‹ La question scolaire [microforme]Chapitre 27 sur 43 · OCTROIS LÉGISLATIFS POUR LES ÉCOLES ANGLAISES-FRANÇAISES · texte numérisé non relu

OCTROIS LÉGISLATIFS POUR LES ÉCOLES ANGLAISES-FRANÇAISES

14.— Les octrois législatifs pour les écoles angluises-françaises se feront dans les mêmes conditions que les octrois pour les écoles publiques et séparées, mais aucun octroi ne sera donné à une école anglaise-française si elle ne fournit pas des instituteurs qualifiés selon l’article 13 (1) ci-dessus,

15.—Sur la demande de la Commission scolaire, accompagnée du rapport des inspecteurs de divisions, une école anglaise-française qui n'est pas en mesure de donner un salaire suffisant pour avoir un instituteur qui possèdera les qualifications ci-haut mentionnées, recevra un octroi spécial pour lui permettre de s'en procurer un.

Département de l'Éducation, juin 1912,

LA LANGUE FRANÇAISE SOUS LE 1er RÈGLEMENT 17.

Jusqu'à la publication de ce règlement, la Commission scolaire d'Ottawa et l'Association d’ Éducation s’entendaient fort mal; l’Association d’Éducation voulait avoir la direction de toutes les affaires scolaires de cette province et la Commission scolaire d'Ottawa prétendait que l'Association n'avait pas qualité pour s'emparer ainsi de nos écoles. I] y eut échange de correspondances et d’interviews qui ne produisirent d’abord aucun bon résultat. Mais les chefs de l'Association d’ Éducation, fort bons diplomates, finirent par convaincre M. Samuel Genest, le président de la Commission Scolaire, que personne n’en voulait à sa gloire. Au contraire, ils lui aideraient à devenir un personnage très important. M. Genest se laisse toucher. 1] devient membre de l'Exécutif. Il esi perdu. Dorénavant il ne sera plus qu'un mannequin dansant tantôt sur un pied, tantôt sur l'autre, selon la ficelle que l'on ferait jouer.

Mais dans l'intervalle, la Commission scolaire d'Ottawa faisant des démarches, écrivait de nombreuses lettres, expédiait de volumineux documents à Toronto pour faire entendre au ministère qu’elle ne comprenait pas le règlement 17, et que ce dernier avait une portée infernale. Le 9 janvier 1913. l'honorable M. Whitney écrivit une lettre à cette Commission dont voici la traduction:

Messieurs, En rapport avec la pétition ou le mémorandum présenté au gouvernement le 27 décembre

1913, signé par vous-mêmes et d'autres messieurs en faveur du système d'écoles anglaises-françaises dans Ontario, mes collègues et moi-même sommes convaineus qu'une grande partie de l'irritation (friction) qui se manifeste, à été causée par l'erreur que l'on fait en certain lieu sur l'intention et l'application du nouveau règlement.

Pendant que le gouvernement ne peut pas présentement rappeler aucun des règlements en force, ni consentir aux autres propositions et demandes contenues dans la pétition, je désire qu'il soit bien compris que chaque inspecteur, avant qu'il prit charge de ses devoirs, reçut un avis à l'effet que, à la fin de la présente année scolaire, le ministre se consultera avec les six inspecteurs des écoles anglaises-françaises relativement à l'efficacité des instructions émises au mois de juin dernier et considérera toute recom mandation qu'ils désireront faire pour l'amélioration des écoles sous leur charge

De plus, le gouvernement sera content d'entendre en aucun temps toutes les autres représentations que les inspecteurs et autres personnes pourraient désirer faire sur le même

sujet, et de nouvelles instructions seront données aux inspecteurs afin qu'ils se mettent en communication directe avec les commissaires et les autres personnes intéressées pour expliquer complètement le sens et les effets des règlements.

En vue de ce que je viens de dire, mes collègues et moi espérons que l'on ne fera plus d'objections à l'application des règlements.

Je suis, Votre tout dévoué,

(Signé) JAMES P. WHITNEY.

MM. Samuel Cenest, Dr Freeland et autres, Ottawa,

Pour celui qui veut lire cette lettre avec des yeux qu ne sont pas obscutcis par des moiifs autres que l'intérêt des écoles ou par un esprit déterminé à faire de l'agitation quand même, ou par l'ambition douteuse de voir publier sa photographie et ses interviews tous les jours dans les journaux d'Ottawa, ce qui fut le cas de l’ineffable M. Genest, il est bien évident qu’on ne trouvera dans cette lettre aucune inelination à la tyrannie, ni à la persécution.

Mais revenons au règlement 17.

