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184 LA QUESTION Dfi L*Oa. IJV. Ul, CHAP. V.
Si nous prenons la moyenne du rapport des valeurs officielles et des valeurs actuelles pour toutes les marchandises données dans le tableau précédent, nous avons 102,89 à rimportalion et 106,7Kà l'exportation » en 1847, et 103,77 pour Timportation et l'exportation réunies ; c'est-à-dire quen 1847 le prix moyen de toutes les marchandises consignées dans le tableau était de 3,77 pour 100 plus élevé qu'en 1826 ; augmentation que la cherté du blé explique suffisamment, et qui n'a pourtant pas porté sur tous les produits naturels, comme nous le verrons bientôt. Le rapport était, pour l'importation et l'exportation réunies, de 99, 61 en 1848, de 104»86 en 18S2, et de 1S0,05 en 1866. En cpmparant les prix extrêmes, ceux de 1847 et ceux de 1856, nous trouvons à dix ans de distance un rapport de 144,S9, et une augmentation moyenne de 44,59 pour 100 sur les produits naturels, bien que durant l'année 1847 le pain ait été plus cher qu'en 1856.
Ce chiffre de 44,59 pour 100 nous prouve que l'augmenta* tion a été grande ; mais il ne donne pas encore la mesure définitive. Pour la trouver, il faut opérer sur la base la plus large, et prendre, non pas les principales marchandises, mais toutes les marchandises importées et exportées. Or, en conservant le nombre 100 pour représenter la valeur officielle, la valeur actuelle des objets de consommation naturels, à l'im*portation, et des produits naturels, à l'exportation, était
En 1847, — de 97.5
En 1852, — de 104
Ainsi, depuis 1826, il y avait eu une baisse légère de 2 1/2 pour 100; cette baisse augmente tout à coup dans une assez forte proportion avec la bonne récolte de 1847 et la révolution de 1848, et les valeurs ne remontent à leur ancien niveau qu'en
INFLUENCE DE L'oR SUE LE PRIX DES MARCSANDISES. 185
18S0 et en 1851 ; elles le dépassent en 18S2, bien que la récolte soit abondante et le blé à bon marché : la hausse précède la di* sette; mais la disette l'exagère; et, en cinq ans, les prix s'élè-» vent de 104 à 163, c'est-à-dire de S6.73 pour 100; de 1847 à 18S7, l'augmentation est encore plus forte ; elle atteint 67.19 pour 100.
Nous pouvons donc dire que depuis dix ans le prix des pro* duits naturels a augmenté de 67.19 pour 100.
Cette augmentation ne porte pas également sur toute espèce de produits naturels. Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter les yeux sur le tableau. Quelles sont les marchandises qui ont le plus renchéri? Ce sont les substances alimentaires* Depuis 1847, les œufs ont augmenté de d6 pour 100, le beurre de 68 pour 100, le poisson de mer de 110, le cacao de 49, les bes« tiaux de 79, les vins et les eaux-de-vie de 189 et de 277 pour 100 ' : l'énorme augmentation de ces deux derniers articles a beaucoup influé sur les conditions d'existence de certaines personnes; mais, comme celle du blé, qui, de janvier 1851 à la fin de 1856, a augmenté de âOO pour j 00, elle tient en grande partie à des causes accidentelles, indépendantes de la baisse des métaux, et dont quelques bonnes années détruiront les effets.
Les matières premières et certaines denrées importées ont augmenté dans une moins forte proportion. Depuis 1847, Jes cotons, en général, se sont élevés seulement de 18 pour 100, les pelleteries de 36 pour 100, l'indigo de 33 pour 100, le thé de 25 pour 100, les bois communs de 17 pour 100 ; la cochenille a même diminué. Je ne parle pas de la soie, dont l'augmentation de 58 pour 100 est due, comme celle^du blé et du vin, à une cause accidentelle, et, il faut l'espérer, passagère, L'augmentation sur les houilles n'était en 1856 que de 24 pour
1 Le rapport donné dans le tableaa à la colonne de Tannée 18156 est le rapport des prix de 1820 à 1856; ici nons donnons le rapport de 1847 à 1856; c'est ponrqaoi les nombres ne sont pas les roêmes.
