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La question des classiques [microforme]

ON EXAMINE CERTAINS REPROCHES ADRESSÉS PAR M. L'ABBÉ CHANDONNET AUX DÉFENSEURS DE LA MÉTHODE CHRÉTIENNE.

M. l'abbé Chandonnet, professeur de philosophie à l’Université- Laval, a récemment publié une suite d'écrits, destinés surtout à rectifier les citations dont regorgent certains articles de journaux, certaines brochures qui ont une qualité commune, celle de répéter plus ou moins fidèlement les avancés que Mer. Gaume a faits il y a quelques douze ans. C’est à ces critiques de M. l'abbé que nous entreprenons de répondre aujourd'hui, bien que les écrits auxquels

elles s'adressent ne sortent pas de notre plume.

Aux yeux de M. l'abbé Chandonnet, ces écrits ont un autre tort: “ils ne portent pas de signature; ils sortent de la plume d'écrivains, honorables sans doute, mais qui tiennent jusqu'à présent à rester insaisissables.” C’est feindre habilement ; M. l'abbé est loin d'ignorer pour quelle raison les écrivains dont il parle tiennent à ne pas être connus. Il sait qu’on a organisé coutre eux une véricable perséeution; qu’on a remué ciel et terre pour empêcher les journaux de publier leurs écrits, et que même certaine feuille perdrait son existence, si elle osait encore repro-

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duire une ligne en faveur de la méthode chrétienne. Voilà ce La que M. l'abbé ne doit pas ignorer, d'autant plus que lui-même, te nous dit-on, a joué un rôle dans toutes ces manœuvres,

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Ce qu'il ne doit pas ignorer non plus, c'est que des hommes,

dignes de toute vénération, ont été l’objet d'un acharnement ) incroyable au sujet de leur opinion sur les classiques. Tout le O1 monde le sait et en géxiit. Tant d’animosité contre des personnes, P qui consacrent leurs travaux à la gloire de la religion, nous semble d un sentiment si étrange, que nous sommes tentés d'y voir ou un » n

de ces travers d'esprit qui ne sont susceptibles d'aucun redresscement, ou un de ces travers de cœur qu'il faut souffrir en silence.

M. l'abbé Chandonnet, formule encore une autre plainte: r “ Les Messieurs, qui défendent l’idée chrétienne contre l'idée | n païenne, ont pris à tâche de faire briller dans leurs écrits, en : guise des leurs, les plus beaux noms de l'histoire.” Mais quel (J mal ya-tilà cela? UÜes noms en valent bien d’autres, et s'ils ÿ q

suffisent pour établir une preuve, pourquoi les négligerait-on ? Quant à nous, si nous étions des personnages de la stature de M. ; l’abbé, et que, d'un autre côté, les inconvénients que nous venons de signaler n’existassent point, nous ferions comme lui, nous mettrions toujours notre nom en relief. Un homme, dont le nom porte un cachet d'autorité, peut se permettre bien des choses que ne saurait tenter le commun des mortels.

M. l'abbé Chandonnet, après s'être posé plusieurs questions auxquelles il ne veut pas répondre, se demande enfin: “ Les lecteurs de nos journaux sont-ils bien les juges naturels en pareille matière (l'éducation) ?

Cette question laisse percer une chose: M. l'abbé est dans l'intime persuasion qu’il n’y a d'esprit, de lumières, de bon sens, que dans un monde fort rétréci. Il peut être de cet avis; quant à nous, il voudra bien nous permettre de croire que les lecteurs des journaux ne sont pas tous des rustres ni des igorants. Et puis, parmi les lecteurs de journaux ne compte-t-on pas bon nombre de vénérables curés de campagne, de respectables pères de famille ? Ces personues, il nous semble, ont bien le droit de

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s'occuper de l'éducation de la jeunesse, car, après tout, les directeurs des maisons d'éducation ne sont que leurs représentants, leurs suppléants.

M. l'abbé Chandonnet ajoute qu'il a constaté, et tout le monde avec lui, que les auteurs des articles de journaux, des brochures, ont mal cité, honteusement cité. D'après lui, le texte des autesrs profanes est falsifié ; le texte des saints Pères, falsifié ; le texte des conciles et des encycliques, falsifié. On a ajouté, retranché, mutilé.