L'on prétend que tout l’article 3 met les écoles absolument sous le contrôle de l’inspecteur-surveillant, qui, d'après l’article 9, doit être, évidemment, un inspecteur anglais. En outre, les mots “Quand il est nécessaire” qui commencent le sous-artiele 1 de l’article 3 laissent à cet inspecteur la discrétion de dire quelles écoles peuvent se servir de la langue française comme langue d'instruction et de communication entre l'instituteur et l'élève. L'on admettra que, évidemment, ces mots “Quand il est nécessaire” ont trait à l'habileté de l'enfant, dans telle ou telle école, de comprendie l'anglais.

Or, nous avons dans Ontario environ 350 écoles bilingues; au-delà des deux tiers de ces écoles sont exclusivement françaises par l'instituteur qui y enseigne, par tous les élèves sans exception qui les fréquentent, par tous les parents de ces enfants, par la paroisse dont le curé est François, en un mot pat l'aimosphère ct l'influence toute française imprégnant toute la localité. Tous les règlements du monde ne peuvent changer ceci. Et la NÉCESSITÉ dont il est ici question s'impose parce que les enfants qui entrent pour la première fois dans les deux-tiers de nos écoles ne connaissent pas un mot d'anglais. Done, dans la pratique, ces mots: “Quand il est nécessaire” veulent dire que pour les deux-tiers de nos écoles le français est invariableinent la langue d'instruction et de communication dans la classe. L'autre tiers des écoles bilingues est fréquenté par des élèves eanadiens-français et par des élèves irlandais. Ce mélange rend les circonstances différentes, C’est pour cette catégorie d'écoles bilingues mixtes que Mgr Fallon, Mgr Scollard et autres sont entrés en campagne. Ils ne veulent pas que dans ces écoles, où il y à quelquefois cinq ou six petits Irlandais, il y soit enscigné un seul mot de français. Cela occasionne une perte de temps aux petits Irlandais dont les parents ne veulent pas de français.

Nos écoles primaires graduées des villes sont divisées en quatre formes: chaque forme comprend deux ans d'enseignement, excepté la première forme qui souvent se partage en trois ans, c’est-à-dire que chaque forme à deux sections, la section junior et la section sénior. Le cours primaire comporte done $ où 9 ans d'enseignement. L'élève en sort, quand il le complète, à l'âge de 14 où 15 ans. Done, pour la Forme 1, dans les deux tiers de nos écoles, il n'y « aucun doute que le français comme langue d'instruction s'impose par toute la force des circonstances. Maintenant, d'après le sous-article (a) du sous-article 2 de l'article 3, il est dit que l’enfant doit commencer à apprendre l'anglais dès qu'il commence ses études et ceci (l’enseignement de l'anglais) est laissé à la discrétion du maître, qui d’ailleurs, dans tout le système scolaire d'Ontario, a une très grande latitude, parce que, plus que tout autre, il

AUTOUR DU REÉGLEMENT 17 79

est mieux en mesure de juger des talents et du progrès de ses élèves. Or, il est bien entendu que durant les deux ou trois premières années qu'il passe dans la Forme 1, l'élève consacre à peu près exclusivement son temps à l'étude du français, à l’épellation, la lecture et l'écriture, et ainsi il n'est pas en mesure, lorsqu'il sort de cette Forme, de comprendre l'anglais suffisamment pour recevoir son instruction dans cette langue.

Mais, le sous-artiele 1 de l'article 3 ci-dessus mentionné, dit que l'enfant sortant de la première Forme qui, “à cause d'un entraînement défectueux antérieur,” ne comprend pas l'anglais suffisamment, pourra encore recevoir son instruction en français, après la Forme 1. Or, l'enfant qui n'a pas encore appris l'anglais, ou bien peu évidemment, n’est pas encore capable, en sortant de la Forme 1, de recevoir son instruction dans cette langue qu'il ne comprend pas, et la langue française s'impose encore de toute nécessité. Et ainsi de suite de la Forme I à la Forme IE, de la Forme El à ln Forme HI et de la Forme IT à la Forme IV, et ceci est vrai pour les deux-tiers de nos écoles bilingues. Ainsi done, avec toute la discrétion que l'on laisse à l'inspecteur-surveillant, qu'il soit bien ou rfal disposé, il doit nécessairement s'incliner devant l'incapacité de l'enfant de comprendre l'anglais, pour faire la part très large au français. Ceei arrive dans les centres français!

Le législateur prévoyait si bien cet état de choses que malgré les dispositions de l'article 3, il termine tout cet article par le sous-artiele 2b (2) qui veut que dès que l'enfant à suffisamment le contrôle de la langue anglaise, il doit suivre le eours d'études ordinaire des écoles publiques et séparées dans cette langue. Ce qui veut dire que le législateur ne pouvant prévoir à quel moment l'enfant sera prêt dans l'intervalle de la Forme I à EV, il lui laisse l'usage du français jusqu'à ce qu'il le comprenne suffisamment. Cet article est très habile dans sa rédaction, inalgré son apparence de prime-abord, si nous tenons compte des circonstances dans lesquelles il fut publié.

