ÉTATS
Nombre
de
banques.
Date
du
rapport.
Capital.
Circu-
lation.
Dépôts.
Dû
aux autres banques.
Maine
janv. 1863
fi
SJ
New-Hampshire
Vermont
Afi
•otU 1869
Massachusels
oct. »
ai
Bhode-Island
déc. *>
fi
Connecticut
Janv. 1863
ta
Les six EtaU de l'Est
12fi
New-York
déc. 1862
New-Jersey
Janv. 1863
fi
Pensylvanie.
nor. 1862
janv. 1863
Maryland
fi
Les cinq Etats du milieu. . . .
Virginie
janv. 1861
lfi
lfi
Caroline du Nord
ai
Caroline du Sud
sept. 1860
IA
fi
Géorgie
Janv. 1861
Floride
a ii
oa
Les cinq Etats du Sud-Est. . .
Alabama .
Janv. 1861
Louisiane
Tennessee
Kentucky
ÂA
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Missouri
Les cinq EtaU du Sud-Ouest.
ni
fi
minois
janv. 1863
Indiana
ai
fi
Ohio
févr. 1863
fi
Michigan
Wisconsin
QA
Juill. 1862
Towa
IA
déc. »
Minnesota
janv. 1863
Nebraska
Les neuf Etats du Nord-Ouest
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Récapitulation t
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Les cinq Etats du milieu.. .
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Les cinq Etats du Sud-Est. .
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Les cinq Etats du Sud-Ouest
Les neuf Etals du Nord-Ouest
DES ÉTÀTB-UNU,
(valenrs en millions de dollars).
Autres
engage-
ments.
Porte-
feuille.
Rentes.
Im-
meuble*
Autres
place-
ment».
Dû
parles autres banque*.
Notes des outres banques.
Articles
de
caisse.
Espèces.
Une lepon sur les banques '.
La question des banques, qui se rattache à la question du crédit, est, sans contredit, une des plus délicates et des plus importantes qu’on puisse agiter dans le domaine de l’économie politique et de la législation industrielle. Vous savez combien d’espérances se rattachent à ce mot de crédit ; vous savez que pour beaucoup d’esprits il est appelé à jouer le rôle d’une baguette magique qui, du jour au lendemain, transformerait la situation d’un grand nombre de membres de la société. Je suis de ceux qui pensent que le crédit est en effet un des leviers les plus puissants qu’on puisse mettre en œuvre pour l’amélioration sérieuse, efficace du sort des classes laborieuses. Mais c’est justement parce que je crois comprendre tout le parti qu’on en peut tirer, que je m’efforce de dissiper les ombres qui peuvent voiler la vérité. En cette matière du crédit il y a une réalité efficace, féconde, et en même temps une illusion exerçant l’effet de ces mirages qui , aux regards des voyageurs, font apercevoir de merveilleuses et fantastiques habitations, alors qu’ils s’égarent dans un immense désert de sable.
Qu’est-ce qui est le mirage ?
C’est l’illusion qui fait supposer que l’on peut subitement tout transformer dans le monde, comme au sifflet du machiniste tout se transforme sur la scène de l’Opéra. Le mirage, c’est ce qui fait confondre la véritable richesse avec le signe de la richesse, ce qui fait supposer que les métaux précieux, l’or et l’argent, constituent les éléments essentiels de la production. Nous ne sommes pas de ceux qui croient que l’or et l’argent sont de trop dans ce monde : non, ils sont appelés à y jouer un rôle sérieux, mais secondaire; le mirage fait supposer que, si, à l’aide de certains ressorts plus ou moins ingénieux, on peut faire remplir au papier le rôle de l’or et de l’argent, ou peut étendre la richesse à volonté, et en ouvrir la source abondante à tous ceux qui voudront y puiser. Le syllogisme est naturel, mais singulièrement sujet à caution. Ceux qui ont dit : « Le métal, c’est la richesse, » ont été entraînés à dire aussi : « Ce qui remplace le
1 C'est la leçon que nous avons mentionnée page 4H. Nous la donnons telle qu elle a été recueillie, en résumé, par un de nos auditeurs, et publiée dans Y Economiste français du 3 mars 1864.
métal est la richesse. » Comme on peut, à l'aide de quelques rames de papier promenées sous une presse, créer des billets de banque, rien n’est plus facile que de créer la richesse à volonté, et il faudrait avoir le cœur bien dur, bien sourd au cri de la souffrance pour ne pas vouloir donner la richesse à tous! C’est là l’illusion que je combats, à la poursuite de laquelle on s’égare, car elle ne peut produire rien d’efficace pour l’amélioration du sort du plus grand nombre.
