‹ La question des fausses décrétales, Volume 94Chapitre 161 sur 176 · Jahrbuch fOr schwalzerische Gtoschichte. T. XXXI · texte numérisé non relu

Jahrbuch fOr schwalzerische Gtoschichte. T. XXXI

1906. — R. LuoiNBî^HL. Les Suisses et leurs alliés, à la bataille de Morat, obéissaient-ils à un commandant en chef? (non ; c'est à tort que ce rôle a souvent été attribué au chevalier souabe G. Herter de Herteneck; l'histoire militaire des Suisses, aux xiv* et xv« siècles, ne connaît pas le commandement suprême personnel, chaque contingent collaborait au plan commun). — Tr. Schiess. La correspondance de Bullinger avec Vadian (source précieuse pour l'histoire des églises réformées de la Suisse allemande, de 1532 à 1551). — H. Hirsgh. La critique des Acta Murensia et de la charte de fondation du couvent de Mûri (réponse aux objections qu'a suscitées un précédent article; cf. Rev. hist., t. LXXXIX, p. 357). — F. Vetier. Gonrad Justinger, élève et continuateur du chroniqueur Kônigshofen; les plus anciens historiographes de Berne et de la guerre de Laupen (la « Ghroniqne anonyme i de la ville de Berne peut seule être attribuée au secrétaire d'Ëtat Justinger; la rédaction dite oBicielle, plus développée et postérieure, n'est pas de lui). — Le P. G. SiDLBR. Le couvent de Munster (Grisons), fondation de l'époque carolingienne (importante étude sur les débuts de ce monastère, fondé probablement par Gharlemagne vers 780-786, au pied septentrional du passage alors très fréquenté de TUmbrail, qui conduisait de Bormio dans la vallée inférieure de l'Inn).

422 GHEONIQUE ET BIBLIOGRAPHIE.

France. — La mort de M. Jules Laib, membre libre de TAcadémie des inscriptionB et belles-lettres, décédé à Paris le 16 mai dernier, à TAge de soixante-dix ans, prive Térudition française d'un de ses représentants les plus distingués. Esprit à la fois subtil et ouvert, passant avec une aisance et une rapidité presque déconcertantes d*un sujet à un autre, sans qu'on pût jamais cependant l'accuser de rester superficiel, réussissant en môme temps à porter allègrement le fardeau d'une besogne commerciale qui eût suffi à absorber l'activité de beaucoup d'autres, M. Jules Lair laisse une œuvre qui étonne par sa richesse, si Ton songe qu'elle est presque uniquement le fruit de ses veilles. — La plupart de ses travaux se rattachent à l'histoire du moyen âge et plus spécialement à la critique des textes : c'est sur ce domaine, semble-t-il, qu'il se sentait le plus à l'aise. Son premier ouvrage fut une édition de Dudon de Saint-Quentin (1865), qu'il avait présentée dès 1858 comme thèse de sortie à l'École des chartes, et il ne cessa, pendant toute sa vie, de publier, sous forme de courts articles ou de gros volumes, des mémoires originaux où il se proposait de résoudre quelque point embarrassant de l'historiographie du moyen âge. Son Étude sur la vie et la mort de Guillaume Longue-Épée, duc de Normandie (1893), et surtout ses deux volumes d'Études critiques sur divers textes des X* et 11^ siècles (1899) en sont les pièces les plus importantes; il pré* parait enfin, depuis plus de trente ans, une édition de Guillaume de Jumièges dont, malheureusement, sa curiosité toujours change^te ne cessa de retarder l'achèvement. — Ces mémoires de pure critique ne sont peut-être pas, malgré tout, ce que M. Lair a produit de plus remarquable : la composition n'en est pas toujours assez serrée ; en outre, quoique pénétrant, il semble que son esprit eût une tendance à s'arrêter avec trop de promptitude à une opinion qui, lui apparaissant comme vraisemblable de prime abord, prenait presque aussitôt pour lui la force d'une certitude et se transformait en parti phs. Normand de tonte son âme (il était né à Gaen), M. Lair devenait presque instantanément un avocat dont les yeux se fermaient aux évidences qui contrariaient ses thèses. Volontiers, d'ailleurs, ses livres prenaient la forme d'un plaidoyer ou d'une apologie : dans son Dudon de Saint-Quentin, il veut faire œuvre de réhabilitation; dans son Essai historique et topographique sur la bataille de Formigny (1903), il déclare hautement qu'il veut élever un monument à la gloire des héros morts sur le champ de bataille; enfin, dans ses deux livres d'histoire moderne, dans son Nicolas Poucquet (1890, 2 vol.) et dans sa Louise de la Vallière (1882),

GHROIfIQUB BT BIBLIOGRAPHIE. 423

dont une qaatrième édition paraissait au moment même de sa mort, il semble que son seul but soit de laver la mémoire de Fouquet et de faire l'apothéose de la maîtresse de Louis XIY. Mais en même temps, dans ces deux ouvrages, il montrait ce que pouvaient, pour élucider les problèmes d'histoire moderne, les méthodes de l'érudition la plus minutieuse et s'imposait ainsi au choix de llnstitut comme directeur de cette monumentale édition des Mémoires de Richelieu, dont sa mort vient cruellement ralentir la préparation.

Louis Halphen.

— M. Léonard-Léon Bardinbt, ancien professeur de Faculté, auteur de l'histoire des Juifs d'Avignon, est décédé à Limoges, le 2 mai 1907, dans sa quatre-vingt-troisième année.

— L'Académie des inscriptions et belles-lettres a décerné le i«' prix Gobert à M. Charles Bémont, pour son édition des Rôleê gascons, et le 2« prix à M. Louis Halphen, pour son ouvrage sur le Comté d'Anjou au U* sièeU. La plus grosse part du prix Loubat (géographie, archéologie et linguistique du Nouveau-Monde) a été attribuée à M. Henri VioNAUD, pour ses travaux sur Christophe Colomb; une mention a été accordée à M. Jules Humbert, pour son étude sur les Origines véné" suéliennes. Le prix du budget (chronologie d'une ou plusieurs séries de grands feudataires français) a été, par exception, attribué à un ouvrage imprimé, celui de M. René Poupardin, sur le Royaume de Bourgogne (888-1038). Le prix Prost a été partagé entre M. Albert Grenier {Habitations gauloises et villas latines dans le pays des Médiomatrices) et la revue VAustrasie.

— Nous avons reçu le premier fascicule du Bulletin de la bibliothèque et des travaux historiques de la ville de Paris (Paris, Impr. nationale, 1906, in-8o, xxvni-178 p.). Cette nouvelle publication semble surtout destinée à donner périodiquement le catalogue des nouvelles acquisitions de la bibliothèque. Elle est dirigée par le conservateur, M. Marcel PoËTE. Le premier fascicule énnmère les nouvelles acquisitions de l'année 1905 ; il contient, en outre, la réimpression du rapport présenté par M. Poète en vue de la réorganisation du service de la bibliothèque et des travaux historiques. Nous en avons déjà ici même (Rev, hist., t. XCin, p. 102) indiqué les conclusions. L. H.

— M. Imbart de la Tour a réuni en volume les principaux articles qu'il a écrits depuis une quinzaine d'années sur diverses Questions d^histoire sociale et religieuse à VÉpoque féodale et à l'époque carolingienne (Paris, Hachette, 1907, in-16, xvi-295 p.). Ces articles traitent des immunités commerciales accordées aux églises par les Carolingiens; des colonies agricoles établies sur les terres désertes de la Marche d'Espagne à la même époque; de la fabrication des fausses « coutumes » de La Réole; de l'évolution des idées sociales du xi« au xm« siècle qu'amena la substitution du régime contractuel au régime du patronage; de l'origine et des progrès de la liberté commerciale en

424 CHRONIQUE ET BIBLIOGRAPH».

France aux zii« et xiii« Bîècles ; de la polémique religieuse et des publicistes à Tépoque de Grégoire VII, d'après leurs écrits et l'ouvrage de M. Mirbt; enfin, du caractère général de Torganisation ecclésiastiqpie en France au moyen âge. On aura plaisir et profit à relire tous ces articles. Peut-être cependant regrettera-t-on que Tauteur ne les ait pas revus et retouchés davantage : on peut s'étonner surtout qu'il ait réimprimé sans changement l'étude, si pénétrante d'ailleurs et si ingémeuse, qu'il avait publiée en 1893 sur les coutumes de La Héole, alors que, depuis cette date, plusieurs érudits, et en particulier MM. Prou et Yidier, dans leur Recueil des chartes de Vàbbaye de Saint-Benalt-sur' Loire, ont repris l'examen de quelques-unes des questions qu'il y soulève et sont arrivés sur certains points à des conclusions nouvelles. Dans cette même étude sur les coutumes de La Réole, M. Imbart de La Tour disserte sur le sens du mot baro (p. 96) comme s'il ignorait que, depuis 1893, il a paru un livre essentiel sur la matière, VEssai sur Vorigine de la noblesse de M. Guilhiermoz. On eût préféré, puisque l'auteur s'abstenait de mettre ses articles au courant, qu'il les donnât avec leurs dates et l'indication du recueil où ils ont été d'abord insérés {Annales de la F<icuUé des lettres de Bordeaux; Études d'histoire du moyen âge dédiées à M. Gabriel Monod; Mélanges Paul Fabre, etc.) : la tâche des bibliographes en eût été simplifiée, et le lecteur aurait su à quoi s'en tenir. L. H.

— La librairie religieuse H. Oudin (Paris-Poitiers) nous a envoyé une nouvelle édition, en français, des Révélations de sainte Gertrude^ du monastère d'Helfta (Saxe), traduites sur la dernière édition latine (2 vol. in-'16). Il est inutile d'avertir que cette publication ne s'adresse pas aux historiens.

— La maison qu'habita à Saint-GIoud l'électeur de Bavière Maximilien-Ëmmanuel en 1713-1714 et qui dut à cette circonstance sa qualification de c Maison de l'Électeur >, remplacée en 1840 par celle de « Ghàteau de Béarn », du nom de son nouveau propriétaire, après avoir subi bien des transformations, s'est partiellement conservée jusqu'à nos jours. C'est au récit de ces transformations qu'est consacrée la notice que M. Paul Cornu a publiée sous le titre : le Château de Béarn (ancienne Maison de l'Électeur) à Saint-Cloud (Versailles, impr. Aubert, 1907, 51 p. in-8o et ô pi.; extrait de la Revue de l'histoire de Versailles), On y trouvera plus d'un détail curieux sur les propriétaires successifs de cette maison historique, parmi lesquels on compte, outre l'Électeur^ un prince de la maison de Savoie, la comtesse d'Artois, belle-sœur de Louis XVI, et Bourrienne. L. H.

— M. L.-J. Gras esquisse la courbe des Prix du blé à Saint-Étienne pendant trois siècles (de 1640 à nos jours), d'après les mercuriales. L'extrême amplitude des variations d'une année à l'autre est, ici comme dans d'autres villes, le phénomène le plus saisissant (extr. de la Soc. d'agriculture.,, de la Loire, 1906, 20 p.).

CHRONIQUE ET BIBLIOGEiPHIB. 423

— Les petites brochures de la collection Science et religion (Bloud et C*«) ont beau être marquées du sceau confessionnel, elles n'en feront pas moins pénétrer dans certains milieux le goût de la critique et de la libre recherche. M. Graziari étudie en historien exact, sinon impartial, Sixte-Quint et la réorganisation moderne du Saint-Siège. A cette même période de la contre-réformation se rattache Topuscnle de M. Paul Deslandres : le Concile de Trente et la réforme du clergé cathotique au IVI^ siècle. A la peinture un peu embellie que M. J. Agborqbs nous trace du Clergé rural sous l* Ancien régime, M. Georges Goyau a joint un « épilogue » où il se donne le malin plaisir de mettre Téloge du curé de campagne dans la bouche de Voltaire et ... de Restif de la Bretonne. Les Assemblées du clergé de M. Bourlon souffrent d'avoir été écrites par quelqu'un qui n'avait pas lu le livre de M. Serbat; c'est cependant, pour le xvu" siècle du moins, un précis commode. Mais M. Bourlon tient trop à laver ces assemblées du reproche d'avoir prépaie (je ne dis pas demandé) la Révocation : c'est faire bon marché de la c Grande remontrance > de 1674. M. Yves de la Brière est plus juste dans un exposé, bourré de faits, de Ce que fut la c cabale des dévots • (p. 54), et quoiqu'il cherche à défendre la c Compagnie » non seulement contre M. Allier, mais contre M. Rébelliau. H. HR.

