PRURIT SINE MATERIA. - PRURIT ANAL ET VULVAIRE
Un effet indiscutable des applications radiothérapiques sur les régions prurigineuses est la diminution rapide du prurit et même sa cessation complète. Nous avons traité de cette façon
DERMATOSES PRURIGINEUSES
quelques malades qui ont été rapidement soulagés ; mais il semble que l’amélioration soit passagère.
Sjôgren et Sederholm ont constaté que des malades souffrant de prurit anal ou vulvaire ont vu leurs douleurs diminuer rapidement sous l’influence des rayons X. La guérison complète peut même survenir s’il n’existe pas de graves lésions cutanées, et si le régime du malade est surveillé. Scholtz a rapporté un cas -de prurit vulvaire qui fut amélioré à la suite de faibles irradiations.
Récemment M. Pennington a expérimenté l’emploi des rayons cathodiques dans le traitement du prurit anal. Les résultats obtenus par ce procédé paraissent avoir été excellents : dans les 13 cas où ce praticien y a eu recours, à l'exclusion de toute autre méthode générale* ou locale, il a obtenu une guérison complète et qui se maintient depuis plusieurs mois. La durée du traitement doit varier avec l'ancienneté et surtout avec la gravité de l'affection. Chez une femme, par exemple, souffrant depuis trois ans, il a suffi de quelques séances pour faire disparaître le prurit, tandis que dans le cas d'un homme chez lequel la dermatose ne remontait qu’à deux années, on dut continuer les séances pendant quatre semaines consécutives pour obtenir la disparition des phénomènes morbides.
Dans ces cas, les rayons doivent être peu pénétrants et la quantité doit être faible, car il faut éviter toute réaction locale. La dose de 3 à 4 H ne nous semble pas devoir être dépassée et des applications peuvent être faites tous les 8 jours, en surveillant l’état des tissus.
On devra d’abord appliquer les effluves de haute fréquence qui, le plus souvent, donneront de bons résultats, et ce n’est que dans les cas rebelles qu’il sera légitime d’essayer la radiothérapie.
NÉVRODERMITES
TRURIT AVEC LICHÉNIFICATION. — NÉVRODERMITES; CIRCONSCRITES
Scholtz a obtenu une notable amélioration chez 3 malades atteints de cette affection. Nous avons essayé la radiothérapie dans cette dermatose et les résultats obtenus ont été très encourageants.
Il s’agissait de malades qui avaient été traités sans résultat par les autres méthodes. Une femme, entre autres, souffrait depuis longtemps de démangeaisons intolérables, localisées en certains points, sur lesquels le grattage incessant avait déterminé une lichénification très prononcée. Le prurit fut rapidement calmé. Les effets se firent sentir le soir même ou le lendemain de l’application. Puis, peu à peu, la surface irradiée devint rouge ; elle s'assouplit, prit une teinte violacée puis brunâtre. A ce moment les démangeaisons avaient totalement disparu. Au bout de quelque temps la peau avait repris sa souplesse primitive (elle était devenue lisse), les stries et quadrillages s’étaient effacés et, à part la pigmentation, les endroits traités pouvaient être considérés comme guéris.
Depuis un mois les démangeaisons 11’ont pas reparu. Sur d’autres placards, le résultat a été moins rapide, et il a fallu, au bout d’une quinzaine de jours, faire une seconde séance.
En général, voici comment nous procédons. Nous faisons absorber à la plaque lichénifiée environ 5 à 6 unités II de l'échelle d’Holzknecht, en une seule séance, en préservant la peau saine par une lame de plomb, ou en nous servant du localisateur. Les rayons ont une pénétration correspondant au n° h ou 5 du radiochromomètre de Benoist.
Les résultats que nous avons obtenus sont intéressants, parce que les cas traités étaient des cas rebelles, qui avaient résisté à toutes les médications et même aux scarifications linéaires quadrillées.
DERMATOSES PRURIGINEUSES
Nous ne prétendons pas que la radiothérapie donnera des guérisons définitives, mais elle est capable de soulager le malade et même parfois de le guérir objectivement ; l’avenir nous montrera la durée de la guérison.
Obs. I. — Mme J. R..., 26 ans. — Névrodermite circonscrite de la région carotidienne gauche, du dos et des cuisses (tiers moyen, face postérieure).
23 mars 1904. — 4 H sur la plaque de la région carotidienne. Le lendemain “26, les démangeaisons ont disparu sur le point traité.
