La question Riel
Autant je respecte le sentiment national qui produit le mouve- .nt actuel, autant je déplore la cause de ce soulèvement, autant gémis sur les tristes conséquences qui peuvent en résulter. La I îilleure preuve que la cause est mauvaise, c'est qu'un esprit d'in- ? tice semble le dominer. On soupçonne, on accuse, on conmne d'anciens et fidèles serviteurs du pays, sans les entendre, ant même qu'ils aient parlé.
Depuis dix-huit ans que je suis député, on n'a jamais mis doute la sincérité de mon patriotisme et de mon dévouement au • uple. C'est avec une conviction qui n'a pas diminué chez moi te j'ai travaillé pour ce peuple dont je suis sorti et à qui je dois >ut. J'ai été accusé souvent de prédilections exagérées pour la ause canadienne-française, parce que je faisais tous mes efforts pour donner à la province de Québec, les moyens de développer, le plus rapidement possible, ses immenses ressources, sous l'impulsion d'un puissant courant d'influence française. Je n'ai pas à
regretter mes efforts, j'étais dans mon droit : car je n'attaquais t les intérêts de nos concitoyens d'origine britannique. Stimulé pi leur esprit d'entreprise, je voulais voir les miens marcher de pail avec eux, dans la voie de la prospérité matérielle. Aujourd'hui Tel m'accuse de manquer à ce grand sentiment national, de le renier! ntë< C'est là une injure que je ressens profondément, que je ne méritj pas, et dont j'ai droit de me dire blessé.
On me reproche d'avoir failli à l'honneur en restant à m* poste, après que le cabinet fédéral eut refusé de commuer, en ml emprisonnement pour la vie, la sentence de la peine capitale porj tée contre Louis Riel par le tribunal, et l'on regarde le refus d<\ donner ma démission sollicitée par un grand nombre d'amis, comme une faute énorme dont je serai la première victime. Je n'aurais pas parlé, ici, de cette affaire, si un des chefs de l'opposition, M. Mercier, n'avait déclaré, à l'assemblée du Champ de-Mars, à Montréal, qu'il m'avait écrit qu'il était prêt à marcher, avec ses amis, sous mes ordres, si je donnais ma démission comme membre du cabinet fédéral. Oui, j'en conviens, j'ai été pressé, sollicité, prié, par mes amis, comme par mes adversaires politiques de prendre la direction de ce mouvement populaire. Ces offres étaient bien flatteuses pour moi, la perspective qu'elles m'ouvraient bien attrayante. Je me voyais le défenseur reconnu de ma race, suivi, acclamé par tous mes compatriotes, interprète de leurs sentiments etj de leurs aspirations. Ce rôle auquel tous me conviaient, m'assu? rait une éclatante réparation des opprobres sans nom dont certains! hommes m'ont abreuvé, depuis trois ans; mais entre ce rôle se -, duisant et moi-même, j'ai vu se dresser, comme une muraille) infranchissable, le serment que j'ai prêté de remplir mon devoir,; au risque de perdre amitiés et profits, et le sentiment intime, laj conviction inébranlable, que ce que l'on me demandait était con-] traire à la justice et aux intérêts bien entendus de notre pro-j vince. J'ai vu, comme conséquence logique de ce mouvement,) l'isolement de ma race créant l'antagonisme, provoquant des repré-sailles, des luttes, des désastres. J'ai senti qu'il y avait plus de i courage à braver le courant qu'à le suivre, et j'ai laissé passer, sans j faillir à mon devoir, la foule égarée qui m'accablait des noms de j traître et de lâche. Qu'importait ma personne? Dans les crises )
difficiles que traverse une nation, les hommes ne sont rien, le salut du peuple est tout. La responsabilité du pouvoir impose, à ceux qui en sont chargés, l'obligation de voir au-delà des intérêts du moment, de bien étudier si, en cédant à un entrainement populaire, quelque légitime qu'il paraisse, ils ne compromettent pas, pour bien des années, une cause sacrée.
Examinons les faits qui ont motivé ma conduite et celle de mes collègues.
