LE CAPITAL, VOILA L'ENNE>[I
Ce cri: Le cléricalisme, voilà l'ennemi / poussù, il a quelque vingt ans, dans une circonstance presque solennelle, n'a eu en France qu'un faible écho, ou du moins un écho passager. C'est qu'il était poussé par un attardé et répété par des attardés. Celui qui le poussait et ceux qui le répétaient, n'avaient pas franchi l'époque de la monai'chie do
Les législateui's et les gouvernants de cette mo-
(1 1 Traité d'économie sociale, Paris, 1802, toni. f, p. 474.
INTRODUCTION XXXV
narchie iio disaient pas, il est vrai : Le cléricalisme, voilà l'ennemi ; mais ils décrétaient et agissaient comme si réellement il en était ainsi. Cette monarchie, confinant la religion et ses ministres dans les temples, n'accordait à ces derniers ancune part dans les affiiires du pays (1). Pour elle, le tiers (Mat ('(ait tout encore, et elle plaçait sa pleine contiance dans la bourgsoisie. C'était à la bourgeoisie que s'adressait cette parole fameuse : Enrichis- ^ci-vous. Le peuple, ayant à peine le nécessaire, ne pouvait songer aux richesses.
A notre époque, le peuple comprend, un peu Un\\ sans doute, que son ennemi est ailleurs.
Pour faire diversion, l'on redit parfois le cri de Romans. Le peuple regarde, écoute à peine et passe. Pour lui, l'ennemi est ailleurs.
Pour appuyer la diversion, l'on tente des mouvements dans la direction voulue, l'on suscite ou l'on favorise, dit-on, quelques troubles. Le peuple ne s'associe ni aux mouvements ni aux troubles. Pour hii, l'ennemi est ailleurs.
Pour prolonger cette diversion, l'on va même, dit-on toujours, jusqu'à donner aux affamés quel-
(l) Il faut l'cconuaitre, cependant, que les ministres des cultes sous cette monarchie s'appliquaient, s'inspirant du passé, à donner à la France un épiscopat distingué, et nous ajouterons ciu'ils ont assez bien réussi dans cette grande œuvre.
WXVl LA QUESTION OLVHIKUK
(|ucs OS cléricaux à ronger : expressions dures, mais ne manquant pas de justesse. Le peuple pouvait y prendre du plaisir autrefois ; aujourd'hui, il ne semble pas avoir de goût pour ces mets d'occasion. Il veut autre chose: car, pour lui. l'ennemi est ailleurs.
Mais où est-il, cet ennemi ? qui csl-il, cci rmiemi ?
(]ommc à toutes les époques, il est dans les palais splendides, dans les caisses (|ui j'egorgent. C'est le capital: le capital qui exploite ; le capital qui gruge, dévore, ruine; le capital, dont les appétits ne savent jamais dire : Assez !
Quo plus sunt potœ, plu.s sitiuntur aquic.
N'est-ce pas contre le capital que les grèves succèdent aux grèves? Sans doute, il se rencontre çà et là, des meneurs andjitieux (jui espèrent pécher en eau trouble la popularité et par la popularité un mandat politicpie. .Mais ces meneurs se verraient frappés d'impuissance, s'ils ne rencontraient pas dans les cœurs des fibres sensibles c^t dans la vie de réels besoins.
Au premier cri a donc succédé, et avec un iuunense retentissement, le suivant: Le capital, ivilà r ennemi !
VA les capitalistes ne semblent pas l'entendre !
INTRODUCTION XXXVll
OU bien, s'ils l'entendent, on croirait qu'ils se complaisent dans cette pensée de Louis XV sous les menaces de la tempête politique : Cela durera auhinl que nous !
Faut-il se résigner à la guerre entre les classes ? Non, mille fois non. Mais il n'est que temps de chercher, dans le respect des droits de chacun, un terrain de fraternelle conciliation : car, pas plus que le tiers état, le quatrième état ne doit être tout.