‹ La Question de la PopulationChapitre 102 sur 177 · LE NÉO-MALTHUSUNISME EN FRANCE · texte numérisé non relu

LE NÉO-MALTHUSUNISME EN FRANCE

sans méthode et avec une efficacité seulement partielle.

Quoi qu'en ait dit Malthus (voir plus haut, p. i92), la France n'a jamais été dans l'ensemble un pays très prolifique. Tandis que le rapport de 35 à iO naissances pour 1.000 habitants était habituel • lans les trois premiers quartiers du xix" siècle 'lans les divers pays de l'Europe occidentale et centrale et que le rapport de 40 à 30 naissances pour i.OOO habitants se rencontrait habituellement aux mêmes époques dans les contrées de l'Europe orientale, Hongrie. États Balkaniques, Russie voir le tableau des pages 238 à 24i), la France, sous la Restauration même et sous le rèirne de Louis-Philippe, époque de paix et d'essor matériels, avait une natalité beaucoup plus faible : celle-ci oscillait de 31 à 32 p. 1.000 sous la Restauration et tombait rapidement à 28 ou 27 p. 1.000 sous le règne de Louis-Philippe.

Ainsi, depuis les débuts tout au moins du \ix' siècle — et l'on n'a aucun renseignement précis sur les temps antérieurs, — la France a toujours été un pays de natalité limitée ; on peut dire qu'elle a toujours été, depuis qu'il existe des statistiques régulières, le pays le moins fécond d'Europe, la Turquie laissée de côté. Elle a toujours occupé le même rang, le dernier, sur l'échelle de la natalité européenne.

On ne peut douter que ce ne soit volontairement que la France fût aussi peu prolifique. En dehors de toute propagande systématique et de toute doctrine formulée, la bourgeoisie, d'une part, un bon nombre de paysans, de l'autre, redoutaient les nombreuses familles, celles dépassant, par exemple, p. lerot-bk.\i:liei'. 21

trois OU quatre enfants. Nous avons déjà esquissé (voir pages 2o8 à 273) les causes de cette mentalité, nous les examinerons plus en détail dans les chapitres suivants. Le même souci se rencontrait, un peu moindre, dans la population ouvrière.

Il n'y avait pas besoin que cette disposition sociale fût propagée par un enseignement et par une propagande : en fait, c'est très tardivement que cet enseignement et cette propagande se sont produits, beaucoup plus tardivement qu'en Angleterre .

On raconte qu'Owen, le grand industriel socialiste du début du xix' siècle, voyagea en France en 1818, et qu'il en rapporta le French check^ le frein français, le procédé par lequel les paysans du sud de la France en particulier empêchaient le trop rapide développement des familles, la trop forte concurrence de la main-d'œuvre et maintenaient (il s'agit de Tan 1818, par conséquent d'il y a près d'un siècle), les salaires ruraux à 2 shillings 6 pence, soit 3 fr. 15, par jour, tandis que les ouvriers ruraux anglais n'arrivaient alors qu'au salaire de 6 shillings par semaine. Owen aurait rapporté plusieurs exemplaires de l'article en question (sans doute les objets que leurs commerçants appellent dans kurs réclames : articles spéciaux pou?' les deux sexes), et il en aurait remis deux à l'un de ses amis. Il serait revenu satisfait, connaissant « le moyen de marier les gens et de limiter leur progéniture à ce qui est désirable (1) ».

Nous doutons fort de l'exactitude de cette anecdote : tout au moins, faudrait-il sensiblement la

(4) James A. Field : The Early Propagandisl Movement in Engîish Population Theory, pp. 0 et 7.

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moditier. Nous sommes très familier avec les habitudes de la population rurale du Sud de la France, qui est ici visée, sinon avec celle de la Provence proprement dite, du moins avec celle du Bas-Languedoc qui l'avoisine. Les salaires ruraux, il y a un siècle, étaient loin d'y monter à 3 fr. 15 par jour : c'est à peine s'ils atteignent ce chiffre depuis 1908 ou 1910. Quant aux paysans de la France méditerranéenne, pas encore aujourd'hui, à plus forte raison pas il y a cent ans, ils ne recourent, en général, à un matériel spécial pour limiter leurs familles. Si Owen, en 1818, a découvert un matériel de ce genre, il a dû le trouver parmi les débauchés ou dans les maisons de débauche des villes ou parmi leurs fournisseurs ; et ce matériel en France, usité surtout comme protection contre les maladies vénériennes, passe pour être d'invention et de fabrication britannique, 7nade in England ; il est vrai, paraît-il, qu'en Angleterre on lui donne une qualilication française.

C'est empiriquement, nous le répétons, sans appareil technique spécial et spontanément, sans y être poussée par aucune propagande ou aucune doctrine, qu'une partie de la population française, cherchait à limiter le nombre d'enfants par famille.

Depuis le ti-oisième quartier du xix* siècle, toutefois, les choses se sont aggravées : le néo-malthusianisme, qui n'existait jusqu'alors en France qu'à l'état de pratique particulière, spontanée, discrète et quasi honteuse, a pris corps, s'est organisé, a ses ligues, ses journaux, ses méthodes, sa philosophie, si l'on peut dire, son enseignement et sa propagande.

Sans remonter loin dans le xix* siècle et en s'en

tenant à des manifestations qui ne furent certainement pas les premières, un médecin qui se disait éducateur et qui, à ce titre, fut longtemps subventionné par le Conseil municipal de Paris, le D"" Paul Robin fonda, à Paris, en 1896, un groupement dit Ligue de la Régénération humaine. Ce D"* Robin avait été le directeur de l'orphelinat de dempuis, près Paris, où il pratiquait d'une manière très larçe le système de la coéducation des sexes, faisant prendre aux filles et aux garçons des bains en commun ; cet établissement avait la plus mauvaise réputation dans le voisinage et les paysans l'appelaient couramment : « la porcherie ». L'attention du préfet de la Seine, Poubelle, fut appelée sur les faits très fâcheux qui s'y passaient, de sorte que non seulement la subvention municipale fut enlevée au docteur Robin, mais il fut relevé de ses fonctions de directeur.

La Ligue de la régénération humaine fondée par ce prétendu philanthrope a publié un programme, dont les courts extraits suivants feront suffisamment ressortir le but et les moyens d'action :

Motifs. — « Négligeant toute condition imposée aux satisfactions sexuelles par les lois et les coutumes des divers pays, nous posons en principe :

« Que l'utilité de la création d'un nouvel humain est une question très complexe, contenant des considérations de temps, de lieu, de personnes, d'institutions publiques... ;

« Nous considérons comme une grande faute familiale et «ociale de mettre au monde des enfants dont la subsistance et l'éducation ne seront pas suffisamment assurées dans le milieu où ils naissent actuellement.

« Nous ne contestons pas que certaines réformes et amélioi'ations permettront à la terre de nourrir plus tard un

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