— V Ancien clergé de Paris de M. G. Dbmoussy (École professionnelle d'imprimerie, 1906, iii-87 p. in-S») porte ce sous-titre : M. Laugier de Beaurecueil, i7i2-i79i. En réalité, c'est la biographie d'un curé de Sainte-Marguerite, qui ne fut point janséniste et qui refusa le serment à la Constitution civile. A la même époque se rapportait la brochure où M. Louis RiGAUD {la Fin du vieux Garaisony Auch, impr. centrale, 1903) retraçait la vente des biens d'une chapelle des Hautes-Pyrénées.

— M. Gaston Mauoras vient de faire paraître une troisième édition de son livre, la Marquise de Boufflers et son fils le chevalier de BouffUrs (Paris, Plon-Nourrit et C^», 1907, vi-560 p. in-8», portr.), qui fait suite à ses deux récents et amusants volumes sur la cour du roi Stanislas à Lunévîlle. Ce dernier tome, tout en renfermant, lui aussi, une série de lettres intéressantes tirées de différentes archives de famille, ne présente plus le même charme piquant que ses prédécesseurs. Le roi Stanislas, Tex-amant de M»" de Boufflers, est mort, sa cour s'est dispersée, la belle marquise vieillit, ses correspondants et ses correspondantes aussi; la vie leur paraît plus décolorée et tout autour d'eux on devient terriblement sérieux, de sorte que la verve frivole de ses rimeurs favoris détonne un peu dans l'agitation philosophique qui précède l'agitation révolutionnaire. M">« de Boufflers elle-même meurt encore à temps (juillet 1786) pour ne pas souffrir personnellement de l'orage prêt à se déchaîner, mais la société de « la délicieuse marquise » va se disperser au loin, et M. Maugras, dans son Épilogue, les accompagne successivement à leur dernière demeure. Ajoutons aussi que, répondant à certaines réclamations, il énumère nominativement dans une nouvelle

426 CflRONIQDE ET BIBLIOGRAPHII.

préface les savants lorrains, MM. Meaume, Boyé, Dmon, Pfister, aux travaux desquels il a fait des emprunts pour les siens propres. — R.

— N'ayant guère la ressource de pon^oir foire canoniser jamais aucun roi de France depuis saint Louis, les admirateurs de no^ passé monarchique se sont appliqués à la tâche plus facile de conquérir la couronne de sainteté, — sans martyre trop dur, — à certaines princesses de la famille royale. C'est le but que poursuit aussi M. Geoffroy DE Gbandmaison daus sa biographie de Madame Louise de France, la vénérable Thérèse de Saint-Augustin (Paris, Lecoffre, 1907, v-206 p. in-18). On y trouvera d'abord le panégyrique de cette insignifiante fille de Louis XY qui vécut douze années à Fonte vrauU, vingt années à la cour et dixt-sept années enfin comme carmélite à Saint-Denis et dont les funérailles, en décembre 1787, coïncident presque avec celles de la vieille monarchie, réfractaire au souffle de l'esprit nouveau. On y trouvera ensuite des affirmations aussi tranchées que contraires aux faits, quand l'auteur déclare par exemple que c*est « la singulière ingratitude des protestants qui a fait monter à Téchafoud le malheureux Louis XVI ». Nous voyons bien qu'il récuse le jugement de ceux qui sont « incapables de comprendre le mystère du rachat d'une race par l'immolation volontaire • ; mais il ne nous empêchera pas de penser qu'un Joseph II, dont il flétrit le cœur sec et impie, a plus fait pour l'humanité que sœur Thérèse de Saint-Augustin, qui n'a guère à son actif que la béatification de saint Labre et qui prenait c de grands maux d'estomac • à l'idée qu'on allait permettre aux dissidents de prier Dieu à leur guise. £n tout cas, quoi qu'en puisse dire M. de Grandmaison, notre « honneur national » n'est point intéressé à ce qu'on fasse d'elle « une sainte d'expiation et d'espérance •, et s'il fallait de nouvelles patronnes à la France, 'ce ne serait pas dans le palais de Louis XY qu'elle irait chercher celle qui, sur son lit de mort, en vraie princesse, demandait à aller « au galop en paradis !» H.

— L'idée de M. Armand Grambl de dresser un catalogue méthodique de tous les écrits relatifs à Louis IVI et la famille royale (Toulouse, Privât; Paris, A. Picard, 1905, xiv-348 p. in-18) mérite assurément d'ôtre approuvée et l'on ne peut que louer son zèle, puisqu'il a réuni plus de trois mille titres dans sa bibliographie chronologique, qui s'étend de 1746 à 1905. Elle est loin d'être encore complète pourtant, — et nous ne lui en faisons aucun reproche, — vu la masse de feuilles volantes locales contemporaines lancées alors tant en France qu'à l'étranger. Mais ce qui est regrettable, c'est que les titres des ouvrages anglais et allemands soient horriblement maltraités; ce qu'on ne comprend pas du tout, c'est qu'à la première page du Catalogue se trouve l'Oraison funèbre de la première Dauphine, Marie-Thérèse d'Espagne, morte en 1746, alors que Louis XYI, fils de la seconde Dauphine, Marie-Josèphe de Saxe, n'a absolument rien à faire avec cette princesse, enterrée depuis sept ans quand il vint au monde, en 1754. — R.

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— Fleur de lys de M. Osmond (nouvelle édition, Bordeaux, bureaux de la LégitimiUy 1905, xlvi-202 p. in-S», pi.) est une nouvelle compilation de tous les témoignages, de toutes les traditions et légendes relatives à l'évasion du Dauphin hors du Temple et à son existence mystérieuse dans les années qui suivirent. L'auteur conclut par ces mots : c Donc Naundorff est bien le Dauphin, l'infortuné Louis XVIL C'est d'une évidence aveuglante. » Si la chose est aussi évidente que cela, nous sommes bien à plaindre, car M. Osmond ne nous a nullement convaincu. R.

— M. Ph. Lauzun, président de la Société archéologique du Gers et secrétaire perpétuel de la Société des sciences, lettres et arts d'Agen, nous envoie la deuxième édition d'une élégante plaquette : un Portrait de lf«« de Polastron (Auch, impr. Gocharaux, 1906, 70 p. in-4o, portr.). Il nous y retrace, à l'occasion d'un portrait de la comtesse, la biographie de cette maîtresse bien connue du comte d'Artois. C'est presque une oraison funèbre de cet « ange charmant qui d'une main invisible, mais toujours bienfaisante », protégeait le bien-aimé qu'elle ramena à la foi catholique. « Ce dernier geste absout sa faute; il apaisa peut-être en même temps les colères du ciel sur les princes de la maison de France. » Supposition peu vraisemblable puisque la Providence fit reprendre à Charles X le chemin de l'exil et que c'est en exil aussi que le comte de Chambord devait mourir. L'auteur, en veine de mansuétude pour tout ce qui ne touche pas à la Révolution, nous apprend auBsi que M"** de PoUgnac, « jusqu'ici méconnue », mérite • l'estime et le respect de tous ». R.

— Le volume du docteur Max Billard, les Tombeaux des rois sous la Terreur (Paris, Perrin et G*«, 1907, 192 p. in-18, pL), se présente à nous comme l'ouvrage d'un « modeste anecdotier » qui a résumé d'après les récits et procès- verbaux du temps la violation des sépultures royales à Saint- Denis, en août et en octobre 1793; il nous raconte ensuite leur reconstitution plus ou moins artificielle après la Restauration de 1815. Tout le monde approuvera sans doute l'auteur de ce travail sans prétentions érudites quand il dit que le vandalisme ne sera jamais utile à la cause de la liberté et que les passions humaines devraient s'arrêter devant la mort et respecter, même pour les rois, l'asile suprême des tombeaux. R.

— M. Henri Labbode, professeur d'histoire au lycée de Toulon, a réuni en brochure une série d'articles consacrés dans la Révolution française à Jacques Pinet, député de la Dordogne à l'Assemblée législative et à la Convention; il y étudie les différents mémoires rédigés par Pinet pour défendre sa conduite politique, pendant que le vieux c régicide > vivait en exil à Constance puis à Nyon. Écrits à l'étranger bien des années après les événements, sans que le rédacteur pût avoir recours aux documents contemporains, ces souvenirs sont naturellement sujets à caution (voir par exemple ce qu'il dit sur les massacres

42$ CHRONIQUE BT BIBLIOGRAPHIE.

de septembre ou sur les Girondins c qui vexaient les patriotes les plus prononcés et répandaient la terreur parmi les républicains les plus purs »), et le fait que le Comité de Salut public a toujours approuvé les actes de Pinet, alors qu'il était en mission à l'armée des Pyrénées occidentales, n'est pas, à lui seul, une garantie catégorique de la légalité de ses actes ; il approuvait bien aussi Carrier. Exclu de la Convention à la suite de la journée de prairial an III, bien qu*il y fût resté, dit-il, tout à fait étranger, Pinet se cacha en Alsace jusqu'à Tamnistie de vendémiaire, mais son rôle politique était fini. Exilé en 1815, il rentra en France en 1830 et vécut jusqu'à Tàge de quatre-vingt-dix ans à Bergerac, où le pauvre vieux était montré du doigt comme une espèce de monstre par la population réactionnaire de sa cité natale. A en juger par ces apologies, qu'on a bien fait de mettre au jour, Pinet fut une individualité de capacités assez moyennes, et si l'on peut croire à sa sincérité subjective, si l'on doit le plaindre de son long exil, on s'étonne un peu que l'auteur traite d'illustre (p. 6) ce membre très obscur de la Convention, qui en comptait tant d'autres aussi insignifiants. — R.

— Pendant ses missions dans le midi, le conventionnel Philippe- Aimé Goupilleau (de Montaigu), — qu'il ne faut point confondre avec son cousin moins connu, J.-P. Goupilleau (de Fontenay), — rédigea, comme la plupart sans doute de ses collègues, des notes journalières, plus ou moins copieuses, sur ses impressions de voyage et ses actes officiels. C'est ce Carnet ae route de Goupilleau que MM. Michel Jouve et Marcel Giraud-Manoin viennent de mettre au jour avec des notes (Nîmes, Debroas, 1905, in-8<>). Envoyé en Provence vers la fin de 1793 comme pacificateur, notre député voyage plutôt en bon bourgeois préoccupé de ses aises, faisant sa petite provision d'huile d'olives et d'anchois, s'abritant la nuit contre les moustiques c dans une bonne cousinière •, se querellant avec les aubergistes qui l'écorchent et prononçant force discours dans les clubs ou dans les banquets offerts par les frères et amis. Le « proconsul > ne se montre qu'en de rares occasions, comme lorsqu'il assiste en octobre aux fusillades des scélérats, qui meurent avec fanatisme à Lyon; il trouve qu'il « fallait donner une leçon aux rebelles entêtés ». R.

— Dans le Bulletin du Comité départemental de Seine^et^Oise, dont le premier fascicule vient de paraître (Versailles, 1907), M. E. Grave a publié deux intéressantes notices sur la Contribution patriotiqiie et le Service des subsistances à Mantes en 1789, d'après les documents des archives municipales; cette dernière surtout nous fournit une série de détails caractéristiques sur la disette de grains qui régnait en juillet à proximité de la capitale, sur les violences commises par les populations rurales, craignant d'être affamées, et sur les efforts du Comité des subsistances local pour remédier à ce dangereux état de choses jusqu'à la fin d'août. R.

— L'étude de M. Gustave Goubier sur le Culte catkoliqtAe sotu la

Révolution, Les processions à Nîmes, 1790-1802, est un tirage à part de la Revue du midi (Nîmes, 1905, ia-8<>) ; encore qu'écrite dans un esprit passablement réactionnaire, elle renferme quelques détails curieux sur la persistance des cérémonies religieuses en dehors des églises, tant à Paris qu'en province (et spécialement dans le chef-lieu du Gard), jusqu'à fort avant dans Tannée 1793. Ils ont été puisés dans les archives locales et contribueront à démontrer jusqu'à quel point, surtout dans le midi, les querelles religieuses furent toujours mêlées aux querelles politiques. H.

