II. — Enfants aveugles du premier âge
A. — Jus(|u'ici les Conseils généraux n’accordant aux enfants aveugles des bourses scolaires que pour une durée maximum de buit à neuf années, force
était de ne les admettre dans les écoles spéciales qu’après Tage de neuf ou dix ans afin qu’ils puissent mieux profiter de l’enseignement et ensuite qu’ils ne quittent pas l’école avant l’àge de dix-liuit ans au-dessous duquel il n’est pas possible à qui que ce soit, et à un aveugle surtout, de débuter dans une profession. Mais il résulte de cet état de choses que les enfants pauvres, devenus aveugles avant l’àge de neuf ans, restent le plus souvent abandonnés à euxmêmes jusqu’à cet âge, les parents étant trop ignorants ou trop absorbés pour s’occuper d’eux. Aussi, dans cette oisiveté de corps et d’esprit, ces mallieureux enfants s’engourdissent physiquement et moralement, leurs jeunes facultés, loin de se développer, s’atrophient, et ils contractent parfois de regrettables habitudes. Admis à l’école spéciale, plusieurs années se passent à les « débrouiller », temps perdu pour l’enseignement professionnel effectif, d’où causes fréquentes d’échecs ou réussites incomplètes pour nombre d’aveugles trop mal préparés à la lutte pour la vie. A ce fâcheux état de choses, il serait facile de remédier en mettant à la disposition du Ministre de l’inlérieur un crédit annuel permettant d’accoider aux enfants aveugles indigents, âgés de trois à neuf ans, une bourse de 500 francs, et en provoquant, dans un certain
nombre d’écoles d’aveugies déjà existantes, la création d’une section entantiiie, calquée sur l’Ecole maternelle si bien organisée à l’Ecole Braille, Institut l)éi)artemental d’aveugies de la Seine. Une subvention annuelle à chaque école où la création d’une section enfantine serait décidée permettrait à cette école d’alTecter une pièce s[)éciale à ces tout petits, et d’avoir une Institutrice exclusivement consacrée à eux.
B. — En outre, pour les cas où il ne serait pas |)ossible de séparer complètement un enfant si jeune de sa famille, il faudrait charger l’Institutrice de l’Ecole maleruelle la plus proche de recevoir ce l>elit aveugle à son école, et lui accorder, dans ce but, une allocation mensuelle, [)lus les fournitures scolaires spéciales, travaux Frœbel, etc.
C. — Les Conseils généraux, pour la plupart, n’atïectenl pas aux bourses scolaires d’aveugles un crédit illimité; aussi il n’est pas rare qu’un enfant aveugle perde des années précieuses pour son insti uction eu attendant qu’une bourse départementale devienne vacante. Eu pareil cas, l’xAssociation Valentin llaüy pour le Bien des aveugles intervient le plus souvent et le i)lus largement possible ; mais, là comme ailleurs, elle ne peut suffire; il faudrait un crédit permettant de toujours faire entrer les
enfants aveugles dans une école spéciale, dès lors qu’ils ont atteint l’àge de neuf ans.
Au budget du ministère de l’intérieuril est ouvert un crédit pour des fractions de bourses en faveur d’enfants aveugles (1). C’est une excellente chose; mais ce service est trop parcimonieusement doté pour permettre de faire face à tous les besoins.
D. — Des fractions de bourses, ainsi que des allocations de trousseaux, devraient aussi pouvoir être attribuées à des enfants aveugles très intelligents, ayant pourlamusique des aptitudes reconnues, dont, par conséquent, la place serait marquée à l’Institution nationale des jeunes aveugles où cependant ils ne peuvent être admis faute du quart de bourse et des 320 francs de trousseau exigés par le règlement. Pourtant ces enfants seraient à même de profiter de l’excellent enseignement qui est donné dans la première école d’aveugles du monde et, en y occupant un plus grand nombre de places, élimineraient tout naturellement des enfants abso lument incapables qui y séjournent un ou deux ans, quelquefois plus, sans avantage pour eux et au grand préjudice de la marche générale de l’école.
