La question macédonienne au point de vue historique, ethnographique et statistique
Avant la guerre mondiale qui a pris fin, l'impérialisme politique et économique présidait seul aux destinées des Etats et de leurs peuples. Au cours de cette conflagration universelle, le principe des nationalités fut peu à peu respecté, pour triompher enfin des autres considérations d'ordre politique et économique. Ce principe qui avait débuté timidement, il y a plus d'un siècle, parla Révolution française, est devenu de nos jours le credo, la base fondamentale de la constitution des peuples en Etats ou de leurs groupements politiques. C'est en vertu de ce droit sacré de l'autodisposition des peuples que furent créés de nouveaux Etats et que furent affranchis de la tutelle étrangère les Danois du Schleswig-Holstein, les Tchèques, les Slovaques, les Croates, les Slovènes, les Serbes et les Roumains de l'Autriche-Hongrie, les Albanais, les Lituaniens, les Géorgiens, les Arméniens, etc.
Si, cependant le principe des nationalités n'a pas pu être appliqué partout et si certains pays ont dû rester sous la domination étrangère, la cause doit en être recherchée dans les constellations politiques, pendant la guerre. La Macédoine est un de ces pays infortunés, car les Bulgares, qui forment la majorité prépondérante de sa population n'ont pas eu le bonheur de voir poindre l'aube de jours meilleurs après une servitude cinq fois séculaire sous les Turcs et tant de luttes religieuses et politiques. En d'autres termes, la question macédonienne, source de tant de san-
glants conflits et des calamités qui se sont abattues sur les peuples balcaniques, a tenu en haleine la diplomatie européenne depuis un demi siècle. La question est restée ouverte. Sa solution équitable et humaine s'impose si l'on veut éviter de nouveaux conflits, inaugurer l'ère de paix tant désirée dans les Balkans, et contribuer à résoudre les problèmes mondiaux qui en dépendent.
Désireux de contribuer à cette œuvre réparatrice et d'apaisement, nous livrons notre ouvrage à la publicité et le dédions à tous ceux dont le cœur et l'esprit sont émus des indicibles souffrances de l'humanité et qui consacrent leurs plus nobles facultés à inaugurer cette ère de liberté, de bonheur national et de prospérité sociale que les peuples profondément éprouvés appellent de tous leurs vœux.
Les éclaircissements que ces pages apportent sur la question macédonienne sont le fruit des quinze années d'étude que l'auteur a consacrées à ce brûlant problème1). Ils sont le résultat des multiples voyages qu'il a accomplis en Macédoine2) pour y glaner des souvenirs historiques ou y surprendre sur le vif quelque détail ethnographique ou quelque touchante scène de mœurs, dans ces vallées macédoniennes où de nos jours encore les échos répètent l'appel suppliant des chrétiens du début de notre ère: « Passe en Macédoine et viens nous secourir I »
*) Voir à ce sujet les études et les ouvrages du même auteur: La Macédoine du nord. Sofia 1906. — Antiquités bulgares en Macédoine. Sofia 1908. — Les dialectes bulgares de la Macédoine du nord. Sofia 1909. — La capitale du tsar Samuel à Prespa. Sofia 1910. — La bataille de Bélassitsa en 1014. Sofia 1910. — Les diocèses de l'Archevêché d'Okhrida au commencement du XIe siècle. Sofia 1911. — Les rapports gréco-bulgares avant la lutte religieuse entre Grecs et Bulgares. Sofia 1911. — Carte ethnographique de la Macédoine du sud représentant la répartition ethnique à la veille de la guerre des Balkans. Sofia 1913 (en français). — Les Bulgares en Macédoine. Sofia 1915, lre édition; 2e édition en 1917. — St-Jean de Ryla et son couvent. Sofia 1917. — La Région de Cavalla. Berne 1918 (en français). — Bulgares et Grecs devant l'opinion publique suisse. Berne 1918 (en français). — Les Bulgares devant le Congrès de la paix. Berne 1919, 2° édition (en français), etc.
■) Voir la carte n° 1.
Ce cri de détresse ne s'adresse plus au grand apôtre des Gentils mais à cette Société des Nations sur laquelle se fondent tous les espoirs des peuples qui attendent la délivrance. Puisse cet appel ne pas rester sans écho en haut lieu et contribuer à faire réaliser les aspirations légitimes de la population macédonienne.
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