Voilà de bien graves accusations lancées à la figure de ces pauvres chrétiens, bonnes âmes au fond, qui errent par ignorance, par manque d'esprit, de discernement, plutôt que par malice. (‘est toujours une consolation d'apprendre de la bouche vérédique de M. l'abbé que les défenseurs de la méthode chrétienne sont de bonne foi. Beaucoup de personnes, à l'heure qu'il est, ne peuvent pas se rendre ce témoignage. S'ils ont erré, ç'aura été sans préjugé ni perversité d'école, et ils rentreront avec empressement dans la bonne voie qu'ils n’ont pas voulu quitter. Voilà de quoi M. l’abbé aura le plaisir de se convaincre, si son travail se trouve aussi solide qu’il en paraît content.

Nous nous hâterons de le dire, M. l'abbé Chandonnet n’a pas l'impétuosité cassante et mal apprise d'un de ses alliés, le Conservateur. Tout au contraire, il est grave et même solennel: il ne marche jamais que remparé de textes authentiques. Dans ce majestueux appareil, il cherche bien le mot pour rire, faisant son possible pour égayer par un peu de raillerie son aride matière ; mais rien ne dépasse la limite: une gaité de professeur, une épigramme de philosophe, et puis tout de suite des textes authentiques, et jamais de gros mots. C’est pourquoi nous lui répondrons avec la plus grande bienveillance possible,

M. l'abbé Chandonnet affirme donc qu'il y a eu falsification de

textes, et il prétend le démontrer. Son but en cela est de jeter

un peu de discrédit sur la méthode chrétienne et aussi de déprécier ceux qui la défendent. Mais, comme tous l’avoueront, il n’est pas juste de rejeter sur tous les partisans d’une méthode et

sur cette méthode elle-même les torts que peuvent avoir quelques- | ç uns de ses défenseurs, Il n'est pas juste non plus de mettre à la 6

charge de Mgr. Gaume, l’un des plus illustres soutiens de la méthode chrétienne, ‘toutes les preuves d'autorité que font valoir ceux qui partagent sa manière de voir,

En proclamant sur tous les tons qu'il y eu falsification, M.

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‘abbé aurait dû d'abord définir ce qu'il entend par falsification l'abbé aurait dû d'abord définir ce qu'il entend falsificat

d'un texte, Suivant nouset bon nombre d'auteurs, que nous È ? avons consultés, voire même Descartes, un texte n’est pas falsifié si, à tout en subissant quelque modification accidentelle dans la forme | ù qu'il revêt, il rend toujours la même idée, Un texte encore n'est L point falsifié si, dégagé de ce qui le précède ou de ce qui le suit, il ï n'est nullement altéré dans le sens qu'il présente. Les interprètes | et les commentateurs de la sainte Ecriture regardent un texte | comme parfaitement intègre lorsqu'il est dans ces conditions ; il € ne faudrait passe montrer plus sévère qu'eux. On peut enfin q faire une citation très exacte en analysant la pensée d’un auteur. X d 1 |

L'ENCYCLIQUE INTER MULTIPLICES N’A pas ÉTÉ FALSIFIÉE,

Yeci étant, voyons si la première falsification que signale M.

l'abbé Chandonnet est aussi réelle qu'il le donne à entendre. Cette falsification porterait sur un passage de l’'Encyclique Zntermultiplices que voici, tel que donné par M. l’abbé.

