‹ La Question des Aveugles en 1910: Notes et DocumentsChapitre 12 sur 13 · Insertions dans les publications de tous genres · texte numérisé non relu

Insertions dans les publications de tous genres

almanachs, journaux et revues, d’articles ou notes de nature à éclairer le public sur ce dont les aveugles sont capables.

parfaitement imprimés et pourraient en produire beaucoup plus qu'elles ne le font si l’écoulement de ces livres était assuré. A ne parler ici que de l’Association Valentin llaü}^ il est intéressant de noter qu’elle imprime régulièrement, à l’aide de types mobiles, 50.000 pages par mois avec une presse Marinoni qui peut tirer 3.000 pages par heure.

Qu’est-ce donc qui empêcbe cet écoulement?

Le prix élevé du livre en Braille. — D’où vient cette élévation de prix, voilà ce qu’il est intéressant d’examiner (I).

Les causes sont :

I/espace occupé par les signes ; la qualité et l’épaisseur du papier nécessaire pour recevoir et conserver le relief ; le petit nombre d’exemplaires tiré pour chaque édition ; la reliure souvent nécessaire.

L’espace occupé par les caractères Braille est environ dix fois plus considérable que celui occupé ])ar les caractères vulgaires, d’où il résulte qu’un volume ordinaire in-18 de 350 pages demande 7 ou 8 volumes en Braille in-8 raisin, beaucoup plus grands (jue rin-18. On peut réduire, il est vrai, et

(1) Les personnes que cette question intéresse spécialement liront avec jjiolit l'étude très documeniée de M, Pérouze : L’ Impression en Braille, parue dans le Valentin Haüy, février 1910.

on réduit le nombre de ces volumes en employant séparément ou concurremment l’impression sur les deux côtés du papier, soit interlignes, soit interpoints, et en faisant usage d’un système d'abréviations, mais l’espace occupé reste encore considérable. Puis le papier nécessaire pour recevoir et conserver le relief est au moins deux fois et demie plus lourd et par conséquent plus cher que le papier ordinaire.

Depuis quarante ans, on a imaginé plusieurs méthodes d’impression en Braille ; les inventeurs cherchaient toujours à diminuer le prix de l’outillage nécessaire pour imprimer, pensant qu’alors de nombreuses imprimeries spéciales s’organiseraient et que le prix des livres en Braille se trouverait diminué.

Ces tentatives ont plus ou moins échoué, et elles auraient réussi que le prix des livres eu Braille ne s’en serait pas trouvé diminué. Car, en supposant que chaque école, chaque groupement d’aveugles possède son petit matériel d’imprimerie, qu’en résultera-t-il? Chaque école en profitera pour imprimer la grammaire ou l’Histoire de France de son choix, cela sans avantage appréciable pour les aveugles en général. En effet, alors même qu’on ne tienne point compte du prix de main-d’œuvre })Our

la composilioii et pour le tirage, il reste les frais de ])apier, de reliure et de transport qui sont dix fois ])lus considérables pour un livre en Braille que pour un livre en noir.

Or, on ne peut raisonnablement penser qu’un nombre appréciable d’aveugles puissent consacrer une somme de 10 ou 15 francs pour acheter un roman, un récit de voyage ou une pièce de théâtre qu’ils ne liront qu’une ou deux fois. 11 n’y a que les livres de première nécessité, livres professionnels dont on a besoin constamment, que l’on achète à un tel prix. La musique, les méthodes d’instrument, traités de solfège ou d’harmonie sont dans ce cas et la vente en est régulière. Pour les autres livres, le meilleur moyen de les mettre à la portée des aveugles, de les répandre parmi eux, c’est certainement la bibliothèque circulante dont le fonctionnement devrait être facilité par une réduction du tarif des postes et des chemins de fer consenti spécialement en faveur des livres en relief.

Et d’ailleurs que fait-on pour les clairvoyants? Des bibliothèques circulantes, bibliothèques dans les écoles, bibliothèques dans les mairies, bibliotbèfiues dans les casernes, dans les cercles ; partout on met le livre en commun, le même exemplaire sei’t à 10, 20, 100 personnes, et pourtant cet

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exemplaire coûte tellement moins que le livre de l’aveugle!...

Quand on veut répandre un ouvrage, s’il ne s'agit pas de la Bible ou d’un manuel d’hygiène que chacun doit posséder en propre, que fait-on? On le place dans les bibliothèques circulantes, mais on n’aura pas l’idée de le donner à tout venant.

On a dit bien à tort qu’en France nous ne savons pas produire les livres en Braille aussi bon marché qu’en Angleterre et en Amérique parce que, a-t on prétendu, dans ces pays les imprimeries Braille seraient organisées industriellement. C’est une grave erreur. En Angleterre, l’imprimerie de la Britisli and foreign blind Association a coûté, en 1908, environ oO.OOO francs à la charité privée ; et la notice de propagande répandue parcette Association contient, écrite en Braille et en écriture vulgaire, cette phrase significative destinée à attirer des dons :

(( Une grande quantité de bonne et utile littérature dans le type Braille est éditée chaque année au-dessous du prix coûtant ».

Aux États-Unis, l’imprimerie de Louisville reçoit du budget fédéral une subvention annuelle de 50.000 francs pour imprimer des livres dans le type de New-York (1) et les distribuer gratuitement aux

(1) Alphabet en points saillants dérivé dn braille.

écoles (le rCnioii qui emploient ce type. Eu France, que l’Etat ou des philanthropes mettent seulement 10.000 francs par au à la disposition des meilleures imprimeries existantes, et l’on verra si nous ne savons pas imprimer autant et vendre à aussi bas prix qu’en Angleterre ou en Amérique, où, du reste, les livres en relief coûtent fort cher quand on doit les acquérir à plein tarif.

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