‹ La question de l'or; les mines de Californie et d'AustralieChapitre 32 sur 148 · CONSOMMATION DANS LES ARTS EN FRANCE · texte numérisé non relu

CONSOMMATION DANS LES ARTS EN FRANCE

Que sont devenus ces 3,411 millions importés dans l'espace de neuf ans, et sur lesquels 1,300 millions sont restés dans le pays?

Une partie a été employée dans l'industrie. La bijouterie et rorfévrerieenconsommentchaqueannéeuneassezgrandequantité. Voici les relevés des bureaux de garantie depuis neuf ans :

OR

kilog. valanl environ

70,800 kilog. valant eavlrou 183,080,000 f.

ARGENT

26,100 Kilog. valant 83,800 66,700 68,000 88,200 91,700 78,000 88,600 100,800

8,220,000 fr.

661,800 kilog. valant i32,860,0u0f(M

1 Ces chiffres qui viennent directement de la monnaie, et qae je dois h la bienveillance de Tan des administi^ateurs, diffèrent de ceax qu a publiés lu ministère des finances. La stat^istique du ministère n'accuse qu'environ 54,000 kil. d'or et 652,000 kil. d'argent. Cette différence ne viendrait-elle pas en partie des médailles qui ne seraient pas comprises dans la statistique officielle?

CONSOMMATION DANS LES ARTS EN FttANCE. 101

L'or et Targent nouvellement importés ne peuvent pas réclamer pour eux seuls cette production industrielle. Une part revient aux vieilles matières refondues qui ont passé par le creuset pour prendre une forme nouvelle, sans accroître la quantité de métaux existant à l'état de bijoux ou de vaisselle. Quelle est cette part? on comprend qu'il est impossible de 1<* savoir d'une manière exacte : des orfèvres que J'aiconsultés estiment qu'elle n'est pas moindre du tiers ou du quart de leur fabrication. Mais, d'un autre côté, les relevés des bureaux de garantie sont loin d'accuser la vérité tout entière. Il y a certains bijoutiers qui n'envoient pas au contrôle la moitié des pièces qu'ils fabriquent, et l'on peut dire qu'à cet égard presque tous pratiquent plus ou moins la fraude. Les deux chances d'erreur se balancent et se détruisent à peu près pour l'or; pour l'argent, il faut diminuer de près de moitié le chiffre donné parles bureaux de garantie, et l'on peut dire que 260 millions représentent à peu près la valeur de l'or et de l'argent qui sont entrés depuis neuf ans dans rindustrie des bijoutiers et des orfèvres.

La moyenne annuelle est d'environ 28,888,888 francs, dont 20,342,233 pour l'or, et 8,546,655 pour l'argent.

Un grand changement s'est opéré. La moyenne de 1830 à 1848 est, diaprés les chiffres du bureau de garantie, de'5,000 kilog. pour Tor et de 81,700 kilog pour l'argent. En appliquant à ces quantités le système d'évaluation que nous venons de prendre^ on trouve une valeur de 13 millions pour l'or et de 9 millions pour l'argent.

La production des objets d'or et lemploi de ce métal ont considérablement augmenté pendant que diminuait la production des objets d'argent. Ce résultat n'a rien qui doive surprendre. La révolution qui s'est opérée dans le rapport des deux métaux aurait suffi pour le faire deviner. Il paraît qu'on ne fait presque plus de bijoux d'argent ; le bijou d'or le remplace. La vaisselle et les objets d'art consomment presque tout l'argent envoyé au contrôle ; et, comme l'or ne peut pas rem-

102 LA QUESTION DE l'OR. LIV. II» CHAP. III.

placer l'argent dans œs fonctions, il n'est pas étonnant qae les progrès du luxe aient fait grossir aussi rapidement duran ces dernières années les chiffres du bureau de garantie.

L'or et l'argent ont encore d'autres débouchés dans l'industrie. Ils servent dans la fabrication des galons, des cadres, des meubles, des porcelaines, des ornements divers, dans la décoration des appartements et des palais, et dans un certain nombre de préparations chimiques; ils servent à une foule d'autres objets, depuis qu'on a trouvé le procédé de la dorure et de l'argenture par la pile, et leurs usages deviennent chaque jour plus nombreux. Toutefois cette consommation industrielle, bien que très-variée et susceptible de prendre une extension à peu près indéfinie, est assez bornée en quantité. Les batteurs d'or forgent des feuilles de métal qui n'ont en épaisseur que la dix-millionième partie d'un mètre. Un mètre cube d'or, pesant 19,258 kilog. et valant 57,674,000 francs, converti en feuilles de cette espèce, couvrirait 10 millions de mètres ou 1,000 hectares. Quels que soient les progrès du luxe, on est encore loin d'avoir doré en France 1,000 hectares. Depuis neuf ans, en évaluant à 50 millions les métaux employés en dorure et en argenture de toute nature, on est assurément au delà plutôt qu'en deçà de la vérité : sur ce chiffre, l'or figure au moins pour 36 millions.

D'après cette hypothèse, la moyenne annuelle pourrait être représentée par 1,500,000 francs d'argent et 4 millions d'or.

L'exportation de la bijouterie et de l'orfèvrerie françaises n'est pas aussi importante qu'elle pourrait l'être, parce qu'elle est entravée par les droits qui la frappent à l'étranger : elle ne peut être évaluée à plus de 3 millions pour ta matière : total en neuf s^s, 27 millions. Au contraire, l'exportation de lor en feuilles est relativement considérable ; la douane la portait en 1865 à 1,074,300 francs; avec l'or filé ou tiré, les meubles, les ornements et l'argenture, on arrive au total de 2 millions, soit 18 millions pour la période.

Page 1