à plusieurs reprises, admis la vérité , c'est que la valeur de la monnaie dépend de la quantité qui en circule. (1) Si la quantité augmente,la valeur baisse; si la quantité diminue, la valeur hausse. J'ai essayé de montrer dans quelles limites, cette maxime était vraie. Mais dans ces limites il est certain que la i aleur de la

(1) V. dans Sluarl HUI, Liv. 111, Cli. 11, le g 3 : La «o/sKr (b la monnaie dépend, taatit chotet égales, de la ifitantiU.

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monnaie est en raison inverse de sa quantité. Or si cela est exact, il s'e» suit que l'adoption de l'étalon d'argent qui a pour but do donner au paj-s une monnaie d'une valeur aussi fixe que possible, lui en donne, au contraire, une d'une valeur extrêmement variable. En effet la circulation, comme nous l'avons vu, se composera d'argent et surtout de billets de banque. Hais la quantité de billets en circulation dépendra des facilités accordées aux escomptes et aux emprunts sur Tonds publics. Dr qui ne sait que ces facilités varient avec les circonstances 1 Lu prudence commande à toute banque chargée de l'émission de la monnaie de papier d'étendre et de restreindre ses opérations de crédit suivant les apparences que présente la situation commerciale et politique.

Les variations du taux de l'escompte sont le thermomètre qui indique ces expansions et ces contractions du crédit. Quand la Banque resserre son crédit, la circulation en papier no tarde pas à diminuer : donc la quantité totale de la monnaie est moindre ; donc elle a plus de valeur ; donc le prix de toutes les autres choses diminue. Quand la Banque étend son crédit, la circulation en papier augmente; la quantité totale de la monnaie est plus grande, donc elle a moins de valeur et le prix de toute chose s'élève. Indépendamment des raisons particulières qui influent sur k valeur des marchandises, nous voyons souvent les prix monter et descendre suivant les fluctuations imprimées à la circulation. Si les porteurs de billets en demandaient le remboursement ou si la Banque les retirait elle-même, la quantité de monnaie diminuant considérablement , toutes les mnn-handises subiraient une énorme dépréciation. En adoptant l'argent pour étalon, on veut avoir une mesure des valeurs non variable, mais comme dans l'état actuel

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des affaires, l'argent est trop incommode pour faire utilement l'office d'instrument des échanges, on doit avoir recours à une très-forte émission de billets, dont la quantité augmente, non d'une façon régulière comme celle de l'or, mais d'une manière brusque et irrégulière.

II en résulte qu'on a une mesure des valeurs qui s'étend et se contracte aux variations de la situation politique et commerciale, comme le fait l'hygromètre à celles de l'humidité athmosphérique.

< Nous sacrifions, disait parfaitement M. Gallatin, la substance à l'ombre, lorsque pour éviter une fluctuation éventuelle douteuse d'un demi pour cent, dans l'équivalent universel, nous provoquons, par l'exclusion qui s'en suit pour l'or, ce débordement de billets de banque, seule chose qui puisse compromettre le type de la valeur. • (1)

A la vérite, du moment qu'on a recours aux billets de banque , on ne peut éviter comiriètement que l'instrument des échanges ne se contracte ou ne s'étende avec les variations de la confiance publique. C'est là un des inconvénients attachés à l'emploi, si utile d'ailleurs, de la monnaie de papier et c'est ce qui faitque l'axiome deRicardo :/amonnaieà l'état parfait est de papier, n'est point complètement vrai en pratique. Mais cet inconvénient sera.toutes choses égales, beaucoup moindre quand le pays a une grande réserve métallique, que quand il n'en a qu'une trèsrestreinte. Car la quantité des billets diminuant, c'est aux métaux précieux à remplir leur office, et la contraction des moyens fictifs de circulation sera évidemment moins sentie, s'il y en a de réels en quan-

ti) CiléparMCIieTalier. — UlloniiAiE,Sftcl.]V, Cli, III.

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tité suffisante pour prendre leur place. Eh bien, il parait évident qu'avec l'étalon d'or, on aura dans un même pays une circulation monétaire plus large qu'avec l'étalon d'argent qui exige l'emploi de coupures de billels de banque de SO et de 20 fi-.

Evidemment l'étaloD d'or ne fera pas qu'un pays qui est généralement débiteur vis-à-vis de l'étranger, comme c'est le cas pour l'Amérique, puisse conserver une circulation métallique toujours bien fournie; il ne fera pas non plus qu'un pays qui a l'habitude de faire des affaires avec peu de numéraire, comme l'Angleterre, ail autant de métaux précieux en circulation que la France, qui n'a point cette habitude au même degré. Mais il parait certain que dans un même pays, toutes choses égales d'ailleurs, l'étalon d'or amènera une circulation métallique plus abondante et beaucoup moins sujette aux oscillations que l'étalon d'argent.

L'emploi plus général des billels qui résulte de l'étalon d'argent présente, ilest vrai, des avantages : il donne de grands bénéfices à la banque d'émission et il épargne le frai sur une plus grande somme d'écus. Mais ces deux avantages compensent-ils le danger plus grand des crises et des oscillations dans les prix qui résultent de la variation dans la quantité du numéraire en circulation? Evidemment non.

