CONCLUSION
Donc, les générations, dans la suite des temps, ou, dans le même moment, la multitude des individus, forment un corps, un tout compact. Une part de notre responsabilité est endossée par les actions d'autrui. D'un autre côté, les actions de chacun font masse et exercent leur poussée sur tous les autres. L’individu trouve, dans son milieu, le complice actif et permanent de ses intentions bonnes ou mauvaises : où bien un adjuvant à sa réforme intérieure, ou bién un obstacle formel à l’accomplissement de ses plus fermes résolutions. Encore un coup, si la foule est une société inorganisée, la société une foule organisée, toute foule, toute association constitue un composé doué de caractères propres, autres que ceux des éléments groupés. Certes, le composé ne peut être déterminé que par la qualité des composants. Mais la combinaison des caractères composants produit une résultante qui diffère de chacun d'eux; l’amalgame constitue un produit non identique aux unités ; les proportions dans lesquelles interviennent celles-ci, les actions et réactions mutuelles qu’elles engendrent, provoquent l’apparition d’un tout original. Et comme la résultante réagit sur les composants, influe sur leurs idées et leurs
actes, si cette résultante n’est pas modifiée par une action s’exerçant sur elle spécialement elle demeurera susceptible d’entraver cette réforme intérieure des âmes. Donc.,il est nécessaire que la société soit réformée dans la mesure où elle crée ces obstacles. Si la société n’est pas réformée, la volonté de l'homme de se réformer lui-même restera an ferme propos trop de fois impuissant. À cet égard il est vrai de
dire que la question morale est une question sociale (1).
1. Sans doute, les obstacles que la société oppose à notre relèvement sont souvent purement matériels. Ceux-là, la société est capable de les éliminer d’elle-même. Mais ils sont aussi intellectuels et moraux. Et d’ailleurs, même les barrières purement matérielles ne lombentque sous la pression des idées etdes sentiments. Donc, le principal agent réformateur doit être une puissance intellectuelle et morale.
Quelle sera cette puissance ?
Ce ne peut être le corps social. Sujet de la réforme, il ne saurait, à un degré suffisant, remplir le rôle de promoteur impartial et sûr.
Ce ne peuvent être exclusivement les individus Pour deux motifs : le corps social étant leur produit, s’il est mauvais, c’est qu’ils le sont ; d’autre part, le corps social, plus puissant que chacun d’eux, influe sur tous, fait trop souvent fléchir leur volonté et,partiellement au moins, les conduit daas la voie qu'il leur trace.
Cette puissance réformatrice ne saurait donc appartenir à la société laïque. Mais il faut qu’elle soit une société, non un homme, car un faisceau d'hommes est plus puissant qu'un seul, et la réforme d’un groupe dépasseles forces d’un individu, d’abord parce qu'il oppose à ün individu une masse d’individus,ensuite parce qu'un seul homme meurt alors que le groupe persiste et possède la permanence altentive d’un réformateur éternel.
La réforme d’une collectivité ne peut émaner que d’une au-
tre colleclivité supérieure à la première par ses origines, son pouvoir, sa vertu. Celte réforme, étant intellectuelle et morale, doit avoir pour organe une collectivité intellectuelle et morale. Donc,la réforme dela société civile,en tant que société, ne peul venir que d’une société religieuse, d’origine transsendante, organe de la morale, gardienne de ses lois et lutrice de l'univers. De là, la nécessité pratique et théorique de l'influence intellectuelle et morale incessante de l'Eglise sur la société laïque.