Qu’est-ce qui est le réel, qu'est-ce qui peut changer la situation des hommes ? Ce n’est pas un mécanisme. Défiezvous de tout ce qui vous ferait supposer qu’en dehors de vous, de votre énergie, de votre moralité, il y a un champ immense à conquérir. Non , la Providence a voulu que le bien-être soit essentiellement et forcément lié à l’amélioration morale et intellectuelle de l’homme. La source véritable du progrès, la véritable base sur laquelle repose l’avenir des classes laborieuses, c'est l’énergie individuelle, de plus en plus développée.
Le crédit, dont on parle sans cesse, est-il autre chose, en effet, que la confiance que chacun inspire à autrui par ses lumières et sa probité ? Est-il autre chose qu’un moyen de faire mettre à sa disposition, par suite de la confiance qu’on a méritée, les instruments de travail que l’on peut utiliser d’une manière plus féconde ? Qu’est-ce que le crédit en ce qui concerne cette question des banques? C'est le moyen par lequel les ressources déjà créées , les produits du travail antérieur conservés par l’économie, par le sacrifice et la prévoyance peuvent être mis de la manière la plus utile et avec les charges les moins grandes, à la disposition de ceux qui en sauront tirer un meilleur parti, par leur labeur et leur habileté. Le crédit ne crée pas de richesses fantastiques. Rappelez-vous toujours les paroles d’un des hommes qui ont le plus aimé les travailleurs et qui est sorti de leurs rangs pour acquérir la gloire la plus haute et la plus pure, rappelez-vous ces paroles de Benjamin Francklin : « Quiconque vous dit que vous pouvez arriver à un progrès quelconque autrement que par le travail et l’économie, ne l’écoutez pas! C’est un empoisonneur. » C’est par le travail intellectuel, par le travail matériel, par l’économie qui sacrifie les jouissances du présent à la sécurité de l’avenir ou au bien-être de ceux qui vous sont chers, que vous pouvez arriver à quelque chose de fécond. Quant aux mécanismes plus ou moins ingéuieux, à l’aide desquels on veut bercer vos espérances, défiez-vous-en ! Examinés de près, ils ressemblent aux conjurations des enchanteurs du moyen
âge, dont l’œuvre disparaît dès que le charme est rompu. Il y a, eu matière de banque aussi, d’un côté des enchanteurs, et d’autre part quelque chose de vivant et de fécond. C’est à discerner le vrai du faux qu’il faut s’attacher
Qu’esl-ce qui est le vrai? Est-ce que le billet de banque ne sert à rien ? Est-ce que c’est une pure illusion ? non, en général, la vérité n’est pas dans les extrêmes. Le billet de banque a son utilité. Il sert beaucoup plus par ce qu’il permet d’éviter que parce qu’il produit. Le billet de banque, envisagé comme une tilière par laquelle la richesse devrait s'étendre indéfiniment, n’a point cette vertu ; il ne saurait remplacer absolument le métal précieux. Il peut, dans une mesure restreinte, beaucoup plus restreinte qu’on ne se l'imagine, suppléer l’or et l'argent pour l’office qui leur est attribué dans la circulation, c’est à-dire pour le transport des produits de main en main, ou pour l'échange facile de tous les produits. Mais les métaux précieux ne sont pas la richesse, ils n'en constituent qu’une faible fraction.
Comment les métaux précieux ont-ils un rôle utile à remplir? C’est sous deux points de vue : comme mesure la moins imparfaite, la moins instable, la moins variable de la valeur des choses, et comme véhicule de l’accumulation des produits; comme facilitant toutes les transactions, les faisant opérer rapidement et avec sécurité; comme engin merveilleux de la coopération de tous à une œuvre commune et de la distribution des bénéfices de l’œuvre entre tous ceux qui y ont contribué ; comme moyen de rémunération instantanée de tout service rendu. L'or et l’argent, peuvent ôtre suppléés par le billet de banque , mais à une condition ; c’est qu’ils ne cesseront point d'ètre le terrain solide sur lequel les transactions continueront à s’accomplir avec la plus grande sécurité.