Quoi qu'il en soil,il suffit qu'on ait vu que le reproche fait à l'or d'être une mesure variable des valeurs peut être adressé avec plus de force encore à l'argent. L'instrument de circulation d'or est sujet à une dépréciation probable plus grande que l'instrument de circulation d'argent au bout d'un certain temps, mais le premier est moins sujet que le dernier à des variations trréguliâres et imprévues, qui sont les plus gênantes pour le commerce et pour l'industrie.

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, vil.

L'étalon d'or iiréswite encore d'autres avantages. De nos joars.les grands travaux d'un pays ne sonl plus alimentés seulement par les seuls cnpiliiux de ce pays, mais par ceux de l'Europe entière. Pour opérer les versements nécessaires à de vasl^^s enlreprises,comme celles inaugurées par les divers Cnidils mobiliers et par les grandes Sociétés de chemins de fer, le billet de banque ne peut servir, car il n'a (le valeur que dans les limites de l'Etal qui l'a créé: il faut donc du numéraire; mais ces versements de numéraire seront bien plus faciles, si l'on peut puiser dans une large circulation d'orque s'il faut s'adresser à une circulation d'argent,déjà réduite à son minimum.

Les métaux précieux tendent à quitter l'Europe et à se diriger vers l'Asie. C'est un fait qui remonte à la plus haute antiquité. Pline estimait que les Romains envoyaient tous les ans aux Indes 50 millions de sesterces. Dans ces dernières années l'exportation s'est élevée, h près d'un demi milliard de francs par année , et rien ne fait prévoir un changement dans la balance du commerce entre l'Asie et l'Europe. On peut comparer ces puissants fleuves mélalliques qui venant de l'Amérique et de l'Australie circulent dans le monde commercial , à ces grands courants , qui , sillonnant les Océans , en portent toujours les eaux dans le même sens. Mais lorsque le réservoir européen et notamment la France seront épuisés d'argent, il est clair que les pays à étalon d'argent ne conserveront ce métal que renchéri de toute la prime que te commerce est disposé à payer pour solder ses achats en Asie. Or cette

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prime peut s'élever très-haut, et plus elle s'élèvera, moins il nous restera de numéraire et plus cequ'il en restera, haussera de valeur. Ce seront alors, en réalité, l'Etat et tous les débiteurs qui payeront une prime pour satisfaire leurs créanciers. Déjà en ce moment il est probable que si l'ancien rapport entre l'or et l'argent est rompu, c'est plutôt par une hausse de l'argent que par une baisse de l'or. L'or n'a pas encore suffisamment rempli les canaux de la circulation européenne et américaine pour avoir pu s'avilir, tandis que rargent,demandé à prime par le commerce anglais pour ses expéditions dans l'Inde et en Chine, a dû nécessairement enchérir, (1)

Quand on vante l'excellence d'un système d'une manière absolue, il faut alors, comme le dit très-bien H. Michel Chevalier , accepter l'hypothèse que chacun l'adoptera.' Or que serait-il arrivé si tous les pays, démonétisanU'or, n'avaient gardé que l'étalon d'argent ? il en serait résulté que la découverte des ' placers de la Californie et de l'Australie n'aurait été d'aucune utilité, au moins pour faciliter les échanges

(1) Un député ayant émis celte opinion an sein de la Cbambre des Représentants, an lui ■ répondu en rianl que la baisse do l'or était la même chose que la tiauue de l'arfent. C'est une erreur, Quand le rapport entre iteux termes change, on peut très-bien demander si i'un a baissé on l'aulre baussé. Dans le Chap. IV , Sent S de L* Horhaik , H. Hicbel Chevalier nous montre comment on peut cbcrcbrr lequel des deui mélaut précieux a changé de valeur. Celte recherche n'a d'inlérél pratique que pour les relations des débiteurs et des créanciers. — L'auteur de la brocbore sar la Situailim monétùire de la Suiiie, traduite par M. HalOD, donne des raisons assez plausibles pour montrer qne c'est l'or qui a

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el ptmj,. sUmj*lçr les ciitrjippLses de l'industrie et du commerce. Lça écont^mislas logjques, qui ont prétondu que las métaux |irécieux arrivés d'Amérique a«,X.Vi'. siècle, n'ont point aidé au développement industriel et, commercial qui a s^njilé celte époque, sojitforcés de.déçlarer qu'aujoitnl'liui cet op, dont les homme? d'alïaires saluent l'arrivée avec tant de salisfactjon^ n'itpporte que des perturbations et nul avantage, li^is quand l'esprit de systèaie arrive à une condition qui choque si miinifestenienl la conviétioii,de tous. ceux.quî dans leur expérience journalièFe voient les faits de près, cet esprit doit évoiller une légitime défiance.

Ce^x, aif coutraire, qui pensent avec d'autres économistes .comme Coquelin, Blanqui et Rossi, que tes métaux précieu.'ide l'Amérique ont stinmlé le travail auXVI'siècle, doivent admetlre.ce qui parait évident, que l'or de Ja Californie, a également favorisé ce prodigieuKdéveloppementdu travail auquel nous assistons depuis 1850. Mais si cett« dernière opinion est vraie, il en résulte incontestablement que tout pays qui parviendrait à repousser l'or, se priverait des avantages de la découverte des 7)/acers, découverte qui serait.pour lut comRie non-avenue.