— M. Victor FoROT vient d'ajouter à ses nombreuses publications sur l'histoire locale une étude sur l'Année de la peur à Tulle, 1789-1790 (Paris, Ghéronnet, 1906, 116 p. in-8o). Il n'y raconte pas seulement la grande panique qui se produisit dans le Limousin comme en tant d'autres provinces en juillet 1789, mais encore divers autres épisodes de l'histoire révolutionnaire du nouveau département de la Gorrëze, d'après les documents originaux. R.

— Un de nos meilleurs historiens provinciaux, M. René Faqb, l'auteur des ÉtiÂdes limousines et de nombreux ouvrages d'archéologie locale, a réuni dans une douzaine de chapitres, sous ce titre suggestif, la Rue à Tulle pendant la Révolution (Paris, A. Picard, 1907, 195 p. in-8<>), tous les renseignements qu'il put réunir dans les archives départementales et municipales sur les fêtes, cérémonies et manifestations publiques qui ont charmé ou agité la population tulloise. A en juger d'après son récit, cette population semble être restée extraordinairement calme, même aux pires moments de la Terreur, et ses émotions patriotiques et religieuses, de 1790 à 1802 (en 1789 il n'y eut rien dans la rue de cette cité tranquille!), depuis la fête de la Fédération, le 14 juillet, jusqu'au Te Deum du 15 août, en l'honneur du premier Consul, semblent avoir été minimes ; il est vrai que de tout cela nous avons surtout des procès-verbaux officiels, au style assez sec et nullement coloré, montrant bien par là même l'absence de toute émotion populaire. Le fait le plus curieux à relever, c'est qu'en juin 1793 la municipalité de Tulle traite comme un grand crime la mutilation d'une statue de la sainte Vierge et ordonne à Tévêque (constitutionnel) de se rendre en procession à la chapelle profanée pour la remettre en place et c réparer l'outrage à la divinité » (p. 74). R.

— On sait que Napoléon passa plusieurs semaines du printemps 1807 au château de Finckenstein, dans la Prusse occidentale, pour y préparer la campagne qui aboutit à Friedland etTilsit. Le propriétaire actuel de ce château historique, le comte George de Dohna, a prié un érudit prussien de mérite, M. le conseiller intime des archives, Ërich JoAcmii, de retracer, d'après les documents, cette page intéressante du passé de sa famille et de son domaine. G'est ce que M. Joachim a fait dans un volume de dimensions assez considérables (Napoléon in Finckenstein, Berlin, Behrend u. Gomp., 1906, xxvn-229 p. in-8<>, pi.) qui témoigne

de recherches approfondiefl, tant sur les projets politiques de Tempereur, mûris pendant ce séjour, que sur son existence privée (il fut rejoint à Finckenstein par la comtesse Walewska) ; mais nous tenons à faire ressortir le ton parfaitement courtois du savant en analysant les projets de Napoléon et l'équité de ses jugements sur le souverain qui venait pourtant d'écraser la Prusse à léna. C'est un exemple frappant du fait que le recul des événements &cilite, dans une large mesure, la tâche de Thistorien. R.

— M. L. Stouff, professeur d'histoire à l'Université de Dijon, nous raconte, d'après les archives de la famille et celles du ministère de la Guerre, la vie du Lieutenant-général Delorl (Paris et Nancy, Berger- Levrault, 1906, 177 p. in-S», pi.). Né en 1773 dans le Jura, volontaire à dix-huit ans, capitaine deux ans plus tard, Delort s'est battu un peu partout, par le Rhin, les Alpes et les Pyrénées, tantôt dans les étatsmajors, tantôt officier de troupes, et finit par être un des meilleurs chefs de la cavalerie légère sous l'Empire. Nommé général de divisi<m par Napoléon à Montereau, en 1814, il figure encore dans les charges de cuirassiers qui terminent le drame de Waterloo. U se distrait des malheurs du temps en traduisant et en commentant Horace, reparaît sur la scène politique après 1830 comme pair de France et aide de camp de Louis-Philippe et meurt en i846 dans son pays natal, type original de soldat-poète, espèce plus ou moins disparue. M. Stouff a su nous rendre très sympathique cette physionomie militaire, sans vouloir cependant faire un Éloge académique d'une page d'histoire. — R.

— Dans un travail sur Florian et ses bandes de partisans en 1814 et 1815 (Agen, impr. moderne, 1907, 62 p. in-8<>), M. Philippe Lauzun nous offre une étude curieuse sur un personnage à peu près inconnu (son origine est douteuse, sa fin reste ignorée) qui joua un rôle, assurément très secondaire, mais un rôle actif dans la défense des frontières du sud-ouest, au moment de l'invasion anglaise de 1814 ; il reparaît encore une fois dans les régions subpyrénéennes durant les Gent-Jours. Ce Florio» Floréan ou Florian (car on ne sait même pas au juste l'orthographe de son nom) commanda des handes de volontaires ramassés un peu partout, dans les landes de Lot-et-Garonne. Même après Waterloo, il tente encore un coup de main sur Agen, le 21 juillet, plutôt en bandit d'ailleurs qu'en patriote; il put s'échapper, mais plusieurs de ses c soldats B, étrange ramassis de Français, de Prussiens, d'Anglais, furent condamnés aux travaux forcés en mars 1816. Une tradition peu sûre veut que Florian ait réussi à passer en Amérique et qull soit mort au Ghamp-d'Asile, au Texas. R.

— Après la brochure de M. A. Marquiset, parue il y a deux ans, on pouvait croire épuisée la controverse sur le mot épique, mais difficile à répéter, de Gambronne à Waterloo. M. Henri Houssàye a cru devoir pourtant apporter son témoignage d'historien émérite de cette époque à l'enquête, commencée dès le lendemain, pour ainsi dire, de la bataille.

CHROmQUB ET BIBLIOGRAPHIE. 434

Dans sa brochure la Garde meurt et ne se rend pas, histoire d'un mot historique (Paris, Perrin et Gi«, 1906, 61 p. in-18), il examine et pèse encore une fois les dépositions des témoins; il constate que Gambronne a toujours nié la belle phrase classique; qu*on connaît à peu près le lieu et rheure même de sa naissance ; que s*il n'a pas avoué explicitement le mot, immortalisé par Victor Hugo, le général concède cependant qu'il répondit quelque chose, dans son exaspération, aux sommations réitérées des Anglais, c Ce quelque chose, conclut M. Houssaye, doit ôtre eelal i R.

— La très soigneuse monographie de M. Hubert Bouboin sur V Industrie de la boucherie dans le département de l'Oise au III* siècle (Gornély, 1907, in-8o, 178 p., publ. de la Soc. d'études hist... de VOise) n'a pas seulement le mérite d'épuiser aussi complètement que possible ce sujet d'histoire économique; c'est encore un effort pour formuler une loi sociologique, à savoir que c'est la consommation qui règle la production. H. HR.

— On trouvera dans le dernier volume de M. Maurice Wilmottb {Trois semeurs d'idées : Agénor de Gasparin, Emile de Laveleye, Emile Faguet. Paris, Pischbacher, 1907, in-i6, xii-353 p.) quelques pages intéressantes sur les doctrines sociales d'É. de Laveleye.

Publications noijvbllbs. — Bibliogbaphib. — P. Coron, Bibliographie des travaux pabliés de 1866 à 1897 sur rhistoire de la France depuis 1789, fasc. i. Paris, Coroély, in-8% 16% p. — M. Towmeux, Bibliographie de l'histoire de Paris pendant la Révolution française, t. lY. Paris, Champion, in-8*, xl-742 p.

DocuMBNTS. — A. Angot. Épigraphie de la Mayenne. Paris, A. Picard, 2 vol. in-4", Lxxxv-^32 et 491 p. — P. Boissonnade. Cahiers de doléances de la sénéchaussée d'Angouléme pour les États généraux de 1789. Paris, Leroux, io-8". — G. Bourgin. Guibert de Nogent : Histoire de sa vie. Paris, A. Picard, in-8*, LXiii-258 p. (Coll. de textes pour l'étude et l'enseignement de l'histoire). — B, Bridreg. Cahiers de doléances du bailliage de Cotentin pour les États généraux de 1789. Paris, Leroux, hi-8<>, 812 p. — G. Busson et A. Ledru, Nécrologe-obitnaire de la cathédrale du Mans. Le Mans, in-8*, xv-404 p. (Arch. hbtoriques du Maine, VII). — P. Coron et Ph. Sagnac. Les comités des droits féodaux et de la législation et l'abolition du régime seigneurial (1789-1793). Paris, Leroux, in-8*, xliv-826 p. — S. Daudet, Lettres du comte Valentin Bsterhazy à sa femme (1784-1792). Paris, Pion, in-8*, viii-435 p. — /. Guillaume. Procès- verbaux du Comité d'instruction publique de la Convention nationale, t. VI. Paris, Leroux, in-8", XLvni-964 p. — /d. L'Internationale; docnments et souvenirs (1864-1878), t. II. Paris, Comély, in-8*, x-356 p. — A, Hélot. Journal poUtique de Ch. de Lacombe, député à l'Assemblée nationale, t. I. Paris, A. Picard, ln-8*, xLvni-327 p. — A. Morty et M. Towrneux. La dernière année de Marie-Antoinette; fac-similé de 63 documents et estampes du temps. Paris, Champion, in- 4*, 38 p. — il. Molinier. Obituaires de la province de Sens, t. II. Paris, Klincksieck, in-4*, xxvm-679 p. — Riperi-Monelar. Cartulaire de la commanderie de Richerenches de Tordre du Temple (1136- 1214). Paris, Champion, in-8*, glxiv-311 p. (Mém. de l'Acad. de Vaucluse).

HiSTOiBB céN^BALB. — G. d'Àven^. Prêtres, soldats et juges sous Richelieu;

432 CHRONIQUE ET BIBLIOGRlPfllE.

étude d'histoire sociale. Paris, À. Golio, in- 16, 376 p. — Bagès. Étude sur les guerres d'Espagne, t II. Paris, Larauzelle, in-S**, 204 p. et album. — E. Barbier. Le progrès du libéralisme catholique eu France sous Léon XIII; histoire documentaire. Paris, Lethielleux, 2 toI. in-16, 536 et 628 p. — Ch. Bonnet. Le babouTisme et la RéTolution française. Poitiers, Soc. franc, d'impr., in-S*, 115 p. — A, Brou, Les Jésuites et la légende; t. Il : de Pascal Jusqu'à nos jours. Paris, Retaui, in-18, 558 p. — P. CantcU, Études sur Tannée révolotionnaire. Paris, Layauzelle, in-8", 229 p. — il. Grouard. La critique de la campagne de 1815; réponse à M. Honssaye. Paris, Ghapelot, in-8*, 71 p. — J. Hervez, Les femmes et la galanterie au xvii* siècle. Paris, Daragon, in-8*, vn-280 p. — Histoire littéraire de la France, t. XXXm. Paris, Impr. naL, in-4% xxm-654 p. — C. de La Janquêère. L'eipédltion d'Egypte (1798-1801), t. y. Paris, Lavauzelle, in-8% 692 p. — il. Lematre. Les lois fondamentales de la monarchie française d'après les théoriciens de l'ancien régime. Paris, Fontemoing, in-8*, iv-340 p. — F. Loliée, Les femmes du second Empire; la fête Impériale. Paris, Jnven, in-8*, xi-372 p. — P. iMuis, Histoire du mouTemeot syndical en France (1789-1906). Paris, F. Alcan, in-16, iv.288 p. — F. iley. La guerre russo-Japonaise au point de Tue du droit international, t. I. Paris» Pedone, in-8*, 204 p. — P. Simon, L'élaboration de la charte constitutionnelle de 1814. Paris, Comély, in-8% 183 p.