Ce n’est pas en économisant une portion de métal employé à la circulation que le billet de banque rend le plus grand service, c’est par la facilité d’épargner sur le signe de la circulation, que ce signe soit en métal ou en papier. Je m'explique. Quand le billet amène à des combinaisons de crédit plus avancées, à l’ouverture des comptes courants, à des virements sur les registres des banques, à des compensations; quand il conduit à la création de chèques , qui sont des mandats tirés sur les banques dans lesquelles des dépôts de valeurs effectives ont été auparavant accomplis, alors il rend plus de services que, par leur diffusion matérielle, n'en rendent l'or et l’argent. Vous connaissez tous les chemins de fer ; cette merveilleuse invention, qui, il y a un quart de siècle, était
révoquée en doute par des esprits puissants, est familière à tout le monde aujourd’hui. Chacun sait combien la même force employée à la traction peut servir à faire mouvoir des convois plus lourds, quand ceux-ci sont placés sur deux barres de fer parallèles, disposées sur le sol, au lieu de rouler sur le sol lui-même. Ce qui est vrai des waggons, l’est également des billets. Ils sont pour la circulation des richesses ce que sont les waggons pour les transports. Sans doute, si la circulation devient plus facile, plus rapide, le môme nombre de waggons peut fournir un travail plus abondant, servir au moyen du m-et-vient qui s’accomplit avec une rapidité considérable, au transport d’une plus grande quantité de marchandises ; mais si les chemins de fer possèdent déjà les waggons nécessaires pour le transport do tous les produits qu’on leur confie, est-ce que vous croyez que les chemins de fer gagneront à la construction de nouveaux waggons? On aura beau multiplier les waggons, si la quantité de produits à transporter reste la même, si la rapidité de la circulation a joué son rôle, les waggons surabondants resteront sous la remise. Il en est de même en ce qui concerne l'office de la circulation : les billets surabondants qu’on voudrait émettre, lorsque celte machine de la circulation serait au complet, ne formeraient pas une richesse nouvelle, ils resteraient aussi sous la remise.
Je me trompe : ici, l’effet pourrait être plus funeste que l’augmentation des waggons. Les waggons mis sous la remise, bien qu’entraînant une perte d’intérôt sur le capital ainsi employé, pourraient être utilisés plus tard. Mais, en ce qui concerne la circulation fiduciaire, non-seulement l’excédant ne sert à rien, il est nuisible. En effet, ces billets créés en surabondance chassent une quotité correspondante de numéraire et le font exporter. En temps calme, on ne s'en aperçoit que peu ; mais dès qu’un point noir surgit à l’horizon, comme si la confiance s’ébranle, on a recours aux réalités, chacun demande alors de l’or au lieu de billets, on paye cher l’économie qu’on a voulu faire sur la machine de la circulation. Si l’on n’exporte pas l’or, s’il est exporté déjà dans une telle mesure qu’on ne puisse pas accroître cet envoi au dehors, que résultera-t-il de cette exubérance de billets? Un encombrement dans la circulation, le changement du prix de toutes choses, une cherté factice qui commencera toujours par peser sur ceux qui ne s'en doutent guère, mais qui sont les premières victimes de ce qui est factice dans les institutions relatives à la circulation, sur les classes laborieuses. Le salaire ne se déplacera pas aussi vite que le prix des choses, 11 y aura
cberté factice des produits, et les salaires resteront au même niveau. Ce sont ceux qui travaillent et qui ont moins le moyen de perdre, qui payeront les frais de cette mauvaise guerre financière.
On a dit : Mais la facilité dans la création des billets est une grande commodité pour le travail, puisqu’elle conduit à l’abaissement de l’escompte et à la diminution du taux de l’intérêt. Ici encore, si je ne me fais pas illusion, j’espère avoir porté dans vos esprits quelque conviction, et vous avoir démontré que ce n’est pas au moyen de ces créations factices qu’on arrive à l’abaissement du taux de l’intérêt. J’espère vous avoir démontré aussi qu’il faut se tenir en garde, aussi bien relativement au taux de l’intérêt qu'à tout ce qui embrasse le vaste domaine de la finance, contre des conclusions précipitées et des apparences qui peuvent voiler l’erreur. Sans doute l’abaissement du taux de l’intérêt est une chose excellente. Un de nos plus grands économistes, disons mieux, un des plus grands hommes de bien, Turgot, par une image saisissante, a fait voir quelles devaient être les conséquences de cet abaissement. 11 a montré que le taux de V intérêt agit vis-à-vis de la production comme les flots de la mer vis-à-vis des continents. A mesure que les flots s’abaissent et laissent à découvert de nouvelles plages, ils permettent à l’industrie humaine de s’en emparer et de faire naître d’abondantes moissons là où la mer promenait ses vagues sans utilité pour personne.
