TOUTE'PUISSANCE DE L'ÉTAT
mot à changer à leurs exhortations. Lettres on sciences, langues vivantes ou langues mortes, histoire ou mathématiques, c'est toujours une occasion (Je conquévir des couronnes ou des diplômes, de mériter l'estime et l'affection des maîtres, et rien de plus. Sauf les professeurs, où est le père qui a conservé ses livres de classe, ou qui les a renouvelés, qui s'enferme pour les relire^ qui montre par son propre exemple qu'un lien étroit rattache la pensée de l'homme fait aux études à» l'adolescent? On dit bien que le collège est l'apprentissage de la vie; mais comment? Par la discipline et la contrainte; par le frottement et la camaraderie, par Témulation et les récompgQses, non par les études elles-mêmes.
Il semble que le lycéen soit déjà un soldat et un fonctionnaire. Il suit un règlement; il porte runiforme ; il fait partie de la grande macbine dont le ministre est le mécanicien ; il obéit sans comprendre l'utilité de ses efforts. Son intelligence se meut dans les limites de la consigne : il fait l'exçrcice avec son cerveau. On l'habitue à rester en. étude ou en classe comme un employé au Bureau, moins encore pour accomplir une tâche que pour faire acte de présence, à tuer 1^
temps par les formalités, les paperasseries, à faire passer la lettre avant l'esprit, la forme avant le fond, à craindre les inspecteurs. Le lycée tient à la fois de la caserne et dn ministère, de la caserne poor la vie dn corps, da ministère ponr la vie de l'esprit. La tradition y règne, angaste, redoutable, inexpliquée. On y suit docilement des principes fixes, qni pourraient bien être absurdes, puisqu'on ne les discute pas. Le latin y devient l'objet propre des études^ comme les règlements devieunent l'objet propre de l'administration, abstraction faite de l'intérêt de l'enfant dans un cas^ - de l'intérêt du pays dans l'autre.
C'est sur l'enseignement secondaire que l'Étjat exerce la domination la plus absolue. L'enseignement primaire dépend surtout de la nature des choses : on ne peut rien mettre à la place de la lecture, de l'écriture et du calcul. L'instruction supérieure, qui, chez nous, est presque entièrement professionnelle, est toujours un peu subordonnée aux besoins de la profession que l'on vise. Il faut bien qu'on commence par défricher le sol, et qu'on finisse par semer ce qu'on veut récolter. Mais les études classiques sont comme un en-