L'or au XVi" siècle n'a pas seulement favorisé la production, il a aussi élevé la classe des producteurs, car il n'y a aucun fait économique qui n'ait ses conséquences politiques, Rossi fait très-bien remarquer que les métaux précieux de l'Amérique ont contribué à l'élévation de la bourgeoisie, qui depuis le XVI* siècle grandit rapidement et d'une manière continue, jusqu'au moment où elle triomphe en 1789. ( La classe moyenne, dit-il, forte de ses richesses et d« son développement intellectuel et matériel, a osé regarder en face les vieilles aristocraties et leur dire

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durement : aujourd'hui, c'est mon tour. » Au XIX* sièclej'or doit aider aussi, pour sa part, au triomphe déSnitir et général des principes de 1789. En effet, s'il est vrai qu'il favorise la production elles échanges, il s'en suitqu^l doit élever tous ceux qni produisent et abaisser relativement ceux qui ne produisent pas. Et ce résultat, amené par les découvertes modernes, sera vu avec joie par quiconque vent que l'aisance et le WeB-étre soient la récompense du travail. Cest pourquoi l'on peut dire, sans exagération, que l'or est maintenant la monnaie de la vraie démocratie, c'està-dire de la démocratie du travail.

Mais, répondra-t-on , c'est précisément dans l'intérêt des ouvriers que nous repoussons l'or; car leUr salaire étant fixé à ntie certaine som'me de n'uméraire, si la monnaie perd de sa valeur, leur salaire diminuera, non en apparence, mais en réalité, <taril achètera moins d'objets de consommation. Si celte objection était fondée, elle suffirait , suivant nous, pour f&ire repousser l'or, car il n'y a rien qui mérite davantage la sollicitude du législateur, que le sort de ceux dont les forces appliquées aux dons de la nature produisent toule richesse. Mais quand on eXa- , minede prèscelle eonsidération.onne peut y attacher une grande importance. Autrefois, quand tout était réglementé et que l'industrie sans grande secousse mais sans grande activité , suivait pendant des années sa paisible ornière, les salairesont pu ne pas hausser aussi vite que baissait le numéraire, el de cette perturbation il a dû résulter quelques souffrances pour les classes ouvrières.

Mais aujourd'hui , sous un régime de liberté et d'incessantes innovations , plus rien de semblable ne peut se produire. Les salaires haussent et baissent suivant la demande du travail ; la concurrence agit

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sur le Uus des salaires aussi librement à peu près que sur le prix des marchandises. Grâce au développemeutde toutes les industries et même de l'agriculture en Belgique, depuis dix ans, le taux des salaires a haussé d'au moins un quart eu moyeune, de sorte que si celle moyeane s'élevait alors à 400 fr,, elle doit être aujourd'hui de î(00 fr. par an. Si l'or » baissé de 1 p. e. peadant ces dix ans, il or est résuUc une baisse annuelle de 10 centimes par 100 fr., soil de SO centimes par an sur un salaire de SOO fr. U baisse sur la monnaie ne produit donc pour l'ouvrier qu'un inconvénient presqu'imperceptible, en compa- ' raison de la hausse des salaires , suite du développement de rinduslrie.

Si donc l'abondance de l'or a pour effet, comme l'histoire le prouve, de stimuler les entreprises en facilitant les échanges, il s'en suit manifestement que la prospérité de l'industrie aura pour effet une demande de bras qui fera hausser le salaire réel beaucoup plus quela dépréciation de l'or ne le fera baisser. Par conséquent, l'adoption de l'étalon d'or, qui peut nuire aux rentiers, sera, dans une certaine mesure, aussi avantageuse aux maîtres qu'aux ouvriers; car ici leur intérêt est le même , c'est la plus grande activité possible imprimée aux échanges et à la production.

Ily a encore plusieurs motifs à faire valoir en faveur de l'étalon d'or. Je n'en citerai plus qu'un seul avant de terminer cetordre de considérations. Les trois plus grands pays commerciaux du monde, l'Angleterre, l'Amérique et la France, lesquels sont aussi ceux avec qui nous faisons incomparablement le plus d'affaires > ont,enfait, tous les trois une circulaliond'or.Orn'estil pas désirable que nous ayons le même instrument monétaire que ces trois grands pays, non-seulement

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pour faciliter les règlemeots du change, mais aussi pour qu'en cas de nécessité nous puissions puiser le nuinérairenéc«ssaire dans une vaste mer d'or, comme nous l'avons fait en 1848 en appelant les souverains anglais, plutôt que dans un petit réservoir d'argent ? La réponse à cett« question ne parait pas douteuse. On reproche, il est vrai, à l'or de se cacher plus vite en temps de crise, ce qui était exact eu Fraoce, quand l'or, même en temps ordinaire, était â prime, mais ce qui devient douteux dès que l'or est une monnaie abondamment répandue dans la circulation. D'autre part, l'or passe plus facilement d'un pays dans un autre , et en outre , avec l'étalon d'or, la réserve métallique sera plus grande dans chaque pays qu'avec rétalon d'argent. Ainsi tout considéré , l'avanti^ d'avoirl'or comme base de la circulation, en commun avec les grands pays commerciaux reste entier.

