‹ La question Romaine augmentée d'une préface nouvelleChapitre 23 sur 29 · CHAPITRE XYIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYIL

OCCUPATION ÉTRANGÈBB.

Le pape est aimé et vénéré dans tous les États catholiques, excepté dans le sien.

Il est donc juste et naturel que 139 millions d’hommes dévoués et respectueux lui prêtent main-forte ■contre trois millions de mécontents. C’est peu de lui avoir donné un royaume temporel ; c’est peu de le lui avoir rendu lorsqu’il avait eu le chagrin de le perdre; il faut lui prêter une assistance permanente, si l’on ne veut pas recommencer tous les ans les frais d’une restauration. Tel est le principe de l’occupation étrangère. Nous sommes 139 millions de catholiques qui avons délégué violemment à trois millions d’Italiens l’honneur de nourrir et de loger notre chef spirituel. Si nous ne laissions pas en Italie une armée respec-

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table pour surveiller, l’exécution de nos volontés, nous ne ferions que la moitié de notre besogne.

En bonne logique, la sécurité du pape devrait être garantie à frais communs par toutes les Puissances catholiques. Il serait naturel que chaque nation intéressée à l’oppression des Romains fournît son contingent de soldats. Mais un tel système aurait le défaut de faire ressembler le fort Saint-Ange à la tour de Babel. D’ailleurs, ce n’est pas toujours la logique qui gouverne les affaires de ce monde.

Les trois seules Puissances qui aient contribtîé au rétablissement de Pie IX, sont la France , l’Autriche et l’Espagne. Les Français ont assiégé Rome, les Autrichiens ont envahi les places de l’Adriatique; les Espagnols ont fait peu de chose. Ce n’est ni la bonne volonté ni le courage qui leur manquaient; mais les alliés ne leur ont rien laissé à faire.

S’il est permis à un simple particulier de rechercher les mobiles qui font agir les princes, j’oserai dire que la reine d’Espagne n'avait en vue que l’intérêt de l’Église , sans aucune arrière-pensée. Ses soldats sont venus pour rétablir le pape; ils sont retournés chez eux lorsqu’ils l’ont vu rétabli. Politique 'ithevaleresque.

Napoléon III croyait aussi que la restauration du ■‘pape sur un trône était nécessaire au bien de l’Église. Peut-être môme le croit-il encore ; je n’en voudrais pas jurer. Mais ses raisons d’agir étaient nombreuses et compliquées. Simple président de la

république française, héritier d’un nom qui l’appelait au trône, résolu d’échanger sa magistrature temporaire contre une couronne impériale, il avait le plus grand intérêt à montrer à l’Europe comment on dompte les républiques. Il songeait déjà à jouer ce grand rôle de champion de l’ordre, qui l’a fait ac' cepler par tous les souverains comme un frère d’abord, et bientôt comme un arbitre. Il savait enfin que la restauration du pape assurerait à sa candidature impériale un million ou deux de votes catholiques. Mais à ces mobiles d’intérêt personnel s’enjoignaient d’autres d’un ordre plus élevé, s’il est possible. L’héritier de Napoléon et de la révolution libérale de 89, l’homme qui lisait son nom sur la première page du code civil, l’auteur de tant d’ouvrages où l’on sent palpiter la vie moderne et la passion du progrès, le rêveur silencieux qui portait en germe dans son cerveau toutes les prospérités dont nous jouissons depuis dix ans, n’était pas capable de dévouer trois millions d’Italiens à la réaction, à l’illégalité et à la misère. S’il avait fermement résolu de faire cesser la république à Rome, il n’était pas moins décidé à supprimer les abus, les injustices et toutes les traditions oppressives qui poussaient les Italiens à la révolte. Dans la pensée du chef de la France, c’était vaincre une seconde fois l’anarchie que de lui ôter tout prétexte et toute raison d’être.

11 connaissait Rome; il y avait vécu ; il savait par lui-même en quoi le gouvernement du pape dif-

fère des bons gouvernements. Son équité naturelle lui conseilla de donner aux sujets du saint-père, en échange de l’autonomie politique dont il les dépouillait, toutes les libertés civiles et tous les droits inoffensifs dont on jouit dans les États policés. Il écrivit à M. Edgar Ney, le 1 8 août ^ 849 , une lettre qui était un vrai mémorandum à l’adresse du pape. Amnistie, sécularisation, code Napoléon, gouvernement libéral^ voilà ce qu’il promettait aux Romains en échange de la république; voilà ce qu’il demandait au pape en échange d’une couronne. Ce programme donnait en quatre mots une grande leçon au souverain, une grande consolation au peuple.

Mais il est plus facile d’introduire un ressort de Breguet dans une montre du temps d’Henri IV que de faire entrer une réforme dans la vieille machine pontificale. La lettre du 18 août fut accueillie parles amis du pape comme une « insulte au bon droit, au bon sens, à Injustice, à la majesté*. » Pie IX s’en offensa; les cardinaux en firent des gorges chaudes. Cette volonté, cette sagesse et cette justice d’un homme qui les tenait tous dans sa main, leur parut comique au suprême degré. Ils en rient encore. Ne prononcez pas devant eux le nom de M. Edgar Ney ; vous les feriez pouffer l

L’empereur d’Autriche n’a pas eu l’indiscrétiou d’écrire une lettre du 1 8 août. C’est que la politi-

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