Louis Riel a quitté, l'an dernier, les Etats-Unis, dont il s'était fait naturaliser citoyen, pour venir combattre les institutions, les lois, les autorités canadiennes. Il a levé l'étendard de la révolte dans notre Canada, si tranquille et si heureux dans la paix.
On vous a dit pour tenter de justifier la rébellion de Riel : u Les tc Métis avaient des griefs que le gouvernement ne voulait pas u faire disparaître." Je laisserai le Père André répondre lui-même à cette affirmation. Au procès de Riel il a déclaré que : " Les a réclamations des Métis ont souvent changé de forme, après l'ar- " rivée de Riel. Avant son arrivée, ils voulaient des patentes " pour leurs terres, ensuite des scrips donnant des droits trans- " férables sur des terres, comme il en avait été donné aux Métis du " Manitoba, puis des terres riveraines et l'exemption de la taxe du rt bois. Le gouvernement répondit à leur requête, en leur accora dant des lots le long des rivières. C'était une concession très ;( importante. La seule question qui restait à régler était celle des u patentes et des droits aux coupes de bois et elle était en bonne " voie de règlement.
" Vers le 4 mars, un télégramme fut reçu annonçant que le gouu vernement avait fait ces concessions."
Ainsi, d'après le Père André, les principales réclamations étaient réglées et les autres en train de l'être. Dès 1883, le gouvernement avait décidé d'envoyer le chef du département des terres, M. Lindsay Russell, régler ces réclamations, mais un accident, arrivé à cet officier, l'empêcha de partir.
Dans Tannée suivante, le gouvernement dut s'enquérir du meilleur mode de satisfaire les Métis, qui n'étaient pas eux-mêmes fixés sur ce qu'ils voulaient, soit par le don de terres non transférables, soit par
des scrips comme au Manitoba, soit par des scrips pour une somme d'argent déterminée.
Au mois de janvier 1885, le 26, le gouvernement adoptait une ordonnance en Conseil instituant une commission chargée de régler toutes les réclamations des Métis. Le 8 février dernier, un télégramme fut envoyé au Nord-Ouest pour faire connaître la nomination de la commission et, quelques jours plus tard, des circulaires étaient adressées aux maîtres de poste, aux prêtres de ces contrées, pour les informer de l'arrivée prochaine de la commission.
On sait que celle-ci se composait de MM. Street, Forget et Goulet, et qu'elle a réglé la plupart des réclamations. Riel, qui était très bien renseigné sur tout ce qui se passait, se hâta de précipiter les événements afin d'empêcher un règlement qui aurait dérangé tous ses plans et tous ses calculs. Il est évident que son orgueuil et son ambition ne trouvaient pas leur compte, dans une solution si simple, si pratique, qui aurait épargné aux Métis la ruine, au pays une centaine d'existences et plusieurs millions de dépenses dont vous soldez le compte avec le reste de la nation.
Il ne fit alors du reste que répéter ce qu'il avait fait en 1870.
On sait qu'à cette époque, Mgr Taché était accouru de Rome pour tâcher de pacifier son diocèse en insurrection. Arrivé aux Grandes Fourches, un malheureux accident lui survint. Malgré les plus vives souffrances, Mgr. continua sa route vers le fort Garry. Riei en fut informé, et sentant que son règne allait finir, il n'hésita pas à jeter un cadavre entre les siens et la conciliation qui arrivait avec le saint missionnaire. Scott fut immolé et son sang fut jeté comme un défi à toute tentative de rapprochement.