Il se fait en ce moment, on lésait, parmi les hommes éclairés de toutes les nations un sérieux travail pour arriver à faire adopter partout le même système de poids et mesures et de monnaie. Dés lors, seraitil maintenant bien opportun de repousser l'étalon monétaire adopté dans les Etats, qui nécessairement, par leur importance, feront triompher leur système dans la grande réforme qu'on s'efforce de réaliser ? Jusqu'à présent nous avions, comme le Piémont, comme la Suisse, mis en vigueur les lois monétaires de la France et il en résultait, pour le commerce, d'incontestables facilités. Aujourd'hui nous répudions en partie le système français, mais sans nous rapprocher de celui des autres pays qui nous entourent. Cet isolement, pour un petit pays comme le nàtre , n'est favorable ni aux transactions internationales dans le présent, ni aux réformes générales dans l'avenir. 6'

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Des considérations qui précËdent résulte ctairettient, nous sembte-t-ii, qu'en Belgique, pour servir d'instrument aux édianges, l'or est de beaucoup préférable à l'argent.

IndépeDdamment de fa question économique, le diotx de rétalon monétaire soulève encore une question juridique. Il ne suffit pas de montrer que l'or est un meilleur instrument d'échange, il faut en outre prouva que dans les circonstances actuelles, la Belgique peut y revenir sans injustice. C'est ce que j'essaierai de faire maintenant, et il me semble que sî la question économique a laissé dans l'esprit du lecteur quelques dodtes provenant des éléments incertains du d(Ai».\, il n'en sera pas de même dans l'exameo de la qsestion jul'idiqtte.

Et d'abord écartons avant tout un déplorable abus de langage. On a accusé «n sein dé 1» Chambre les partisans de l'ëtaloii d'or de vouloir sanctionner le vol. Certes, chaque fois que le législaleor modifie, de qudqae façon que ce sbit, les lots monétaires, il jette nue Certaine perturbation dans l'exécution des contrats CODclas sous l'empire de ces lois. Mais si ces modifioattonS faites dans l'intérêt général iès^t plus ou iDoins quelques intérêts privés, peut-on en conclure que «'est consacrer le vol? En ce cas, tout gouvernement qui donne cours forcé aux billets de banque, organise le vol, car ri enlève aux créanciers le dpeit de toucher le numétnire dont ils ont expresséntent stipulé le payement'. Hais alors, le gouverne^ Rient belge de 4846, en obligeant les créanciers à recevoir le souverain anglais ponr une valeur notoirement supérieure à sa valeur intrinsèiquo, ssnc-

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tioUDait donc le voll Ce sont là de ces exagépations naturelles k l'esprit de parti auquel on les pardonne vetontiers, mais très-peu faites pour éclaircir les questions économiques. Ce sont de ^ros mois qu'il faudi'ait toujours s'interdire en ces sortes de débatSi car si on les prenait à la lettre , il en résulterait que tous les Etals ont tour à tour et récemment encore décrété le vol, proposition qu'il n'est poÎDt, semble-til, itécessaire de trop répéter.

Quel est le devoir du gouvernement en fait de législation monétaire» C'est certainement de la modifier le moine possible. Pourquoi? Parceque toute modification change les conditions des contrats qui ont pour objet un payement en numéraire. Voili incontestablement ce que la justice commande en c«tle maliëre.

Mais le gouvernement belge, en enlevant à l'or, en 1849,1e cours légal dont cette monnaie avaitjoui depuis te cnnimeneemeat du ^ècle, «évidemment modifiéles conditions des oonirats conclus jusqu'alors. Je ne dis pas que la loi n'avait pas le droit d'ôter le cours légal à l'or et qu'elle volait les débiteurs. Je dis seulement qu'elle rendait désormais leurs oM^tioiis plus dures. En efTet,quelle était la situation du débiteur en Belgique jus(]u'au H août 18^, date de la démonétisation complet*^ de toute monnaie d'or? Ecoutons Sur ce point intéressant le rapporteur de la CoriiiAission : SouÉ les législations identiques du 7 germinal an XI et du 5-juin l^âS, i il est incontestable que le débiteur d'un franc peut aussi bien se libérer par un poids d'or que par un poids d'argent. En vertu des dispositions mêmes de la loi, que les énonciations de ces documents ne peuvent altérer, toute obligation de payer une somme est, pour parler le langage juridique, une obligation alternative au choix du dé-

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biteur dont l'objet est un poids d'or oa d'argent. *

Ainsi donc jusqu'en 1854, si l'un ou l'autre miUi venait à baisser , cette circonstunce ne modifiait point les obligations contractées : le débiteur avait le droit de payer, soit en or, soit en argent. La cbance d'une baisse était un avantage éventuel qui était dans les conditions mêmes du contrat.

Quand une obligation est alternative au chois du débiteur, il est évident que le créancier ne peut faire annuler ce contrat sous prétexte qu'il n'avait pas prévu une baisse inattendue survenue sur l'un des objets de l'obligation. Je m'engage à vous livrer au bout de l'an 100 kilos de sucre ou 100 kilos de café à mon choix : si dans le cours de l'année le sucre baisse plus que le café, je vous livrerai 100 kilos de sucre et vous n'aurez point à réclamer , quoique ni vons ni moi n'ayons prévu la baisse,au moment du contrat.

