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des capitaux a déraciné de leur milieu un nombre considérable de
producteurs attirés dans les villes par l'attrait des hauts salaires.
Cette foule s’est trouvée subitement désaxée, désorientée, désemparée même devant les difficultés matérielles nouvelles, en présence des-
quelles elle s’est trouvée .
Oubliant en même temps les règles morales qui, jusqu’à présent avaient servi de guides à ses instincts et de but à ses aspirations, elle est devenue le plus souvent, la proie facile des rêveries mystiques nouvelles avec lesquelles on s’est essayé à la griser.
L'homme qui lutte, qui pense, qui souffre parfois, a besoin d’un idéal au cœur, — d’une espérance à laquelle il puisse s’accrocher, qui
calme sa souffrance.
Cet idéal pour beaucoup n'existe plus. Cette espérance a disparu, Que leur reste-t-il? Rien. |
À notre avis, ce fait a une importance capitale.
Lorsque la foule s’apitoie sur l'existence malheureuse des générations qui l’ont précédée, lorsqu'elle déplore les souffrances des ouvriers de 1848, ou la dureté de vie des paysans sous l’ancienne Monarchie, elle s’illusionne sur son propre sort. Elle se croit heureuse parce qu'elle jouit d’un confort relatif, parce qu’elle est dispensée de certains travaux qui la rebuteraient aujourd’hui et qu’elle trouverait
trop pénibles.
Mais le bonheur doit-il être cherché dans la satisfaction de certains besoins ou dans le fait d’être dispensé de certaines tâches? — Non.
L'ouvrier, autrefois, était cent fois plus heureux que le prolétaire moderne car sa foi berçait sa peine et lui laissait entrevoir un sort
futur meilleur.
L'ouvrier de notre temps n’a plus souvent, malheureusement pour
lui, cet idéal futur auquel rêvait son prédécesseur.
Hs à : KA
A-t-il, en compensation, obtenu des satisfactions matérielles ? Jouit-il
d’une existence agréable ou tout au moins convenable ?
Qui oserait répondre à cette question par une affirmation absolue et sans réserve ?
Il faudrait n'avoir jamais vu les scènes déchirantes, les tableaux navrants que l’on rencontre trop souvent encore dans la vie du peuple
de nos grandes villes.
Parqués, entassés, dans des taudis infects ou des cellules faites en série, l’ouvrier industriel, simple numéro pendant son travail n’a même plus la possibilité à ses heures de loisir de retrouver dans son home intime et confortable sa personnalité étouffée par une journée de labeur épuisant.
Son home, hélas! Nous lui préférons l’humble chaumière de ses pères. Elle le reliait à ses ancêtres. C'était un foyer moral; il pouvait s’y retrouver dans ses souvenirs; — il y était « chez lui ». Ce
n'était donc pas un prolétaire.
Et voilà pourquoi la question du logement est capitale en matière
sociale. C’est, à notre avis, autour d’elle que se dénouera ou non le
problème social.
Cités-jardins, cités-ouvrières sont des remèdes évidemment; mais l'accession à la petite propriété pure et simple, la possibilité d’acquérir le lopin de terre nécessaire et d'y faire construire la maison fa-
miliale, c’est dans cette voie qu'il faut avancer. +)
L'initiative privée a déjà fait beaucoup dans ce sens. De nombreux groupements se sont ingéniés à créer de toutes pièces, pour leur personnel, en des endroits soigneusement choisis, des petits logements coquets et gais différents de ceux de la « Cité-ouvrière », dont le nom
seul inspire quelque inquiétude.
Mais la grande masse des travailleurs est encore réduite à cher-
cher en elle-même l'amélioration de son sort. Il faut l’y aider.
TPE
Le premier problème qui se pose est celui du terrain et c'est aussitôt la question des lotissements qu’il faut envisager.
Elle est à la base du problème de l’habitation ouvrière dans nos grosses agglomérations.
Jusqu'à ces dernières années au lieu d’aplanir les difficultés qui devaient se présenter, les pouvoirs publics avaient, par leur inaction trop grande, laissé des spéculateurs sans scrupules, abuser de la misère et des souffrances d’une foule de malheureux.
Malgré la loi de 1919, restée sans effet parce que démunie de toute sanction, et jusqu’en 1924, nous avons vu s'ouvrir aux alentours de nos grandes villes, et principalement dans la région parisienne, un grand nombre de lotissements établis dans des conditions d'hygiène et de salubrité déplorables. Ce fut la plaie des lotissements défectueux.
La loi du 15 mars 1928 est venue heureusement porter remède à la situation misérable des dizaines de milliers de mal-lotis, en réparant dans la mesure du possible les erreurs passées.
C'est son étude et son application qu'il nous a paru intéressant de faire, comme contribution à l'édifice social auquel chacun doit s’efforcer de travailler.
Aujourd’hui, la question de l'accession à la propriété du terrain par le prolétaire est réglementée et ne risque plus de donner lieu à des abus semblables à ceux qui se sont antérieurement produits.
C'est un premier point acquis, mais est-ce là tout, et doit-on s’arrêter, ce résultat étant obtenu ?
La suppression des abus possibles est une chose, l'accession à la propriété en est une autre. La loi Sarraut que nous allons étudier a -apporté quelques améliorations à cet endroit; — ce n’est pas suffisant.
Il faut faire mieux encore. Quels que soient les efforts nécessaires, quelque coûteuse que soit la réalisation de cet idéal; il faut y parvenir
car c'est, nous l'avons dit plus haut, travailler à la résolution du problème social.
Te
Le plan de notre étude comporte deux parties distinctes.
Dans la première, après quelques considérations sur les travaux préparatoires à la loi, nous en étudions les différentes dispositions en analysant les organismes principaux créés ou utilisés pour son application :
Création et rôle des Syndicats de Propriétaires lotis.
Rôle et fonctions de la Caisse départementale de prêts.
Appui de la commune, du département et de l'Etat.
Dans une seconde partie, et pour illustrer en quelque sorte d’une façon vivante l'exposé précédent, nous étudions un cas d'application concret de la loi du 15 mars 1928 : le lotissement de Porchefontaine.
Après avoir rapidement rappelé les origines de ce lotissement nous parcourons les différentes étapes qui ont marqué les efforts successifs tentés en vue de l’améliorer.
Nous voyons ensuite dans quelles conditions la loi de 1928 y a trouvé application.
L'exemple choisi l’a été à différents titres. La connaissance que nous en avions personnellement, et par nos relations, en faisait un terrain d'observation propice.
De plus, son importance et sa date de création classaient son aménagement parmi les « objectifs » importants que la loi se proposait d'atteindre.
Enfin, nous n’ignorions pas qu’il constituait en quelque sorte le « champ d’expérience » officiel de la loi, après avoir été le « milieu » que l’on avait observé pour la mise au point de cette législation nouvelle.
Nous tenons à remercier ici tout particulièrement le Directeur des Services économiques de la Préfecture de Seine-et-Oise, M. Brasseau, dont les conseils nous ont été précieux. Sa compétence éclairée pour toutes les questions d'urbanisme et de lotissement, la documentation
qu’il a mise très aimablement à notre disposition, nous ont rendu de
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précieux services et nous lui en sommes profondément reconnaissants. Nous remercions également sa collaboratrice, Mile Daum, spécialiste des problèmes d'habitations et de lotissement, pour le concours qu’elle a pu nous prêter au cours de nos recherches.
Nous ne voulons pas oublier non plus l’aide bienveillante et efficace qui nous a été fournie par les dirigeants du Syndicat de Porchefon-
taine et que nous rappellerons au cours de notre exposé.