E. — A l’exception de l’Asile-école de Cliilly-
(1) Voir Appendice Jtl.
Mazarin, où rAssociatioii Valentin Haüy recueille et instruit nue clonzaine de petites filles aveugles, idiotes ou ariérées, rien n’existe, en France, pour les aveugles idiots ou faibles d’esprit. Une section spéciale devrait être créée dans un établisseineiit d’aveugles.
III. — Aveugles adultes en état de faire l’apprentissage d’un métier
Les aveugles ayant de vingt à quarante ans, soit que la cécité les ait atteints après l’àge scolaire, soit qu’ils n’aient pu ou voulu entrer à l’école, peuvent faire ra()prentissage d’un métier si, d’ailleurs, ils sont bien portants et d’intelligence normale. Cet apprentissage, pour être etfectué dans de bonnes conditions, doit se faire dans un atelier spécial: « Atelier-école professionnelle d’aveugles ».
L’apprentissage terminé, il faut, autant que possible — cela est tout à fait conforme à l’idéal de l’assistance moderne, l’assistance familiale — que Faveugle retourne dans sa famille, dans son milieu, et (|u’il y exerce son métier à l’aide d’œuvres de patronage privées. En faveur de ceux complètement isolés dans la vie, ou trop dépourvus d’initiative, d’esprit de suite et de conduite pour savoir se diriger, l’atelier-asile doit s’ouvrir; mais pour des raisons
multiples, trop longues à exposer ici, cet atelierasile doit être un pis-aller où l’ou n’entre qu’après un essai de vie libre.
IV. — Livres en Braille considérés comme outils professionnels
Jusqu’ici les livres imprimés à l’usage des aveugles sont restés en très petit nombre, non pas faute d’imprimeries spéciales (1), mais à cause du prix de revient trop considérable de ces livres. En effet, quelque soit le mode d’impression dont on fasse usage, impression typographique ou stéréotypique, les impressions en relief sont très coûteuses : à
cause de la grande dimension des caractères et, par conséquent, de l’espace occupé par eux ; 2» à cause du papier fort et résistant qu’on est obligé d’employer; 30 à cause du prix du cartonnage des nombreux volumes que comporte un seul ouvrage ; 40 à cause du débit forcément restreint des livres en Braille.
Pour l’exercice de leur profession, les aveugles auraient besoin d’avoir imprimé en Braille beaucoup de musique, des manuels professionnels, des livres classiques, etc.
(1) Voir Appendice IX.
Un crédit permettant au ministère de l’Intérieur de subventionner les imprimeries spéciales, afin qu’elles |)uissent vendre leurs livres à 50 % au-dessous du prix de revient, rendrait les plus grands services aux aveugles travailleurs, en leur facilitant l’exercice lie leur profession.
Une auti-e entrave réside dans le poids considérable des livres en relief et les frais exorbitants (|ue leur tiansport occasionne. Jusqu’au jour où radministration des postes françaises, comme celle des Klats Unis, de Suisse, etc., transportera gratuitement les livres d’aveugles, une subvention spéciale, permettant de les envoyer fi aiico, serait nécessaire.
V. — Section d'aveugles dans les hospices de clairvoyants (1)
Pour les hospices ordinaires, possédant, parmi leurs hospitalisés, au moins cimj aveugles du môme sexe, il y a lieu de piévoir un crédit permettant au Ministi’e de l’Intérieur de les subventionner. Grâce à cette subvention, quebiues aménagements particuliers, tendant à i-endre à ces aveugles fa vie plus facile parmi la po|)ulation des liosi)italisés clair-
(i) Voir VI.
voyants, pourraient être effectués, tels par exemple : dortoirs et salles réservées, bibliothèque, installations pour petits travaux : cannage et empaillage de chaises, grosse brosserie, etc.