Si ces principes sont vrais, et qui pourrait les contester? il en résulte clairement que te législateur belge en enlevant aux débiteurs, par la démonétisation de l'or, le droit qu'ils avaient acquis, au moment du contrat, de profiter de la baisse éventuelle que pouvait subir soit l'or, soit l'argent, a fait tort aux débiteurs. En agissant ainsi il a manqué aux principes de prudence et d'équité qui, en matière de monnaie, exigent que la loi ne modifie en rien la législation établie, à moins de nécessité absolue.

Au nom de la stricte justice et au nom des débiteurs, on peut donc demander la remise en vigueur de la législation de l'an XI et de 1832.

Il est singulier que tant de voix s'élèvent en faveur des créanciers et aucune en faveur des débiteurs.

Mats, objectera-t-on, remettre en vigueur la loi de 1832, c'est reprendre le double éUlon condamné par tons les économistes.

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Quoiqu'il y ait beaucoup d dire sur ce point, il vaudrait mieux peut-être, au point de vue économique, adopter franchement le système anglais ou amcricain. Mais au point de vue juridique et en vue du respect dû aux contrats, il est préférable,dans les limites du possible, d'en revenir à la législation monétaire qui a régné dans le pays pendant tant d'années.

Examinons si les inconvénients qui peuvent résulter de cette'mesure dictée par l'équité, sont tels qu'il faille reculer devant son adoption.

Plusieurs objections se présentent. Sous l'empire de la loi de 1832, dit-on, nous verrons se produire en Belgique les mêmes faits qu'on observe en France. L'or envahira la circulation, l'argent sortira du pays.

Cela est en efiel probable, mais en battant des pièces d'or de S, 10 et 20 fr. et des pièces d'argent de un franc, de deux francs et d'un demi-franc, à un titre peu élevé, mais toujours échangeables contre de la monnaie d'or, on aurait un instrument des échanges parfaitement approprié aux petits et aux gros payements, et la circulation se ferait sans nul embarras.

Les pièces de cinq francs seraient rares, comme l'étaient les napoléons avant 1848. Ceux qui voudraient en avoir payeraient une prime plus ou moins forte ouenferaientbattrepour leurcompte.Maisiln'y aurait nulle nécessité d'y avoir recours, att«ndu que la monnaie d'or suffirait amplement aux besoins des échanges. Ainsi donc le retour à la législation monétaire de 1832, complétée par ta fabrication du billon d'argent et d'argentan proposée par la Commission, loin de gêner la circulation , la rendrait incont«stablement plus facile. Et c'est là le point capital, car ne l'oublions pas, le service que la grande majorité

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des hommes attend delà monnaie est celui qu'elle rend, non comme marchandise, mais comme instrument d'échange.

Maisdil-on, si vous permettez de battre de la monnuïu d'or, on exportera la monnaie d'argent en la remplaçant par un équivalent nominal d'une valeur intrinsèque moindre. — On peut répondre que ce remplacement de l'argent par l'or estdéjà à moitié accompli, qu'il se poursuit en ce moment et que les mesures proposées par la Commission auraient pour etTet de l'accélérer encore davantage. Mais il y a un moyen d'échapper en grande partie à la pertS légère qui résulterait du retour à la législation de 1832. Il suffit que l'Etat et la Banque nationale fassent eux-mêmes, chacun pour la parlqui lui appartient dans l'encaisse, l'opération que feraient les banquiers et les changeurs: qu'au moyen de leur argent ils achètent de l'or pour le faire monnayer et ils réaliseront le petit bénéfice attaché à cette opération. Si les parEicutiers imitent l'Etat, le résultat sera le même. La Belgique ne perd rien : elle vend son argent pour de l'or au taux du jour, et, comme dans tout autre commerce, ceux qui possèdent les marchandises et qui les vendent touchent les profils de la transaction. Mais,objecte-t-on, onleseainsilescreanciers.il semble que si l'on replace les créanciers sous l'empire des mêmes lois qui régissaient le contrat au moment où il a élé conclu, ils n'ont aucun droit de se plaindre, droit qu'ont eu certainement les débiteurs, quand on a modifié arbitrairement la législation monétaire à leur détriment.

Mais voyons de plus près le tort que peut faire aux créanciers le retour à la législation de 1882. La question n'a d'importance que pour lès détenteurs de la dettfi publique, car toutes les autres créances sont à court terme et le préteur d'argent, s'il craint une

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dépréciation du numéraire, peut stipuler une légère indemnité annuelle, clause qui ne manquera pas de s'introduire généralement et qui se traduira, toutes choses égales d'ailleurs, par une certaine augnientnlion de l'intérêt. Les créanciers de l'Etat sont les seuls qui ne puissent demander le remboursement, ni par conséquent niodirier les stipulations du prêt.

Mais d'abord l'amortissement éteint peu à peu les anciens emprunts qui seront tous remboursés avant que la dépréciation de l'or ne soit très-grande.