& Ft avant tout, sachant, comme vos lumières et votre expé-

“ rience nous l'ont appris parfaitement, jusqu’à quel point la & bonne éducation du clergé surtout intéresse la prospérité de la « religion et de la société, ne cessez pas, dans une parfaite union « d'esprit, de porter sur une affaire de cette importance vos soins

“ et vos réflexions. Continuez, comme vous le faites, de ne rien

« épargner pour que les jeunes clercs soient instruits de bonne “ heure dans vos séminaires à toute vertu, à la piété, à l'esprit

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ecclésiastique, pour qu'ils grandissent dans l'humilité, sans laquelle nous ne pouvons jamais plaire à Dieu; pour qu'ils soient si profondément instruits et avec tant de vigilance des “ lettres humaines et des sciences plus graves, surtout des “ sciences sacrées; qu'ils puissent, sans être exposés à aucun péril “ d'erreur, non seulement apprendre l’art de parler avec éloquence, d'écrire élégamment, en étudiant soit les ouvrages si sages des SS. Pères, soit les écrits des écrivains païens les plus célèbres expurgés de toute tache, mais encore acquérir surtout la science ‘ parfaite et solide des doctrines théologiques, de l'histoire ecclésiastique et des sacrés canons, puisée dans les auteurs ap- “ prouvés par le St, Siége.”

La citation faite par M. le Correspondant est ainsi conçue :

Pie IX prescrivit d'introduire largement l'élément chrétien dans l’enseignement littéraire au moyen des auteurs chrétiens qu’on devrait mettre entre les mains des enfants, ‘ afin que, dit-il, dans les œuvres les plus sages des SS. Pères, e dans les auteurs païens les plus célèbres, complètement expurgés, ils pussent apprendre l’art de parler et d'écrire élégamment et avec éloquence.”

Nous voyons bien en effet, comme M. l'abbé, que le Correspondant, en citant l’Encyclique, a supprimé les mots jeunes clercs et qu'il les a remplacés par le mot enfants ; nous voyons bien encore qu’il a supprimé la partie qui fait mention de la théologie, de l’histoire ecclésiastique et des sacrés canons ; mais nous ne voyons pas que ces suppressions fassent dire à l’Encyclique une chose qu’elle ne dit pas. Grande doit être l4 surprise de M. l'abbé en nous entendant parler ainsi. Quant à nous, nous sommes presque honteux de le surprendre si peu familier avec les documents pontificaux. À son insu, hélas! M. l'abbé prouve que l'étude presque exclusive des auteurs païens laisse ignorer bien des choses qu’il importe beaucoup de connaître, Une expression l’a complètement desorienté ; c’est adolescentes clerici, les jeunes clercs. Il entend par là les élèves de grands séminaires. Il dit en effet : ‘ On aurait bien pu soupçonner (en citant le texte en entier) que le pape pouvait bien ne pas parler précisément d'enfants ou de jeunes gens.” Mais cette interprétation est

magnifique ! trois fois magnifique ! ! Que M. l'abbé l’apprenne done aujourd'hui et qu'il le retienne toute sa vie, i expression adolescentes clerici ne signifie pas élèves de grands séminaires, mais bien jeunes gens qui se destinent au sacerdoce, c'est à-dire, élèves des grands et des petits séminaires. «

Pie IX, en cet endroit de l'Encyclique, embrasse tout l’ensemble des études préparatoires au sacerdoce, tant celles qui doivent occuper les enfants que celles qui doivent occuper ceux qui ont

terminé leurs cours classique. Il recommande d’abord aux jeunes ‘# élèves des petits séminaires, l'étude des ouvrages si sages des SS, él Pères et des écrivains païens les plus célèbres, purifiés de toute “6

souillure, pour qu'ils puissent se former à l'art de parler avec éloquence et d'écrire élégamment ; il fait ensuite un devoir aux

élèves des grands séminaires d'étudier la théologie, l’histoire se: ecclésiastique et les sacrés canons dans des ouvrages, qu’on le di remarque en passant, approuvés par le Saint-Siége. dé ni

Cette distinction entre les élèves des grands et des petits sémi- Y P

naires était si clairement établie dans l’'Encyclique par la nature même des études mentionnées, qu'on ne sait pas comment il se fait que M. l'abbé ne l'ait pas remarqué. Est-il donc surprenant que M. ie Correspondant, n'ayant à parler que des études classiques, n'ait cité que la partie de l’Encyclique qui y a trait et qu’il ait négligé le reste ? Qu'en pense M. l'abbé Chandonnet ? N'’avouera-t-il point que le premier de ses coups porte à faux et qu'il n'aurait pas dû accuser aussi à la légère ?

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