‹ La question des drapeauxChapitre 5 sur 11 · L’UNION NATIONALE · texte numérisé non relu

L’UNION NATIONALE

tique du parti libéral sur le tarif.

Que d’ennuis m’a causés la détermination de rester fidèle à mes opinions, à mes convictions. J’ai toujours pensé qu’un homme public, un écrivain qui se contredit sur des questions importantes et sans de graves raisons, démoralise l’opinion publique et manque de respect envers ses concitoyens. Mais n’ai-je pas parfois, à mon détriment et à celui de ma famille, poussé trop loin ce besoin d’être conséquent avec moimême ? N’ai-je pas exagéré l’importance que mes opinions pouvaient avoir aux yeux du public ?

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LA GUERRE

Il est incontestable que le don de prophétie existe. O11 le trouve partout, chez tous les peuples, depuis le commencement du monde. Il a donné lieu à bien des abus, à des supercheries sans nombre ; beaucoup s’en sont prévalus pour exploiter la crédulité humaine.

Il y a les vrais et les faux prophètes. Comment faire la distinction ?

Comment distinguer entre les prédictions produites par l’inspiration divine, les fantaisies d’une imagination plus ou moins déréglée, et les prévisions de l’expérience et de la sagesse humaines ? Il est aussi difficile de séparer le faux du vrai en cette matière que dans le cas de cer-

LA GUERRE

taines guérisons attribuées à l’intervention divine. Qu’il y ait eu des miracles et qu’il y en ait encore, c'est incontestable ; mais que tous les faits sortant de l’ordinaire soient miraculeux, c’est certainement faux.

Il en est de même des prophéties.

Tout le monde chrétien croit à l’inspiration des prophéties de l’Ancien Testament, de celles surtout qui se rapportent à la venue du Christ.

Il y a des centaines de prophéties qui sont le produit d’imaginations maladives, de calculs religieux ou politiques, et un certain nombre ne sont que les prévisions d’esprits clairvoyants, d’une raison cultivée. Il semble qu’à part ces dernières catégories, il y a celles des personnes qui paraissent posséder l’intuition des choses futures, ce qu’on appelle le don de seconde vue et dont les événements justifient souvent les prévisions.

Il est des cas où les prévisions d’une raison cultivée, mûrie par l’expérience, s’accordent avec les

prédictions des clairvoyants ou des prophètes. Les grands événements de l’Histoire ont tous été plus ou moins prédits ou prévus, exemple :

la révolution française.

Qui peut nier que les événements actuels aient été annoncés depuis longtemps ?

Cette grande guerre qui doit mettre aux prises toutes les nations de l’Europe et couvrir la terre de ruines eÇde sang, n’est-elle pas commencée ?

Et l’ avenir ne donnera-t-il pas raison à ceux qui ont prédit qu’elle se terminerait par l’effondrement de l’empire allemand et de la dynastie des Hohenzollern ?

Si l’on en croyait certaines prophéties ou prédictions, car, cette fois, ce ne sont pas seulement des prévisions, cette grande guerre universelle serait suivie d’une révolution presque générale, d’un soulèvement terrible des classes populaires, et un grand homme surgirait qui rendrait la paix au monde. Mais espérons que ces tristes prophéties ne se

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réaliseront pas. Croyons plutôt que cette terrible guerre sera suivie d’années nombreuses de paix et de concorde.

Rien de bon, de grand et d’utile ne s’accomplit dans le monde sans souffrance, sans sacrifice, sans effusion de sang. N’a-t-il pas fallu le sang d’un Dieu pour racheter l’humanité et lui procurer le bienfait suprême du christianisme? La souffrance est le prix, la rançon de toutes les conquêtes, de tous les progrès de l’homme dans l’ordre religieux, moral, social ou politique. On peut donc se faire une idée de la grandeur et de l’importance du résultat des souffrances indicibles de la guerre actuelle, et présager qu’elle sera suivie d’une ère incomparable de progrès, de réformes et de bonheur.

Sera-ce le commencement du millenium qui doit être la dernière étape dans l’existence de l’homme ?

Malheureusement l’exagération ne vient pas que d’un côté ; elle se manifeste avec éclat dans le cercle des

champions de l’impérialisme, dont les excès de zèle sont redoutables.