On a tort de prétendre que ce révolté avait un noble but, qu'il venait aider ses frères et revendiquer leurs droits. En disant cela, on lui prête des sentiments qu'il n'avait pas, on l'affuble d'un vêtement d'emprunt pour cacher le rôle sinistre qu'il a joué dans le drame de l'insurrection du Nord-Ouest. S'il eut été mu par un patriotisme éclairé, il aurait suivi une autre voie, il aurait pris d'autres moyens, il aurait recherché et pratiqué d'autres conseils que ceux que lui donnait son ambition. Il savait où aller, il n'avait pas long chemin à faire pour cela. Il savait le zèle et la tendresse de celui qui l'avait
élevé, protégé et déjà, une fois, sauvé. Mais, non. "Une ambition " effrénée qui a vicié son intelligence et l'a poussé jusqu'au délire, " une soif désordonnée de pouvoir, un orgueil insensé qui l'a con " duit à l'apostasie, ont été les mobiles de ses actes; " voilà ce qu'en a dit le plus grand prélat du Nord-Ouest. Un mobile pire encore, un mobile sordide, le faisait agir, si l'on en croit les témoignages les plus respectables. Le Pèie André, dont on ne saurait mettre en doute les sympathies pour Louis Riel, a déclaré, sous serment, au procès de Régina, que ce prétendu défenseur des droits des Métis l'avait prié, à plusieurs reprises, de se servir de son influence, auprès du gouvernement fédéral, pour lui obtenir $100,000, et qu'il avait déclaré qu'en retour il s'engagerait à quitter le Manitoba pour aller où il plairait au gouvernement fédéral de l'envoyer. Comme le Père André lui faisait remarquer l'énormité de cette somme, il n'hésita pas à déclarer qu'il se contenterait de beaucoup moins. Quant aux réclamations des Métis, Riel se bornait à dire: <l Je suis " moi-même la question métisse, si je suis satisfait, les Métis le seront."
Je ne crois pas que mes compatriotes, si chatouilleux sur le point d'honneur, si désintéressés dans leur patriotisme, pardonnent cet acte de vénalité. Et l'on ne peut dire que c'était là une conversation oiseuse de Riel, dont on ne s'est pas occupé. Le contraire est la vérité : on a donné suite à cette basse proposition.
Louis Riel n'en était pas, l'hiver dernier, à ses débuts comme agitateur. On se rappelle les troubles de 1869, le meurtre inutile de Scott qu'il fit exécuter, lorsque ce pauvre malheureux était dans l'impossibilité de lui nuire. On se rappelle qu'il s'engagea, quelque temps après ces malheureux événements, en recevant une somme d'argent du gouvernement canadien, à ne plus revenir au Canada pour y faire de l'agitation. Au mépris de sa promesse, à l'automne de 1884, il revient au Canada et se met, secrètement, avec une habileté consommée, à préparer une nouvelle révolte. Pour réussir, il commence d'abord à miner et à ruiner l'influence des prêtres sur les Métis, et, lorsqu'il a aveuglé ces derniers, il les pousse à la boucherie. Après le dernier combat, il n'a pas le courage de suivre Dumont dans sa fuite ; il préfère se laisser arrêter, pensant bien que la province de Québec qui l'avait sauvé une fois, le sauverait encore. Il s'est trompé dans ses calculs.
Fauteur de rébellion pour la seconde, fois il n'avait plus les titres à l'indulgence qu'on a l'habitude d'accorder aux accusés politiques.
Mais là n'est pas le trait le plus noir de sa faute. Personne ne nie que c'est lui qui a soulevé les tribus indiennes du Nord- Ouest, et qui est la cause directe du massacre affreux où nombre de personnes, dont deux missionnaires catholiques, ont péri, victimes de la barbarie des Sauvages. Demandez à tous les prêtres, à tous les Métis du Nord-Ouest, quel est le meurtrier des Pères Fafard et Marchand, et tous vous répondront : u Riel ". Lui seul avait pu persuader aux tribus sauvages de se soulever ; et il est responsable, au premier chef, des meurtres que ce soulèvement a causés ; or, soulever les Indiens est regardé par tous les gouvernements, qui en ont sous leur contrôle, comme un crime qui mérite la peine capitale, parce que c'est un crime contre toutes les lois de l'humanité. La guerre pour les Sauvages est la guerre d'extermination, sans quartier, sans merci pour les personnes sans défense, pour les femmes et les enfants. C'est le plus grand attentat possible contre la civilisation et un crime qui sort de la classe des crimes politiques.