Cela est vrai, mais à quelle condition? car toutes les questions dans le monde (et c'est ce qui cause les divergences d’opinion), toutes les questions sont complexes; l’erreur vient de ce qu’on poursuit à perte de vue une vérité vraie, sans tenir compte d’autres vérités, également vraies. C’est le point d’intersection de ces vérités qui seul peut conduire à la vérité même. Le nombre des vérités est grand, la vérité est une. — Oui, l’abaissement de l’intérêt est chose désirable, si toutes choses restent égales. Qu'exprime l’intérêt? Le sacrifice consenti par le travail présent au bénéfice du travail passé; ce sacrifice se présenté sous deux formes : la forme absolue et la forme relative. Si toutes choses restent égales, il est évident qu’à mesure que le sacrifice absolu diminue, il y a plus grand avantage pour le travail du jour ; mais si la production est plus féconde , si, grâce aux instruments qu'on emploie , les divers éléments de la richesse dont on dispose doivent donner des moissons plus abondantes, la part abandonnée par le travail, et qui, envisagée sous le rapport absolu, peut être plus considérable, sera, sous le rapport relatif,
t'NE LEÇON SCR LES BANQEES.
moindre, vu la totalité de la production. C’est ce qui explique le phénomène que je me suis attaché à développer devant vous, parce qu’il porte un double enseignement. Je vous ai montré
Su’en Amérique la multiplicité des banques avait conduit à es taux d’escompte exorbitants. J’ai fait passer devant vos yeux le tableau complet du taux de l’escompte pendant trente ans en France, en Angleterre et à New-York ; vous avez vu que le taux des Etats-Unis ne s’est jamais abaissé au niveau du taux de la Banque de France, et qu’il s’est élevé au double, au triple, au quadruple, et mémo au quintuple de ce taux. Il suffira de rappeler le chiffre monstrueux de 36 pour 100 qui a reparu à intervalles divers, pour convaincre ceux qui conservent encore quelques illusions à l’égard des prétendus avantages que donne la multiplicité des banques d’émission.
Je ne suis pas de ceux qui s’emparent, sans examen, comme d’une bonne fortune, d’un phénomène qui vient confirmer leurs principes. Je suis pour l’unité des banques d’émission ; je crois que la conquête de 1848 a marqué bous ce rapport le dernier terme du progrès en matière decirculation fiduciaire. Maisquels que soient ma conviction et mon désir de faire passer cette conviction dans vos esprits, quelque décisif que semble l’argument puisé daus cette élévation du taux de l’intérêt aux Etats-Unis, je suis le premier à dire qu'il faut tenir compte des divers éléments qui ont concouru à ce résultat. La concurrence des billets de banque a été pour beaucoup dans cette élévation de l’intérêt, mais elle n’en a pas été l’unique cause. Ce qui y a contribué aussi, c’est la fécondité du travail aux États-Unis ; la richesse des produits obtenus a permis d’en céder une part plus grande, quand le surplus du taux de l’intérêt répondait à un bénéfice autrement important que celui recueilli ailleurs.
Jetons les yeux du cûté du nord de l’Europe. En général l’intérêt y est assez bas. Pourquoi? parce que la production, dans ces contrées, n’est pas féconde, et que les moyens d'employer le capital sont peu nombreux. Ces pays seraient heureux de payer un taux aussi élevé qu’aux Etats-Unis, s'ils avaient la même richesse de production.