Si on les écoutait on arracherait à l’agriculture et à l’industrie tous les bras dont elles ont besoin pour les lancer sur les champs de bataille, ruinerait le Canada en hommes et en argent sans espoir sérieux d’influer sur les résultats de la guerre.

On demande, à grands cris, à la population d’augmenter la production agricole et industrielle et on la somme en même temps de s’enrôler, de prendre les armes ! Avec qui et avec quoi alors se ferait cette augmentation de production agricole et industrielle ? Exagération ! Exagération de tous côtés, de partout !

Les propositions les plus exorbitantes peuvent être faites et adoptées, car les modérés, les sages, craignent qu’on ne soupçonne leur loyalisme, n’osent les combattre.

Nous voguons à pleines voiles dans l’exagération. Où va-t-elle nous conduire ?

Certains philosophes prétendent que l’homme peut, sans religion, remplir ses devoirs de mari, de père de famille, de citoyen, que la conscience et la raison lui suffisent pour cela.

Mais que valent la conscience et la raison que la religion n’a pas formées et dirigées, au moins chez la plupart des hommes ? Que certains hommes soient constitués physiquement et moralement de façon à vivre honnêtement sans le secours de la religion, c’est un fait incontestable. Mais ce sont des exceptions, et encore on a le droit de croire qu’ils

seraient plus parfaits si, aux sentiments d’honneur et aux dictées d’une conscience et d’une raison droites, ils joignaient l’heureuse influence d’une religion éclairée.

On ne peut fonder rien de sérieux sur des exceptions.

Il s’agit de savoir si l’homme en général, si un peuple, si l’humanité peut se passer de religion. L’histoire de tous les temps, de tous les peuples répond négativement à cette question et elle apporte à l’appui de sa négation une série interminable de faits écrasants. Elle constate que la conscience et la raison, la raison même instruite, ne sont pas suffisantes pour rendre un homme ou un peuple vertueux, pour lui donner les moyens de réprimer ses passions, de corriger ses vices et de lui faire accomplir des devoirs pénibles. Elle proclame hautement que, lorsqu’une nation a cessé d’être religieuse, elle a cessé d’être grande et respectée, elle est devenue victime des erreurs et des crimes les plus déplorables.

Exemple : la France de 1793, sous le règne de la raison.

« On peut bien, » dit Lacordaire, « se moquer des poulets sacrés de Rome, mais lorsque Rome cessa de croire à ses poulets sacrés, elle cessa d’être la reine du monde. » Rien de plus vrai, il n’y eut jamais de peuple plus religieux que le peuple romain pendant les premiers siècles si glorieux de son existence. Un peuple sans religion est fatalement voué à la tyrannie des grands ou des petits, aux superstitions les plus ridicules, aux théories et aux passions les plus funestes : l’histoire du monde le démontre sans conteste.

Maintenant, aucune religion ne possède autant que le catholicisme le pouvoir de rendre l’homme vertueux, de lui donner l’énergie de réprimer ses passions, de remplir ses devoirs envers Dieu, envers son pays et sa famille, d’accomplir des actes de dévouement et de sacrifice, de supporter les misères inhérentes à la vie.

Ah ! sans doute, plus son pouvoir

est grand sur les âmes, plus il est susceptible d’abus et d’exploitation, plus il prête à l’exagération, à l’ambition, au fanatisme, à la superstition. Il faut le juger par l’effet sur les âmes qui l’interprètent et la pratiquent honnêtement et sincèrement

C’est lui qui produit depuis dixhuit siècles les hommes les plus parfaits, les saints les plus vénérés que le monde ait connus. Il n’est pas responsable du mal que lui font l’hypocrisie, l’ignorance, le fanatisme et la fausse interprétation de ses préceptes.

Étant donné qu’une religion est nécessaire, indispensable pour le temps et pour l’éternité, aucune n’a jamais offert à l’homme autant de garanties et d’éléments de certitude que le catholicisme.

La raison elle-même dit à l’homme sage qu’elle est incapable par ses propres forces de lui enseigner ce qu’il doit croire et pratiquer, et qu’il doit chercher ailleurs la solution des mystères de la vie présente et future.

Elle proclame la nécessité d’une autorité souveraine pour la guider et l’empêcher de s’égarer dans les erreurs et les contradictions les plus lamentables. Or, où trouver cette autorité en dehors de l’Église catholique ?

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