186 LA QUESTION DE l'oR. I^IV. III, CBAP. ▼.
100; elle avait été Tannée précédente de 139 pour 100. C'est que les produits des mines se sont plus ressentis de la hausse que les produits coloniaux : 65 pour 100 sur le cuivre, 40 pour 100 sur la fonte brute, 29 pour 100 sur le plomb, 43 pour 100 sur le zinc, 76 pour 100 sur l'étain brut.
Sur quelques produits animaux, la hausse a été énorme : 118 pour 100 sur les peaux brutes, S9 pour 100 sur les chevaux, 65 pour 100 sur les laines; les suifs n'ont augmenté que de 19 pour 100 sur 1847, mais l'augmentation sur 1826 est de 133 pour 100.
Reportons-nous aux phénomènes économiques que nous avons signalés en Australie \ et nous aurons Texplication de ces différences. En Australie, les produits de la terre que l'homme ne peut multiplier qu'avec l'aide du temps sont ceux qui ont le plus renchéri; le beurre, le bœuf, le froment et le pain étaient montés à des prix fabuleux. Les produits qu'il était le plus facile de se procurer par le commerce ou par l'in^ dttstrie sont ceux dont le prix a été le moins élevé ou à le plus tôt baissé. Le thé et le café que la Chine et l'Amérique apportaient en grande quantité dans le port de Melbourne n'ont jamais augmenté de plus de 60 et 10 pour 100; le café s'est même vendu en baisse au milieu de l'excessive cherté de toutes choses.
Il en a été à peu près de même en France. L'or, le crédit et la paix intérieure avaient développé l'activité industrielle et jeté sur le marché une masse considérable de produits ma* nufacturés. La production agricole n'a pas pu marcher d'un pas aussi rapide ; la demande était grande et la concurrence des acheteurs a fait élever les prix. Les substances alimentaires ont augmenté plus que la plupart des autres produits naturels, parce qu'aux besoins plus grands de la consomma* tion se joignait la disette. Parmi les matières premières, les
1 Livre 1, chap. il, p. 62 et saiv*
produits animaux sont ceux qui ont le plus ressenti la révo* lutiôn, parce que, comme nous l'avons déjà dit, le travail de rhomme ne peut pas les créer d'un jour à Tautre; puis vien* nent les minéraux, qui sont presque à cet égard dans la même condition que les produits agricoles ; enfin le moindre renchérissement a porté en général sur les objets que le commerce peut multiplier rapidement, dès que la hausse lui promet des bénéfices.
Ces différences tiennent de la nature même des choses; elles seront donc jusqu'à un certain point permanences, c'est-à-dire que, par suite du progrès général de la consommation, s'établira un rapport nouveau entre les denrées alimentaires, les matières premières et les produits manufacturés, et que les denrées alimentaires resteront proportionnellement les plus chères et les produits manufacturés les moins chers. Cependant il ne faut pas douter que la révolution industrielle et monétaire que nous traversons ne les ait exagérées. Sans doute l'ancien équilibre est rompu et ne se rétablira pas; mais le temps, en portant les bras et les capitaux dans les branches de travail les pluâ productives, amènera un ordre de choses dans lequel il y aura une différence, mais une différence moins grande qu'aujourd'hui, entre les diverses espèces de produits naturels, et surtout entre les produits naturels en générai et les produits manufacturés.
f IV. — LE PRIX DES PRODUITS MANUFACTURÉS.
Pour nous rendre tout d'abord un compte exact des variations dans le prix des principaux produits manufacturés, dressons, comme nous l'avons fait pour les produits naturels, le tableau des importations et des exportations, et prenons le rapport des valeurs actuelles avec les valeurs officielles que nous supposons toujours représentées par 100.
LA QUESTION DE l/OR. MV. (Il, CUAP. V.