Avant l'exécution de Riel, ceux qui voulaient le sauver ont fait valoir, à son profit, la prétention qu'il était fou, et, par là même, irresponsable de ses actes. On a exigé du gouvernement, au dernier moment, qu'une enquête fut faite, sur son état mental. Cette enquête a eu lieu, Riel a été trouvé assez sain d'esprit pour avoir conscience de sa faute et les faits les plus récents ont confirmé le résultat de cette enquête. En effet, depuis son exécution, on se donne bien garde de le traiter d'insensé. On le met au rang des patriotes, des héros, des martyrs. On va même jusqu'à demander qu'on l'enterre sous le monument des nobles victimes de 37-38. Que diraient Cardinal, Duquet, de Lorimier, Chénier, si on leur proposait de par. tager leur gloire avec un homme qui voulait troquer la cause des siens pour de l'argent, qui terrorisait les religieuses et les prêtres, qui appelait les Sauvages au massacre des blancs et qui faisait égorger de saints missionnaires.
Il est mort en se repentant des crimes dont il avait été la cause, mais ce serait un outrage de lui faire partager l'auréole glorieuse des patriotes, morts pour la liberté en 38, de le mettre au rang des victimes de ces jours héroïques.
Le vénérable évêque de Saint-Albert, Mgr Grandin, a dit que la
(conduite de Riel, pendant qu'il dirigeait l'insurrection, avait été
odieuse et monstrueuse, et qu'il avait systématiquement persécuté
a religion. Si c'est là le héros que l'on veut nous faire vénérer, je
e serai pas de ses admirateurs.
On voudrait même aujourd'hui faire passer Riel pour un saint. Ju'il soit mort en bonnes dispositions, je l'espère, Dieu seul en est le uge. Nous n'avons pas à considérer comment il est mort, mais comment il a vécu ; or, sur cette dernière question, il n'est pas besoin que je me prononce moi-même, je n'ai qu'à citer le témoignage des j missionnaires du Nord-Ouest qui, étant là sur les lieux, l'ont connu, jont pu juger de ses actes, de ses principes, de sa piété, de sa vertu, :et, certes, ils ne nous le donnent pas pour un saint. A part les appréciations que j'ai déjà citées, voici ce que dit la lettre collective les missionnaires de la région de Prince- Albert, datée le 12 juin 1885. On parait avoir oublié ce document important qui a pourtant été publié partout :
Prince-Albert, 12 juin 1885.
11 Nous, prêtres des districts qu'affecte plus particulièrement la ébellion, savoir: Saint-Laurent, Saint-Antoine, Grandin, Lac-aux- Janards et Batoche, puisque c'est là, au milieu de notre population, ,me Louis " David " Riel avait établi son quartier-général, désions attirer l'attention de nos nationaux du Canada et d'ailleurs sur hes faits.
. '• Ce mécréant, Louis " David " Riel, ne mérite pas les sympaaies de l'Eglise Catholique Romaine et des membres de cette iglise, ayant usurpé notre mission de prêtres et privé notre popultion des avantages et des consolations que nous aurions pu lui
" Il a fait tout cela dans son intérêt purement personnel
"Signé: RR. PP. André, " " Touse,
" u Moulin,
" " fourmond,
'* " Vegreville.
" " Lecoq."
Et le Père Fourmond, desservant Batoche même :
" J'ai été bien près de la mort, car si les balles et la fureur de " révoltés m'ont fait défaut, la guerre, l'apostasie, l'hérésie, 1 " trahison, la persécution, l'incendie, le pillage, tout s'est déchaîna cc contre nous ; on se serait cru à la fin du monde. Déjà nou l< avions notre Antéchrist dans la personne de ce fameux Riel u contre lequel il nous a fallu lutter, au péril de notre vie, pou " détruire sa funeste influence sur nos pauvres gens.
" Mon Dieu ! quel homme, quelle hypocrisie, quelle impiétt <l tout à la fois !
11 C'est pour cela qu'il a ruiné nos familles chrétiennes, par le pillage " et l'incendie ; c'est par une conséquence horrible de ses plans " diaboliques qu'a coulé le sang des blancs et celui des chers e <c zélés confrères, massacrés par les Sauvages, sur ses ordres."
Ces témoignages, si forts et si accablants, suffisent à édifier tou' homme de bon sens sur le caractère et la conduite de celui qui entraîné ses frères, les Métis, dans les plus grands malheurs.