En second lieu, si la rente donne 4 1/2 p. c. net, tandis que ta terre ne donne pas même un revenu de 3p.c.grêyéde mille frais: entretien des bâtiments, perte sur les fermages, etc., c'est évidemment parce que chacun a prévu que le numéraire se déprécierait. Par conséquent , quand l'éventualité défavorable qui fait que les rentiers louchent un in téréttrès-élevé vient à se réaliser et à rétablir l'équilibre avec le revenu de la terre, ils ne sont nullement en droit de s'en plaindre, d'autant moins qu'ils ont plus d'un moyen d'échapper à la perte éventuelle que peut leur faire subir la dépréciation du numéraire (1).

Ainsi donc le retour à la législation de 1832, équi-

(I) Le payemeol de rioUrétea or doil tierce r une bien If gère inOuence sur la valeur d«s fonds publics, puisque , Doua vuyoas le 3 °|° anglBis pre«qu'au pair. D'aillcura, le^ rentiers veulent-ils éviter même la perle qui peut résuller de la (lÉprécietion du numéraire, qu'ils prennent des obligations de chemin de fer, qui achetés à 300 fr-, douDenl un intérêt annuel de S°/>elqui, garantissant un remboursement de 500 fr., assurent au créancier une plus-value de 300 fr., pour faire (ace à la déprécialian de l'or. Ils peuvent aussi, eomnie le leur conseille M. Uirbel Chevalier, s'intéresser' dans des enireprises industrielles et aider ainsi à dévelu|iper les forces producUves du pays.

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table en eDe-niême, n'occasionnerait aux créanciers aucune perte sérieuse qu'ils n'aient dû prévoir et à laquelle ils ne puissent se soustraire.

En tout cas, si paroéce3sité,et non p»r choix comme on l'a fait en 1H49 et en 1854. il fallait modifier la législation monétaire, mieux vaudrait de toute Taçon la changer dans l'intérêt éventuel des débiteurs que dans celui des créanciers, car les débiteurs, y compris les contribuables, appartiennent en général aux classes productives, les créanciers aux classes improductives. (1).

Remarquons d'ailleurs que les préteurs au moment où lisent livré leurs fonds, ont pu donnera leur choix de l'argent ou de l'or et qu'ils ont donné en effet non le métal qui était le plus cher, mais a-iw qui l'était te moins. Quand la pièce d'or de 10 florins était surévaluée, ils l'ont prise pour opérer leurs prêts à l'Ëtat et aux particuliers, et quand la pièce de cinq francs valait moins que le napoléon, ils n'auraient pas admis qu'on exigeât d'eux des payements en napoléons. Parcequ'aujourd'hui c'est l'or qui baisse ou qui baissera probablement , en est-ce moins une prétention exorbitante de vouloir enlever aux débiteurs une faculté dont ils ont usé eux-mêmes et d'exiger qu'on rembourse les créanciers dans le métal le plus cher, tandis qu'eux ont livré celui qui était â meilleur compte?

(1) En Hollande, où la clasM qui dirige les affaires pnbliqves possède beaucoup de fonds publics, on s'est bité d'adopler l'ilalon d'ai^ent, sans taire allenlion qu'on enle- Tail ainsi aux contribuables le droit acquis au moment de l'emprunt de payer rinltrèl en or ou en argent an choix du débiteur. On a eu égard ainsi plus aux inlirèls des renliera (|u'aux prescriptions de la Justice.

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Mais sans examioer d'autres points accessoires, le principe bien simple que nous avons déjà mentionné résout la question ; il ne faut jamais modifier

LA LËGISLATION HONBtAIRE, SANS Np^ESSITË ABSOLUE'

En 1849, on a violé ce principe. C'est une iniquité. Il est temps encore de la réparer en revenant sans retard à la législation précédente,

Quelques personnes, entr'autres H. J. Maloti, conseillent au gouvernement, comme mesure de transition, de recevoir l'or français dans les caisses pabli> ques au taux du jour. Indépendamment des difficulcultes pratiques et de l'agiatage qu'elle permettrait aux agents du trésor, (i) cette mesure semble' mauvaise en elle-mênie. En effet elle rendrait plus générale la circulation de l'or en tant que marchandise d'une valeur variable ; et c'est précisément cette circulation de l'or sans cours légal qui excite tes justes plaintes du commerce, car il est nécessaire que l'instrument des échanges ait une valeur fixe, afin de pouvoir servir à opérer tous les payements.

En cette matière les demi-mesures sont plus nuisibles qu'utiles. Si l'on croit fermement !> que l'étalon d'ai^ent unique vaut mieux que l'étalon d'or et que le double étalon ; S° que tout en conservant les bases du système français, nous pourrons repousser l'or et garder une circulation en argent suffisante, alors il faut, si l'on n'a point égard à la question d'équité, s'en tenir fermement k l'argent et employer tous les moyens (y en a-t-ii?)(2)pour s'opposera l'in-

(1) V. sur ce poiot le rapport de la Commitiion moniiairt.

(2) La (oi de la Commission monilaire nous paraît bieo faible sur ce poinl. < L'écart plus graod des deux fraoei {d'or et d'argenll, lai»era-l-il, lu conlraire, las mauas

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rasion de I'ot, Lbm de l'aceepfer dans les caisses de l'Etot.il ne faudrait même pas le coter dans )e Moniteur, car c'est déjà coolribuer k le ftiire circuler iHi çoars du jour : grand mal, vn que tout IW qui entre dans ^a circiUation , n'importe à ï^I taux, en cfcns9e poiTT une râleur égale d'argent.

