A U PEUPLE BELGE
Le gouvernement clérical poursuit sa lutte contre le socialisme. Aveuglé sur sa véritable force par une majorité de hasard, il pousse toujours plus loin son audace.
Déjà il avait quadruplé la puissance électorale des riches, mutilé et rendu presque illusoire le droit de suffrage que les travailleurs n’avaient conquis que par de longues années de luttes, de sacrifices et de souffrances.
Pour enrichir une poignée d’industriels et de grands propriétaires, il a inauguré une politique économique qui aura pour résultat certain d’élever le prix de la subsistance de l’ouvrier.
Par courtisanerie pour le roi, poussé par les spéculateurs et les tripoteurs d’affaires, il vient de jeter dans le gouffre du Congo plus de 12 millons pris dans la poche des travailleurs belges.
Ce n’était pas assez.
Après avoir frappé le suffrage universel, après avoir atteint l’alimentation populaire, voilà qu’il ose s’en prendre à la conscience même du peuple, à ce que le pauvre a de plus cher, l’avenir de ses enfants.
La nouvelle loi scolaire, qu’ou veut brutalement imposer au pays, proclame audacieusement qu’il n’y a pas de morale en dehors de la religion catholique. Tous les actes de probité, de dévoûment, de sacrifice n’ont aucune valeur morale, s’ils ne reçoivent la sanction religieuse, s’ils n’ont pour mobile la crainte de Dieu et de l’enfer.
L’enseignement de la religion sera rendu obligatoire pour toutes les écoles qui devront, pour vivre, passer par les subsides de l’Etat.
Sur 5778 écoles primaires officielles que compte le pays, il n’y en a que 153 sans caractère confessionnel. C’était encore trop et M. Schollaert a annoncé son intention de supprimer la disposition de la loi de 1884 autorisant vingt pères de famille à réclamer une école conforme à leurs convictions.
Consommer la ruine de l’enseignement public, cléricaliser toutes les écoles, tel est le but hautement avoué de ce scandaleux projet.
L’autre but, celui qu’on n’avoue pas, c’est d’énerver les efforts de la classe ouvrière vers son émancipation, c’est de perpétuer la domination capitaliste à l’aide de la terreur religieuse que l’on s’apprête à faire régner sur ce pauvre pays.
Contre cet abominable coup de parti, debout tous les défenseurs de la liberté de conscience î
A la morale religieuse, nous opposons la morale humaine plus haute et plus belle, celle qui consiste à faire le bien luimême, sans espoir de récompense comme sans crainte de châtiment. Nous entendons qu’on respecte nos croyances comme nous respectons celles dès autres et que le domaine de la conscience reste sacré pour tous.
Nous irons dire partout que nous voulons l’instruction obligatoire avec son corollaire indispensable, la nourriture et
le vêtement pour les enfants de toutes les écoles, qu’elles soient ou non officielles
' Nous entendons faire des instituteurs des hommes matériellement et moralement libres et nous les soustrairons à la domination du clergé et de l’Etat.
Nous réclamons un programme scolaire conforme aux idées modernes et comprenant notamment l’obligation de l’enseignement des sciences naturelles, la plus précieuse conquête de la science pédagogique.
Debout donc, ouvriers et bourgeois ! Il ne sera pas dit que les enfants de ce pays, qui a déjà tant souffert de l’oppression cléricale, courberont cette fois encore la tête.
Debout, tous debout !
Le Parti ouvrier vous appelle. Venez à lui ! Il va montrer qu’il sait lutter non seulement pour le pain mais aussi pour la conscience du pauvre, qu’il est et deviendra de plus en plus le défenseur le plus énergique de la liberté humaine !