L'article 3 traite de la langue de communication entre l'instituteur et l'élève. L'article 4 nous dit que, à partir de la Forme 1 jusquà la Forme IV, la langue française est un sujet d'étude auquel une heure par jour sera consacrée. Ceci n'est pas laissé à la discrétion de personne autre que les parents ou les gardiens de l'enfant et s'applique à toutes les écoles bilingues, même celles fréquentées par les Irlandais. De sorte que, après que l'anglais devient la langue de communication, l'enfant a encore son heure de français tous les jours.

Le sous-article 2 de l’article 4 décrète que l'enscignement du français ne doit pas nuire à l'efficacité de l’enseignement de l'anglais, ete. Pour qui veut lire entre les lignes, il est clair que ceci n'a pas été écrit pour nous! En tout cas, nous voulons l’enseignement de l'anglais et soyez certains que nous l’aurons, nous les pères canadiens-français.

On à prétendu que la lettre du règlement imposait l'obligation à l'instituteur d'enseigner la langue française en anglais. Cette assertion n'aurait pas été prise au sérieux si elle n'eut pas trouvé pour “papa” l'éminent avocat qu'est M. Belcourt. Je n'ai jamais entendu rien de plus idiot! Mais le règlement 17 fut mal compris, à volonté! Pour faire disparaître même un semblant de raison à cet argument, le second règlement 17 est rédigé différemment. Eh! bien, malgré ectte nouvelle rédaction, les défenseurs des “Blessés d'Ontario ” continuent à user du même argument avec In mauvaise foi la plus évidente, puisqu'ils citent encore aujourd’hui le premier règlement 17.

Maintenant, il s'agit de savoir si l'heure de français qu’on nous accorde, après que l’enfant comprend l'anglsis suffisamment, est suffisante pour qu'il apprenne sa langue d'une manière satisfaisante. Il faut ici tenir compte du fait que l'iminense majorité de nos enfants laissent l'école avant l'âge de 14

s0 LA QUESTION SCOLAIRE ou 15 ans, poussés par la nécessité de gagner leur vie: Pour cela, ils sont obligés de savoir l'anglais et de le savoir À un degré égal au français.

Pour les deux-tiers, je dirui même pour les trois-quarts de nos enfants, le seul endroit où ils puissent apprendre l'anglais, c'est à l'école. En dehors de là, soit à la maison, soit dans leurs amusements, soit à l'église, ils n'entendent pas un seul mot d'anglais, n'ont pas l'occasion de le cultiver, Pour le françois, c'est différent. A part l'enseignement que l'enfont reçoit à l'école, il n'entend autre chose que le français chez lui, avec ses petits camarades et à l'église; et si nous voulons que nos enfants apprennent tout l'anglais qui leur est nécessaire, dans les conditions où ils sont placés, il faut qu'ils aient à l'école la compensation qu'ils ont pour le français en dehors de l'école. Ainsi, pour que l'enfant spprenne l'anglais, il est nécessaire qu'il reçoive plus d'anglais à l'école qu'il ne reçoit de français. Le seul moyen done que nous ayons de lui donner une connaissance convenable de l'anglais se trouve dans l'enseignement en anglais des matières d'études, arithmétique, géographie, histoire, ete., et dans de ln langue de communication après que l'élève a atteint un certain degré d'habileté à l'école.

Je vais maintenant procéder par voie de comparaison. Cette comparaison m'a déjà valu, de la part d'un certain prêtre, des menaces fort peu dignes de lui. Il me défendit charitablement de faire cette comparaison ! Done, je la fais, puisqu'elle tombe juste.

Nous avons dans la province d' ntario, une institution d'enseignement qui n'est surpassée par aucune autre ni dans În province de Québec, ni ailleurs dans le pays. Je puis affirmer en toute certitude que cette institution a le meilleur système d'enseignement qui existe pour les élèves canadiens-fran- Gais, non seulement de la province d'Ontarip, mais même de la province de Québec. Preuve, c'est que plus de la moitié de ses élèves français nous viennent de la province française. Les parents de ces derniers ont constaté que le Canadien-français, pour réussir dans la vie, doit nécessairement apprendre les deux langues, aussi parfaitement que possible,

Cette institution, c'est l'Université d'Ottawa,

J'y ai fait mon cours commercial et mon cours classique, et de plus, certaines circonstances m'ont permis de comparer son système d'enseignement avec celui des autres collèges du Bas-Canada. Cette comparaison est tout à l'avantage de l’Université d'Ottawa. Le point de comparaison entre les écoles primaires de la province d’Ontario et l’Université d'Ottawa existe par rapport aux trois premières années du cours commercial de l'Université d'Ottawa; si l’on ajoute aux écoles ptimaires d'Ontario, la Forme V dont il est fait mention dans l'article IV du règlement 17 et la quatrième année du cours commetcial de l’Université d'Ottawa, la comparaison est parfaite; je ne veux pas dire au point de vue de l'efficacité, qui, évidemment, pour plus d’une raison, est supérieure dans l’Université d'Ottawa.