Si, au contraire, on croit qie l^tllkln d'argehrt fest insnfflsatit piAir ua jfeys Irès-comnwrpçairt et (rfetiidustt-ieux ou qv'il cistiinpbEstUc,Enconserv!anf1es dtÉDminations itionélbires fran^9es,'de repousser te MoMtaiefrtiDçtise^^dorsilftrtt revenir fraricheaient et sans'déléi à la léfistatioti de 183SL. De cetite fan^m il'tera'devBé salisfactibn à la justice et à l'tntérct It^itne Ues'débltéui^. Nul n'anradrtlit de septei»^, on riwHnuiitehBeauxrécIamartioIïB fondées dncoiB-* inerce «t ^ l'induâtr^e tt l'EHM pourra éviter la fwnie légèrê'qili peut résulter ide la transitlDS dn infime 4rotivea« ïu régime bocièn .

JX.

Résuwoos rapidement l'étude que nous venons de faire ici.

iLee oeumerçentB , Jes indflstriela et ^re^ue i/ms les «Moyens se -plaignenl de l'état -aOnd de »otre ciroulatioB faenétaire. Poapqooi ? Pareeique la toob- Raie d'ergent étant en qvantité linsuffisante, :ils softt «bli^lés ik se SOTvir de la «acmftttie d'or êranijùM, bt-

aveuglées par les mois nepas voir la différence des clioses? Alors, incooleslablemeDl l'iavasion de l'or, sollicitée par on laierËt pTtis grand, saos qu'une résislance nouvelle j fasse o'bsndb, doit ïb développer encure. » > Quelles mesures ya-l-lli prenifre ^onr opposer une digue au couranl? ■ La Cofu mission pose la quftsliou, mais elle n'y répond pas al pour un bon molif.

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quelle n'éjUnt poù)t reçue en tout pay^neot et n'ayant qu'use valeur variable, constitue ud très-mauvais iftstrumenà d'échange.

Pour remédier à cette situatioB , il faudrait qqe l'oB fit frapper des pièces de cinq francs, ce que nul ne fait, et que tout le monde sans excaptîou refusât l'or à n'im])opte que) taux, sinon l'or entrant chasse l'argent.

En conservant le sysl«nie monétaire (rançats, sauf lo cours légal de l'or, peut-on espérer un semblable aeoord? Ëvtdeqkment non, puisque les plus grands adversaires d^ l'or déclarent eus-isèmeâ qu'ils oontinueront, à s'en servir, parée que ce métal est plus commode. La Commission avoue qu'elle n'ose pas compter qu'toi repoussera l'or de la eireuiation.

Si l'cm maintient la législittion actuelle, il en résultera donc qu'il ne restera en Belgique que de$ piècesi d'argest usées et en quantité à peine suffisante pour les payements i faire à l'Etat, et très-insufBsante pour les besoins des échanj^s.

Gemment remédier à cette situation ficbeuse?

On préconise différente moyens:

1" Saisie et couper les pièces usées et en battre de neuves, comme le propose héroïquement la Commissian. -^ Hais , ainsi qu'elle le prévoit elle-même, c'est accélérer l'exportation de l'argent et lever sur tous les habUantâ un tribut très-lourd a» profit des changeurs qui enverront nos> jMèoes neuves en Angleterre, en les remplaçant par les pièces usées qui circulent en France. C'est donc nous imposer des millions de vexations pour arriver à un résultat ni%alif! C'est, en un mot, rendre la circulation monétaire trois ou quatre fois plus embarrassée qu'elle ne l'est déjà maintenant.

2° Changer complètement notre système moné-

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taire, noas éloigner du système français pour adopter celui de l'Atlemagne ou de la Hollande. — Mais quand même les populations se prêteraient à cette expérience, que ia Commission elle-même, si intrépide en ses résolutions, n'ose conseiller, ce serait jeter une perlurbation profonde dans tous les contrats conclus depuis un demi siècle, perturbation qu'on désire, et avec raison , éviler à tout prix.

3° Recevoir la monnaie française dans les caisses de l'Etat au taux variat>le du jour. — Hais ce serait pousser les agents du trésor dans l'agiotage, embrouiller toute comptabilité et généraliser la circulation de l'or sans cmtTs légal, cause première de toutes les difficultés.

4° Revenir tout simplement à la législation ancienne qui nous a régi avant 1845 et depuis 1832 et frapper de la monnaie d'or.

Oui, telle est lamesure à prendre. C'est la seule qui puisse nous faire sortir des embarras inextricables, dans lesquels nous sommes engagés; — c'est la seule conforme à ia stricte équité , qui exige qu'on remette en vigueur la loi sous l'empire de laquellese sont conclus presque tous les contrats à long terme encore en vigueur maintenant.

Cette mesure, réclamée au nom de la justice, répond aussi aux nécessités économiques.