HisTOiRB LOCALB. — J. Adam. Le cardinal Richard Oliyier de Longueil, éTéque de Coutances (1453-1470). Évreux, Impr. de l'Eure, in-8% 39 p. — 0. Bled, Les sociétés populaires à Saint-Omer pendant la Révolution. Saint- Omer, impr. d'Homont, in-8*, 191 p. — ii. Chapuis. Messigny; son histoire à travers le passé. Dijon, Nourry, in-8*, 208 p. — Damase de Loisey. Vie de la réT. Mère Marie de Jésus des Franciscaines de Tlmmaculée-ConceptioD. Clermond-Ferrand, Impr. générale, in-8*, vii-457 p. — C. JoUy, Le blocus et le bombardement de Thionville (1870). GhAteauroux, impr. Badel, in-16, xn-164 p. —• H. de Jouoencel, L'Assemblée de la noblesse de la sénéchaussée de Lyon en 1789*, étude historique et généalogique. Lyon, Brun, in-4*, xiv-1015 p. — P. Latil. Histoire civile et religieuse de Grasse. Grasse, l'auteur, in-8*, 120 p. — P. de Lonçuemare. Étude sur le canton de Tilly-sur-SeuUes. Caen, Jouan, in-8'', vi-460 p. — .S. Maeary. Généalogie de la maison du Faur. Toulouse, impr. d'Ecos, in-4*, xiv-28i p. — L. Mouton. L'hôtel de Transylvanie. Paris, Daragon, in-8*, 85 p. — F. Uiureau. Andegaviana, t. Y et YI. Paris, A. Picard, 2 vol. in-8*, 503 et 560 p.

Allemagne. — M. Ludwig Traubb, né à Berlin le 9 juin 1861, est mort le 19 mai dernier à Munich, où il professait, à TUniversité, la philologie latine du moyen âge. C'était un des meilleurs collaborateurs des Monumenta Germaniae historica.

Bapagne. — Empori est le titre d'une nouvelle revue qui vient de paraître à Barcelone, en catalan. Ses fondateurs, ardents zélateurs du mouvement actuel de renaissance en Catalogne, ont eu la pensée de grouper, grâce à cette publication, les efforts de tous ceux qui, dans les lettres, les sciences ou les arts, collaborent à ce mouvement. Le premier numéro à' Empori, en date de janvier 1907, renferme, entre autres, de M. A. Rubiô y Lluch, des commentaires sur divers documents relatifs à la Chronique de Jacques I*'* d'Aragon; de M. J. Marti

CH&OIVIQIIE ET BIBLI06EAPH1B. 433

y Sabat le commencement d'un essai sur Saavedra Fajardo; de M. R. Gasellas une notice, avec quelques reproductions de dessins, sur les artistes barcelonais du zviii* siècle. H. L.

— La publication de VHUtory of the Inquisition of Spain de M. H.-Gh. Lba marche d'un pas rapide. Le t. III, qui vient de paraître (New- York, the Macmillan Company), a suivi de près le t. U, publié en 1906; le t. lY et dernier est sous presse. Dès qu'il aura paru, il sera rendu compte ici de cet important ouvrage.

— M. Â. HoDaiouEz Villa, l'érudit bibliothécaire et membre de TAcadémie d'Histoire, vient de publier successivement deux volumes de documents. L'un est relatif au comte de la Gorzana^ Ce personnage, né en 1650, suivit la carrière des armes. En 1697, il fut nommé viceroi de Catalogne, par intérim^ juste à temps pour remplir la pénible corvée de signer la capitulation de Barcelone, assiégée par Vendôme. Mécontent de Charles U, puis de Philippe V, il suivit TAlmirante de Castille dans sa défection en 1702 et mourut en exil à Vienne en 1720. Outre leur valeur biographique, les documents de ce recueil intéressent surtout Fhistoire de la guerre de Catalogne avant la paix de Ryswick. L'autre volume de M. Rodriguez Villa >, plus important, nous donne la correspondance de l'archiduchesse Isabelle, gouvernante des Pays-Bas, avec le duc de Lerma, de 1599 à 1612. Il y a là plus de trois cents lettres, sans oublier une narration personnelle de son voyage d'Italie en Flandres, remplies de détails, les uns relatifs aux difficultés politiques, aux guerres avec la Hollande, les autres de caractère plus intime, fort précieux pour pénétrer dans la vie de l'Infante, dont l'esprit à la fois vigoureux, aimable et enjoué rend fort attrayante cette correspondance dépouillée de toute raideur protocolaire. H. L.

États-Unia. — Les papiers de George Washington, qui étaient déposés au « Département d'état », ont été transportés à la bibliothèque du Congrès. La grande importance de ces papiers, auxquels on a joint les documents relatifs à Washington qui étaient déjà à la bibliothèque, nécessite une série d'inventaires, dont le tome I vient de paraître. Il contient exclusivement la correspondance échangée entre le général et le Congrès ; il renferme non seulement les lettres, mais aussi les documents annexés. Il a été préparé par M. John C. Fitzpatrick, du département des manuscrits, d'après la méthode suivie pour la collection Franklin. Le volume publié a 741 pages et contient 31 fac-similés reproduisant l'écriture des membres de la famille militaire de Washington, de ses secrétaires et de ses aides de camp. Le volume est en vente chez le c Superintendent of documents » à VV^ashington (1 dollar 50).

1. Don Diego Hurtado de Mendosa y Sandoval, conde de la Corzana (1650' 1720); estudio hiitdrico. Madrid, ForUoet, 1907, petit ia-8% 333 p.

2. Correspondencia de la Infanta Àrehiduquesa Dona Isabd Clara Eugenia de Austria con el Duque de Lerma y oiros personajes. Madrid, Fortanet, 1906, iii-8', xxvi-360 p.

Rbv. Histor. XCIV. 2* fasc. 28

434 GH&OniQUE BT BIBLIOGRAPHIE.

Grande-Bretagne. — Le D' F. J. Havbbfibld a été nommé professeur d'histoire ancienDe (Gamden professorship) à l'Université d'Oxford, en remplacement de M. Pelham, décédé; c'est, comme on sait, l'homme d'Angleterre qui connaît le mieux l'histoire de la Bretagne au temps des Romains.

— Robert Huntington Flbtgher. The Arthurian material in th» ehronides, espedally ihose of Great Britain and France, Boston, Ginn et O, 1906 (Harvard Studios and notes in philology and literature, vol. X, 313 p.). — Intéressante étude dans laquelle l'auteur a résumé tout ce que les chroniqueurs du moyen âge, depuis Gildas, racontent sur le héros plus ou moins légendaire des Bretons. Elle intéresse en premier lien l'histoire littéraire; mais elle montre aussi, avec surabondance, comment les récits légendaires se transmettaient et se déformaient sons la plume de chroniqueurs successifs auxquels manquait le sens critique.

— M. Alfred de Wrbschko a publié un bref traité en latin composé en 1254 par Laurent de Somercote, chanoine de Ghichester, sur la manière d'élire les évéqnes (Der Traktat des LaurenHus de Somereote, Kanonicus von Ghichester, ûber die Vomahme von Bischofswaihen, Weimar, Bœhlau, 1907, 56 p.). On en connaît six manuscrits et, jusqu'à ce jour, il n'y en avait pas eu d'édition complète. Le texte, bien publié, est intéressant, sans rien apprendre de nouveau quant à l'élection des évéques en général, ni quant & la pratique suivie en Angleterre depuis qu'en 1214 le roi Jean avait déclaré qu'à l'avenir ces élections seraient c libres t. Il a été mal connu et rarement utilisé durant le moyen âge.

— A l'occasion du 4« centenaire de la naissance de George Bûchanan (pour autant que l'on peut dire exactement la date de sa naissance), on a publié un volume de mémoires qui comprend les morceaux suivants : Lindsay, George Buchanan, discours prononcé à l'Université de Glasgow à cette occasion; Robert Renwigk, Buchanan à Glasgow ; F. J. Amours, Notes sur la traduction écossaise de l'Histoire d'Ecosse de Buchanan par John Reid; F. T. Barrett, Un manuscrit inédit de la traduction anglaise de cette môme Histoire faite au XVII* s.; T. D. Robb, L'humanisme considéré à travers la vie et l'œuvre de Buchanan; W. S. Mac Keghnib, Étude critique sur le De jure regni; A. W. Grey Buchanan, Note généalogique; David Murbat, Bibliographie des œuvres de Buchanan (George Buchanan. Glasgow quatercentenary studies, 1906. Glasgow, Mac Lehose, 1907).

Hongrie. — Parmi les dernières publications historiques, il importe de signaler les suivantes : i^ R. Békefi, Histoire de renseignement pri^^ maire en Hongrie jusqu^à i540 [il népoktatàs tôrténete Magyarorsz&gon iSkO'ig\. Budapest, Académie, 1906, xxxvii-558 p. in-8<». Cet ouvrage est issu d'un concours de l'Académie qui avait proposé ce sujet pour le prix Oltvànyi. Il fallait chercher dans les documents les traces des écoles où la bourgeoisie et le peuple recevaient leur instruction pendant le moyen âge, sans insister sur les écoles fondées et entretenues par les

GHROUriQUE ET BIBLIOGRAPHIE. 435

ordres ou les évoques. A cet effet, M. Békefî, professeur d'histoire de la civilisation à F Université de Budapest, a dépouillé d'abord les documents publiés jusqu'à présent, puis il a fait des recherches dans les archives, recherches couronnées de succès, puisque sur les 359 documents utilisés, 153 paraissent dans ce livre pour la première fois. Le volume se divise en deux parties. Dans la première (p. 1-211), l'auteur donne le résultat de ses études avec quelques pages sur l'instruction chrétienne en général. L'exposé est plutôt aride; il est tout en ènumération. Chaque localité où il y avait une école primaire est mentionnée; les noms des maîtres d'école, qu'on appelait « rector, magister, scolasticus, regens, ludimoderator, informator et paedagogus », sont conscien» ciensement relevés. Pour l'époque arpadienne (1000-1301), les documents sont rares, mais M. Békefi conclut, d'après certains indices, que déjà à cette époque l'instruction du peuple existait en dehors des écoles ecclésiastiques; les documents mentionnent même des écoles juives. La deuxième partie du livre contient les 359 documents qui servent de base à l'exposé. Ils peuvent être consultés par tous les historiens, car ils sont tous en latin ou en allemand; ces derniers se rapportent aux écoles fondées par les colonies allemandes. Les deux index (p. 479-558) sont très détaillés et facilitent les recherches.

^ Le droit de patronage des églises est une question du plus haut intérêt pour la Hongrie. Ce droit de patronage qui appartient à la couronne, est intimement lié à l'autonomie de l'église catholique qu'on voudrait établir aujourd'hui. Des historiens, comme Mgr Fraknôi, des hommes politiques, comme M. Jules Forster, ont consacré des ouvrages importants à cette question. M. François KollXnti vient de publier une étude très documentée sur ce sujet : le Droit de patronage en Hongrie au moyen âge [À magàn kegyuri jog hazànkban a kôsépkor" ban], Budapest, Académie, 1906, 298 p. in-8<>. Il démontre que ce droit n'appartenait pas, à Vorigine, au roi. Le seigneur, dès le xi« siècle, gardait la propriété de l'église ou du couvent bâti sur son territoire. C'est lui qui nommait le curé que l'évêque confirmait. D'après la coutume hongroise : « Patronum faciunt dos, aedificatio, fundus ». Le roi n'était donc pas le patron de toutes les églises. Cette coutume a persisté longtemps, quoique déjà sous Bêla IV, après l'invasion des Mongols, on trouve un document qui désigne le roi c tamquam universarum ecclesiarum regni Hungariae patronus » et que Charles-Robert, de la maison d'Anjou, déclare : c Quum nos simus patronus et tutor omnium ecclesiarum Dugaricalium ». M. Kollànyi démontre, documents en mains, que le droit de patronage des particuliers existait pendant tout le moyen âge, surtout sous les Arpad. Si aujourd'hui le roi est le patron unique de toutes les églises catholiques, c'est par une interprétation erronée des textes et par un usage d'époque tardive.

3^ La Société littéraire Israélite de Hongrie qui, par sa Revue et son Annuaire, rend tant de services a décidé de réunir tous les documents qui concernent les Juifs de Hongrie jusqu'à l'émancipation (1867).

