LE RÉGIME SOCIALISTE
La question sociale est envisagée ici sous son double aspect, politique et économique, et le problème d’organisation auquel elle se ramène est suivi dans les deux voies parallèles où l’on est forcé de s’engager pour analyser la marche de toute société humaine.
Les données du problème sont aussi considérées comme doubles, comme étant à la fois scientifiques et morales. D’une part, je me suis appuyé sur ce qu’on connaît aujourd’hui des lois qui président à l’évolution sociale, des conditions auxquelles elle est soumise, des nécessités naturelles auxquelles elle ne peut se soustraire. D’autre part, je n’ai jamais perdu de vue que le but à poursuivre est de faire en sorte que tout membre de la société puisse, sans nuire aux autres et même en les aidant, développer les aptitudes dont il est doué, avoir sa part légitime des jouissances de corps, de cœur et d’esprit que lui offre le monde environnant, mettre à profit les chances de bonheur relatif que lui assigne sa nature personnelle.
Ainsi donc, partant de ce qui est pour aboutir à ce qui doit être, j’ai mis mon ambition et mes efforts à concilier, dans la mesure du possible, la justice et l’utilité, la liberté profondément respectable de l’individu et l’organisation rationnelle de la société.
Ce n’est pas à moi de décider si j’ai réussi dans la tâche que je me suis imposée. Tout ce que je puis dire, c’est que je n’en ai ni éludé ni dissimulé les difficultés. J’ai signalé au passage les points qui me paraissent encore mal éclaircis, soit par ma faute, soit par celle des choses ; et dans l’espoir que l’œuvre tentée par moi pourra être améliorée par la précieuse coopération des intelligences, je réclame, j’appelle la discussion loyale et sérieuse.
Je remercie d’avance les critiques qui voudront bien m’aider à corriger ce qu’il peut y avoir d’erroné ou