3 mai. — Nous revoyons la malade, la plaque est complètement guérie. Il n’y a plus de démangeaison, ni d’infiltration ; il reste un peu de pigmentation.
Du 23 mars au 20 mai, elle a reçu 6 applications en des points différents, avec doses moyennes de 3 à 4 H suivant les régions et l'état des téguments.
Partout le prurit et l'infiltration sont en régression ; en quelques endroits la guérison est totale ; sur d’autres points on a dû faire une seconde séance au bout d’un mois environ. La malade est très améliorée.
Obs. IL — L. A..., 39 ans. — [,Placard de lichénification de la jambe gauche, mesurant 8 centimètres de longueur sur 6 centimètres de hauteur. L’ensemble est très pigmenté et très prurigineux.
14 mai. — Dose absorbée, 5 H ; rayons n° 4-3.
1er juin. — Les démangeaisons ont diminué ; l’infiltration est moins marquée, la peau est un peu rouge ; on fait cependant une seconde séance avec dose de 3 H.
La malade est encore en traitement.
Il en est de même de 4 autres malades qui sont déjà très améliorés.
PRURIGO »
Scholtz a rapporté un cas de prurigo, dans lequel il n’obtint par la radiothérapie aucune modification apparente. Le côté non irradié guérit aussi vite que celui qui l’avait été.
Nous avons traité un enfant, atteint de prurigo de Hebra, chez lequel l’affection datait de plus de deux ans. Il n’avait été amélioré ni par les pommades, ni par le régime sévère qu’il suivait.
PKURIGO
Nous basant sur les effets antiprurigineux des rayons X, nous l’avons soumis à la radiothérapie. Gomme le sujet était peu docile, nous avons été obligé, pour assurer son immobilité, de rattacher, avec des bandes de toile, sur une planche que nous avions fait faire spécialement. Nous avons traité successivement les différents points malades. Chaque région a absorbé en moyenne 4 à 5 H avec des rayons peu pénétrants (n° h ou 5). Une seule application a été suffisante.
La guérison s’est faite de la façon suivante. Dès les premiers jours qui ont suivi l’irradiation, le prurit a totalement disparu. L’érythème préexistant s’est accentué, le suintement a été plus abondant pendant quelques jours : puis la peau a desquamé, les excoriations ont disparu et la peau a repris son aspect normal ; c’est à peine si elle a conservé une teinte un peu plus foncée.
En somme, le résultat a été rapide. Nous avons fait sur la face, il y a quelques jours, une dernière irradiation pour achever la guérison. L’état de la peau des creux poplités était toujours excellent ; le prurit n’avait pas reparu, ces régions sont cependant guéries depuis plus d’un mois.
Il faudra prendre garde à la sensibilité des plis articulaires, protéger les testicules, à cause de l’effet nocif des rayons X pour les éléments cellulaires de ces organes, et proportionner la quantité de rayons absorbée à l’état inflammatoire de la peau.
En faisant des réserves sur la possibilité des récidives, il nous semble que cette guérison apparente mérite d'attirer l’attention. Les rayons X peuvent devenir, par conséquent, un précieux auxiliaire du médecin dans des cas analogues.
Obs. I. — M. L. S..., 2 ans et demi. — Prurigo de Hébra, ayant apparu chez cet enfant à l’âge de 3 mois, sur la joue droite. La lésion s’est étendue peu à peu et a gagné un grand nombre de régions.
L’enfant éprouve de violentes démangeaisons et porte des traces de grattage. La peau est infiltrée, rouge, suintante et pigmentée ; elle pré-
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sente par places un peu de lichénification. Les points les plus malades sont : la face, la tête, le cou, les creux poplités. Il a été soigné par les pommades pendant un an, sans résultat. Comme le sujet ne veut pas rester tranquille, il est attaché sur une planche spéciale.
Du 26 février au 25 avril 1904, il a reçu 7 applications, avec dose de 4 à 5 II environ, (rayons n° 4 à 5) sur les différents points malades. Une seule séance a suffi par région.
La guérison était complète partout (le 9 mai), sauf sur la face qui avait été traitée la dernière et incomplètement.
Les phénomènes ont évolué de la façon suivante: après chaque irradiation la rougeur qui existait déjà s’est accentuée, l’épiderme a desquamé, les croùtelles sont tombées, le suintement s'est arrêté, l’infiltration a disparu et la peau a repris son aspect normal. Les démangeaisons cessèrent ordinairement dès le lendemain ou le surlendemain des applications.