436 GHEOiaQUE ET BIBLI06KAPHIE.

Le premier volume de ce recueil a paru sous le titre : Monumenta Hungariae Judaica [Magyar-Zsidô Ohlevéltàr, T. I : i092'lS39\. Budapest, Wodianer, 1903, xli-524 p. ia-8*. L'éditeur, M. Anniaius Feiss, a réuni 394 documents, la plupart en latin, quelques-uns en allemand et un seul, — le n? 227, — en magyar. Pour en faciliter la lecture, M. Friss a fait précéder chaque document d'un résumé en magyar. On voit par ce recueil que la situation des Juifs était très tolérable au moyen âge, surtout sous la dynastie arpadienne. Alors ils occupaient souyent de hautes situations. Aussi les papes intervenaient-ils souvent auprès des rois magyars pour qu'ils favorisent moins c les Juifs ei les Sarrazins ». Les persécutions ont commencé sous la dynastie des Anjou (xrv« siècle) ; mais, après la mort de Louis le Grand, les rois les protégèrent de nouveau. Le recueil s'arrête à l'année 1540, lorsque le dernier roi national, Jean Zàpolya, le rival de Ferdinand I«', mourut et que les Habsbourg prirent définitivement possession de la Hongrie. L'index (p. 482-524) est excellent.

A^ Les Monumenta Hungariae kistorica viennent de s'enrichir d'un volume bien curieux. Il contient la Correspondance et les papiers d'Alphonse Carrillo, jésuite espagnol [CarriUo Al font ^ jessuita-alya levelesése es iratai, ^591-1618], Budapest, Académie, 1906, lii-739 p. in-8^, avec une phototypie. — Ge jésuite, que l'encyclopédie espagnole ne mentionne pas, auquel Sommervogel seul a consacré une notice, était peu connu jusqu'ici, excepté en Hongrie. Grâce à la publication de M. André Vbress, qui a réuni 370 lettres et documents divers dans trente-deux archives de l'Europe, — principalement dans les archives secrètes du Vatican,— il sort des ténèbres où il était resté plongé jusqu'ici. Ges documents latins, italiens et espagnols pouvant être consultés par tous les historiens, il est probable que Garrillo (1553-1618) trouvera bientôt son biographe. Né en Espagne, il entra dans Tordre des Jésuites et fut envoyé, en 1589, à Vienne. De là il se rendit en Transylvanie à la cour du jeune prince Sigismond Bàthori. La Transylvanie, quoiqu'on grande partie protestante, avait alors un prince catholique. Les anciennes Diètes avaient chassé les Jésuites, parce qu'ils s'étaient trop mêlés de la politique. Gette politique, éminemment nationale, voulait sauvegarder la petite principauté contre les empiétements de l'Autriche. Les seigneurs transylvaniens, voyant comment Vienne traitait la Hongrie proprement dite, aimaient mieux payer un tribut à la Turquie, pouvoir pratiquer ainsi leur religion et jouir de leurs libertés constitutionnelles que se soumettre à l'Autriche. G'est pourquoi Garrillo, devenu confesseur et conseiller du cruel Sigismond Bàthori, agissait sur lui dans un sens antinational. Il voulut d'abord faire rappeler les Jésuites, puis détacher la Transylvanie de la Turquie et la soumettre à l'Autriche. Le pusillanime Bâthori écoutait ses conseils; il rompit avec le sultan, se soumit à Rodolphe II, épousa une princesse autrichienne. Le parti national lui étant hostile, il se fit le bourreau de ses parents et des grands seigneurs. Mais il ne put se maintenir; la

CHiomom R BiBUOGtiPHn. 437

Turquie l'attaqua, TÂutriche ne Taida guère. Il répudia sa femme après quelques jours de mariage, renonça à trois reprises au trône et mourut misérablement en Bohème, où il passa la fin de sa vie. En somme, le rôle joué par Garrillo fut néfaste pour le prince et pour le pays. Quoique Szilâgyi et Kàrolyi disent que c^était un idéaliste doué d'une grande activité et que l'éditeur de sa Correspondance le lave des accusations des historiens de la Transylvanie qui l'ont vu à l'œuvre, c'était un intrigant qui ne travaillait que pour son Ordre et pour Vienne, et nullement dans l'intérêt du prince. Actif, certes, il l'a été. Toutes les fois que Bàthori eut besoin d'argent, le jésuite alla du fin fond de la Transylvanie à Prague auprès de Rodolphe, de là à Rome, même & Madrid pour demander des secours à Philippe II. On dit qu'il rêvait d'unir la Transylvanie à la Moldavie et à la Valachie, peut-être même à la Pologne, à la Serbie et à la Bulgarie pour former une coalition contre les Turcs, mais c'étaient là des chimères. CiOmbien mieux Bocskay et Bethlen ont compris, quelques années plus tard, leur rôle de prince de Transylvanie et de quel prestige ils ont entouré leur nom et leur principauté en suivant une politique nationale, en dédaignant les conseils des Jésuites 1 Garrillo se montre dans cet énorme recueil zélé pour les intérêts de l'Église catholique; après la chute de Bàthori, il devint chef de la province d'Autriche, vécut encore à Alcala, à Tolède et à Rome et mourut à Sienne. Si nous ne partageons pas les opinions exprimées dans l'introduction de M. Veress, nous n'avons que des compliments à lui adresser pour le zèle infatigable et le soin minutieux qu'il a mis à publier ces documents inédits qui méritent d'être consultés par tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de la réaction catholique qui caractérise la fin du xvi« et le commencement du xvii* siècle.

5<> Le volume dans lequel M. Louis SziCoEOZKY a édité les Mémoires et les papiers d'Etienne Halmàgyi nous conduit également en Transylvanie [Balmàgyi Istvàn naplôi es iratai], Budapest, Académie, 1906, XL-770 p. in-8«. Halmàgyi (1719-1785) n'a pas joué un rôle politique bien important. La Transylvanie était déjà autrichienne lorsqu'il entra dans la carrière administrative. Il a pris une part active à l'organisation de la milice des Székely (Sicules), cette tribu privilégiée de la Transylvanie qu'on croit descendre des Huns. Le Journal volumineux de cet administrateur, qui joua aussi un rôle dans la répression de la sédition des Roumains Hora et Kloska, n'était connu jusqu'ici que par quelques copies peu fidèles. M. Szàdeczky, qui a déjà découvert tant de manuscrits intéressants enfouis dans les collections privées de la Transylvanie, a retrouvé l'original du Journal de Halmàgyi dans la bibliothèque du comte Mikô. Il le publie intégralement. Le texte est en hongrois. Les historiens y trouveront de nombreux renseignements sur les événements des années 176^-1769. Un autre Journal que Halmàgyi rédigea pendant son voyage en Allemagne et son séjour à l'Université de GOttingue (1752-1753), où il accompagna le jeune comte Paul Teleki, est ajouté à ce volume. Noos y trouvons des détails intéressants sur la

438 CHRONIQUE ET BIBLIOGRiPHIB.

yie universitaire allemande, sur les célèbres professeurs de Gôttingue dont les Hongrois suivaient les cours. Ainsi, Halm^i nous apprend que le philologue Gesner, dans ses conférences sur les auteurs grecs et romains, intercalait souvent les nouvelles du jour, surtout les nouvelles qui arrivaient de France, par exemple sur la disgrâce de M«« de Pompadour. Quelques professeurs parlaient aussi de Torigine des Magyars. Le savant éditeur, pour réunir tout ce qui concerne Halmâgyi, a encore ajouté plusieurs pièces officielles qui le concernent et ses rapports sur la sédition roumaine. Un index de 48 pages termine le volume qui fait partie des Monumênta Hungariae hisiarica (section II, t. xxxvm).

6» La biographie de Jean Bacsknyi (1763-1845) que M. François SziNKYBi publie dans les Monographies historiques est un beau volume illustré sur ce « Jacobin » hongrois qu'on a longtemps accusé d'avoir traduit en magyar la proclamation de Napoléon I*' aux Hongrois (1809) [Baesànyi Jànos]. Budapest, Athenaeum, 1904, 210 p. in-8<>, avec 6 planches hors texte et 61 illustrations dans le texte. — Bacsânyi était démocrate à une époque où le gouvernement considérait comme un crime de faire allusion à la prise de la Bastille. Aussi fut-il traqué par la police dès le début de sa carrière. Pourtant, dans ses poésies comme dans ses œuvres en prose, il ne demandait qu'un peu plus de justice pour le peuple, une constitution plus en harmonie avec les libertés hongroises. Impliqué dans la a Conjuration » de Martinovics pour avoir copié le a Catéchisme des républicains », il fut condamné à un an de prison parce que, dans sa défense, il avait fait entendre des principes c dangereux •. U passa cette année à Kufstein et eut comme compagnon de captivité Maret, le futur duc de Bassano, retenu par François H contre le droit des gens (1795). Il végétait ensuite comme employé à Vienne lorsque les Français y entrèrent. Presque tous les historiens prétendent que, lorsque Maret voulut faire traduire en magyar la proclamation de Napoléon, il se rappela que Bacsâ'nyi avait été jadis son compagnon de prison, le fit appeler et obtint qu'il traduisît la pièce. Bacs&nyi aurait môme introduit certains traits pour frapper encore mieux l'imagination des Hongrois. Ce qui prête une certaine vraisemblance à cette assertion, c'est que BacsÀnyi quitta Vienne avec les troupes françaises, s'installa à Paris où il obtint, en 1811, une pension de 2,000 francs et que les Autrichiens, en entrant à Paris, s'emparèrent de sa personne et l'envoyèrent au Spielberg. Cependant aucun document officiel n'est venu corroborer cette hypothèse. Bacsânyi et sa femme ont toujours nié; les tribunaux autrichiens ont dû l'acquitter faute de preuves et Metternich est intervenu lui-même, sous Louis XVIII, pour faire liquider la pension que Bacsényi devait toucher jusqu'à sa mort. M. Szinnyei cite plusieurs documents qui prouvent son innocence; il pense que, mécontent de son sort à Vienne et se fiant à une promesse de Maret, Bacsànyi quitta Vienne, quoique marié à une femme d*une haute culture intellectuelle, Gabrielle Baumberg, qui vint le voir à Paris et déploya une énergie peu commune pour le faire rel&cher. —

CHAOïnQini R BTBLIOGliPHIB. 489

M. Szinnyei a retracé avec beaucoup de détails la figure de cet écrivain qui, appelé à jouer un rôle important dans son pays, tomba victime de la police de François II et de Toppression intellectuelle qui pesait alors sur la Hongrie.

7* L'ouvrage important que M. Akos Bbôtht avait entrepris sur le DéveloppemerU de la constitution hongroise restera inachevé. L'auteur est mort après avoir publié les deux premiers volumes dont nous avons rendu compte (cf. Rev, hist., juillet-août 1903 et 1904). Il aurait voulu traiter avec toute l'ampleur nécessaire la Révolution hongroise aussi bien au point de vue militaire que politique, retracer l'état de la Hongrie après la catastrophe et exposer les longues négociations qui ont abouti au compromis de 1867. On a trouvé dans ses manuscrits quelques chapitres achevés sur les événements de 1848 et sur le rôle joué par Gôrgey qui a déposé les armes à Vilàgos. M. D. Bernàth vient de les éditer. [A magyar àllamiséig feflôdêse, kûMdelmei,] T. III. Budapest, Athenaeum, 1906, xv-493 p. in-8<», avec le portrait de l'auteur. — Dans la Préface, Bedthy constate que l'histoire de la Révolution hongroise n'est pas encore écrite. Michel Horvâth, dont l'ouvrage date de 1865, ne pouvait pas encore utiliser beaucoup de sources; l'essai de Gelich est également manqué. La question au point de vue autrichien et les opérations militaires ne sont pas encore suffisamment élucidées. Or, si on ne tient pas compte des sources autrichiennes, on ne comprend guère l'intervention russe, ni l'abdication de Ferdinand V, ni l'action de la camarilla. C'est pourquoi Beôthy consacre trois chapitres aux affaires d'Autriche, à l'armée autrichienne, aux affaires d'Allemagne en 1848. Il se sert notamment des mémoires des hommes d'État autrichiens publiés dans ces dernières années; Metternich, Helfert, Ficquelmont, etc., Springer et Friedjung sont largement mis à contribution, et, pour caractériser l'esprit de l'armée, il a recours aux écrivains militaires. On aperçoit partout les traces de vastes lectures, un coup d'oeil très perspicace, mais aussi, — comme dans les volumes précédents, — beaucoup de hors-d'œuvre, de réflexions qui ne touchent guère au sujet. Des deux chapitres concernant la Hongrie, le premier traite les affaires hongroises depuis le 11 avril 1848, lorsque Ferdinand Y sanctionna les lois garantissant la constitution qui changea l'état féodal en un état moderne. Beôthy expose le jeu perfide de la camarilla, les difficultés que la cour suscita au premier ministère hongrois en excitant la haine des différentes nationalités. Enthousiaste de Kossuth, il décrit avec beaucoup de sympathie son rôle pendant la Révolution. Tout en rendant justice aux autres membres du cabinet, il reconnaît en Kossuth l'homme politique qui était le plus capable de résister à l'Autriche. Il le défend contre ses détracteurs, contre ceux qui lui reprochaient d'avoir recherché surtout la popularité. Kossuth était, au fond, monarchiste, et au début de la Révolution il a tenu tète aux radicaux tels que Madarâsz, Teleki, Nyâry, qui désiraient une rupture immédiate avec l'Autriche. Ce n'est que poussé à bout par la cour de Vienne qu'il

