CONCLUSIONS
L'élevage du bétail a toujours été pour notre région vosgienne la branche la plus importante de la production agricole, Particulièrement aujourd'hui où la vente d’une grande partie des produits agricoles n'est plus aussi rénumératrice qu’autrefois, le cultivateur doit porter toute son attention sur la question de l’élevage bovin qui contribuera sûrement à l'accroissement de son bien-être.
Certes, l’agriculture passe à l’époque actuelle une crise presqu’aussi grave que celle qui ébranle l’industrie et le commerce ayant progressé à pas de géant, Cependant elle s’en remettra d’autant plus facilement qu’elle puise ses forces vitales dans la fontaine de Jouvence de la nature même. Dans le passé, la culture des terres et l’élevage du bétail se liaient étroitement pour contribuer au bien-être des campagnes; de nos jours, qui se caractérisent par un accroissement formidable de la population citadine et ouvrière, massée dans les grandes villes et les centres industriels, la production animale (du laït, du beure, du fromage et de la viande) doit suivre ce mouvement et dès lors augmenter en proportion.
Reconnaissons que nos montagnards possèdent dans leur bétail vosgien une race que la longue série de siècles, pendant lesquels elle a vécu en contact intime avec le climat, le sol et la végétation du pays, a doté de toutes les qualités requises. Ces qualités et ces caractères typiques créés sous l’influence de causes naturelles et d’agents de transformation, favorablement mis en oeuvre par l’homme, en ont fait une population bovine bien caractéristique, quant à ses formes brévilignes, son pelage et son tempérament qui, quoique variable dans sa taille et sa conformation suivant la contrée et les conditions d’exploitation, répond aux besoins économiques de son milieu de sorte qu’elle fait vraiment la race par excellence pour nos régions montagneuses et qu’elle mérite au point de vue de sa production animale, surtout laitière, une bone place parmi les races bovines de France.
Doués d’une grande rusticité et d’une sobreté sans égale, leur garantissant une constitution saine et robuste, rarement atteinte de tuberculose, ces bovins autochtones d’origine encore mal connue, à pro-
portion variable chez les divers sujets selon la région, les conditions de vie et d'exploitation, se présentent sous formes de «variétés typiques», merveilleusement acclimatées sur les terrains granitiques et gréseux des Vosges.
Grâce à cette parfaite adaption aux conditions climatériques et au régime alimentaire de son milieu spécial, la race vosgienne à été préservée contre les effets néfastes que des croisements malencontreux d’avant-guerre auraient certainement produit sur toute autre race qui, pour être moins solidement formée, aurait vite dépéri sous l'effet des conditions de vie restreintes, voir, par endroit, la misère causée par une végétation maigre croissant sur une terre aride et pauvre en calcaire. Mais grâce aussi à cette adaption acquise, la race vosgienne, don! les effectifs, pendant la guerre de 1914-1918, ont cruellement souffert et qui ont été fortement décimés par les réquisitions massives et les évacuations complêtes de maintes communes des vallées vosgiennes, a pu être reconstituée dans la période d’après-guerre avec les quelques rares animaux de choix qui avaient survécu.
C’est là la preuve indubitable de la pureté de la race vosgienne, de la valeur incontestable et de la puissance zootechnique incomparable de ses facultés et qualités typiques acquises par l’hérédité et qui En font le mérite,
Pour cette raison elle est vraiment la bonne race à la bonne place. Petite, elle l’est assurément, mais ici les qualités ne doivent pas se mesurer à la taille; et si cette taille n’était pas un caractère de race héréditaire, on serait tenté d'appliquer pour elle le vers de Musset à propos d’Hassan dans Namouna, vers que J. A. George a appliqué pour la race bretonne :
€......0n eût dit que sa mère L’avait fait tout petit pour le faire avec soin, »
L’Anglais prétend qu’un élevage rationnel nécessite trois choses: deux sujets sans défauts propres à la reproduction et un coffre à avoine bien garni. Si nous n’avons pas encore partout des sujets sans défauts, reconnaissons au moins que par des méthodes zootechniques bien choisies et judicieusement appliquées par voies de sélection active et continue, — méthodes dont nous venons de parler in extenso — nous arriverons à une amélioration certaine du cheptel vosgien, nous formerons un peu partout des pépinières de race pure.
Rappelons-nous surtout que c’est par l’alimentation que se fait le bétail; tâchons donc d'améliorer les conditions fourragères, sachons nourrir rationnellement, évitons surtout que nos aminaux aient à se serrer le ventre en hiver, alors que nous leur donnons parfois trop large pitance en été et en automne, nourissons mieux et avec plus de soin les jeunes; améliorons les conditions hygiéniques des étables, donnons-y de l’air, de la lumière, de l’espace et de la propreté qui sont les conditions vitales les plus importantes pour assurer à l’animal une bonne santé et une parfaite constitution et à l'élevage un rendement appréciable, — Suivons, en un mot, résolument le progrès en matière d'élevage rationnel.
Que les cultivateurs vosgiens comprennent bien l’avantage réel qu'ils peuvent retirer d’un élevage rationel de leurs bovins en suivant ces quelques règles et procédés d’exploitation animale, dont les effets améliorateurs sont pratiquement reconnus et qui ont été acquis à la suite de longues et laborieuses études sur l’économie du bétail.