Revenons à la distinction que j'ai essayé d’établir entre l’illusion et la réalité. Qu’est-ce que la réalité ? En quoi les hommes qui ont dans le cœur l’amour sincère du progrès peuvent-ils le servir utilement? C’est en centralisant les ressources, en appelant tous les petits capitaux disséminés, de façon A en former un fleuve magnifique ; c’est en les appelant par l’intérêt modique qu’ils leur servent, et en les reversant sous forme d’instruments de travail mis à la disponibilité du travailleur,
afin qu’il les utilise. Ici s’ouvre ua immense horizon. C’est dans ce sens qu’ont déjà marché les banques d'Allemagne, dont vous connaissez le nom, mais dont vous ne connaissez peut-être pas le mécanisme. C’est en appelant les réserves de ceux qui travaillent, en recevant leurs épargnes, que ces banques ont pu ouvrir des crédits aux hommes d’intelligence et d’expérience. Les banques populaires d’Allemagne arrivent ainsi à ce merveilleux résultat, quo tous ceux qui travaillent peuvent s’élever de plus en plus par leurs efforts ; elles leur donnent mieux que ce que pourraient promettre les hommes les plus dévoués aux classes laborieuses ou même les gouvernements qui viendraient améliorer leur sort.
Dans les banques populaires on se garde bien d’avoir recours aux billets payables au porteur et à vue ; il y a un capital qui ne connaît pas de bornes, qui se forme chaque jour, goutte à goutte, et qui arrive à une masse énorme, c’est le capital de la prévoyance, du sacrifice journalier, qui rattache le présent à l’avenir et qui assure cet avenir meilleur à ceux qui font le nécessaire pour y atteindre. Grâce aux banques populaires, quiconque travaille, réunit des ressources et les verse dans la caisse de ces banques, rendues ainsi plus fructueuses, plus fécondes que la belle institution des caisses d’épargne elle-même. Celle-ci a rendu de grands services, mais elle doit se développer d’une façon plus large et plus profitable. Quiconque, par des versements, alimente ia caisse des banques populaires, acquiert un droit au crédit qu’elles ouvrent. — La source du capital est inépuisable, elle est dans les travailleurs eux-mêmes. L’homme fait le capital, comme il fait la terre. La volonté humaine, éclairée et affermie, étend sans cesse son action au dehors. C’est par un sacrifice journalier, par la constitution d’un ca-
Îiital qui se renouvelle et s’accroît constamment, que les classes aborieuses, de l’autre côté du Rhin, ont su conquérir le crédit.
Hâtons-nous de le dire, nous ne croyons pas que la France soit entièrement déshéritée d’institutions pareilles. Elles commencent par quelque chose de simple, qui grandira. Quand vous confiez le grain à la terre, il n’attire guère votre attention; mais dès qu’il a germé et que les épis abondent, vous êtes tout prêts à admirer la libéralité du Créateur. Eh bien, cette chose simple qui se fait maintenant en Franco, c’est le grain confié à la terre et qui surgira en riches moissons.
Il existe une Société de crédit au travail qui, grâce à l’initiative de quelques hommes d’intelligence et de cœur, germe et se développe en ce moment. Elle est très-modeste encore, mais si elle persévère, elle ne peut manquer de donner des fruits abon-
Oigi
LA BANQUE DE FRANCE EN 1864
dants. Elle reçoit les réserves des ouvriers eux-mêmes, et les verse sous forme de crédit à ceux qui présentent des garanties suffisantes pour les employer d'une manière féconde. Ce n’est pas plus merveilleux que cela ! Le secret, c’est la voix qui dit à chacun : « Travaille, améliore-toi, élève à la fois ton esprit et ton cœur, et tu t’élèveras par tes propres efforts ! N’attends rien du dehors, parce que cette attente amortit dans ton âme l'effort du sacrifice qui peut accomplir de plus grandes merveilles que tous les secours extérieurs. Travaille, suis la loi du sacrifice, et tu 11e vivras pas seulement dans l’heure présente, tu assureras ton avenir et celui de ceux qui te sont chers ; tu te mettras à l’abri de la misère, et tu participeras au bien-être avec ce contentement intérieur, cet épanouissement de l’âme, qui fait que l’on est heureux et fier de ce qu’on a conquis soi-même, au lieu de tendre la main aux secours de l’Etat. » — Jo ne suis pas de ceux qui méconnaissent le rêle de l’Etat, qui repoussent ce qu’il a d’utile et; de fécond. Je sais combien son œuvre peut aider à l'épanouissement individuel ; mais la véritable source de tout bien-être pour les travailleurs est dans leurs propres mains. En ce qui concerne le crédit et les banques, cette vérité se révèle de la manière la plus éclatante.