fit proclamer, en avril 1849, la déchéance des Habsbourg. Le dernier chapitre que M. Beôthy ait pu achever est une charge à fond contre le généralissime des troupes hongroises, Arthur Gôrgey, que ses concitoyens, en majorité, considèrent aujourd'hui comme innocent. Pendant cinquante ans on a discuté sur sa culpabilité; historiens, poètes et romanciers s'en sont mêlés, mais dans les vingt dernières années on n'a plus osé prononcer le mot de c traître », car les volumes publiés par Gôrgey, qui vit toujours, par son frère, par des publicistes allemands et russes ont suffisamment démontré Tinanité de l'accusation. Beôthy lui-môme avoue qu'il ne s'agit pas ici d'une trahison qui aurait profité au chef de l'armée; il le condamne seulement pour avoir forcé Kossuth à renoncer au pouvoir et s'être octroyé avant la capitulation, outre le commandement de l'armée qu'il avait déjà, le pouvoir politique. Il est vrai qu'un tel cas ne se trouve dans l'histoire d'aucune révolution. Beôthy accuse également Gôrgey des mauvais traitements infligés aux soldats, de plusieurs actes de cruauté, — exécution d'Edmond Zichy, etc., — de mépris pour la bourgeoisie et la constitution. Il nie qu'il ait été le plus grand génie militaire de la Révolution. C'est Vetter qui a montré les plus hautes qualités, et celui-ci s'est retiré lorsqu'il a vu Gôrgey investi du pouvoir suprême. — Il y a là, sans doute, des pages qui font réfléchir, mais nous ne croyons pas qu'elles ébranleront la foi de ceux qui ont acquitté depuis longtemps le général hongrois.

80 Les dix volumes dans lesquels Louis Kossuth, avec quelques collaborateurs, a réuni ses mémoires, ses écrits politiques et sa correspondance ne contiennent rien sur son rôle politique en Hongrie. Les Mémoires, en effet, commencent par le récit des événements de 1859 et retracent l'action de l'émigration hongroise jusqu'au Compromis. Il était donc à désirer que les œuvres continssent également les Discours et articles de Kossuth d'avant la Révolution. C'est François Kossuth, le fils du grand homme d'État, qui a recueilli avec beaucoup de soin les matériaux des t. XI et XU des œuvres complètes. [Kossuth Lajos beszédei.] T. 1, 1832-1849. Budapest, Athenaeum, 1905, ii-524 p. in-S». \Kossuth jAijos hirlapi cxikkei,] Ibidem, 1906. T. I, 1841-1842, 484 p. in-8«. Le t. XI donne les discours de 1832 à 1849, mais, des années 1832 et 1840, seuls trois discours imprimés ont pu être recueillis. Rien de ce que Kossuth a dit dans l'assemblée du comitat de Zemplén, dont il était originaire, n'a été publié, et les procès-verbaux n'en ont pas conservé le texte. Le volume contient donc les discours de 1847 à 1849, c'est-àdire depuis son élection comme député du comitat de Pest jusqu'à son exil. On peut suivre ici jour par jour les événements qui ont préparé la constitution du premier ministère hongrois, le rôle que Kossuth joua d'abord comme ministre des Finances, puis, après la démission du cabinet Batthyény, comme chef du gouvernement, finalement comme gouverneur, lorsque le Parlement proclama, à Debreczen, la déchéance des Habsbourg. On revoit la Révolution et on entend la parole du c Démosthène magyar » qui lutte contre mille difficultés

cnoHiQUE wt bhuogiaphie. 441

et ne perd pas courage. Le discours prononcé le 9 noTemhre 1848 où il propose Gi^rgey comme chef de l'armée est remarquable. — Le t. XII nons montre Kossuth joamaliste. A sa sortie de prison, où il a passé plnsienrs années ponr avoir publié les comptes- rendus de la Diète, l'éditeur Landerer lui proposa de prendre la direction d'an journal qu'il voulait fonder : le célèbre PesH Birlap qui commença à paraître on janvier 1841 et qui marque une date dans le journalisme hongrois. C'était la première feuille lîsdigée dans la manière des journaux européens. Grâce aux articles de Kossuth, les abonnés afiQuèrent. Le parti libéral avait trouvé en lui son porte-paroles. On peut dire qu'à partir de 1841 c'est Kossuth qui, dans l'opinion publique, remplace Széchenyi. Pour* tant, si on parcourt ce volume qui donne les articles de 1841 et 1842, on trouve peu de discussions politiques. C'est plutôt Tétat social arriéré du pays qui excite la verve du polémiste. L'éducation de l'enfance, l'administration, les finances, les voies et communications, la douane, le système pénitentiaire, les travaux publics, les expositions industrielles, le port de Fiume : voilà les questions qui sont traitées. Toujours les plaintes contre cette politique viennoise qui isolait la Hongrie du reste de l'Europe et mettait des entraves à son développement normal. Kossuth n'ayant écrit avant son exil qu'une seule brochure, ces articles forment les seuls écrits qui nous permettent de juger son style fougueux, incisif, clair et vibrant, si opposé aux périodes lourdes qu'on trouve dans les œuvres politiques de la même époque. M. François Kossuth a usé de beaucoup de discrétion dans l'annotation de ces deux volumes. Une courte préface et quelques notes absolument indispensables, c'est tout ce qu'il a mis du sien. Il préfère laisser la parole à son père.

9» M. François Kossuth avait huit ans lorsque son père prit le chemin de l'exil (il est né à Pest le 16 novembre 1841), et ce n'est qu'en 1894, après la mort de son père, qu'il revint en Hongrie. Placé immédiatement à la tète du parti de l'indépendance, il fut pendant dix ans Tàme de l'opposition. Avec quelle maîtrise il a su diriger son parti, de quel prestige son nom est entouré aujourd'hui, nous le savons par la lecture des journaux. Le fils du révolutionnaire est aujourd'hui ministre du Commerce et symbolise aux yeux des Magyars l'idée de la séparation économique des deux pays. Dans un beau volume illustré, ses amis MM. Louis Hentaller et Maurice Szatmâri viennent de publier trente de ses Discours parlementaires qui s'espacent de 1895 à 1906 [Kossuth Ferencz harminex parlamenti beszédel, Budapest, Kunossy, 1906, 302 p. in-8«. La plupart de ces discours se rapportent aux finances, au commerce, à la banque, au tarif douanier autonome, aux réformes sociales. Si l'on peut admirer dans les discours de Louis Kossuth la fougue et le feu juvénile, on apprend dans ceux de son fils, orateur concis, clair, dépourvu de toute phraséologie, l'homme versé dans les questions intéressant l'avenir de la Hongrie. Cràce à François Kossuth, la Chambre hongroise, où pendant des dizaines d'années on n'a discuté que des questions de droit,

442 CHKONIQUB BT BIILIOOliPHn.

tourne maintenant ses regards vers les questions économiques, autrement importantes que les discussions de pure politique. Eossuth, élevé en AngleUrre et en France, ingénieur de premier ordre, qui a dirigé, à Gesena, l'exploitation des soufrières et a construit en Egypte des ponts, a une vue très nette de toutes les questions économiques et financières et peut diriger une Chambre qui se compose, en majeure partie, d'avocats ou d'administrateurs. Mais ce c scientifique » est doublé d'un vrai lettré et d'un artiste. De la Préface où M. Hentaller retrace avec beaucoup de détails sa vie, nous apprenons que M. Eossuth, dans ses loisirs, peint, sculpte, compose des vers en anglais, en français et en hongrois. Quelques pages qui illustrent ce volume nous montrent ce côté de son talent. ^ (P. 36, lire Sainte^Barbe au lieu de Barbes.)

iO» On sait que la tribune parlementaire hongroise est une des plus célèbres en Europe. Depuis la diète mémorable de 1825 qui marqua l'aurore de la Hongrie moderne jusqu'à nos jours, la série des grands orateurs est ininterrompue. Avant la Révolution, on peut citer Paul Nagy, Széchenyi, Wesselényi et surtout Kossuth, après la Révolution Deàk, EOtvôs, Tisza, Kerkàpoly. Les deux orateurs les plus appréciés de notre temps sont le comte Albert Apponyi (né en 4846) et Désidère Szilégyi (1840-1901). Tandis que les discours du comte Apponyi ont été réunis par M. Benedek il y a dix ans, recueil qui sera probablement continué, car M. Apponyi a déployé depuis une activité extraordinaire, ceux de SzilXgti n'avaient pas été publiés. Nous recevons aujourd'hui le premier volume de ces Discours, recueillis par M. Jules Payer [Ssilàçi/i Dezsô besxédet]. T.' I. Budapest, Athenaeum, 1906, xx-428 p. in-8<». Szilégyi était professeur de sciences politiques et de droit pénal à l'Oniversité de Budapest ; il a pris une part active aux travaux de codification au ministère de la Justice, fut ministre en 1889 et obtint, grâce an concours de Wekerlé, président du Conseil, et de Gsàky, ministre des Cultes, le vote des lois politico-ecclésiastiques qui marquent une ère nouvelle dsîns la vie sociale de la Hongrie. Il démissionna en 1895 et devint président de la Chambre. Comme député, il appartint d'abord au parti libéral et suivit la politique de Coloman Tisza de 1875 à 1878, année où il sortit avec son ami M. Albert Apponyi du parti libéral et forma l'opposition modérée. Le premier volume des discours comprend les années 1876 à 1879. Ceux-ci se rapportent au renouvellement du Compromis, et principalement à la question orientale : occupation de la Bosnie et de l'Herzégovine, traité de San Stefano, congrès de Berlin. L'éditeur ne les donne pas dans l'ordre chronologique; il les réunit d'après les questions politiques, financières ou administratives que Szilégyi avait traitées. Les introductions sont très nourries et retracent, pour ainsi dire, toute Thistoire parlementaire de ces quatre années. M. Payer publie même les discours des orateurs auxquels SzilA* gyi a répondu.

Ho Le volume de M. Antoine Agsay^ la Renaissance en Italie [A Renaissance ftaliàban], Budapest, Société Saint-Etienne, 1905, 274 p.

GHBOITIQUB BT BIBLI061UPHIE. 443

gr. iii-8o, n'est pas un ouvrage d'ensemble sur ce vaste sujet. C'est l'œuvre d'un historien de la pédagogie qui a étudié dans le mouvement de la Renaissance surtout les questions d'enseignement, moins élucidées que les questions littéraires ou artistiques. Une brochure publiée en 1898 sous le titre : la Lutte des humanistes et des scolastiques, sert d'introduction à ces recherches savantes. M. Acsay, très versé dans la littérature italienne de la Renaissance, a eu recours aux sources mêmes et nous montre, en un style alerte, le rôle de ces grands érudits et de ces pédagogues qui, venus pour la plupart de l'empire byzantin, ont initié l'Occident aux lettres anciennes. Nous suivons dans les quatorze chapitres de ce livre toutes les phases de cette initiation, depuis le xiv« jusqu'à la fin du xvi« siècle. M. Acsay nous promet encore un volume sur la Renaissance dans les Pays-Bas, la Hongrie et l'Allemagne, et un autre sur la Renaissance en France et en Angleterre.

