‹ La question de la population en France et à l'étrangerChapitre 7 sur 12 · PAYS · texte numérisé non relu

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vementà cette question et nous montre que, si la mortalité de nos enfants est considérable dans la première année de leur

âge, elle ne Test pas plus que pour la plupart des autres pays.

Grâce à cet autre diagramme, nous pouvons étudier mois par mois la mortalité de la première année en France, et mesurer Taggravation que lui imprime Tillégitimilé.

Pendant que sur 1,000 de ces petits êtres âgés de moins d'un an, il meurt 155 enfants légitimes, il meurt 301 enfants naturels, soit exactement le double.

Si la mortalité des enfants naturels était la même que celle des enfants légitimes, on sauverait tous les ans près de 10,000 vies humaines.

C'est là une grave considération à l'appui de l'excellent projet de loi dû à l'initiative de MM. Bérenger, Foucher de Gareil et Schœlcher, sur la réforme de l'article 340 du Gode civil, et sur la recherche de la paternité. Qu'il me soit permis, en passant, de rendre hommage à cette initiative qui rencontre aujourd'hui les plus sympathiques échos dans Topinion publique, et de faire des vœux pour son prochain succès (1).

La mortalité infantile est annuellement de 140 à 150,000. Si on parvenait à la ramener au taux des départements de

(1) M. Gustave Rivet vient de soumettre à la Chambre des députes une proposition dans le môme sens, qui a reçu de la presse un accueil du meilleur augure. (Voir l'intéressante discussion qui a eu lieu sur ce sujet devant la Société d* Économie politique ^ séance du 5 décembre 1882; Jourual des Économistes^ décembre 1882, p. 473 à 482.)

l'Allier, de la Charente et de la Creuse, pour lesquels elle n'excède pas 10 0/0 des naissances, ou à celui de la Norwège (10,74 0/0), elle se réduirait à 90,000, ce qui constituerait une économie annuelle de 30 à 60,000 enfants.

D'après le D"" Brocha rd, cette économie est facile à réaliser : il suffît de le vouloir. S'il en est ainsi, ces décès supplémentaires engagent hautement la responsabilité de la société, qui ne fait pas ce qu'elle doit pour les éviter. Par notre incurie, nous sommes les complices et les pourvoyeurs delà mort, à laquelle nous laissons cette proie, au lieu de la lui disputer. Quand donc, d'un bout à l'autre delà France, les femmes se ligueront-elles dans une sainte croisade pour protester « contre ce massacre des innocents », qui appauvrit encore notre sève déjà si pauvre?

Le législateur commence à s'occuper de celte grave question: un projet de loi déposéetpréparéavecuneinfatigableardeurparM. Roussel est en ce moment à l'étude devant le Sénat pour les enfants abandonnés. Ce sont là des mesures fécondes et qui mériteront au Parlement la reconnaissance du pays.

IV. Ma7*iages. — Après les décès, étudions les mariages, dont le diagramme suivant figure les nombres annuels de 1806 à 1881.

8ot 10 15 io i5 30 35 Lo k5 5o S5 Go G5 7o 75 ' «l

Notre nuptialité moyenne est d'environ 8 mariages par 1,000 habitants. C'est à peu près celle de l'Europe. Il n'y a donc, sous ce rapport, non plus que sous celai de la mortalité, rien d'anormal dans notre situation.

16 LA OUESTIOiN DE LA POPULATION.

Les deux diagrammes ci-après présentent les âges des époux sur 100 mariés en France et en Angleterre.

En France, les 8/10 des hommes se marient antre 20 et 35 ans, et 9/10 des femmes avant 30 ans.

li" 13. ÂGE DES ÉPOUK SUR »oo MARîÉs iFPânce^et Angleterre )

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AGES H0iv\y,E3 rEMM6S AGES HOMMES F£MM^3 50 A050 go 10 0 10 90 J0 ï,o 50 50 60 30 20 10 0 ?OJOJ,0 %t*

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En Angleterre, les hommes se marient plus tôt, et les femmes un peu plus tard.

V. Naissances. — Nous abordons le troisième facteur de la population : c'est celui qui nous réserve les constatations les plus affligeantes, et qui donne à vrai dire la clef de notre stagnation.

La natalité pendant ce siècle est exprimée ci-dessus à l'aide

N** 14. WATALiTt EiM TRANCE OC I806 A I68k

48ot \o t5 20 15 SO 35 4o ^5 50 iS^ fio 65 /« 75 61

d'un diagramme parallèle à celui que l'on a vu plus haut

pour la mortalité, et qui consacre de môme une courbe aux chiffres absolus, et une autre aux chiffres proportionnels.