Quand je suis entré à l’Université Al’ Ittawa, j'arrivais des écoles séparées où j'avais fait environ trois années exclusivement en français: j'entrai dans le cours préparatoire du cours comme‘cix! de l'Université d'Ottawa: je ne savais que quelques mots d'anglais, ou plutôt, je n’en savais pas du tout. Nous n'’avions dans cette Université que trois heures de français par semaine dans tout le cours commercial à partir du cours préparatoire. l'en était de même pour le cours classique. Toutes les autres matières, arithmétique, géographie, écriturs, étaient enseignées en anglais avec des livres anglais, même l’histoire, par des instituteurs anglais ne parlant pas le français. Je dois faire exception pour le catéchisme, qui nous était enseigné par nos bons pères français. De sorte que nous n'avions que trois heures par semaine consacrées à l’enseignmenei de la langue française par un instituteur français. Ce système, pour nous, Canadiens-français, nous fournit

AUTOUR DU REÉGLEMENT 17 si

le meilleur moyen que nous puissions désirer d'apprendre l'anglais, et je puis affirmer, sans craindre ln contradiction, et mon témoignage sera sans doute confirmé par tous les Canudiens-français qui ont passé par l'Université d'Otiawa, que, quand on sort du cours commercial, si l'on est obligé de cesser 1à ses études pour gagner sa vie l'on n'a pas eu plus d'anglais qu'il n'est nécessaire relativement nu français pour satisfaire À nos besoins.

Maintenant, dans toutes nos démarches vis-h-vis le gouvernement d'Ontario nous avons toujours cité l'Université d'Ottawa comme le modèle put excellence des écoles bilingues, et c'était à juste titre!

Et bien! le 1èglement 17 nous donne deux ou trois ans au moins de français exclusivement et nous donne pendant le reste du cours primaire au moins cinq heures par semaine, Deux heures de plus que l'on ne reçoit à l'Université d'Ottawa! Ajoutez à cela que tous les instituteurs de nos écoles bilingues sont Canadiens-français. Il serait bien étonnant, n'est-ce pas, si l’on re leur connaissait pas des motifs cachés, de voir des hommes comme le Révérend Père Charles Charlebois, M. A. T, Charron, qui ont tous deux passé par l'Université d'Ottawa, et l'honorable M. Belcourt qui x « été intimement lié depuis qu'il est à Ottawa, qui y a vu passer son frè e, de les vor., dis-je, se scandaliser si fortement du fait que le règlement 17 n'accorde que cinq heures à l'enseignement du français, par semaine.

Remarquez que ces cinq heures sont consacrées exelusivement à In leeture, à la grammaire et à la composition françaises, c'est-à-dire que le règlement 17 donne au français une proportion de temps plus large qu'à n'importe quel autre sujet d'étude. Et le plus scandalisé de tous les scandalisés, l'ardent Père Lortie, le directeur du journal “Le Droit” lui-même, organe de l'Association d' Éducation, dans le cours de l'été dernier, avant l'ouverture des classes, publiait à bon droit une série d'articles en faveur de l'Université d'Ottawa. Il énumérait dans ces articles toutes les excellentes raisons pour lesquelles les parents en moyens devaient y envoyer leurs enfants. Cependant, à l'Université d'Ottawa, encore aujourd'hui, quoique dans son cours -ommercial il y sit quelques instituteurs français pour enseigner les matières anglaises, (ce que nous n'avions pas dans mon temps,) l'on ne consacre encore que trois heures par semaine à l'étude de la lecture, de la gramimaire et de la composition de la langue française! Il y a cependant dans le cours classique certaines matières enseignées en français, au choix des élèves. Pourquoi ces deux poids et ces deux mesures? Ilest permis à nos vaillants pères Oblats français qui ont eux une juste conception de nos besoins de ne donner que 3 heures de français par semaine et il n’est pas permis à l'Anglais Whitney de nous donner au moins 5 heures de français par semaine! Et nous, les Canadiens-français d'Ontario, sommes heureux de pouvoir profiter des avantages que nous offre l'Université. Nous y envoyons nos enfants. Les miens y sont.

Page 1