Pour condamner notre conduite, on pose en principe qu'on i punit plus, de nos jours, de la peine capitale, les crimes de haut trahison. C'est là une maxime nouvelle, aussi étrange que dangc reuse, contre laquelle s'insurge la justice, protectrice de la paix < de la sécurité des sociétés. Proclamer que la haute trahison, qf ' entraîne avec elle le meurtre, le pillage, la ruine des populatioi ne doit pas être punie de mort, c'est faire appel aux passions s' versives, c'est encourager les tentatives des déclassés ambitie c'est provoquer la révolte contre l'ordre établi.
Prétendre sérieusement qu'un homme, coupable une fois de hr 1 trahison et de meurtre, gracié une fois et repris ensuite pour une ') j conde offense, doit compter avoir la vie sauve, c'est montrer une a< rance que Riel lui-même n'a jamais eue, puisqu'en quittant le M< tana il a déclaré, que sa tête pourrait être le prix de la tentât, qu'il faisait.
Cette doctrine de la miséricorde en faveur des criminels politiques ne saurait, même si elle était admise, s'appliquer à celui qu
e sang-froid déchaîne sur ses compatriotes les hordes de tribus Uivages.
Qu'on ne vienne pas le justifier, en disant qu'il avait foi dans sa
lission, que sa volonté n'était pas criminelle puisque sa conscience
aidée par son esprit, ne lui reprochait pas les actes effroyables qu'il
commis et fait commettre. Mais depuis quand est donc venue cette
Sctrine étrange qu'on ne doit pas punir les fautes de l'intelligence ?
hs fautes de l'intelligence sont plus criminelles encore que celle du
;œur. Une passion mauvaise avait vicié l'intelligence de ce grand
coupable. Devant Dieu et devant les hommes il était coupable
i'avoir faussé, dans son esprit, les éternelles notions du juste et de
' njuste, du vrai et du faux, de l'obéissance et de l'insubordination ;
ette première culpabilité ôte toute excuse à ses actes criminels qui
n ont découlé, Non, il n'y avait qu'une excuse possible en sa faveur, c'était
'excuse de la folie. Il s'est chargé lui-même, dans ses derniers mo-
ns, et il s'en est fait gloire, de prouver au monde qu'il était
taitement libre de sa volonté, conscient de ses actes et respon-
»le de ses fautes, r ( :*our les hommes qui pensent et qui raisonnent, la conduite de Riel
( mérite aucune sympathie sérieuse. Aussi dit-on de toutes parts :
Ce n'est pas pour lui que nous nous soulevons, nous n'avons pas
ie sympathies pour ce qu'il a fait, mais nous voulions que sa
>eine fut commuée parce que tous les Canadiens-français deman-
' .aient qu'il ne subît pas la peine infamante de la mort sur
* £chafaud."
la avoue que j'ai été profondément touché du concert de pitié et
0fi niséricorde qui s'est élevé en faveur de ce grand coupable, et
?st monté jusqu'au pied du trône. Mais dans cet élan de géné-
é de toute une population, on a perdu de vue le fait important
le crime a été commis, dans une région lointaine, plus exposée
la nôtre aux surprises, aux brigandages, aux soulèvements des
vages. On a oublié que l'unique sécurité de la vie des colons et
e la propriété dans ces contrées nouvelles, réside dans l'exécution
igoureuse des lois. On a oublié que les Sauvages meurtriers du lac
la Grenouille ne pouvaient être graciés, sans mettre toute la popu-
a"ion blanche à la merci de ces tribus féroces qui croient encore à
leur victoire, et d'un autre côté,qu'on ne pouvait les livrer aux ma du bourreau et accorder la vie sauve à celui qui leur a fait prenc la hache de guerre. On a oublié les angoisses mortelles dans 1 quelles toute une population a vécu de longs mois. On a oub le deuil, la douleur, le désespoir des victimes de cette odiei révolte. On a oublié que le sang des colons paisibles, des sai: missionnaires, des soldats tombés sous les coups des révoltés cri vengeance et que la justice devait faire une réparation éclatante. l'on ne voulait que la clameur déchirante partie des quatre coins cette immense région, ne se changeât en un cri de désespoir et 1 haine. On a oublié de se demander si, dans cette grave questi de la rigueur ou de la miséricorde de la loi, ceux qui avaient souffe ceux dont les pères, les fils, les frères avaient péri par la faute rebelle et dont l'avenir pouvait encore être menacé, n'avaient ]p autant le droit d'être entendus que ceux dont la facile pitié p stn s'exercer sans souci d'une réparation pour le passé, sans le sei ment d'un danger pour l'avenir. On a oublié même que, au Metobaet dans les Territoires, nous avons des compatriotes dissemir épars au milieu d'une population qui leur est étrangère et que braves avant-coureurs de la conquête pacifique que nous rêv on> pourraient bien ressentir fatalement le contre-coup de l'agitât de notre province.
