LA BANQUR DE FRANGE
Si Id monnaie est le grand débouché des métaux précieux, la Banque en est le grand réservoir. La Banque conserve, sous forme d'espèces ou de lingots, une quantité plus ou moins considérable de métaux qui servent à l'échange de ses billets et en garantissent le payement. Le commerce français éprouve-t-il quelque crainte» quelque défiance, a-t-il besoin de métaux pour le solde de ses comptes avec l'étranger, ou pour certaines transactions à l'intérieur qui, telles que les achats de céréales, se font en argent plutôt qu'en papier, il s'adresse à la Banque, lui rapporte ses billets, et demande en échange des écus. La Banque est alors obligée de faire à l'étranger des achats de métaux, et c'est ainsi que s'est introduit en France dans ces derniers temps une partie de l'or et de l'argent qui y circulent. Le commerce at-il repris confiance, ou n'a-t-il plus besoin de ces écus, qui s<mt moins commodes que les billets dans les relations ordinaires, il les donne à la Banque aux échéances en payement de ses effets ; les caves de la Banque reçoivent le trop-plein de la circulation et se remplissent de métaux. L'encaisse métallique varie chaque jour; mais il a néanmoins des rapports intimes et nécessaires avec la quantité de métaux qui existe ou qui est demandée dans le pays.
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Voici, exprimée en millions, quelle a été depuis 1848, à la Banque, la moyenne annuelle de l'encaisse métallique, comprenant espèces et lingots :
En 1848, — 155 millions.
En 1853, — 455 millions.
Sous la Restauration, la moyenne de l'encaisse métallique n'avait été que de 130 millions environ ; elle avait dépassé 230 millions sous le gouvernement de Juillet. Il y a encore là, depuis la découverte des mines d*or, un accroissement considérable, puisque l'encaisse s'est élevée à 600 millions en 1882. A partir de cette époque, la guerre et surtout la cherté des grains ont produit une crise qui a vidé les coffres de la banque. Elle n'a pu les remplir qu'au moyen d'achats onéreux. « Au 11 juillet 1858, disait M. d'Ârgout, les encaisses montaient encore à 310 millions; la circulation des billets à*670 millions. Ce fut à cette époque que la Banque commença à tirer du dehors de l'or et de l'argent; ces opérations ont marché avec une grande célérité ; à la clôture de l'exercice les arrivages s'élevaient à 284,400,000 fr. Les frais ont coûté 3,920,000 fr. » L'année suivante, durant les deux semestres de 1886, et depuis le 26 jusqu'au 31 décembre, les achats de lingots s'élevèrentà 889,900,000 fratics, ella prime payée à 6,249,800 francs : total depuis le 11 juillet 1888, 814,300,000 francs, ayant coûté 10.170,400 fr. déprime. ^
Une partie de ces lingots passe à la monnaie, et se convertit en pièces d'or et d'argent; cette partie a figuré dans les comptes du chapitre iv. Une autre n'est pas convertie en monnaie ; elle est livrée sous forme de lingots aux créanciers de la Banque, et principalement aux banquiers étrangers, ou elle reste en réserve dans les caves. Nous pouvons, en nous
LA BANQUE DE FRANCE. lOl
appuyant sur la statistique des douanes, évaluer à 211 miiiioDS les lingots non convertis en monnaie; sur cette somme, 176 millions auraient été réexportés, 35 millions resteraient encore à la Banque, dont l'encaisse métallique était, au 35 décembre 1856, de 210 millions.
Rassemblons les résultats que nous avons obtenus. En neuf ans, 3,411 millions d'or et d'argent sont entrés en France ; sur cette somme, 310 millions ont été consommés dans l'industrie, 2,890 millions ont été convertis en monnaie, 211 millions sont demeurés à l'état de lingots. Sur ces 3,411 millions, 1,300 seulement sont restés en France, dont 265 millions sous forme de produits industriels, 1 milliard sous forme de monnaie et 35 millions sous forme de lingots. La monnaie l'emporte de beaucoup ; elle entre pour plus de 84 pour 100 dans l'emploi des métaux arrivés en France, et pour près de 77 pour 100 dans la quantité de ceux qui y sont restés; les produits industriels n'y entrent que dans la proportion de 9 pour 100 d'une part, de 20 pour 100 d'autre part.
Si on y ajoute les données de 1857, dont toutes les statistiques ne sont pas encore publiées, et sur lesquelles on ne peut encore faire de calculs comparatifs, on trouve que ce sont 4,077 millions de métaux qui sont entrés en France en dix ans, qu'il reste, y compris l'ancien fonds de 3,500 millions, un total de 4,886 millions, qu'enfin, depuis six ans (de 1852 à 1858), nous avonsperdul,128millionsd'argent,etgagné2,514millionsd*or.
Malgré l'appar^te rigueur de la balance, ces chiffres sont loin d'être d'une exactitude absolue. Les uns reposent sur des hypothèses, les autres sur des statistiques toujours imparfaites. En pareille matière, il est impossible d'atteiddre à une précision irréprochable ; mais les chances d'erreur se compensent à peu près ; et, si les chiffres n'offrent par eux-mêmes que des approximations, leurs rapports, qu'il nous importe surtout de connaître, peuvent être considérés comme l'expres- I sion de la vérité.