‹ La rabouilleuse; piece en quatres actes (d'apres Balzac)Chapitre 40 sur 88 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

ROUGET

Tu es un misérable! Qu'est-ce que tu lui as dit? Qu'est-ce que tu lui as fait ?

BRIDAU

Allons! allons! ne nous emportons pas!

ROUGET

Pourquoi es-tu venu? Qui t'appelait? Qui t'envoie ? Est-ce ta mère qui veut me brouiller avec Flore et mettre la main sur ma fortune? Mais vous n'aurez rien, vous n'aurez rien.

Sac à papier, mon oncle ! J'allongerais sur le pavé tout homme qui oserait me tenir en face un pareil langage. Mais je vous excuse... La colère vous fait divaguer. Je n'ai rien dit de désagréable à mademoiselle Brazier, à peine l'ai-je vue.

ROUGET

Elle est partie à cause de toi.

BRIDAU

Ah! ouin! c'est un prétexte qu'elle prend?

ROUGET

Je vais la chercher.

BRIDAU

Où? Si elle veut sérieusement se cacher, vous ne découvrirez pas sa retraite. Vous a-t-elle chipé de l'argent?

ROUGET, voj'ant le secrétaire ouvert.

On m'a volé! (il vérifle.) Non!

BRIDAU

Alors elle n'est pas loin et elle reviendra.

ROUGET

Tu crois ?

BRIDAU

En voilà la preuve. Demain, ce soir, dans une heure peut-être, elle vous enverra une lettre ou un messager qui vous apprendra qu'elle se trouve à Ghâteauroux ou à Bourges.

ROUGET

Oui, tu as raison, elle est à Ghâteauroux ou à Bourges. Je pars. Je fouillerai toutes les villes^^outes les auberges.

BRIDAU

Mais nom d'une pipe ! C'est ce qu'elle demande. Elle fuit pour être rattrapée 1 Fugit ad salices. La manœuvre est du général Virgile, mon oncle. Si elle vous attire dans une chambre d'hôtel, vous êtes flambé. Vous signerez le transfert de vos rentes.

ROUGET

Je signerai tout ce qu'elle voudra, tout, pourvu qu'elle revienne.

BRIDAU

Eh làl pas de bêtises! j'ai votre promesse.

ROUGET

Je ne t'ai rien promis.

BRIDAU

Vous m'avez donné votre parole !

ROUGET

Nonl nonl noni laisse-moi.

BRIDAU

En ce moment? Jamais.

Je veux voir Flore.

BRIDAU

Tout de suite?

ROUGET

Oui.

BRIDAU

Eh bien, soit, je vais vous ramener votre rabouil leuse.

ROUGET

Toil Philippe... mon bon Philippe! tu pourrais...

BRIDAU

En deux temps et trois mouvements.

ROUGET

C'est bien vrai? Tu ne te moques pas de moi?

BRIDAU

Vous allez voir. Installez-vous là et écrivez sous ma dictée. Vous avez un cheval, n'est-ce pas?

ROUGET

Ah! oui, c'est vrai, la carriole... je pars.

BRIDAU

Vous ne la rattraperiez pas. Elle a de l'avance, mais un bon cavalier la rejoindra.

Un cavalier?

BRIDAU

Peut-on monter votre cheval?

ROUGET

Oui.

BRIDAU, à la fenêtre.

Kouski ! Kouskil

KOUSKI5 du dehors, accent polonais.

Mon colonel?

BRIDAU

Va dans l'écurie de M. Rouget, selle le zèbre, saute

dessus.

KOUSKI

Où faut-il aller?

BRIDAU

Je te le dirai, (a Rouget.) Il y a deux grandes routes?

ROUGET

Trois, Ghàteauroux, Bourges, Vierzon.

BRIDAU

La route de Vierzon mène à Orléan?, qui est à cent kilomètres, Flore n'ira pas là. A tout hasard nous lancerons Kouski sur la route de Ghàteauroux. Il fera dix kilomètres ventre à terre, s'il ne rencontre pas votre belle, c'est qu'elle a filé vers Bourges. Kouski reviendra. Il enfourchera un cheval frais et trottera vers Bourges, porteur de la jolie petite missive que je vais vous dicter. Y êtes-vous ?

ROUGET, qui s'est installé pour écrire.

Oui.

Entre Borniche.

BORNIGHE.

Ah! bonjour, m'sieu Rouget! V'ià qu'on vous trouve seul, enfin! Ah! dès que j'ai appris la bonne nouvelle, je suis accouru et tout droit et aussi vite que mes vieilles jambes ont voulu marcher.

Page 1