En effet, il n'est pas exact dédire, comme l'ont fait certains économistes, qui du reste se contredisent (1)

(tl C'Hl ainsi, par etfiupk, que H. Hiclel Chevalier toolient taottit qne les mèlaux précieux de l'AmériqDe au XVI- Ktèolen'ODt point facililé iuéclianges > qui se faisaienl aussi bifn avec une plus pelile quanlilé qu'avec une plus frandede Duméraire •, lanlôt que aussi Joneieoips cl pour aulanl qu'une oalion ne se serl poiul de monnaie de papier •t du crèdil, n la qnanLilé de monnaie qu'elle riclame pour

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eux-mêmes, que les échaDges se font aussi facilement quatid le numéraire est rare , que quand il est abondant. — Les faits observés en temps de crise commerciale, en temps ordinaire sur tous les grands marchés du monde et aux époques où l'on découvre de nouvelles sources de métaux précieux, tous ces faits prouvent qu'aussi longtemps que les canaux de la circulation ne sont point complètement remplis, l'abondance du numéraire stimule la production et les échanges,de même que sa rareté les entrave. Donc tout système qui, comme celui proposé par la Commission monétaire, a pour conséquence de rendre le numéraire rare, est un mauvais système.

L'étalon unique a l'avantage d'être moins soumis aux chances de dépréciation. Le double étalon a l'avantage de mieux répondre aux besoins de la circulation. La préférence à accorder à l'un ou à l'autre système dépend des circonstances. Le respect dû aux contrats, dans la mesure du possible, doit engager la Belgique à remettre en vigueur la législation de

La monnaie d'or avec l'auxiliaire d'une bonne monnaie de billon en argent et en argentan serait un bien meilleur instrument d'échange que la monnaie d'argent.

Le seul avantage de l'argent, c'est qu'en ce moment, (^) il est probableque ce métal baissera moins rapide-

son uMge va en Bncmentnni i lueiara «qu'elle devieol plus induilrieuse et plus riclie. — On est fucdâ k dire, aJoulM-il. qu'il est pour les socièlés un âge pendant lègue! la mullipticalion àe la monnaie est l'indice du progrès de la ricbesse et en donne la mesure. ■

(I) «Je ne repousse pas abEoInment dit M. Hicbiel Chevalier l'opinion de lord Liverpool quant à la plus grande Sxilé de

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ueitl de valeur que l'or, ■~~ mais est avantage est peu appréciable qunnd on considère la monnaie eomme iotennécliaire (ks échanges, car ob obvie toujours par les stipttiatious lies contrais à une baisse tente, régulière et prévue.

Mais d*aatre part, l'argent a ub inconvéïkient grave. Etant trop CDonnbrant pour qu'on poisse s'en servir dans les Iransaotions un peu ireportautes, it exige une très-graude émission de billets de Banque, uiéme de très-petites coupures, et il rend ainsi l'in- termédiaire total des échanges sujet à des variations eonataitles de quantité et par Euil« de valeur.

L'or est, en fait, l'étaloK monétaire des grandes nations eommeroiales de l'univers, et il deviendra celui de la moanaie universelle , si ou peut arriver un jour 1 réaliser cette importante réforme.

L'or est une monnaie commode, propre aux grandes affaires et aui pays avancés en civilisation. Avec l'étalon d'or on aura presque toujours une circulation lai^ment tonrnic ti par suite, toutes choses égales, la location du numéraire à bon marché , c'est-à-dire l'inlérél peu élevé.

Avec l'étalon d'argent, on ne frappera de numéraire en Bd|^ue, que quand une nécessité absolue y obligera. Il en résultera que quand la ré»

ror, pour de longues périodes. A cela 11 yauM raison Urée de ce que les procédé» d'eilraclioD de l'or, beaucoup plus simples que l'eiLpIoilalion cl le traitement des mines d'arfent ne se prètenl pas à autant de per(ectkiKIieinenlâ : c'est donc un molit pour que , à l'Égard de l'or la mobililé des Ira U de production soit moindre, Quiind o» embrasse de longs intervalles de temps , pendant lesquels les aris peuvent faire des progrès. » Mais, remarque l'auteur, la croule de la planète esllmp peu explorée pour Qu'on puisse rien prévoir depositiràccsujel.

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serve d'argent que possède la France sera épuisée , nous aurons une circulation toujours insuffisante et à la merci d'une variation déravorable dans le change.

Dans une certaine mesure, l'étalon d'or tendra à stimuler l'industrie et l'étalon d'ai^nt à la gêner. L'aient peut donc être la monnaie de prédilection des classes improductives, mais l'or doit être celle des classes productives.

* Au XVI< siècle, l'abondance des métaux précieux a contribué à l'élévation de la bourgeoisie; au XlX'elle contribuera probablement à l'élévation de tous ceux qui vivent par le travail. Par conséquent, quand on veut rendre l'argent rare et priver un pays du bienfait providentiel des découvertes de l'Australie et de laCalirornie.on contrarie,, dans cet ordre de Taits, le mouvement émancipateur des temps modernes.

Ceux donc qui réclament dans leurs pétitions le retour à notre ancienne législation monétaire, demandent une chose juste et avantageuse à ta prospérité du pays et ils se montrent pénétrés d'un sentiment plus éclairé des nécessités de notre époque et de notre pays que ceux qui les accusent d'ignorance et d'aveuglement.

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ERRATIJ.M.

Pagi^ Si, nu lieu dp Solon lispz: Lycurgue.

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