‹ La question sociale et les principes théologiquesChapitre 4 sur 27 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Rapports de justice ot de charité dans la vie sociale.

« L'homme est né pour vivre en société ; car, ne pouvant, dans l'isolement, ni se procurer ce qui est nécessaire et utile à la vie, ni acquérir la perfection de l'esprit et du coeur, la Providence l'a fait pour s'unir à ses semblables et vivre en société ^. )> Société domestique, société civile ; famille, cité : telles sont les deux formes de société résultant de l'ordre naturel. Du rapprochement des individus et des familles, de la communauté ou de la similitude d'intérêts, de fonctions ou de devoirs, de l'organisation du travail peuvent résulter d'autres sociétés qui, sans être des émanations nécessaires de la nature humaine, sont cependant le résultat de l'exercice d'un droit naturel, le droit d'association.

:;^ La vie sociale, sous quelque forme qu'elle se présente, crée entre les hommes des rapports réciproques. Ces rapports sont commandés /^ ,. par deux vertus : la justiceiet la charité. Saint^ -ijiii— Thomas d'Aquin, dans un texte que ne citent

^ Léon XIII, Encyclique Immoriale Dei, Edition des Questions actuelles, t. II, p. 19.

QUESHOS BOCIALE 1

l LA QUESTION SOCIALE

pas toutes les éditions, mais de l'authenticité duquel il n'est pas permis de douter, expose d'une façon sobre et complète le jeu de ces deux vertus : « Les préceptes de la justice, dit-il, ne suffisent pas à conserver la paix et la concorde entre les hommes ; il faut, de plus, faire régner entre eux l'amour. La justice suffît aux hommes pour empêcher que l'un ne nuise à l'autre ; mais elle ne peut faire qu'un individu reçoive d'autrui les secours dont il a besoin. Il peut arriver, en effet, que quelqu'un ait besoin du secours d'autrui, précisément dans les choses où personne ne lui doit rien en justice, ou parce que celui à qui cette dette incomberait se refuse à l'acquitter. Il a donc fallu, pour promouvoir parmi les hommes cette aide réciproque, leur imposer, en outre des devoirs de justice, le précepte de la dilection mutuelle, en vertu de laquelle l'un doit porter secours à l'autre, même dans les choses où il ne lui doit rien en justice ^ ».

^ Somme contre les Gentils, édition d'Uccelli, Rome, 1878 (édition de la Propagande), 1. III, c. 130. Voici le texte latin, qu'on ne trouve pas dans les autres éditions : « Non autem sufficit pacem et concordiam inter homines per justitiae prœcepta consen^ari, nisi ulterius inter eos fundeiur dilectio. Per justitiam sufficienter hominibus proçidetur ut unus alteri non inférât impedimentum, non autem ad hoc^ quod uni ah aliis inferatur auxilium in his quihus indiget. Quia forte aliquis indiget auxilio alterius in his in quitus nullus ei ienetur per justitiae dehitum ; aut si forte aliquis ei tenetur, non reddit. Oportuit igitur ad hoc quod se in^dcem homines adjuvarent, etiam prœceptum mutuse dilectionis hominibus superinduci, per quem unus alii auxilium ferat in his in quibus ei non tenetur secundum justitiae debitum. »

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