Je ne méconnais nullement que les conditions spéciales de l’élevage, données par le caractère particulier des régions vosgiennes, gènent énormément cette action amélioratrice. Cependant, ce qui a été possible dans d’autres départements — le Jura, le Doubs, la Haute-Saône, la Franche-Comté etc. — qui, sous bien des rapports, ont une grande analogie avec l’Alsace, ne saurait pas être impossible dans les Vosges !
Comme chez nous il y a, en Franche-Comté surtout, sur les hauteurs des pâturages qui ne sont accessibles que pendant les quelques mois d'été; la production laitière y joue le grand rôle et l’industrie fromagère y est exploitée depuis une centaine d’années et plus longtemps encore dans le Jura franc-comptois, sur une échelle assez considérable ; les cultures y sont également variées. Nous y trouverons le petit cultivateur avec tous les avantages et les inconvénients qui se rattachent au morcellement de la propriété territoriale et enfin, nous y voyons, comme en Alsace, l’étable du petit cultivateur ne renfermer qu’un nombre restreint de bestiaux.
Cependant, en matière d'élevage, nous avons une avance incontestable sur ces départements par la réglementation légale de l'emploi des taureaux reproducteurs et l’organisation de leur entretien par les communes, organisation technique qui forme la base d’un élevage rationnel et qui garantit une amélioration méthodique de notre cheptel
bovin.
Les Services vétérinaires, — qui ont à la tête M. l’Inspecteur Général Zundel, l’éminent zootechnicien et grand protecteur de la race vosgienne, respecté par tous les éleveurs alsaciens et lorrains pour sa haute compétence — ont, avec une prédilection tout particulière, guidé et encouragé la reconstitution et l’amélioration de la race bovine des Vosges par l’organisation d’un service zootechnique modèle, Elles ont été bien soutenues dans ces efforts pour les Directions des Services agricoles qui ont doté de primes appréciales les expositions et les
concours périodiques organisés dans les vallées vosgiennes.
Les syndicats d’élevage exemplairement organisés, présidés par des éleveurs éclairés et groupés dans la Fédération agricole d’Alsace et de Lorraine sous la présidence de M. le Comte d’Andlau, sénateur et grand promoteur de l'élevage en Alsace, ont de leur côté réuni tous les éleveurs de bonne volonté et ne cessent de leur prodiguer les meilleurs conseils et de les encourager par des subventions diverses,
Je ne voudrais pas terminer ce travail sans adresser un appei fervent à tous les éleveurs de bêtes vosgiennes: de soutenir cette action de reconstitution et d'amélioration de la race vosgienne. Par la création du Herd-book vosgien, des parrains protecteurs lui ont administré le baptême sacré ! Noblesse oblige ! — et si vous ne reculez pas devant ces efforts, non seulement vous anoblirez vos bovins vosgiens, mais vous donnerez un nouvel attrait et vous augmenterez le charme des sites merveilleux qu’offrent ces régions les plus belles de notre chère Alsace — les Vosges, qui sont votre pays natal.
Cultivateurs des Vosges, vous qui êtes le laboureur travailleur et pacifique d’une terre rude, coopérez donc avec une persévérance in- Cbranlable à cette tâche commune dont la voie vous est tracée par l’action réunie des serviccs zootechniques et des associations d'élevage ! Rendez-vous bien compte que dans les circonstances actuelles de crise industrielle et rurale, une entente étroite et une coopération intime s'impose entre tous les éleveurs pour sauvegarder vos intérêts, que, par l’augmentation de la valeur de vos animaux et de la rente que vous pouvez en retirer, vous faciliterez votre existence, c’est-à-dire le bien-être d’une population laborieuse à laquelle, depuis des générations, l'élevage des bêtes vosgiennes tient profondément au coeur. Enfin, pour résumer ma pensée, rappelez-vous bien le sens du vieux proverbe connu, mais éternellement vrai : l’Union fait la Force,
Peut-être qu'alors le jour viendra, où se réaliseront les voéux exprimés par M. Blind, vétérinaire d’arrondissement, membre de l’Académie de Metz, dans une communication faite à l’adresse des cultivateurs lors de la séance du Comice agricole de Guebwiller, tenue à Ensisheim le 28 novembre 1897: «Que nos fils puissent redire un jour de la patrie aimée : Que tu es belle et que tu nous est douce ! » Cher à jamais nous soit le sol qui nous a vu naître, où s’élève la maison de nos pères, où murmure la source éternellement jeune et où fleurissent les arbres par nous plantés. Combien heureux alors et content, je pourrai jeter de nouveau ma réponse à l’écho du tintement des clochettes que faisaient sonner les beaux troupeaux de bovins vosgiens conduits paisihlement en pâturage, à l’écho des gaies chansons d’antan du gracieux ioulement suisse surtout, que faisait monter de la vallée le laboureur travailleur et pacifique :.
O fortunatos nimium, agricolas ! (Oh! laboureur, heureux entre tous ! })
vu: Le Doyen : vu: Le Président :
BALTHAZARD. CHAMPY
vu et permis d'imprimer : Le Recteur de l’Académie de Paris :
S. CHARLETY.