12* Quoique M. Arminius VÂMBâRY ait écrit ses Mémoires où il a narré avec tant d'humour les péripéties de sa vie si bien remplie (cf. Rev, hist., juillet-août 1906), il ne cesse de publier. Le volume qu'il a donné dernièrement sur VInfluenee de la dvilisation de l*Oecident sur l'Orient, en anglais et en allemand, paraît également en hongrois dans la collection que l'Académie destine au public lettré [Nyugot hulturàja Keleten], Budapest, Académie, 1906, vm-423 p. in-16. — M. Vàmbéry s'est vu souvent attaqué à cause de ses préférences marquées pour l'œuvre de la civilisation anglaise en Asie et son antipathie pour la Russie. Son dernier livre reprend des questions souvent traitées par lui, mais elles le sont ici à l'aide de nombreux documents qui tendent à démontrer que l'Angleterre est plus apte que la Russie à remplir une mission civilisatrice en Asie. Dans la première partie de cet ouvrage, il relève tout ce que les Russes ont fait jusqu'ici au Turkestan et en Sibérie; il oppose, dans la deuxième partie, ce que l'Angleterre a fait dans l'Inde et trouve que les résultats sont beaucoup plus favorables dans ce dernier pays. Il attribue ce résultat, en partie, à ce que l'officier ou l'administrateur russe envoyé à Tachkend considère cette mission comme une disgrâce, alors que les Anglais déploient dans leurs fonctions une énergie peu commune. L'auteur rend cependant pleine justice à des hommes comme Kaufmann, Rosenbach, Vrevski, Abramoff et Ivanoff, et trouve tout de môme que la civilisation russe vaut encore mieux que l'état primitif de la civilisation asiatique (p. 120). — Un dernier chapitre traite de l'avenir de l'Islam. M. Vémbéry relève quelques symptômes du réveil national, mais au fond les progrès sont très lents, surtout chez les mahométans d'Asie.

13<> M. David Angyal vient de réunir en quatre volumes les articles et les traductions du regretté Bêla Lbderer [Lederer Bêla ôsssegytijtôtt munhài]. Budapest, Franklin, 1906, xvi-305, 451, 367, 269 p. in-16, avec le portrait de l'auteur. Lederer (1860-1903) n'est pas un inconnu pour les lecteurs de cette revue; avec M. Marczali, il a donné le

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compte-rendu des travaux historiques magyars, de 1877 à 4887 ; il a collaboré également à la Vie politique à l'étranger, dirigée par M. Lavisse. Ancien élève de l'École des sciences politiques de Paris, ce fin lettré, qui ne vivait que pour la science, servait souvent d'intermédiaire littéraire entre la France et la Hongrie. Il n'a pas laissé d'ouvrage de longue haleine. Il avait bien l'intention d'écrire l'histoire de l'époque de Werbôczy, c'est-à-dire des années qui précédèrent et suivirent le désastre de Mohàcs (1526), mais sa santé chancelante Ten a empêché. Il a édité en deux volumes les Discours du comte Jules Andràssy, ouvrage qui s'arrête en 1871, année de la nomination d'Andràssy au ministère des Affaires étrangères. Lederer a écrit surtout des essais, où il excellait, puis des comptes-rendus. Tout ce qu'il a donné dans ce genre est réuni avec soin et minutie dans ces quatre volumes, où la France occupe une place prépondérante. Dans le premier nous trouvons les études : la France et la Tunisie, le Cabinet ministériel ei le droit constitutionnel, les Gesta Dei per Prancos (à propos de la France chrétienne dans l'histoire) ; les chartes et documents concernant la sylviculture hongroise; l'organisation judiciaire et la procédure sous les rois de la dynastie arpadienne et des maisons mixtes (à propos de l'ouvrage de Hajnik, cf. Rev. hist., janvier-février 1901) ; des pagies émues sur la mort du critique Eugène Péterfy. — Le deuxième volume donne des comptes-rendus qui nous font apprécier les vastes lectures de Lederer. Parmi les ouvrages français analysés se trouvent les livres de Legrelle {Louis IIV et Strasbourg), Boutmy {Études de droit constitutionnel)^ Fouillée (la Propriété sociale et la démocratie), Sorel {Recueil des Instruc» lions, Autriche), Say (les Solutions démocratiques) j Vogué {Yillars)^ Dareste {Études d'histoire du droit), Janet {Histoire de la science politiqué)y E. Simon {V Allemagne et la Russie)^ Fagniez {leP, Joseph et Richelieu)^ Duvet {Histoire de France) j Liesse {la Question sociale), Fagniez {l* Économie sociale de la France sous Henri IV). — Ije troisième volume donne les traductions. Il faut rappeler ici que Lederer est, peut-être, le premier écrivain hongrois qui ait attiré Tattention de ses compatriotes sur les œuvres d'Anatole France. C'était en 1887, lorsque le nom de l'illustre écrivain n'était pas encore bien connu aux bords du Danube. Lederer a traduit plusieurs de ses nouvelles, des fragments de Sylvestre Bonnard, puis une nouvelle de Maupassant et de Bergeret. L'éditeur a inséré dans ce même volume les nécrologies de Giesebrecht et de Gregorovius, des pages sur le pédagogue Kàrmàn, dont Lederer avait été l'élève au lycée et à l'Université. — Le quatrième volume contient les études et comptes-rendus écrits en français {Statistique de la Hongrie, les articles de la Revue historique et de V Annuaire de Lavisse) qu'on relira avec plaisir. La réimpression est très correcte. On trouvera aussi dans ce volume le seul article que Lederer ait écrit en allemand : la Biographie de Jules Andràssy parue dans VAllgemeine deutsche Biographie, t. XLYI. L'éditeur, M. Angyal, a ajouté aux (Euvres complètes un Index très détaillé ; il les a fait précéder d'une

CH&OinQUE BT BIBUOOEAPHIE. 445

préEace substantielle (lire, p. xiv : Sainte-Beuve au lieu de St. Beuve), Nous avons reçu, en outre, les brochures suivantes : !<> Alexandre DoM^NOYszKY, Ui Chronique de Simon Kézai [Kéxai Simon krônihàja], Budapest, Académie, 1906, 180 p. in-8o, étude approfondie des sources de Kézai (Réginon, les Annales d'Alteich, la Légende de saint Gérard) et des parties originales de son œuvre, avec la description des manuscrits et un Appendice bibliographique. -^ 2<» L. EaDÉLYi, Quelques chartes douteuses de Vabbaye de Tihany [À Tihanyi apàtség kritikus okleveleil. Ibid., 112 p. in-8<» et 3 fac-similés. Examen de quelques chartes apocryphes. Les trois archives de Pannonhalma, de Zaiavér et de 'Hhany contiennent la majeure partie des documents concernant l'histoire de l'Ordre des Bénédictins en Hongrie, dont l'histoire, entreprise par M. Ërdéiyi, est actuellement en cours de publication. — 3« M. R6z, Études sur Széchenyi [Széchenyi problemàk], Ibid., 1907, 80 p. in-8<», contient deux études : Tune sur la politique de sentiment, — Széchenyi reprochait à Kossuth de faire de la politique de sentiment tandis que lui ne se laissait guider que par la raison ; — l'autre sur la suite dans les idées de Széchenyi. I. Eont.

Italie. — M. René Podpardin, qui avait fait paraître il y a quelques années dans les Mélanges d'archéologie et d'histoire de l'École française de Rome (t. XXI, 1901, p. 117-180) une très utile Étude sur la diplomatique des princes lombards de Bénévent, de Capoue et de Saleme du vm* au XI* siècle, a présenté comme thèse secondaire de doctorat à la Faculté des lettres de Paris un volume sur les Institutions politiques et administratives des principautés lombardes de V Italie méridionale (ÏI*'I1* siècle); étude suivie d'un catalogue des actes des princes de Béné^ vent et de Capoue (Paris, Champion, 1907, in-8«, vii-184 p.). Le catalogue d'actes, qui comprend 182 numéros, des années 774-1057, constitue la partie essentielle de l'ouvrage (p. 63-131). Il est le fruit d'un dépouillement très complet des chroniques et des recueils de chartes publiés et d'une exploration méthodique des bibliothèques et des archives italiennes. Cette enquête n'a révélé qu'un nombre très restreint d'actes inédits; du moins a-t-elie permis à M. Poupardin de contrôler et de rectifier au besoin les éditions souvent défectueuses données par les anciens érudits, et en particulier par Ughelli. A cet égard encore, les vingt et une pièces justificatives qu'il a ajoutées au catalogue seront des plus précieuses. L'introduction jette quelque lumière sur l'organisatioa politique des principautés lombardes : l'auteur y étudie la situation légale et les pouvoirs du prince, la composition du c palatium », le rôle et la répartition des gastalds et des comtes, enfin l'exercice de la justice. Les moyens d'information dont on dispose sont trop insuffisants pour qu'on puisse espérer donner sur ces matières des indications très précises : avec une prudence que d'aucuns jugeront peut-être excessive, M. Poupardin s'est contenté de classer méthodiquement les détails fournis par les textes sans chercher à démêler les changements survenus au cours des siècles. Il eût été sans

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doate possible de rattacher plus étroitement cette étude sur l'organisation administrative à l'histoire politique. — Cette histoire» M. Poupardin la connaît d'ailleurs mieux que personne, et il en a exposé un chapitre important dans ses Études sur Vhistaire des principautés lombardes de Vltalie méridionale et de leurs rapports avec l'empire franc au temps de Gharlemagne, de Louis le Pieux et de Lothaire (Paris, Champion, in-8% 91 p., extrait du Moyen Age, 2* série, t. X, janv.-féyr. 1906). Qa^ Études sont elles-mêmes précédées d'un tableau d'ensemble des sources relatives à l'histoire des principautés de Bénévent, Capoue et Salerne, qui sera un excellent guide pour tous ceux qui seront tentés de revenir sur le sujet. L. H.

^ Le petit volume publié par M. A. Gappblli sous le titre de Crono» logia e calendario perpétua dans la collection des manuels Hoepli (Milano, Hoepli, 1906, in-i6, xxxm-42i p.) met à la portée des historiens, sous un format commode, une masse de renseignements utiles qu'on était jusqu'ici contraint d'aller chercher de côté et d'autre, et souvent dans des volumes peu maniables. L'auteur a poursuivi avant tout un but pratique, dressant, par exemple, on calendrier perpétuel, non d'après les lettres dominicales, mais d'après les trente-cinq jours où peut tomber Pâques. On trouvera dans son volume des séries chronologiques soigneusement dressées pour les principaux états féodaux et pour tous les états de l'Europe moderne depuis le début de rare chrétienne jusqu'à nos jours, des renseignements nombreux sur les calendriers, les fêtes religieuses, le style suivi dans le compte des années, notamoMUt en Italie, bref tout un ensemble de renseignements puisés, en général, aux meilleures sources et groupés d'une manière simple et claire. — L. H.

— Dans une conférence publique, donnée à Vérone sous les auspices de la Société irrédentiste c Dante Alighieri », M. 6. Boloonini a décrit la ville de Vérone sous la domination de Maximilien I*', 4509-4517 [Verona durante la guerra di Cambrai e il dominio di MassimUiano I d^Austria, Perugia, Tip. umbra, 1906, in-8'>, 31 p.).

— En 1899, lorsque l'illustre historien italien Pasquale Villari a accompli sa 40* année d'enseignement, ses amis et admirateurs ont créé en son honneur, par une souscription internationale, un prix annuel d'histoire. Cette année, à l'occasion de son 80* anniversaire de naissance, un comité s'est formé à Florence pour fonder en son honneur un prix de sciences sociales. Les souscriptions peuvent être adressées à Florence, 2, Via Tomabuoni, à la banque French, Lemon et G<«.