Partis de 920,000 naissances en 1805, nous retrouvons ce môme chiffre 75 ans après, en 1880, bien que la population dans l'intervalle se soit accrue de 8 millions,

La courbe des rapports montre cette décroissance continue de la fécondité française, qui est tombée de 34 à 25 p. 1 ,000.

Quoique décidé à contenir toutes les réflexions latérales à mon sujet, je ne puis cependant résister à celles que suggère la chute des naissances après 1870.

Parmi les victimes de nos désastres, tous ceux qui étaient arrivés à l'âge d'adulte ont été perdus pour le mariage. De là une dépression immédiate de la natalité. Dans quinze à vingt ans, quand les enfants nés depuis la guerre seront à leur tour devenus pères de famille, tous ceux qui manquent aujourd'hui à notre contingent, et dont nos malheurs ont supprimé la naissance, amèneront un vide correspondant dans la nalalité de cette époque. La courbe des naissances subira donc une nouvelle dépression vers 1,900 et ainsi, de proche en proche, le même phénomène se reproduira comme une sorte d'onde de marée, h des intervalles périodiques, déterminés par le temps qui s'écoule entre la naissance et l'âge moyen de la paternité. C'est cette période que l'on a justement appelée «le cycle démographique. » Elle marque le retour de ces influences déjà lointaines, qui ont pu être effacées de la mémoire des hommes, mais qui sont implacablement rete* nues par les faits.

Si, dans cent ans, quelque démographe établit pour le vingtième siècle le diagramme qu'on a vu plus haut pour le dix-neuvième, on y lira, écrites en caractères saisissants, l'histoire de nos désastres contemporains et la solidarité des générations successives. Un malheur national, une fois accompli, subsiste à jamais avec ses conséquences. Comme une pierre lancée dans un bassin, il produit une série d'ondes concentriques qui s'éloignent en grandissant. A un moment quelconque, les faits que l'on constate sont la

résultante des causes contemporaines, mais aussi celle de tous ces mouvements, de toutes ces ondes, qui s'entre-croisent, se renforcent ou s'atténuent, se combinent en un mot de mille façons et qui, parles répercussions les plus délicates et souvent les plus inaperçues, transmettent l'influence et le poids du passé aux hommes et aux choses du présent.

L'excédent de la natalité sur la mortalité va sans cesse en décroissant dans notre pays, comme le montre nettement le diagramme ci-dessous, où les décès sont figurés par des teintes noires, et l'excédent des naissances par des surfaces grises, qui se rétrécissent de plus en plus, comme « la peau de chagrin » du roman de Balzac.

W 15. EkcéDAr4T ces ^4AISSANCES sua LES DECES EN FRANCt.

PERIODFS

te. EXCÉDANT DES NAISSANCES SuR LE3 DECES CHEZ QWERS PEUPLES

Pendant que notre fécondité se tarit, celle des autres nations garde sa vigueur. C'est ce qu'exprime un autre dia-

gramme ci-dessus, dressé à la même échelle que le précédent et d'après les mômes conventions.

Ce diagramme, où nous occupons le dernier rang, même après l'Irlande, est l'un des plus intéressants, mais aussi l'un des plus affligeants de la série.

Nous commençons maintenant à apercevoir la cause qui ralentit l'essor de la population française ; c'est la stérilité des mariages. Des diagrammes spéciaux vont la mettre hors de doute.

Ce ne sont pas les femmes mariées qui font défaut en France; elles sont au contraire plus nombreuses que dans tous les autres pays, ainsi qu'on le voit dans ce diagramme.

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qui montre que sur 100 femmes de 15 à 50 ans, la France compte 55 épouses, pendant que l'Angleterre n'en a que 52, l'Allemagne 51 et la Belgique 44.

Mais cette supériorité du nombre ne fait que rendre plus grave l'infériorité de nos naissances.

Le diagramme placé en haut de la page suivante compare en effet la natalité légitime des divers peuples par 100 femmes mariées. Pendant qu'elle est de 29 en Prusse et de 26 en Angleterre, elle tombe à 17 dans notre pays.

Enfin, en refaisant le môme calcul pour toutes les naissances légitimes et naturelles, et en établissant leur rapport pour 100 femmes, mariées on non, de 15 à 50 ans, on obtient

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