Marx n’y est pour rien. (Note de l’auteur
socialisme n’est ni à craindre ni à espérer, en raison de la masse des intérêts hostiles, de la force d’inertie, et d’autres obstacles encore. Mais, d’autre part, les lecteurs impartiaux reconnaîtront qu’à des idées comme celles que nous venons d’exposer, ce n’est pas par des coups de fusil, mais par des arguments qu’il faut répondre. C’est le peuple qui constitue l’armée, et l’armée fait du peuple un corps unifié de forces mécaniques. Si le peuple en masse devenait socialiste, il suffirait que le socialisme produisît un jour un grand capitaine pour recueillir l’héritage de la centralisation militaire.
Qu’on se borne donc à examiner les idées, et à les combattre par des arguments, si l’on juge qu’elles sont fausses. 11 n’est plus guère personne qui nie que le socialisme, de plus en plus conscient de ses principes, dégagé de ses fantaisies déraisonnables de jadis, attaché à dégager d’une manière chaque jour plus intelligente les conséquences de son principe mieux formulé, — que lé socialisme, dis-je, forme un ensemble d’idées positives de réorganisation ({ui s’empareront puissamment des masses.
Déjà, une organisation internationale, dont le mécanisme ne se disloque que par intervalles, travaille à organiser une force politique considérable, appliquée à la réalisation de ces idées. Déjà, en tous pays, le Quatrième Etat s’est pénétré des idées essentielles de la doctrine, et, par là même, il contraint les meneurs à les formuler avec plus de clarté.
C’est pourquoi nous nous sommes efforcé d’expliquer le socialisme dans ses conséquences nécessaires qu’ignorent peut-être beaucoup de ses meneurs, et non d’après des formules particulières et arbitraires. Et il nous a paru nécessaire de peser, de considérer, de réfuter, de clarifier, de rectifier, enfin de concentrer le débat sur le point capital : appropriation collective ou privée des moyens du travail collectif en fonction de la division du travail. En réalité, c’est là l’objet de la dispute entre l’individualisme et le collectivisme, relativement au capital.
La question véritable est donc celle-ci : le mécanisme social sera-t-il réglé par une force inconsciente, multiple, subissant l’impulsion des intérêts privés, c’est-à-dire à la concurrence capitaliste — ou bien le régulateur sera-t-il une force sociale organisée, unifiée, consciente, de la production et de la distribution, qui saura diriger mieux et plus économiquement le processus de la formation et de la circulation de la richesse sociale ?
En d’autres termes, n’est-il pas possible de substituer à la concurrence capitaliste une concurrence plus parfaite des travailleurs entre eux, mus par la noble rivalité des intérêts matériels et plus encore des intérêts moraux ?
Ne pourrait-on arriver à réaliser une production sufïisante et une organisation féconde des branches du travail par un autre procédé que le régime actuel de lutte, par exemple par le moyen d’une concurrence, exercée publique-
meut, des corporations productives, sous le contrôle des administrations publicpies chargées de la gestion des finances et du capital social?
Le principe nouveau est-il ou peut-il devenir réalisable, personne ne peut le dire aujourd’hui avec certitude; mais il est hors de doute c|ue longtemps encore il restera impraticable, bien qu’il ne soit nullement anti-social dans des conséquences.
Qu’on prenne donc enfin l’habitude de raisonner et de juger avec plus de précautions et en connaissance de cause pour tout ce qui concerne ce grave problème ; qu’on le considère en lui-même, calmement, sans laisser troubler son jugement par les phrases toutes faites, les falsifications, les préjugés, les passions, les illusions et les provocations. Sinon, c’en est fait de toutes les classes de la société, et avec elles de toute civilisation.
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