Journal officiel. Doc. parl. Chambre, 1887, n° 146r
Dans le même but M. Antide Boyer demande la réunion d’une conférence internationale.
Les gouvernements doivent tenir compte de ce mouvement d'opinion. En 1881, dans son exposé du budget de l'empire, le ministre russe des Finances considère comme urgent de chercher le moyen d’opposer une digue au flot montant des dépenses militaires.
Le gouvernement anglais fait, en 1890, rédiger un mémoire sur la question, mémoire qui, paraît-il, aurait été communiqué à l’empereur d'Allemagne (1). Celui-ci, en 18971, aurait manifesté son intention de réunir un congrès européen pour discuter les solutions pratiques. La presse, surtout en France, fit un accueil moins que sympathique à un projet qui, peut-être d’ailleurs imaginaire, semblait une tentative de l'Allemagne pour fairereconnaître sa suprématie sur le continent.
Cependant la propagande s’accentue grâce à la multiplication des sociétés et ligues pacifiques. En 1889, le XXII Congrès de la Ligue internationale de la paix et de la liberté, reprenant la juste conception de M. F. Passy, attend que les progrès de l'arbitrage aplanissent la voie au désarmement. En 1891 se fonde à Berne un bureau inter-
1. V. de Lapradelle, Revue gén. de droit internat., 1899, p. 661.
Lo
national pour grouper les efforts des associations pacifiques des divers pays. Malheureusement les projets qu’il recueille font plus d'honneur à l’imagination qu’au sens pratique de leurs auteurs, et les solutions qu’ils nous offrent manquent toujours de nouveauté et parfois de consistance.
En 1894, la Conférence de l'Union interparlementaire est saisie pour la première fois d’une proposition relative au désarmement, qui fut retirée d’ailleurs sans avoir été discutée.
En 1896, le Congrès universel de la paix à Budapest formule une protestation énergique contre l'accroissement continuel des dépenses d’armement.Il conjure les membres des différents corps législatifs du monde entier, de voter contre toute proposition de dépenses, et invite les électeurs à ne donner leurs suffrages qu’à des candidats résolus à marcher dans cetie voie.
La même année, au Congrès interparlementaire, c’est un diplomate russe, M. Basily, chef du département d’Asie au ministère des Affaires étrangères, qui se fait le champion de la réduction des armements. Son initiative d’abord mal accueillie de ses chefs, devait, paraît-il, rencontrer près du tzar un accueil plus favorable, et influer sur la décision de Nicolas II de convoquer la première conférence de La Haye.
Cette même année encore, un groupe de députés
Ce 14 NON
d’extrême-gauche invitait le gouvernement « à proposer une conférence de toutes les nations, afin de procéder au désarmement général, progressif, organisé de telle façon que jusqu’à son accomplissement les forces générales des nations restent les mêmes »(r). La déclaration d'urgence fut repoussée par le gouvernement et par une forte majorité.
Il en fut de même d’une proposition de M. Bebel au Reichstag.
Nous n’en finirions pas s’il fallait mentionner les tentatives analogues faites dans les divers pays, en Angleterre, en Autriche, en Belgique. Qu'il suffise de constater que la question est passée définitivement sur le terrain parlementaire, qu’elle y restera, et deviendra le thème favori des partis avancés. En 1896, le Congrès socialiste de Londres ne manque pas d’adopter un ordre du jour recommandant le désarmement limité.
C’est au moment où l’opinion publique se trouvait ainsi tiraillée, non seulement par ces manifestations et d’autres analogues, mais par une quantité d’articles de revues et de journaux, de brochures, de discours, que surgit la proposition inattendue du tzar Nicolas IT, en 1898. La pensée de l’autocrate rejoignait la pensée des leaders socialistes ; aux dires de ceux-ci,
l'impasse où se trouvaient acculés les gouverne-