INTRODUCTION
La crise agricole qui sévit déjà depuis des années dans le monde entier a gravement atteint toutes les branches de l’agriculture. Toutefois, dans cette dépression générale, la crise des céréales et surtout la crise du blé occupe une place prépondérante. L'importance du problème du blé a été reconnue dans toutes les conférences économiques internationales tenues depuis 1929 et elles y ont attaché une attention particulière. Ce sont surtout les experts de la Société des Nations (1) qui ont fait ressortir l’importance du blé dans la crise; sa solution dépend en grande partie du dénouement de la crise des céréales qui, elle-même, est dominée par la dépression des cours du blé.
La même constatation fut de nouveau faite dans le Rapport de la Réunion Spéciale des Représentants des organisations internationales agricoles, tenue les 7-10 avril 1933 à l’Institut International d'Agriculture de Rome. Dans ledit rapport, on lit entre autres : « En général, on a été d'accord sur le fait que la solution du blé, tout en ne représentant qu’un côté des difficultés du monde agricole, est néanmoins fondamentale et mérite un traitement spé-
(1) S.D.N. Comité Economique. La crise agricole, Genève, 1931, Vol. I, p. 23-24.
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cial » (1). En effet, si l’on considère que la production du blé -— nourriture de base de la moitié de l'humanité — est non seulement l’occupation mais aussi la source principale de revenus de millions d’agriculteurs dispersés sur les différentes parties de la terre et, qu’annuellement, plus de 100 millions d'hectares sont ensemencés avec cette céréale, on comprendra aisément les graves répercussions de la crise du blé sur le monde agricole. Il n’y a que peu de pays qui ne participent pas au commerce international du blé. Etant d’un transport et d’une conservation facile, il est l’objet de transactions dans toutes les bourses de marchandises : sa place et son rôle dans les échanges internationaux prouvent son importance de premier ordre dans lactivité économique.
La chute des prix du blé, par laquelle se manifeste cette crise a considérablement diminué le pouvoir d’achat de la population agricole et, par ce fait, elle a largement contribué à l’aggravation de la dépression économique générale.
L’accumulation de formidables stocks de blé qui caractérise la crise de cette denrée pèse lourdement sur la formation des prix. Contrairement aux prévisions de Malthus, les quantités de blé offertes à l’humanité ont, non pas diminué, mais, par contre, trop augmenté. Et, selon Brinkmann (2) : « Aujourd’hui, le fantôme de la population s’est évanoui et les rêves et illusions ont fait place à un réveil cruel. La spéculation agricole mondiale, la poli-
à (1) Institut International d'Agriculture. Documentation pour la Conférence monétaire et économique de Londres, 1933. Rome 1933, p. 38.
(2) Revue Internationale d'Agriculture, 1933, n° 11, nov., p. 440.