Pays-Bas. — Dans la dernière livraison du tome V des Bijdragen tôt de Vaderlandsche Geschiedenis, M. Del Coubt publie une trentaine de lettres (1661-1671) puisées au Public Record Office à Londres, de Sir V^illiam Davidson, négociant et agent diplomatique de l'Angleterre aux Pays- Bas; M. Wbststratb donne une étude très bien faite sur la seigneurie de Borculo (province de Gueldre) au xviii* siècle. Les livraisons 1 et 2 du tome VI de la même revue contiennent une étude de M. Blôtb

GHEONIQUK ET filBLIOGRAPHIK. 447

8nr rorigine de la famille d'Arkel; celle de M. Hiak a rapport au commerce de la ville de Brielle an xv* siècle; M. Glasz y expose la vie de Nicolaas Gornelisz de Witt, homme entreprenant qui, parcourant le monde, projeta plusieurs entreprises de commerce et de colonisation et mourut en 1639 à Padoue ; l'étude de M. Van Dam van Issblt sur un de ces ancêtres, nommé Jacob van Dam, consul à Smyrne de 1668 à 1688, offre aussi de l'intérêt pour Thistoire du commerce néerlandais; M. Elkan prouve que les raisons alléguées pour attribuer à Mamix de St-Aldegonde un pamphlet intitulé : Prqf^t de placer Us Pays-Bas s<nu la domination de la France sont tout à liait insuffisantes; M. Eoolb* MARS Bbviisn traite les projets et le séjour à Lingen du prince héréditaire d'Orange pendant la campagne de 1799.

— MM. Blok et S. Mullsb ont recueilli une quinzaine d*étndes de feu M. P. MuUer de Leyde, éparses dans diverses revues, et y ont ajouté la biographie excellente du défunt, par M. S. Muller, publiée dans le Bulletin de VAoadémie royale. C'est dans le Bulletin de décembre 1906 de TAcadémie qu'on trouve l'appréciation judicieuse de feu M. Rogge, mort en 1905, par M. Blok.

— M. GoLENBRANDBR a pubUé plusieurs études dans la revue De Gids. Dans les numéros de juillet-septembre 1906, il a donné une courte introduction à rhistoire batave, c'est-à-dire l'histoire de 1795 et années suivantes. La publication intéressante de M. Paul Fbbdbrigq sur Thorbecke avant 1830 a donné lieu à un article de M. Golenbrander sur la Jeunesse de Thorbecke (novembre-décembre 1906). Dans le numéro de février 1907, il a publié des documents relatifs à G. K. de Hogendorp en 1806- 1809, intéressants surtout pour la psychologie de cet homme d'État.

— Le tome VII de l'histoire du peuple néerlandais de M. Blok, nouvellement paru, expose l'histoire de 1795 à 1839; le tome VIII, qui nous mènera jusqu'à nos jours, est en préparation. — Le tome II de la collection d'études intitulée : Je maintiendrai, sous la direction de MM. Kràmer, Moes et Wagner, a paru ; il contient des articles, d'un intérêt inégal, relatifs à la maison d'Orange-Nassau.

— La Société d^hisUHre d'Utrecht a augmenté la série importante de ses mémoires de quatre volumes. Le registre des noms propres qui se trouvent dans les journaux de (jonstantin Huygens, secrétaire de Guillaume III, rendra de grands services à tous ceux qui s'occupent de l'histoire de l'époque du Roi-Stathouder. — Feu M. Fruin avait fait, il y a longtemps, des extraits de la correspondance très volumineuse du conseiller-pensionnaire Jean de Witt, se trouvant aux archives du royaume à la Haye. Ces extraits, vérifiés et augmentés d'après les originaux, seront publiés par la Société d'Histoire, et c'est à M. Kebn- KAMP qu'on est redevable de l'édition du tome I, embrassant les années 1650-1657. M. Japikse s'est chargé de la continuation de cette publication. — MM. Brom et Van Lanobraad ont publié le Journal d'Arend van Buchell, bourgeois d'Utrecht (1565-1641), savant distingué qui a voyagé

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dans divers pays. Déjà, en 19(K), M. Yidier a publié sa description de Paris, traduite en français; en 1902, M. Rodolfo Lanciani son Iter ItalU cum; en 1904, M. Warenghien ses notes sur son séjour à l'Université de Douai; en 1906, M. Mnller sa DescripHo urbis Bheno Trajectinae, et la publication de son journal de voyage relatif à rAilemagne est en préparation. Le volume que viennent de publier MM. Brom et Yan Langeraad {Diarium van Arend van Buchell, 1907) contient le diaire de^ années 1560-1599 et offre un vif intérêt, surtout pour l'histoire des mœurs aux Pays-Bas. — La dernière publication de la Société est une édition des journaux des amiraux hollandais Yan Wassenaer-Obdam (1658-1659) et De Ruyter (1659-1660), tenus pendant leurs expéditions pour venir à Taide du Danemark contre les Suédois. Cette édition est due à M. Gbovb.

— M. GoLENBaANDEB a publié le tome II des DoeumenU sur l'histoire des Pays-Bas de 1795 à iSdO. Ce volume embrasse les années 1795-1798. Tout en admirant l'érudition et le zèle de l'éditeur, on se demande, non sans quelque inquiétude, quelles dimensions atteindront les volumes suivants, le plan de la publication prévoyant en tout dix tomes, et celui-ci comptant déjà près de 1200 pages, quoiqu'il soit consacré à trois années seulement.

— Le tome I de la 3* série de la Correspondance inédite de la maison d'Orange-Nassau, publié par M. Kbâmeb, contient les lettres de Guillaume III et du conseiller-pensionnaire Heinsius, de 1689 à 1697.

— Les sources de l'histoire de la juridiction ecclésiastique dans révéché d'Utrecht au moyen âge seront publiées par MM. Joostq«o et MuLLEB dans la collection de la Vereeniging tôt uitgave der bronnen van het oude vaderlandsche recht. La première partie, qui donne les documents relatifs aux subdivisions de l'évôché, est due à M. Muller.

— M. Heebes a commencé une publication d'une haute importance pour rétude de l'histoire de l'expansion des Néerlandais aux Indes orientales; en quatre volumes, il donnera la collection complète des contrats et traités conclus par les Néerlandais aux Indes orientales jusqu'à 1811. Le tome I de ce Corpus Diplomaticum Neerlando-Indicum va de 1596 à 1650 (collection du Koninklijk Instituut voorde Taal-Landen Volkenkunde van Nederlandsch Indië, 1907). Th. Bussbmakbb.

Suisse. — M. R. Wackernaoel a fait paraître le 1. 1 d'une Histoire de la ville de Bàle (Geschichte der Stadt Basel, Bàle, Helbing et Lichtenhahn, 1907, xv-646 p., in-8o, avec un plan de la ville au moyen âge). Le moment est bien choisi pour une semblable tentative, à la suite des publications d'ensemble dont les sources de l'histoire bàloise, — chroniques et chartes, documents relatifs au concile, — ont été récemment l'objet et que nous avons signalées ici-méme. Ajoutons que nul n'était mieux préparé à s'acquitter de cette tâche que l'infatigable archiviste d'État bàlois, qui a pris lui-même une grande part à ces travaux et qui vient d'achever la réorganisation de son riche dépôt. Au moyen âge, la

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yille de Bàle grandit au point de rencontre des pays de Bourgogne, de France et d'Allemagne, à la limite de deux cultures et de deux langues; elle est sur le passage de Toies commerciales importantes. Ces conditions ont injQaé profondément, jusqu'à nos jours, sur l'histoire de l'active cité. Dés le xii« siècle, sous l'impulsion de la richesse croissante de la bourgeoisie, la commune se développe et s'organise à côté du pouvoir épiscopal et souvent en lutte avec lui. Elle est à même de jouer un rôle dans la politique générale au temps de l'interrègne et du roi Rodolphe de Habsbourg. Au xiv* siècle, le déclin économique de révèché facili* tant ses progrès, elle acquiert en fait l'autonomie, tandis que la première moitié du xv« est tout entière remplie par la lutte contre l'Autriche, dont la puissance territoriale enserrait la ville et menaçait de l'absorber. Ce premier volume s'arrête à Tannée 1450; par l'importance du sujet, par la richesse et la solidité de l'information (partout l'auteur a puisé directement aux sources), par sa valeur littéraire enfin, il prend place au premier rang des travaux historiques récents parus en Suisse. Parmi les pages dont l'intérêt est le plus général, il faut signaler le tableau détaillé de l'état matériel, politique et social de la ville à l'époque du roi Rodolphe, et les chapitres consacrés au concile et à la guerre de Saint-Jacques. Y. van Berghbm.

— Le traité de Lausanne, conclu le 30 octobre 1564 entre Berne et la Savoie, assurait au duc Emmanuel-Philibert, réintégré dans ses états héréditaires par la paix de Gateau-Gambrésis , la restitution d'une partie des terres enlevées à la Savoie par les Bernois en 1536. Le duc rentrait en possession du pays de Gex et des bailliages du Genevois et du Ghablais qui entouraient Genève et bordaient la rive sud du lac Léman. La petite république genevoise redevenait un îlot en terre savoyarde. M. le professeur Oeghsli a consacré à ce traité, aux circonstances qui l'ont amené et aux négociations préliminaires, une substantielle et lumineuse étude sur laquelle il convient d'attirer l'attention {le Traité de Lausanne, Berne, D.-J. Wyss, 1906, 109 p. in-S» ; traduction d'un mémoire paru en allemand en 1899, dans le Politisckes Jahrbuch der sehweixerischen Eidgenossenschaft), L'auteur met en relief la véritable cause de la cession de territoire qui a parfois été reprochée aux Bernois : l'affaiblissement de la Gonfédération à la suite de la scission religieuse provoquée par la Réforme. L'alliance perpétuelle des cantons catholiques avec la Savoie, le 11 mai 1560, ne laissait aucun doute sur l'attitude nettement hostile de ces cantons à l'égard des conquêtes bernoises. Toute politique d'extension nationale était devenue impossible. Dans un dernier chapitre, M. Oechsli montre que c'est à tort qu'en 1798 le Directoire français, inspiré par Laharpe, invoqua le traité de Lausanne pour justifier l'invasion de la Suisse : non seulement l'approbation donnée au traité par le roi Charles IX ne constituait pas une c garantie », mais le traité ne consacre ni ne mentionne même les droits politiques du pays de Vaud. Y. van Bbrchem. Rbv. Histor. XGIV. 2« pasc. 29

450 CHEONIQUB ET BIBLIOGRAPHIE.

— L'histoire de Thôtel de ville de Genève est étroitement liée à celle de la petite et glorieuse république. La première c maison de ville » ne devint qu'après la réforme un édifice, ou plutôt un ensemble d'édifices, digne du rôle nouveau joué par la cité. M. Camille Martin, dans une publication supérieurement exécutée et joliment illustrée par M. Boissonnas, étudie à la fois en historien et en archéologue ces développements successifs, du xv« au xvm* siècle (la Maison de ville de Genève, Genève, A. Jullien, 1906, xm-139 p., 26 pi. hors texte et 18 fig., t. HE des Mém. et Doe, p. p. la Soc. d*hist, et d'archéol. de Genève^ série in-4<»).

— Après MM. Pierre Brun, Magne, Gapon et Yves Plessis, un érudit suisse, M. H. DObi, a voulu étudier le vrai Cyrano (Cyrano de Bergerac, sein Leben und seine Werke, Berne, Francke, 1905. In-8<^, 144 p.). Il Ta foit dans un sentiment de pieuse admiration pour cet ouvreur de voies nouvelles, infiniment plus intéressant en réalité que le personnage que lui a substitué la légende. M. Dûbi joint à son opuscule une description du manuscrit du Voyage dans la lune, avec une restitution des passages qui ont été supprimés ou châtrés dans Tédition d'Amsterdam, ainsi qu'une reproduction du Sermon du curé de Colignac, satire de rignorance et de la grossièreté du bas clergé, dont il attribue la paternité à Cyrano. H. HR.

— Sous ce titre : Napoléons 1 Politih und Diplomatie in der Schweiz wàhrend der Gesandschaftsseit des Grafen Auguste de Talleyrand (Zurich, Schulthess et G^*, t. I, l** livr., 1906), M. G. Stbiner entreprend l'étude des relations de la Suisse avec son puissant protecteur de 1808 à 1813, c'est-à-dire pendant une période de crise, oii les Suisses se sentent de plus en plus menacés dans leur indépendance par la tyrannie croissante de l'empereur. Cet important ouvrage, pour lequel l'auteur a fait des recherches étendues dans les archives des deux pays, paraissant en livraisons, il conviendra d'y revenir lorsque la publication en sera achevée. V. v. B.

INDEX BUU06UPHIQDB.

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