Pour l'ancien Canada, c'est une question de sentiment : pp les habitants du Nord-Ouest, c'est une question de sécurité, affaire de vie ou de mort.
le.
her
iifltinr vei ■ fini :ran m
te-
il,
léte
ans
Ministre de Sa Majesté, j'ai dû penser à toutes ces choses, p toutes ces raisons, envisager froidement la question sous toute: faces, et, ne pas perdre de vue le serment solennel que j'ai p de faire mon devoir, de défendre l'autorité, et de protéger! administrés. Responsable à ma conscience et à Dieul chacune de mes décisions, je n'ai pu trouver de justification d'excuse valable au crime du condamné. Ses avocats eux-mê ont déclaré que l'instruction de son procès s'était faite d'une [ nière impartiale, et, la question de la folie étant écartée, le £ vernement n'a pas cru, malgré la demande de grâce, devoir c
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ad 1er à Sa Majesté, dans la personne de son représentant, d'em- Uier que la loi n'eût son cours.
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aute
Fous n'avons cédé, en prenant cette décision, ni aux appels, ni ntimidation d'aucune secte ou faction, comme les ennemis du vernement se sont plu à le répéter. Nous n'avons consulté l'intérêt suprême de la société, le plus grand bien du pays, ranquillité nécessaire au développement si désirable des imîses régions de l'Ouest et, de plus, pour ma part, je puis le dire oute sincérité, le plus grand bien d'une province et de compates qui me sont chers.
ctef
/estime, l'affection, l'appui de nos concitoyens nous sont pré-
it px, dans l'exécution des devoirs publics qui nous sont imposés.
jt notre désir, autant que notre intérêt, de les préserver intacts,
eijii, du poste élevé que nous occupons, avec la connaissance la
[a; étendue des besoins de la société, des écueils à éviter, des dan-
;eniinp à prévoir, nous avons cru devoir prendre une décision qui nous
t aussi pénible qu'à vous, au point de vue de l'humanité, nous
ns le droit de vous demander de nous continuer la confiance
vous avez, jusqu'ici, reposée en nous, et que nous ont méritée
re dévouement et notre conduite passée.
în nous exposant à encourir votre disgrâce, nous risquions notre nir. On nous menaçait d'une chute certaine si nous consenîs à l'exécution de la sentence du tribunal. Nous avons mis de le l'attrait de la popularité et la crainte de votre ressentiment r rester fidèles à notre devoir. N'est-ce pas là une présomption notre droiture, de notre bonne foi ?
er
)n invoque l'affinité de race, le sentiment national pour nous er de faiblesse et de trahison. Faire autrement que nous ns fait eut été violer notre serment, sans profit pour le connné, qui aurait été exécuté quand même tous les ministres fran- 3 auraient donné leur démission, sans profit pour le pays, sans fit pour notre province, avec le risque effrayant de comprottre pour toujours ses intérêts les plus chers.
Via conscience me dit que je n'ai failli, dans cette circonsce, ni à Dieu, ni au Souverain, ni à mes compatriotes. Le cou-
ter
rage qui m'a porté à faire mon devoir, sans faiblesse, ne lie ferapjj défaut dans les tribulations dont on me menace. J'ai servi mo. pays, comme député, depuis dix-huit ans, avec joie, avec orguei; Je ne continuerai à le faire qu'à une condition : celle de garde ma liberté, et d'avoir seul le souci de mon honneur et de madignit
J. A. Chapleau.
Ottawa, 28 Novembre 1885.